{"id":52614,"date":"2021-09-25T23:22:26","date_gmt":"2021-09-25T21:22:26","guid":{"rendered":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/?p=52614"},"modified":"2021-09-26T00:05:35","modified_gmt":"2021-09-25T22:05:35","slug":"p11-etre-chez-soi-dabord-une-choregraphie","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/p11-etre-chez-soi-dabord-une-choregraphie\/","title":{"rendered":"#P11 | \u00catre chez soi, d&rsquo;abord : une chor\u00e9graphie."},"content":{"rendered":"\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Dis, tu crois qu&rsquo;elle reviendra ?<br>Je ne sais pas.<br>Tu l&rsquo;as bien connue ?<br>Oui.<br>Tu me racontes comment c&rsquo;\u00e9tait ?<br>Des fois on ne l&rsquo;entendait pas. Ou alors, un bruissement, un frisson une densit\u00e9. On ne l&rsquo;entendait pas elle. On entendait le pas des passants sur le pav\u00e9. \u00c7a claquait vif et sourd. Tout claquait sourd. Les talons sur le pav\u00e9 et les portes qu&rsquo;on fermait. Et la nuit \u00e9tait sonore, de toute la vie qui grouillait, qui grouillait sourd. Alors rien ne grouillait plus, tu sais. Tout se divisait. On aurait pu dire que tout se diluait, mais non, tout se divisait. C&rsquo;\u00e9tait un raclement de gorge \u00e0 l&rsquo;autre bout de la ville. C&rsquo;\u00e9tait m\u00eame, tu sais, le son du r\u00e9verb\u00e8re dans la nuit, c&rsquo;\u00e9tait le son du halos et la lumi\u00e8re d\u00e9sunie, la lumi\u00e8re poudreuse, toute en particule, la lumi\u00e8re qui frissonnait. Des fois, c&rsquo;\u00e9tait plus fort. \u00c7a clapotait. Et tous les murs, tous les pav\u00e9s et la toile fine des parapluies se mettaient \u00e0 chanter. Et les gens marchaient plus vite. Et tout s&rsquo;animait. \u00c7a crissait aussi, comme de petits cailloux sous la semelle. Parfois \u00e7a tombait d&rsquo;un coup, et l&rsquo;air satur\u00e9 n&rsquo;\u00e9tait plus que bourdonnement, et la ville alors, une gigantesque cuisine, toute emplie de marmites et de bulles, la ville toute agit\u00e9e, un concert de casseroles \u00e0 l&rsquo;or\u00e9e d&rsquo;un festin. Et quand \u00e7a s&rsquo;arr\u00eatait, \u00e7a continuait un peu. \u00c7a coulait partout dans les caniveaux. Le son clair des goutti\u00e8res, la plainte du caoutchouc. Et puis \u00e7a s\u00e9chait. La lumi\u00e8re plus nette, plus dure, plus aigu\u00eb. Et tout reprenait sa place, une autre place. Et les habitants, alors, se remettaient \u00e0 parler, se remettaient aussi \u00e0 chuchoter. On la retrouvait ailleurs. Elle \u00e9tait partout. Un gargouillis, le sifflement d&rsquo;une chaudi\u00e8re. On la retrouvait.<br>Aujourd&rsquo;hui, elle n&rsquo;est plus l\u00e0.<br>Non. L&rsquo;air est fr\u00eale, tendu et sec, elle n&rsquo;est plus l\u00e0.<br>C&rsquo;est triste ?<br>C&rsquo;est diff\u00e9rent. Aujourd&rsquo;hui elle n&rsquo;est plus l\u00e0. Tu peux laisser dans la poussi\u00e8re, la trace de tes doigts. Enfin\u2026 C&rsquo;\u00e9tait avant.<br>Parce qu&rsquo;elle non plus, elle n&rsquo;est plus l\u00e0 ?<br>La poussi\u00e8re ?<br>La poussi\u00e8re, la terre\u2026<br>Non elle n&rsquo;est plus l\u00e0.<br>Elle est partie. C&rsquo;\u00e9tait comment dis ?<br>Parfois, elle grondait. \u00c7a vibrait, \u00e7a s&rsquo;entrechoquait. \u00c7a venait de tr\u00e8s loin. Cela poussait, cela s&rsquo;effondrait. Tant de poussi\u00e8re dans l&rsquo;air. Parfois elle s&rsquo;apaisait. Alors, elle \u00e9tait immobile et chaude.<br>On pouvait s&rsquo;allonger ?<br>On pouvait s&rsquo;allonger. C&rsquo;\u00e9tait comme un murmure ou un air de fl\u00fbte. Je l&rsquo;aurais dit plus grave mais pourtant c&rsquo;est \u00e7a. Au printemps, c&rsquo;\u00e9tait comme un air de fl\u00fbte.<br>Et lui, il est parti, lui aussi ?<br>Oui. Lui aussi.<br>Il \u00e9tait comment ?<br>L&rsquo;hiver, il cr\u00e9pitait. On le sentait jusque dans la gorge et tout au fond du ventre. Les nuits d&rsquo;all\u00e9gresse, il entrait dans le corps, et l&rsquo;on pouvait confondre alors son cr\u00e9pitement joyeux et la pulsation du sang jusqu&rsquo;au bout des doigts. \u00c7a se confondait. Et le corps croustillait. Tu aurais pu l&rsquo;enduire de beurre et de confiture, tu aurais pu le r\u00f4tir et le manger. Il craquait le corps, il craquait comme une biscotte. Parfois, le feu flambait dur, alors le son fondait. Il n&rsquo;y avait plus dans la fournaise, plus personne pour l&rsquo;entendre et son bruit alors, se m\u00ealait \u00e0 celui du vent et c&rsquo;\u00e9tait comme un souffle et aussi un long g\u00e9missement.<br>Il est parti le vent, lui aussi.<br>Oui.<br>Tu l&rsquo;as connu ?<br>Oui.<br>Raconte moi.<br>Il faisait claquer les voiles et les tissus. Il soulevait l&rsquo;eau de la mer. Il \u00e9puisait la peau. Parfois, aussi, il faisait frissonner l&rsquo;oreille et l&rsquo;on pouvait confondre un soupir de plaisir et sa plainte t\u00e9nue derri\u00e8re les carreaux. Tu peux l&rsquo;entendre encore. Tiens.<br>Qu&rsquo;est-ce que c&rsquo;est ?<br>\u00c7a s&rsquo;appelle un coquillage.<br>Ils sont tous partis.<br>Oui.<br>Qu&rsquo;est-ce qu&rsquo;il me reste \u00e0 moi alors ?<br>Viens. Le mouvement. Il reste le mouvement.<br>Et l&rsquo;on n&rsquo;entendra plus rien, jamais plus rien ?<br>Si.<br>Et quoi alors ?<br>Il y a encore, ce bruit mou de ta main qui tombe quand tu t&rsquo;endors.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Dis, tu crois qu&rsquo;elle reviendra ?Je ne sais pas.Tu l&rsquo;as bien connue ?Oui.Tu me racontes comment c&rsquo;\u00e9tait ?Des fois on ne l&rsquo;entendait pas. Ou alors, un bruissement, un frisson une densit\u00e9. On ne l&rsquo;entendait pas elle. On entendait le pas des passants sur le pav\u00e9. \u00c7a claquait vif et sourd. Tout claquait sourd. Les talons sur le pav\u00e9 et les <a class=\"more-link\" href=\"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/p11-etre-chez-soi-dabord-une-choregraphie\/\">Continuer la lecture<span class=\"screen-reader-text\">#P11 | \u00catre chez soi, d&rsquo;abord : une chor\u00e9graphie.<\/span><span class=\"meta-nav\">&rarr;<\/span><\/a><\/p>\n","protected":false},"author":403,"featured_media":0,"comment_status":"open","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"h5ap_radio_sources":[],"footnotes":""},"categories":[2071,2070,2813],"tags":[],"class_list":["post-52614","post","type-post","status-publish","format-standard","hentry","category-ete-2021-les-cycles","category-pete-2021-progression","category-progression-11-bruits-voix"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/52614","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/users\/403"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=52614"}],"version-history":[{"count":0,"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/52614\/revisions"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=52614"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=52614"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=52614"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}