{"id":5263,"date":"2019-07-18T07:59:25","date_gmt":"2019-07-18T05:59:25","guid":{"rendered":"http:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/?p=5263"},"modified":"2019-07-18T07:59:27","modified_gmt":"2019-07-18T05:59:27","slug":"3-une-chose","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/3-une-chose\/","title":{"rendered":"#3 Une chose"},"content":{"rendered":"\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><em>Prendre l&rsquo;objet \u00e0 port\u00e9e de main au moment o\u00f9 l&rsquo;on \u00e9crit. Et chaque jour, pendant cinq jours, y revenir.<\/em><\/p>\n\n\n\n<figure class=\"wp-block-image\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"1024\" height=\"1024\" src=\"http:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-content\/uploads\/2019\/07\/IMG_0916-1024x1024.jpg\" alt=\"\" class=\"wp-image-5517\" srcset=\"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-content\/uploads\/2019\/07\/IMG_0916-1024x1024.jpg 1024w, https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-content\/uploads\/2019\/07\/IMG_0916-200x200.jpg 200w, https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-content\/uploads\/2019\/07\/IMG_0916-420x420.jpg 420w, https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-content\/uploads\/2019\/07\/IMG_0916-768x768.jpg 768w, https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-content\/uploads\/2019\/07\/IMG_0916.jpg 1512w\" sizes=\"auto, (max-width: 1024px) 100vw, 1024px\" \/><\/figure>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">1 &#8211; Une bo\u00eete noire qu&rsquo;on d\u00e9finirait comme de l&rsquo;\u00e9b\u00e8ne mais c&rsquo;est du plastique. Une bo\u00eete ronde comme un palet de hockey sur glace, mais l\u00e9g\u00e8re, car vide, et de deux parties \u00e9gales, l&rsquo;une simplement viss\u00e9e dans l&rsquo;autre. Une bo\u00eete ronde sans utilit\u00e9 dont il est impossible de se rappeler comment elle est arriv\u00e9e l\u00e0. Un plastique dur, brillant.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">2 &#8211; Une bo\u00eete noire, c&rsquo;est un contenant, la promesse de quelque chose \u00e0 d\u00e9couvrir, mais encore ferm\u00e9e, encore juste une boite, et l&rsquo;on ne sait rien de ce qu&rsquo;il y a \u00e0 l&rsquo;int\u00e9rieur. On la d\u00e9finirait comme de l&rsquo;\u00e9b\u00e8ne mais c&rsquo;est du plastique, une pollution imputrescible : elle sera toujours bo\u00eete et noire bien apr\u00e8s la d\u00e9composition des corps de celles et ceux qui l&rsquo;ont con\u00e7ue puis manipul\u00e9e, plus r\u00e9sistante que la chair, les organes, les boyaux. Une bo\u00eete ronde comme un palet de hockey sur glace, mais l\u00e9g\u00e8re, car vide ou remplie de si peu qu&rsquo;on n&rsquo;en sent pas le poids, et de deux parties \u00e9gales, l&rsquo;une simplement viss\u00e9e dans l&rsquo;autre, l&rsquo;autre dans l&rsquo;une. Une bo\u00eete ronde sans utilit\u00e9 d\u00e9finie, dont il est impossible de se rappeler comment elle est arriv\u00e9e l\u00e0, ce qu&rsquo;elle a pu contenir ou qui l&rsquo;a d\u00e9pos\u00e9e sur l&rsquo;accoudoir du divan du salon. Un plastique dur, brillant. Froid.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">3 &#8211; Une bo\u00eete noire, c&rsquo;est la v\u00e9rit\u00e9 enfin r\u00e9v\u00e9l\u00e9e et c&rsquo;est donc une m\u00e9taphore de l&rsquo;\u00e9criture. Toutes les donn\u00e9es qui permettent de comprendre enfin l&rsquo;accident. Celle-l\u00e0 n&rsquo;est pas de l&rsquo;avion, juste un cylindre de plastique mais sont peut-\u00eatre dedans les donn\u00e9es brutes, le r\u00e9el d\u00e9chiffr\u00e9, la pierre philosophale, le mot juste. Ecrire la bo\u00eete noire c&rsquo;est sans prendre de risque dire le monde entier et le secret bien gard\u00e9 qui explique la catastrophe. La bo\u00eete noire, c&rsquo;est l&rsquo;encre solidifi\u00e9e qui contient tous les mots de passe \u00e0 tracer pour acc\u00e9der aux infinies possibilit\u00e9s offertes \u00e0 ceux qui savent. Et si elle est vide comme on le suppose, c&rsquo;est l&rsquo;absurde accompli qui ne surprend que ceux qui s&rsquo;attendent \u00e0 y trouver quelque chose.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">4 &#8211; A bien y regarder la bo\u00eete noire n&rsquo;est pas int\u00e9gralement noire. Les reflets y font une t\u00e2che blanche, d&rsquo;un blanc lumineux, aussi blanc que le noir est noir. Plus encore peut-\u00eatre, et sur la surface lisse, la poussi\u00e8re est visible \u00e7a et l\u00e0, grise. Le noir est une illusion. Un \u00e9tat temporaire qui d\u00e9pend de l&rsquo;\u00e9clairage, de l&rsquo;environnement, du moment pr\u00e9cis et d&rsquo;o\u00f9 se jette le regard. La bo\u00eete noire est une abstraction : ce qu&rsquo;on a sous les yeux est bien autre chose, de plus riche, de mouvant, d&rsquo;incertain. L&rsquo;analyse trop rapide du d\u00e9part ne r\u00e9siste pas \u00e0 un examen approfondi. La bo\u00eete noire au fil du temps dispara\u00eet. Rien de tangible. Son \u00e9vanescence laisse place \u00e0 un objet ind\u00e9fini. Rien n&rsquo;a chang\u00e9. Rien ne sera pareil.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">5 &#8211; Ne plus rien savoir de la bo\u00eete noire. Ni sa couleur, ni ce qui se loge \u00e0 l&rsquo;int\u00e9rieur. Juste une forme presque cylindrique au couvercle biseaut\u00e9, au diam\u00e8tre pens\u00e9 pour se loger pile dans la paume de la main. Plastique opaque. Myst\u00e8re imputrescible. La bo\u00eete noire a eu raison de toutes les certitudes.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><em>A force de langage, c&rsquo;est la r\u00e9alit\u00e9 qui s&rsquo;enfuit.<\/em><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Prendre l&rsquo;objet \u00e0 port\u00e9e de main au moment o\u00f9 l&rsquo;on \u00e9crit. Et chaque jour, pendant cinq jours, y revenir. 1 &#8211; Une bo\u00eete noire qu&rsquo;on d\u00e9finirait comme de l&rsquo;\u00e9b\u00e8ne mais c&rsquo;est du plastique. Une bo\u00eete ronde comme un palet de hockey sur glace, mais l\u00e9g\u00e8re, car vide, et de deux parties \u00e9gales, l&rsquo;une simplement viss\u00e9e dans l&rsquo;autre. 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