{"id":53011,"date":"2021-09-29T09:25:25","date_gmt":"2021-09-29T07:25:25","guid":{"rendered":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/?p=53011"},"modified":"2021-10-26T07:50:21","modified_gmt":"2021-10-26T05:50:21","slug":"photographies-dune-ville-invisible","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/photographies-dune-ville-invisible\/","title":{"rendered":"#P12 | Photographies d\u2019une ville invisible"},"content":{"rendered":"\n<p><strong><span class=\"has-inline-color has-black-color\">1<\/span><\/strong> Il y a une ville quelque part. Dans cette ville, il y a un quartier, dans ce quartier, une rue, dans cette rue, une porte. Cette porte en bois brut se trouve en haut d\u2019un petit escalier d\u2019une dizaine de marches car elle est situ\u00e9e quelque deux ou trois m\u00e8tres au-dessus du trottoir. Cet escalier longe la fa\u00e7ade et d\u00e9bouche sur un pas de porte qui permet d\u2019entrer facilement dans la maison. La rampe de l\u2019escalier se prolonge en garde-corps afin de pr\u00e9venir une mauvaise chute. Cette entr\u00e9e ressemble \u00e0 s\u2019y m\u00e9prendre \u00e0 celle de ma maison lorsqu\u2019\u00e9tais enfant. Du haut de l\u2019escalier, je me souviens, je laissais tomber des billes pour admirer leurs sauts successifs jusqu\u2019au bas des marches.\u00a0<strong><span class=\"has-inline-color has-black-color\">2<\/span><\/strong> Dans cette ville, il y a une \u00e9trange fontaine. Elle est circulaire et au centre, une statue de dauphin laisse \u00e9chapper l\u2019eau par sa bouche. Par son rostre, plut\u00f4t, les dauphins n\u2019ont pas de bouche para\u00eet-il. Elle me fait penser \u00e0 une fontaine semblable que j\u2019avais vue lorsque j\u2019\u00e9tais enfant. J\u2019\u00e9tais rest\u00e9 un long moment debout devant elle \u00e0 la questionner. Je ne comprenais pas comment de l\u2019eau pouvait sortir de cet endroit. C\u2019est peut-\u00eatre joli, mais c\u2019est compl\u00e9ment illogique. Je me disais que le dauphin devait \u00eatre malade, qu\u2019il vomissait de l\u2019eau, mais cela n\u2019expliquait pas pourquoi on l\u2019avait repr\u00e9sent\u00e9 en statue. Une statue d\u2019un dauphin malade. <strong><span class=\"has-inline-color has-black-color\">3<\/span><\/strong> Cette ville se nomme Kujtimet. C\u2019est le nom qui est inscrit sur un grand panneau sur le quai principal du port. Ce quai, c\u2019est le m\u00eame que celui que je garde en m\u00e9moire. J\u2019y avais accompagn\u00e9 mon p\u00e8re qui embarquait comme cuisinier sur un paquebot destin\u00e9 \u00e0 la croisi\u00e8re de clients fortun\u00e9s. Le navire avait disparu en mer quelques semaines apr\u00e8s son d\u00e9part. Mon p\u00e8re aussi. J\u2019avais dix-sept ans. Il para\u00eet qu\u2019en albanais, \u00ab\u00a0kujtimet\u00a0\u00bb veut dire \u00ab\u00a0souvenirs\u00a0\u00bb. <strong><span class=\"has-inline-color has-black-color\">4<\/span><\/strong> Pr\u00e8s de ce port, il y a une petite librairie de livres d\u2019occasions qui poss\u00e8de un riche rayon de bandes-dessin\u00e9es. Lorsque j\u2019\u00e9tais enfant, je trainais souvent dans une librairie semblable pour y d\u00e9penser l\u2019argent de poche que ma m\u00e8re me donnait chaque samedi avant d\u2019aller chercher le pain. Mais au lieu d\u2019acheter des bonbons, je pr\u00e9f\u00e9rais garder ces pi\u00e8ces de monnaie pour les d\u00e9penser dans cette librairie. C\u2019est \u00e0 cet endroit que j\u2019ai d\u00e9couvert le monde des bandes-dessin\u00e9es et des super-h\u00e9ros. <strong><span class=\"has-inline-color has-black-color\">5<\/span><\/strong> Au coeur de cette ville, non loin du port, il y a un stade. Mon p\u00e8re adorait le rugby. Quand j\u2019\u00e9tais enfant, il m\u2019emmenait souvent dans un stade identique. Il y retrouvait des amis avec qui il passait l\u2019essentiel du temps du match \u00e0 crier, \u00e0 chanter, \u00e0 encourager son \u00e9quipe. Mais il s\u2019occupait de moi, aussi. Il me racontait des histoires de jeu. Ses super-h\u00e9ros \u00e0 lui \u00e9taient des joueurs de rugby, ils ne sortaient pas de bandes-dessin\u00e9es. J\u2019aimais ces moments parce que j\u2019avais l\u2019impression de vivre dans un autre monde. A la fin du match, ma m\u00e8re venait me chercher \u00e0 la sortie du stade et mon p\u00e8re continuait \u00e0 refaire le monde avec ses amis. <strong><span class=\"has-inline-color has-black-color\">6<\/span><\/strong> Lorsqu\u2019on se prom\u00e8ne dans les rues de cette ville, on est frapp\u00e9 par les souvenirs qui font irruption dans notre m\u00e9moire. Comme si les photographies qui en sont issues constituaient le mat\u00e9riau essentiel \u00e0 son existence. Comme si les maisons, les rues, les trottoirs, les fontaines, les monuments, les magasins, les voitures sortaient de nos souvenirs. <strong><span class=\"has-inline-color has-black-color\">7<\/span><\/strong> Lorsque j\u2019\u00e9tais enfant, j\u2019\u00e9tais fascin\u00e9 par les trains. Je m\u2019asseyais sur un banc qui \u00e9tait dispos\u00e9 sur un pont sous lequel passaient des trains et je les regardais circuler en relevant sur un petit carnet tous les d\u00e9tails que je pouvais : l\u2019heure de passage, le type de locomotive, le nombre de wagons, leurs couleurs, leur nature (passagers ou marchandises) et toutes sortes de choses. Dans cette ville, il y a un banc sur un pont sous lequel passent des trains en tous points identiques.\u00a0<strong><span class=\"has-inline-color has-black-color\">8<\/span><\/strong> Au coeur de cette cit\u00e9 se trouve une grande place au centre de laquelle se dresse fi\u00e8rement un ob\u00e9lisque. Les voitures tournent autour, le plus souvent dans un concert de klaxons. Lors de mon premier voyage \u00e0 la capitale avec mes parents, ou plut\u00f4t la premi\u00e8re fois que je me souviens y \u00eatre all\u00e9, une m\u00eame place avaient retenu mon attention. Je ne voyais pas les voitures arriver sur la place ou m\u00eame la quitter. Je ne voyais qu\u2019un flot de v\u00e9hicules qui tournaient autour de cette colonne immobile dans un concert de bruits stridents, comme la c\u00e9l\u00e9bration d\u2019un rite myst\u00e9rieux. Une \u00e9trange danse m\u00e9canique. <strong><span class=\"has-inline-color has-black-color\">9<\/span><\/strong> Sur un mur gris, dans une rue o\u00f9 les voitures se font plut\u00f4t rares selon l\u2019heure, un graffiti avertit les passants. A c\u00f4t\u00e9 de l\u2019ombre d\u2019un Peter Pan en train de s\u2019envoler sont \u00e9crits ces quelques mots avec la m\u00eame peinture noire : \u00ab\u00a0Ne grandissez pas, c\u2019est une arnaque\u00a0\u00bb. Lorsque j\u2019avais une vingtaine d\u2019ann\u00e9es, j\u2019avais trac\u00e9 ce m\u00eame motif sur un mur semblable. Mais je me rappelle qu\u2019\u00e0 l\u2019\u00e9poque, je m\u2019\u00e9tais demand\u00e9 si l\u2019enfance, aussi, n\u2019\u00e9tait pas une arnaque. <strong><span class=\"has-inline-color has-black-color\">10<\/span><\/strong> Quelque part dans cette ville, \u00e0 l\u2019abri des regards, vit une meute de chats tous aussi apeur\u00e9s les uns que les autres. Lorsque j\u2019\u00e9tais enfant, je les avais rencontr\u00e9s un soir \u00e0 la tomb\u00e9e de la nuit, au fond d\u2019une impasse o\u00f9 je m\u2019\u00e9tais perdu en rentrant \u00e0 notre appartement. Au d\u00e9but, je n\u2019avais aper\u00e7u qu\u2019une ombre passer derri\u00e8re des poubelles. Je m\u2019\u00e9tais approch\u00e9 et avait d\u00e9couvert un rep\u00e8re de chats en souffrance, le pelage abim\u00e9 sur leurs os saillants. J\u2019avais d\u00e9camp\u00e9 en courant comme un d\u00e9rat\u00e9, de peur que cette image ne me poursuive. <strong><span class=\"has-inline-color has-black-color\">11<\/span><\/strong> Dans les faubourgs ouest de cette ville, existe un quartier du nom d\u2019Adelma <sup>(1)<\/sup>. En m\u2019y promenant, j\u2019ai cru voir ma grand-m\u00e8re qui attendait un bus. Ma grand-m\u00e8re nous a quitt\u00e9s depuis plusieurs ann\u00e9es et j\u2019ai \u00e9t\u00e9 frapp\u00e9 par la ressemblance de cette vieille femme qui avait \u00e9t\u00e9 si tendre avec moi lorsque j\u2019\u00e9tais enfant. Sans traverser la rue, je me suis arr\u00eat\u00e9 sur le trottoir d\u2019en face sans qu\u2019elle me voie. Je crois qu\u2019elle a crois\u00e9 mon regard mais elle n\u2019a pas pr\u00eat\u00e9 attention \u00e0 ma pr\u00e9sence. <strong><span class=\"has-inline-color has-black-color\">12<\/span><\/strong> Dans ce m\u00eame quartier d\u2019Adelma, j\u2019aurais mis ma main \u00e0 couper d\u2019avoir aper\u00e7u Pierrot. Il buvait un caf\u00e9 \u00e0 la terrasse d\u2019un bar, ce qui \u00e9tait une habitude affirm\u00e9e du vrai Pierrot. Pierrot \u00e9tait un copain de jeu, on avait jou\u00e9 ensemble au rugby en universitaire. Un soir, apr\u00e8s un match, il s\u2019\u00e9tait rendu au centre-ville pour acheter des cigarettes. Il avait \u00e9t\u00e9 renvers\u00e9 par un chauffard ivre au moment m\u00eame o\u00f9 il sortait de sa voiture. Je n\u2019ai plus jamais revu Pierrot. A part, bien s\u00fbr, lorsque je crois le voir en train de siroter un caf\u00e9. <strong><span class=\"has-inline-color has-black-color\">13<\/span><\/strong> Alors que je traverse ce quartier, je vois sur ma gauche une large rue qu\u2019il me semble reconna\u00eetre. Les maisons sont anciennes, une petite fille joue au cerceau, un homme pousse une brouette charg\u00e9e de b\u00fbches de bois. Une dame \u00e2g\u00e9e habill\u00e9e d\u2019un ancien costume proven\u00e7al avec une coiffe en tissu blanc, se tient sur le trottoir. Devant elle, est trac\u00e9e sur le sol une grande croix. Exactement, comme sur la photo que ma m\u00e8re m\u2019avait un jour montr\u00e9e, avec une croix trac\u00e9e au stylo bille devant celle qui \u00e9tait mon arri\u00e8re-grand-m\u00e8re. <strong><span class=\"has-inline-color has-black-color\">14<\/span><\/strong> Le quartier d\u2019Adelma est tr\u00e8s \u00e9trange car il est peupl\u00e9 de personnes qui ressemblent \u00e0 des gens que l\u2019on a connus et qui sont aujourd\u2019hui d\u00e9c\u00e9d\u00e9s. Pas forc\u00e9ment des proches puisque j\u2019ai cru voir un ancien Pr\u00e9sident de la R\u00e9publique dont les obs\u00e8ques en grande pompe avaient monopolis\u00e9 les journaux t\u00e9l\u00e9vis\u00e9s pendant plusieurs jours. <strong><span class=\"has-inline-color has-black-color\">15<\/span><\/strong> Dans ce quartier d\u2019Adelma, j\u2019ai plusieurs fois crois\u00e9 des sosies de mon p\u00e8re. Ce qui est le plus curieux, c\u2019est que chaque fois, il avait un \u00e2ge diff\u00e9rent. J\u2019ai cru le voir avec ses amis du rugby en train de chanter devant le comptoir d\u2019un bar surpeupl\u00e9, j\u2019ai cru le voir passer en v\u00e9lo avec son sac en bandouli\u00e8re comme il partait travailler dans le restaurant qui l\u2019embauchait, j\u2019ai cru le voir jeune, dans un beau costume clair, \u00e0 l\u2019image de ce que ma m\u00e8re m\u2019avait racont\u00e9 lorsqu\u2019ils s\u2019\u00e9taient rencontr\u00e9s. <strong><span class=\"has-inline-color has-black-color\">16<\/span><\/strong> Ce quartier d\u2019Adelma est ancien. Il se dit qu\u2019autrefois, alors que ce quartier \u00e9tait lui-m\u00eame un ville, Marco Polo l\u2019a visit\u00e9.\u00a0<strong><span class=\"has-inline-color has-black-color\">17<\/span><\/strong> Je marche dans ce quartier. Une silhouette famili\u00e8re retient mon attention. Une homme, de dos, est en train de charger des cartons dans un camion. Je n\u2019arrive pas \u00e0 savoir \u00e0 qui il me fait penser. J\u2019arr\u00eate d&rsquo;avancer et j\u2019attends qu\u2019il se retourne, une fois son chargement d\u00e9pos\u00e9. Ce qu\u2019il fait. C\u2019est Fran\u00e7ois, mon voisin. Sauf qu\u2019il n\u2019est pas mort, Fran\u00e7ois, je l\u2019ai vu ce matin m\u00eame. Juste avant qu\u2019il ne succombe d\u2019une crise cardiaque. <strong><span class=\"has-inline-color has-black-color\">18<\/span><\/strong> Toutes les ann\u00e9es, en plein coeur de l\u2019\u00e9t\u00e9, une grande parade vient animer les rues d\u2019Adelma. Une multitude de personnages, en costumes pour la plupart, traversent le quartier de part en part. Il y a des personnages historiques, des femmes et des hommes c\u00e9l\u00e8bres, des com\u00e9diens. Le plus \u00e9tonnant est que certains d\u2019entre eux, parmi les acteurs de cin\u00e9ma, sont en noir et blanc. <strong><span class=\"has-inline-color has-black-color\">19<\/span><\/strong> Malgr\u00e9 la grande parade estivale, Adelma est un quartier triste. On y entend parfois des rires s\u2019\u00e9chapper mais c\u2019est comme s\u2019ils \u00e9taient envelopp\u00e9s de papier de soie. Comme s\u2019ils sortaient d\u2019une vieille bo\u00eete \u00e0 souvenirs. <strong><span class=\"has-inline-color has-black-color\">20<\/span><\/strong> \u00c0 Kujtimet, il existe bien \u00e9videmment une multitude d\u2019autres quartiers au coeur desquels l\u2019atmosph\u00e8re est infiniment moins pesante. L\u2019un d\u2019eux n\u2019est m\u00eame que couleurs. Tout ce qui s\u2019y trouve poss\u00e8de une couleur \u00e9tonnante. Des voitures bariol\u00e9es, des personnes \u00e0 la peau bleue, des arbres au feuillage orange, des lampadaires rouge vif, des maisons jaunes avec des toits couleur caf\u00e9 au lait. Que des couleurs de notre enfance.\u00a0<strong><span class=\"has-inline-color has-black-color\">21<\/span><\/strong> Il y a une rue, suffisamment large pour avoir un trottoir de belle taille et une voie o\u00f9 d\u2019imposants v\u00e9hicules peuvent se croiser, o\u00f9 l\u2019on respire un air qui nous ouvre la m\u00e9moire. Un parfum subtil, une fragrance \u00e9ph\u00e9m\u00e8re, un ar\u00f4me de passage. Je traverse la rue, je m\u2019arr\u00eate, je ferme les yeux et je per\u00e7ois la senteur de l\u2019eau de Cologne qu\u2019embaumait mon grand-p\u00e8re quand il mettait son costume du dimanche.\u00a0<strong><span class=\"has-inline-color has-black-color\">22<\/span><\/strong> \u00c0 Kujtimet, dans la vieille ville, se trouve un restaurant tr\u00e8s particulier. Le cadre et le service sont de belles factures et la nourriture vari\u00e9e. Apr\u00e8s avoir command\u00e9, je d\u00e9guste. La salade poss\u00e8de cette saveur d\u2019huile d\u2019olive dans laquelle baigne mon enfance, la viande go\u00fbte le lapin \u00e0 la moutarde des grandes occasions que ma m\u00e8re affectionnait, le dessert a la flaveur de la tarte aux citrons qu\u2019on achetait \u00e0 P\u00e2ques \u00e0 la p\u00e2tisserie du quartier. <strong><span class=\"has-inline-color has-black-color\">23<\/span><\/strong> Plus au nord, non loin de la grande cath\u00e9drale, un marchand de tissus vend toutes sortes de toiles, draps, \u00e9toffes, dentelles, soieries. Les rouleaux de tissus sont dispos\u00e9s de telle mani\u00e8re que vous pouvez passer la main dessus. Je caresse un batiste en fine toile de lin qui a le m\u00eame grain, le m\u00eame touch\u00e9 que la peau de ma grand-m\u00e8re. <strong><span class=\"has-inline-color has-black-color\">24<\/span><\/strong> Je me prom\u00e8ne sur la corniche non loin du port. Le soleil qui d\u00e9cline le soir offre des lumi\u00e8res qui habillent la ville de couleurs chaudes et confortables. La premi\u00e8re maison prend l\u2019aspect de celle que nous avons habit\u00e9 apr\u00e8s la mort de ma grand-m\u00e8re. Gr\u00e2ce au p\u00e9cule qu\u2019elle nous avait laiss\u00e9, on avait pu changer de quartier et j\u2019ai habit\u00e9, pour la premi\u00e8re fois de ma vie, dans une vraie maison. C\u2019est la plus belle maison dans laquelle j\u2019ai v\u00e9cu. <strong><span class=\"has-inline-color has-black-color\">25<\/span><\/strong> Sur la corniche, la bise marine me caresse le visage. Je ferme les yeux et j\u2019entends la voix de mon p\u00e8re me murmurer une douce comptine de sa voix grave. Il n\u2019existe aucun danger, aucune question, aucune inqui\u00e9tude. Je m\u2019endors au centre du monde.\u00a0<strong><span class=\"has-inline-color has-black-color\">26<\/span><\/strong> Vers le nord-est de la ville de Kujtimet, il y a une grande place pi\u00e9tonne. De nombreux bancs sont dispos\u00e9s et c\u2019est un lieu pris\u00e9 des habitants de cette cit\u00e9 qui viennent s\u2019y reposer \u00e0 la fin de la journ\u00e9e et le weekend. Je me suis assis sur un banc et un spectacle s\u2019est d\u00e9roul\u00e9 devant mes yeux. Une dr\u00f4le de pi\u00e8ce de th\u00e9\u00e2tre, sans queue ni t\u00eate. Des extraits de mes r\u00eaves. <strong><span class=\"has-inline-color has-black-color\">27<\/span><\/strong> Parfois, sur la place des r\u00eaves, aucune sc\u00e8ne ne se d\u00e9roule. Je m\u2019assois sur un banc, rien ne se passe. Je me dis que j\u2019ai d\u00fb oublier de quoi je r\u00eavais. Et puis, l\u2019espace se remplit lentement de couleurs, comme une aurore bor\u00e9ale. Jusqu\u2019au ciel, les couleurs jaillissent en feux d\u2019artifice, en flots ininterrompus de geysers explosifs.\u00a0<strong><span class=\"has-inline-color has-black-color\">28<\/span><\/strong> Sur la place des r\u00eaves, je m\u2019assois sur un banc. Subitement, une jungle m\u2019entoure avec ses arbres immenses, ses lianes envahissantes, sa chaleur moite, ses cris d\u2019animaux sauvages. Je n\u2019ai pas peur, j\u2019admire. J\u2019admire la jungle envahir la place de cette ville, j\u2019admire les lionnes d\u00e9ambuler nonchalamment parmi les passants, j\u2019admire la ville accueillir mon r\u00eave de la veille. <strong><span class=\"has-inline-color has-black-color\">29<\/span><\/strong> De nombreuses rues rayonnent depuis la place des r\u00eaves. L\u2019une d\u2019elles, plus \u00e9troites que les autres n\u2019est accessible qu\u2019en franchissant une grille immense dont la porte est gard\u00e9e par des policiers en faction. Cette rue, ou plut\u00f4t cette impasse, est interdite d\u2019acc\u00e8s. C\u2019est l\u2019impasse des cauchemars. <strong><span class=\"has-inline-color has-black-color\">30<\/span><\/strong> Je vois un homme en costume gris s\u2019approcher des policiers devant l\u2019impasse des cauchemars. Il s\u2019arr\u00eatent devant l\u2019un d\u2019eux et sort un papier de sa poche. Trois autres policiers s\u2019approchent, se disposent devant lui et se passent la feuille de papier d\u00e9pli\u00e9e en l\u2019examinant. Je vois leurs visages \u00e9bahis. Ils parlent, longtemps, ils mettent sans doute en garde le triste visiteur. Et puis ils l\u2019accompagnent jusqu\u2019\u00e0 la porte. L\u2019un d\u2019eux l\u2019ouvre avec son trousseau de cl\u00e9s et l\u2019homme entre. Je vois la main d\u2019un policier se poser sur son \u00e9paule au moment de franchir la grille. <strong><span class=\"has-inline-color has-black-color\">31<\/span><\/strong> Au nord-ouest de la ville de Kujtimet, se trouve un petit quartier du nom de Loen <sup>(2)<\/sup>. C\u2019est le quartier des bouquinistes, des livres de tous \u00e2ges envahissent les vitrines, les \u00e9tals, les devantures. J\u2019y ai crois\u00e9 Marco Polo, ou quelqu\u2019un qui lui ressemblait. Il cherchait un cadeau \u00e0 ramener \u00e0 Kublai Khan. <strong><span class=\"has-inline-color has-black-color\">32<\/span><\/strong> Dans le quartier de Loen, alors que je suis en qu\u00eate de quelques vieilles \u00e9ditions, je croise un jeune gar\u00e7on qui est le portrait cach\u00e9 de Pinocchio. Ou, en tous les cas, de l\u2019image que j&rsquo;en garde en t\u00eate. C\u2019est un gar\u00e7on triste qui porte sur ses \u00e9paules toute la cruaut\u00e9 du monde. Il n\u2019a pas l\u2019air d\u2019\u00eatre si heureux d\u2019\u00eatre un petit gar\u00e7on. Je me demande quel genre d\u2019adulte pourrait bien devenir Pinocchio. <strong><span class=\"has-inline-color has-black-color\">33<\/span><\/strong> Loen est le quartier des souvenirs de lectures. Il existe, para\u00eet-il, non loin de la ville de Kujtimet, une r\u00e9gion du m\u00eame nom entre mer et montagne. Cette r\u00e9gion n\u2019a pas de fronti\u00e8res. Sa taille peut varier au fil des ann\u00e9es, au fil des lectures. <strong><span class=\"has-inline-color has-black-color\">34<\/span><\/strong> Je rencontre plein de personnages de roman dans le quartier de Loen. Je marche pr\u00e8s d\u2019un parc o\u00f9 se trouve un petit lac et je rencontre un clochard qui suit l\u2019eau en train de s\u2019\u00e9couler dans un ruisseau. C\u2019est Buda\u00ef <sup>(3)<\/sup>, je le reconnais facilement, son souvenir est encore frais dans ma t\u00eate, j\u2019ai lu son histoire il y a peu de temps. Je sais qu\u2019il cherche \u00e0 atteindre la mer pour rentrer chez lui. <strong><span class=\"has-inline-color has-black-color\">35<\/span><\/strong> En continuant mon chemin, je passe devant le Foyer V\u00e9g\u00e9talien de la rue de Tolbiac. Enfin, c\u2019est ce que je crois. Devant, sur le trottoir, Nestor Burma et B\u00e9lita Moral\u00e8s <sup>(4)<\/sup> filent, invisibles. Les ouvriers et les artisans sont encore la mati\u00e8re vivante d\u2019un quartier parisien d\u2019apr\u00e8s-guerre. Ils ne sont pas encore des fant\u00f4mes. <strong><span class=\"has-inline-color has-black-color\">36<\/span><\/strong> D\u2019une fen\u00eatre ouverte donnant sur la rue, j\u2019aper\u00e7ois un vieil homme dormir. Il est allong\u00e9 sur le ventre. Je le sais, il r\u00eave de lions <sup>(5)<\/sup>. <strong><span class=\"has-inline-color has-black-color\">37<\/span><\/strong> Je d\u00e9ambule dans le quartier de Loen et je vois passer un homme tenant un li\u00e8vre dans ses bras. L\u2019animal est bless\u00e9, il lui a fait une attelle. Il s\u2019appr\u00eate \u00e0 s\u2019asseoir \u00e0 la terrasse d\u2019un bar <sup>(6)<\/sup>. On rencontre toutes sortes de dr\u00f4les de personnages dans le quartier de Loen. <strong><span class=\"has-inline-color has-black-color\">38<\/span><\/strong> A la terrasse de ce bar, deux petits hommes s\u2019adonnent \u00e0 une discussion anim\u00e9e. Ils boivent des grands verres de bi\u00e8re et mangent du pain perdu aux fraises et saucisses. Je suis presque s\u00fbr qu\u2019il s\u2019agit de Frodon Sacquet et de Samsagace Gamegie. Le monde est plein d\u2019anneaux, de seigneurs, de qu\u00eates impossibles. <strong><span class=\"has-inline-color has-black-color\">39<\/span><\/strong> Une nu\u00e9e de Touim\u2019s envahit le trottoir en courant dans tous les sens. Je reconnais Poutchy-Bloue en premier mais il y a aussi Mirmilla-Moume, Bompa-Boune, Touim\u2019Sipoye, Touim\u2019Soulie, Touim\u2019Souzizou et Touim\u2019Sib\u00e2. Et toute la bande des fr\u00e8res et soeurs de laquelle j\u2019ai juste le temps de distinguer Olie-Boulie, Tresse-Finouille et Soyotte. Je me demande ce qu\u2019ils peuvent bien faire en ces lieux, leur arbre-maison ne doit pas \u00eatre tout proche <sup>(7)<\/sup>. <strong><span class=\"has-inline-color has-black-color\">40<\/span><\/strong> Corto Maltese passe fugacement dans le quartier de Loen. Ce Corto-l\u00e0 est t\u00e9n\u00e9breux, le visage grave derri\u00e8re le col relev\u00e9 de son caban. Il retrouvera son bateau, un marin n\u2019est rien sans bateau. Et ce Corto-l\u00e0 n\u2019est rien.\u00a0<strong><span class=\"has-inline-color has-black-color\">41<\/span><\/strong> Dans la ville de Kujtimet, il y a un quartier dont j\u2019ai oubli\u00e9 le nom qui poss\u00e8de d\u2019\u00e9tranges particularit\u00e9s. Le soleil ne l\u2019\u00e9claire jamais de fa\u00e7on franche, les couleurs des toits sont plut\u00f4t ternes, les ar\u00eates des murs des maisons sont assez incertaines, les trottoirs ne sont pas vraiment droits. C\u2019est un quartier o\u00f9 flottent des bribes du pass\u00e9. <strong><span class=\"has-inline-color has-black-color\">42<\/span><\/strong> Dans ce quartier dont j\u2019ai oubli\u00e9 le nom, tout a un air de d\u00e9j\u00e0 vu. Un carrefour qui me dit quelque chose, une maison qui me rappelle vaguement un souvenir, une personne que j\u2019ai d\u00e9j\u00e0 vue quelque part. Ce quartier dont j\u2019ai oubli\u00e9 le nom est rempli de souvenirs incomplets, des souvenirs en train de s\u2019effacer de ma m\u00e9moire. <strong><span class=\"has-inline-color has-black-color\">43<\/span><\/strong> Dans le sud-est de la ville de Kujtimet, se trouve un petit jardin rempli de fleurs, quelle que soit la saison. En cet endroit, les souvenirs d\u2019amour \u00e9closent sans qu\u2019on y prenne garde. J\u2019y ai retrouv\u00e9 le go\u00fbt du premier baiser que j\u2019avais vol\u00e9 un soir d\u2019\u00e9t\u00e9 \u00e0 ma petite voisine.\u00a0<strong><span class=\"has-inline-color has-black-color\">44<\/span><\/strong> Je me prom\u00e8ne dans ce jardin. Cela n\u2019a rien d\u2019innocent, je veux retrouver la chaleur qui m\u2019avait envahi lors de ma premi\u00e8re nuit d\u2019amour. Je veux retrouver la douceur de sa peau et le go\u00fbt de miel de ses l\u00e8vres. Mais je n\u2019y parviens pas. Ce que je retrouve, c\u2019est l\u2019odeur vide de son absence. <strong><span class=\"has-inline-color has-black-color\">45<\/span><\/strong> Je me prom\u00e8ne dans ce jardin. Je suis triste. Je ne me rappelle plus pourquoi elle est partie, pourquoi j\u2019ai d\u00fb vivre sans elle. Je me rappelle seulement \u00eatre triste \u00e0 l\u2019id\u00e9e de ne plus jamais la voir. Je me prom\u00e8ne dans ce jardin aux mille dangers. Je sais que cet endroit est dangereux. <strong><span class=\"has-inline-color has-black-color\">46<\/span><\/strong> Ce n\u2019est pas seulement ce jardin qui est dangereux, c\u2019est tout le quartier. Il faut faire attention quand on s\u2019y prom\u00e8ne, on peut \u00eatre pris d\u2019une furieuse col\u00e8re qu\u2019on croyait oubli\u00e9e ou d\u2019une m\u00e9lancolie qu\u2019on ne parvient pas \u00e0 ma\u00eetriser. C\u2019est le lieu o\u00f9 les sentiments reviennent \u00e0 la surface. On n\u2019est jamais \u00e0 l\u2019abri d\u2019un retour de sentiments. <strong><span class=\"has-inline-color has-black-color\">47<\/span><\/strong> Je marche dans ce quartier dangereux, je reste aux aguets de la moindre attaque. Je n\u2019aurais pas d\u00fb \u00e9couter mon p\u00e8re qui voulait que je sois cuisinier comme lui. Moi, lorsque j\u2019\u00e9tais enfant, je voulais \u00eatre musicien. Je suis en col\u00e8re contre lui, je donne un coup de poing sur le mur, je saigne. <strong><span class=\"has-inline-color has-black-color\">48<\/span><\/strong> Je marche dans ce quartier dangereux, ma tristesse et ma col\u00e8re ne m\u2019ont pas quitt\u00e9. Je n\u2019aurais jamais d\u00fb \u00eatre puni, ce n\u2019est pas moi qui ai lanc\u00e9 la craie dans le dos la ma\u00eetresse. Je n\u2019aurais jamais d\u00fb \u00eatre gifl\u00e9, ce n\u2019est pas moi qui ai voulu dire la v\u00e9rit\u00e9. Je n\u2019aurais jamais d\u00fb \u00eatre battu, je ne faisais que passer. <strong><span class=\"has-inline-color has-black-color\">49<\/span><\/strong> Je quitte ce quartier dangereux en courant, je traverse celui dont j\u2019ai oubli\u00e9 le nom. Je ne me souviens plus du pr\u00e9nom de mon premier amour. Je devrais m\u2019en souvenir. Je ne me souviens plus des traits de son visage, juste d\u2019un go\u00fbt de miel qui m\u2019\u00e9voque encore quelques rares souvenirs de bonheur pass\u00e9.\u00a0<strong><span class=\"has-inline-color has-black-color\">50<\/span><\/strong> Je cours vers l\u2019ouest pour me diriger vers le port. Je passe par Adelma. Je retrouve mon p\u00e8re, ma m\u00e8re, ma grand-m\u00e8re, mon grand-p\u00e8re. Je les croise et ils ne me voient pas. Je croise un chanteur suicid\u00e9, je croise un pr\u00e9sentateur t\u00e9l\u00e9 accident\u00e9, je croise un voisin emport\u00e9 par un cancer. <strong><span class=\"has-inline-color has-black-color\">51<\/span><\/strong> J\u2019arrive sur le port. Je veux embarquer. Je veux quitter cette ville. Je veux monter sur le premier navire qui larguera les amarres. <strong><span class=\"has-inline-color has-black-color\">52<\/span><\/strong> La lumi\u00e8re est en train de quitter Kujtimet. Non pas parce que le soir tombe, mais parce que la ville commence \u00e0 \u00eatre us\u00e9e par mes souvenirs. Le soleil ne l\u2019\u00e9claire plus. Les lampadaires, spots, torches, projecteurs de l\u2019\u00e9clairage public non plus. Les n\u00e9ons des magasins obscurcissent les rues. <strong><span class=\"has-inline-color has-black-color\">53<\/span><\/strong> Je demande aux marins que je croise s\u2019ils connaissent un bateau en partance. L\u2019un apr\u00e8s l\u2019autre, ils ouvrent les mains, me montrant leurs paumes vides. Ils ne savent pas ou ils ne comprennent pas. Un bateau qui part, n\u2019importe o\u00f9, maintenant.\u00a0<strong><span class=\"has-inline-color has-black-color\">54<\/span><\/strong> Du pont d\u2019un navire, pench\u00e9 par-dessus le bastingage, un marin me fait signe. Il me crie un mot que je ne comprends pas. Gada. Ou gachda, quelque chose comme \u00e7a. Puis il me fait signe de rejoindre la passerelle encore en place. Je cours, je monte sur le bateau. <strong><span class=\"has-inline-color has-black-color\">55<\/span><\/strong> La ville de Kujtimet dispara\u00eet lentement dans la p\u00e9nombre, elle redevient invisible. Je n\u2019y reviendrai pas. Le navire s\u2019\u00e9loigne lentement du port. <strong><span class=\"has-inline-color has-black-color\">56<\/span><\/strong> Je vais \u00e0 G\u0127ada, une autre ville invisible. En maltais, \u00ab\u00a0g\u0127ada\u00a0\u00bb veut dire \u00ab\u00a0demain\u00a0\u00bb. Ou quelque chose comme \u00e7a.<\/p>\n\n\n\n<ol class=\"has-small-font-size wp-block-list\"><li>Adelma existe, c\u2019est une des cit\u00e9s que Marco Polo raconte au grand Khan. C\u2019est la deuxi\u00e8me du cycle \u00ab&nbsp;La ville et les morts&nbsp;\u00bb dans l\u2019ouvrage d\u2019Italo Calvino, \u00ab&nbsp;Les villes invisibles&nbsp;\u00bb.<\/li><li>Loen peut \u00eatre traduit par \u00ab&nbsp;je lis&nbsp;\u00bb en estonien.<\/li><li>Buda\u00ef existe, il est le personnage principal du livre \u00ab&nbsp;\u00c9p\u00e9p\u00e9&nbsp;\u00bb de l\u2019\u00e9crivain hongrois Ferenc Karinthy.<\/li><li>Tout \u00e7a existe dans \u00ab&nbsp;Brouillard au Pont de Tolbiac&nbsp;\u00bb, de L\u00e9o Malet.<\/li><li>Derri\u00e8re une fen\u00eatre ouverte sur la rue, une homme dort r\u00e9ellement. Son histoire existe, elle a \u00e9t\u00e9 racont\u00e9e par Ernest Hemingway dans \u00ab&nbsp;Le vieil homme et la mer&nbsp;\u00bb.<\/li><li>\u00ab&nbsp;Le li\u00e8vre de Vatanen&nbsp;\u00bb raconte l&rsquo;histoire de cet homme sous la plume d\u2019Arto Paasilinna.<\/li><li>Les Touim\u2019s vivent dans une vall\u00e9e, celle de \u00ab&nbsp;Ma vall\u00e9e&nbsp;\u00bb, mise en mots et en images par Claude Ponti.<\/li><\/ol>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>1 Il y a une ville quelque part. Dans cette ville, il y a un quartier, dans ce quartier, une rue, dans cette rue, une porte. Cette porte en bois brut se trouve en haut d\u2019un petit escalier d\u2019une dizaine de marches car elle est situ\u00e9e quelque deux ou trois m\u00e8tres au-dessus du trottoir. Cet escalier longe la fa\u00e7ade et <a class=\"more-link\" href=\"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/photographies-dune-ville-invisible\/\">Continuer la lecture<span class=\"screen-reader-text\">#P12 | Photographies d\u2019une ville invisible<\/span><span class=\"meta-nav\">&rarr;<\/span><\/a><\/p>\n","protected":false},"author":352,"featured_media":53012,"comment_status":"open","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"h5ap_radio_sources":[],"footnotes":""},"categories":[2071,2070,2836],"tags":[],"class_list":["post-53011","post","type-post","status-publish","format-standard","has-post-thumbnail","hentry","category-ete-2021-les-cycles","category-pete-2021-progression","category-progression-12-bolano"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/53011","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/users\/352"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=53011"}],"version-history":[{"count":0,"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/53011\/revisions"}],"wp:featuredmedia":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/media\/53012"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=53011"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=53011"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=53011"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}