{"id":53069,"date":"2021-09-29T19:29:11","date_gmt":"2021-09-29T17:29:11","guid":{"rendered":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/?p=53069"},"modified":"2021-10-01T11:28:39","modified_gmt":"2021-10-01T09:28:39","slug":"fenetres-sur-rue","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/fenetres-sur-rue\/","title":{"rendered":"autobiographies #02 |\u00a0fen\u00eatres sur rue"},"content":{"rendered":"\n<p>Sur le seuil de l\u2019appartement B du premier \u00e9tage, elle appara\u00eet. Elle avance \u00e0 petits pas de vieille. Elle sent la cuisine r\u00e9chauff\u00e9e, parfois c\u2019est plus \u00e2cre encore. Elle cache son corps \u00e9pais dans des blouses blanches qui ont vir\u00e9 au gris depuis longtemps, ses cheveux aussi se sont d\u00e9natur\u00e9s, couleur ind\u00e9finissable. Elle ne sourit jamais, personne ne lui a appris. On ne lui conna\u00eet aucun mari, m\u00eame d\u00e9funt, aucune amie non plus. Les voisins disent qu\u2019on l\u2019a pos\u00e9e l\u00e0 par hasard. D\u2019ici elle a regard\u00e9 passer sa vie, comme on regarde passer les voitures. Une nuit, elle est rest\u00e9e \u00e0 quai. La concierge a dit Pfff, disparue dans le brouillard. Les gosses de l\u2019immeuble ont traduit, elle est partie en voyage, ils disent qu\u2019eux aussi ils voudraient s\u2019en aller d\u2019ici, comme Rosy. <br><\/p>\n\n\n\n<p><br><\/p>\n\n\n\n<p>Rosy ne parlait qu\u2019\u00e0 son chat, c\u2019\u00e9tait la phrase qui circulait dans la cage d\u2019escaliers de l\u2019immeuble. Des chats, elle en eut beaucoup aux dires des voisins. Le dernier, un chat sans nom, fut de loin son pr\u00e9f\u00e9r\u00e9. Le chat sans nom, pas tr\u00e8s sociable, n\u2019aurait support\u00e9 aucun rival. Le chat sans nom, plus commun\u00e9ment appel\u00e9 chat noir par les gosses de l\u2019immeuble, les regardait avec d\u00e9dain. On entendait un l\u00e9ger miaulement et les gosses ricanaient. Le chat noir voulait raconter aux gamins sa biscotte du matin tremp\u00e9e dans du lait ti\u00e8de, ses croquettes bios, les feuilletons de l\u2019apr\u00e8s-midi \u00e0 la TV et ses nuits l\u2019un contre l\u2019autre, \u00e0 ronfler et \u00e0 ronronner de concert. <br>Les gosses n\u2019ont pas compris. C\u2019est un jour d\u2019hiver que chat noir a gliss\u00e9, Les plus grands ont applaudi, la silhouette de Rosy, plus courb\u00e9e encore que les jours d\u2019avant a ferm\u00e9 la fen\u00eatre. <br>Les voisins ont dit qu\u2019il n\u2019y avait plus rien \u00e0 faire, la rue \u00e9tait d\u00e9serte. Sur le bitume, chat noir, une tache rouge dans le creux de sa t\u00eate .<\/p>\n\n\n\n<p><\/p>\n\n\n\n<p><\/p>\n\n\n\n<p>Bient\u00f4t il ne sera plus l\u00e0, l\u2019homme de l\u2019appartement A du troisi\u00e8me \u00e9tage. C\u2019\u00e9tait un \u00e9crivain rat\u00e9 aux dires des voisins, et un sacr\u00e9 buveur. \u00c7a se voyait \u00e0 son teint et \u00e0 son regard. Puis les joues du buveur se sont \u00e9maci\u00e9es, ses cheveux se sont clairsem\u00e9s et sa d\u00e9marche est devenue plus lente. Il disait, c\u2019est \u00e0 cause de mon truc. Son truc, il l\u2019appelait le crabe. Les gosses n\u2019avaient pas compris ce qu\u2019un crabe venait faire dans cette histoire, dans cet immeuble justement. \u00c7a les faisait rire, entre eux ils se traitaient de crabes. Antoine, l\u2019homme s\u2019appelait Antoine, leur disait aux gosses, retenez bien ceci, crabe c\u2019est pas un mot moche, \u00e7a fait bord de mer. Les gosses qui n\u2019avaient jamais vu la mer, \u00e7a les faisait r\u00eaver un peu. Un matin, Antoine est parti, on ne l\u2019a jamais revu. Les voisins ont dit, c\u2019est \u00e0 cause du crabe.<\/p>\n\n\n\n<p><br><\/p>\n\n\n\n<p>Victoire appara\u00eet dans l\u2019escalier du deuxi\u00e8me \u00e9tage. Elle sort ce soir, comme tous les soirs. Les voisins disent d\u2019elle, elle va faire son affaire. \u00c7a, les gosses ne comprennent  pas. Ils la regardent passer. Pour eux, elle est un myst\u00e8re, simplement, Ils la trouvent belle. <br>Sa chevelure rousse, ses yeux verts soulign\u00e9s d\u2019un trait de kh\u00f4l, toujours une robe tr\u00e8s  courte, l\u00e9g\u00e8rement lam\u00e9e, un sac sur l\u2019\u00e9paule pour le cash et le t\u00e9l\u00e9phone. Les plus grands la matent, \u00e7a la fait sourire, elle leur distribue des chewing-gums roses qu\u2019ils font claquer. A l\u2019am\u00e9ricaine, elle leur dit. Les grands, rien qu\u2019\u00e0 entendre la voix de Victoire, sentent comme une clameur tr\u00e8s douce qui leur traverse le corps. Un soir, on lui a arrach\u00e9 son sac et trois hommes l\u2019ont pouss\u00e9e dans une voiture. Les voisins ont tout vu. D\u00e9sormais, Victoire ne sort plus et les gosses ont pens\u00e9 qu\u2019elle ne faisait plus d\u2019affaires. Et quand elle s\u2019\u00e9chappe de son appartement D du deuxi\u00e8me \u00e9tage, on ne voit plus rien d\u2019elle. Elle s\u2019\u00e9quipe de collants noirs, d\u2019un maillot \u00e0 longues manches, noir aussi, elle enfile des gants et un bonnet. Les gosses l\u2019appellent la cambrioleuse, les plus grands n\u2019osent plus la regarder. Les voisins savent tout, certains m\u00eame ricanent. Bien plus tard, elle changera de pr\u00e9nom, ils disent les voisins que maintenant elle s\u2019appelle Jude, que c\u2019est \u00e9crit sur la bo\u00eete aux lettres. <\/p>\n\n\n\n<p><\/p>\n\n\n\n<p><\/p>\n\n\n\n<p><\/p>\n\n\n\n<p><\/p>\n\n\n\n<p><\/p>\n\n\n\n<p><\/p>\n\n\n\n<p><\/p>\n\n\n\n<p><\/p>\n\n\n\n<p><\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-left\">       <\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Sur le seuil de l\u2019appartement B du premier \u00e9tage, elle appara\u00eet. Elle avance \u00e0 petits pas de vieille. 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