{"id":53129,"date":"2021-09-30T16:50:03","date_gmt":"2021-09-30T14:50:03","guid":{"rendered":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/?p=53129"},"modified":"2021-09-30T19:22:16","modified_gmt":"2021-09-30T17:22:16","slug":"02-instants-deux","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/02-instants-deux\/","title":{"rendered":"autobiographies #02 | instants d&rsquo;eux"},"content":{"rendered":"\n<p>Il penche toujours son oreille au creux de la vitre, le nez quasi coll\u00e9 au Plexiglas entre lui et les autres, \u00e0 l&rsquo;\u00e9coute. Puis, un silence se fait en lui, comme pour mieux dig\u00e9rer les mots prononc\u00e9s, la demande qui lui est adress\u00e9e, le bon train \u00e0 prendre, l&rsquo;horaire \u00e0 respecter, le ticket \u00e0 acheter. Et penchant l\u00e9g\u00e8rement la t\u00eate sur le c\u00f4t\u00e9, il vous scrute droit dans les yeux, et d&rsquo;une fa\u00e7on presque religieuse, r\u00e9pond \u00e0 vos inqui\u00e9tudes, exigences, de mani\u00e8re tr\u00e8s pr\u00e9cise, cherchant avec vous, des solutions et des conseils. L&rsquo;on peut d\u00e9celer toute l&rsquo;\u00e9nergie d\u00e9ploy\u00e9e en lui, d&rsquo;une mani\u00e8re quasi mystique, afin de donner r\u00e9ponse au plus pr\u00e9s de vos questionnements, prenant tr\u00e8s \u00e0 coeur, son travail, la fonction publique, vous et ses dires. Il est g\u00e9n\u00e9ralement en service et disponible le matin derri\u00e8re sa vitre mais on peut parfois l&rsquo;apercevoir \u00e0 marcher droit presque rigide sur le quai, claudiquant du pied droit, comme aux aguets, d&rsquo;un questionnement qui pourrait surgir, de l&rsquo;un d&rsquo;entre tous. <\/p>\n\n\n\n<p>S&rsquo;il \u00e9tait seul au monde, il serait malheureux car ce sont les regards des autres qui le font exister. Il ne peut ni courir, ni faire du yoga, ni aller chercher ses gamins, ni, ni, sans en faire trop, sans se faire remarquer, sans parler fort, sans \u00eatre un clown, pareil \u00e0 un petit gar\u00e7on d\u00e9laiss\u00e9 qui dirait sans s&rsquo;arr\u00eater : \u00ab\u00a0Et moi, et moi, et moi \u00ab\u00a0&#8211; Jamais pos\u00e9, rarement calme, jouant et sur-jouant, un r\u00f4le qui n&rsquo;est pas le sien, pour mieux dissimuler son mal \u00eatre, sa d\u00e9pression latente, l&rsquo;introverti qu&rsquo;il ne sait pas assumer. Plut\u00f4t beau gosse, le bon gendre \u00e0 marier, tous les dimanches matins, au retour de sa course \u00e0 pied, avec ses baskets derniers cris, lunettes assorties et transpiration exag\u00e9r\u00e9e, il ne peut s&#8217;emp\u00eacher, devant un public \u00e9bahi, de faire des bonds, devant la vitrine de la boulangerie, avant d&rsquo;y entrer, jetant des regards langoureux et la blague facile \u00e0 la boulang\u00e8re, trop \u00e2g\u00e9e, ravie de ce jeune hurluberlu, venu acheter son croissant beurr\u00e9.<\/p>\n\n\n\n<p>Du haut de ses 90 ans et de sa petite taille menue, elle prend soin de ses fleurs, g\u00e9raniums, roses et autres beaut\u00e9s color\u00e9s, qu&rsquo;elle coupe, taille et entretient, pour embaumer tout le quartier. \u00ab\u00a0Je gagne le concours du meilleur jardin fleuri de la ville,\u00a0\u00bb qu&rsquo;elle dit la Simone, de son accent titi parisien, \u00e0 tous les voisins, \u00ab\u00a0et chaque ann\u00e9e ! \u00ab\u00a0. Et lorsqu&rsquo;elle ouvre ses volets, c&rsquo;est un sourire, sans dents mais charmant, qu&rsquo;elle envoie au soleil avant d&rsquo;aller se boire son caf\u00e9 noir dans sa petite tasse blanche avec juste un sucre pour touiller, mais sans lait, jamais de lait, dans sa cuisine blanche, carrel\u00e9e et entretenue, par elle et seulement elle, ou parfois par sa fille, qui, le dimanche, vient la visiter accompagn\u00e9e de son gros doberman aboyant au passage des gens. Et toujours, l&rsquo;apr\u00e8s-midi, contre sa grille verte entre ses deux bols d&rsquo;eau et de graines pour les oiseaux, elle parle \u00e0 tous, sans s&rsquo;arr\u00eater.<\/p>\n\n\n\n<p>Toujours de noir v\u00eatu, pantalon, chemise, veste, noir, sans couleur, jamais, \u00e0 aucun moment de l&rsquo;ann\u00e9e, le \u00ab\u00a0corbeau\u00a0\u00bb qu&rsquo;on l&rsquo;appelle, le corbeau, noir, maudit, sombre et \u00e0 fuir. Toujours noir pour prendre son train tous les matins \u00e0 6 heures, toujours noir pour rentrer le soir \u00e0 19H00, toujours noir pour grimper l&rsquo;escalier de l&rsquo;immeuble sans vous saluer, est il toujours en noir lorsqu&rsquo;il fait couler son bain tous les soirs \u00e0 23 heures tapantes, sans d\u00e9roger ? <\/p>\n\n\n\n<p>La petite Claudette, elle porte pas de couettes, n&rsquo;aime pas les cacahu\u00e8tes mais plut\u00f4t ses radis, ses radis et ses tomates, qu&rsquo;elle prom\u00e8ne, durant l&rsquo;\u00e9t\u00e9, sur son v\u00e9lo caboss\u00e9, dans son petit panier qu&rsquo;elle fait congeler et revenir plus tard en sauce en se l\u00e9chant les doigts. La petite Claudette, elle est pas bien grosse, les joues creus\u00e9es, les os saillants, aime \u00e0 porter le short, durant l&rsquo;\u00e9t\u00e9, tr\u00e8s court qui laisse deviner les rides de ses fesses d\u00e9charn\u00e9es. La petite Claudette, elle rit toujours, parle si fort qu&rsquo;on l&rsquo;entend au bout du jardin, a le verre facile et la d\u00e9marche chaloup\u00e9e et quand elle prend son v\u00e9lo, on la regarde pour se marrer. La petite Claudette, depuis des jours, on ne la voit plus, on ne l&rsquo;entend plus, on ne rigole plus. La petite Claudette, son mari est parti, monter l\u00e0 haut parmi les anges et le bon dieu. <\/p>\n\n\n\n<p><\/p>\n\n\n\n<p> <\/p>\n\n\n\n<p><\/p>\n\n\n\n<p> <\/p>\n\n\n\n<p><\/p>\n\n\n\n<p><\/p>\n\n\n\n<p><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Il penche toujours son oreille au creux de la vitre, le nez quasi coll\u00e9 au Plexiglas entre lui et les autres, \u00e0 l&rsquo;\u00e9coute. Puis, un silence se fait en lui, comme pour mieux dig\u00e9rer les mots prononc\u00e9s, la demande qui lui est adress\u00e9e, le bon train \u00e0 prendre, l&rsquo;horaire \u00e0 respecter, le ticket \u00e0 acheter. 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