{"id":53262,"date":"2021-10-01T13:02:23","date_gmt":"2021-10-01T11:02:23","guid":{"rendered":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/?p=53262"},"modified":"2023-05-22T22:38:28","modified_gmt":"2023-05-22T20:38:28","slug":"autobiographie-02-aux-passages","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/autobiographie-02-aux-passages\/","title":{"rendered":"autobiographies #02  | aux passages"},"content":{"rendered":"\n<figure class=\"wp-block-image size-large\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"1024\" height=\"1020\" src=\"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-content\/uploads\/2021\/10\/IMG_3267-1024x1020.jpg\" alt=\"\" class=\"wp-image-53263\" srcset=\"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-content\/uploads\/2021\/10\/IMG_3267-1024x1020.jpg 1024w, https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-content\/uploads\/2021\/10\/IMG_3267-420x418.jpg 420w, https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-content\/uploads\/2021\/10\/IMG_3267-200x200.jpg 200w, https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-content\/uploads\/2021\/10\/IMG_3267-768x765.jpg 768w, https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-content\/uploads\/2021\/10\/IMG_3267-1536x1530.jpg 1536w, https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-content\/uploads\/2021\/10\/IMG_3267.jpg 1688w\" sizes=\"auto, (max-width: 1024px) 100vw, 1024px\" \/><figcaption class=\"wp-element-caption\">\u00a9 Lisa Diez, collage, 2004<\/figcaption><\/figure>\n\n\n\n<p>Ses v\u00eatements sont gris, ses cheveux hirsutes, ses mains dodues et huileuses. Comme tous les matins, il a pos\u00e9 sur le rebord de la fen\u00eatre un petit poste de radio, une pile de dossiers, de classeurs, un \u00e9pais agenda annot\u00e9 qu\u2019il feuillette ad libitum avec un peu plus de vigueur lorsqu\u2019un passant le croise. Circulez, cet homme travaille, il ne faut pas le d\u00e9ranger. Parfois, il fume avec l\u2019air d\u2019attendre quelqu\u2019un. Son air mauvais quand on le salue.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p>Massif dans sa tenue de camouflage, il porte la barbe, un sourire imperturbable et, en toute saison, de lourdes rangers. Chaque jour \u00e0 la m\u00eame heure, il se colle au milieu du trottoir, accroche ses yeux graves et son inqui\u00e9tant rictus \u00e0 un pan de ciel ou de fa\u00e7ade. Les passants le contournent sur la pointe des pieds, \u00e9vitent de le regarder. Parfois, il s\u2019adresse en postillonnant \u00e0 ce quelque chose l\u00e0-haut. Parole sans verbe, en boucle, tenace, voix d\u00e9sertique o\u00f9 il est question de missiles, d\u2019artillerie, d\u2019avions et d\u2019eau. Puis il dispara\u00eet comme sable fin.<\/p>\n\n\n\n<p>Satisfait, il prend place au fond du bus, largement assis au milieu de la rang\u00e9e de si\u00e8ges, pos\u00e9 lourd comme si les lieux lui appartenaient. Il fouille dans un sac en plastique, attrape une boite \u00e0 camembert, l\u2019ouvre, en extirpe le rond moelleux qui, dans son \u00e9norme main, semble aussi modeste qu\u2019un Babybel. Il le lib\u00e8re en partie de son papier protecteur, l\u2019odeur se r\u00e9pand en m\u00eame temps que la sid\u00e9ration des passagers. Sans lever les yeux, sans exprimer la moindre \u00e9motion, il croque, mastique, d\u00e9glutit pendant que ses jouent rosissent, croque, mastique, d\u00e9glutit jusqu\u2019\u00e0 disparition totale du camembert. Il plie puis range soigneusement le papier dans son sac, le bus s&rsquo;arr\u00eate, il est temps de descendre.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p>Soleil et foule d\u2019\u00e9t\u00e9. La SNCF a d\u00e9ploy\u00e9 l\u2019op\u00e9ration \u00ab&nbsp;r\u00e9v\u00e9lateur de talents&nbsp;\u00bb en exposant une s\u00e9rie de photographies d\u2019artistes du monde entier. Sur le parvis blanc devenu four, \u00e0 l\u2019ombre d\u2019un panneau, l\u2019homme noir tousse, son corps chavire le long d&rsquo;un paysage bless\u00e9 \u2014 assis c\u00f4tes \u00e0 c\u00f4tes dans une carcasse de voiture bleue, deux jeunes mari\u00e9s syriens nous regardent, au loin derri\u00e8re eux, fondus dans le beige et le gris d\u2019un vallon, la silhouette trouble de deux tanks arm\u00e9s de canons. Un couple tonique sort de la gare. Il a la quarantaine coiff\u00e9e d\u00e9coiff\u00e9e, chemise blanche, chaussures compens\u00e9es, pantalon \u00e9troit, elle est s\u00e8che, proche le la soixantaine, carr\u00e9 impeccable faussement blond, tenue simple et ch\u00e8re. Ils se dirigent tout droit vers la photographie, se prouvent qu\u2019ils la connaissent, qu\u2019ils l\u2019appr\u00e9cient, il y a tant \u00e0 en dire. L\u2019homme est \u00e0 leurs pieds.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Ses v\u00eatements sont gris, ses cheveux hirsutes, ses mains dodues et huileuses. Comme tous les matins, il a pos\u00e9 sur le rebord de la fen\u00eatre un petit poste de radio, une pile de dossiers, de classeurs, un \u00e9pais agenda annot\u00e9 qu\u2019il feuillette ad libitum avec un peu plus de vigueur lorsqu\u2019un passant le croise. 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