{"id":53432,"date":"2021-10-02T21:25:00","date_gmt":"2021-10-02T19:25:00","guid":{"rendered":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/?p=53432"},"modified":"2021-10-03T10:22:44","modified_gmt":"2021-10-03T08:22:44","slug":"a1-images-gravees","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/a1-images-gravees\/","title":{"rendered":"autobiographies #01 | images grav\u00e9es"},"content":{"rendered":"\n<p>Village des bords de Dordogne, pas tout \u00e0 fait au bord, six kilom\u00e8tres \u00e0 l\u2019int\u00e9rieur. La terre couverte de rangs de vignes. En dessous, de longues galeries qui servent parfois de champignonni\u00e8res. Des carri\u00e8res ferm\u00e9es, interdites au public. De l\u00e0 vient la pierre des immeubles bordelais. Un terrain sans portail accueille d\u2019un c\u00f4t\u00e9 un hangar et de l\u2019autre une double maison d\u2019habitation dans le prolongement d\u2019une scierie. Vue du ciel, deux longues toitures perpendiculaires \u00e0 la petite route qui dessert l\u2019\u00e9glise, pos\u00e9e juste derri\u00e8re le bloc maisons scierie. En face de l\u2019\u00e9glise, un bar-tabac presse. Les cloches teintent chaque demi-heure. Voitures rares encore. L\u00e0 o\u00f9 tu te tiens, sur le terrain entre les b\u00e2timents, \u00e0 cent cinquante m\u00e8tres de la petite route, sur ta droite, se dresse le hangar sous lequel est rang\u00e9e la vieille traction, \u00e0 c\u00f4t\u00e9 du stock de bois. Sur ta gauche, le verger potager, le soleil chauffe ta joue. Dans ton dos, une poule \u00e9chapp\u00e9e de son enclos coll\u00e9 au pignon de la scierie. Le chien aboie. Devant toi, le pr\u00e9 qui monte \u00e0 l&rsquo;ancien prieur\u00e9 voisin : \u00ab&nbsp;ch\u00e2teau&nbsp;\u00bb de ta carte postale. Des moutons, des brebis et des agneaux. Les petits t\u2019attirent plus encore que la collecte des \u0153ufs. Les b\u00eates t\u00e8tent sans crainte. Pure jubilation. Se tenir pr\u00e8s des b\u00eates, au plus loin des adultes graves.<\/p>\n\n\n\n<p>Cour d\u2019immeubles blanc sale, pas plus de quatre ou cinq \u00e9tages tous. Une porte coch\u00e8re avec code d\u2019acc\u00e8s, verte et lourde, ouvre sur un porche bas aux murs couverts de bo\u00eetes aux lettres. Pas de beaux pav\u00e9s conduisant aux escaliers d\u2019immeubles, mais du b\u00e9ton liss\u00e9 gris. Au centre de la cour, des arbres. S\u00fbrement des persistants, car il y a du vert toute l&rsquo;ann\u00e9e. Les fen\u00eatres sont \u00e9troites, petits logements de deux pi\u00e8ces. La salle de bains est terriblement sombre malgr\u00e9 un battant en verre simple. D\u2019ailleurs, du simple vitrage partout. Par les jointures des fen\u00eatres, de l\u2019air. Pas de neige dans la cour cet hiver-l\u00e0, mais en toutes saisons des \u00e9chos de voix, roucoulements de pigeons, chants d&rsquo;oiseaux, cris qui s&rsquo;\u00e9l\u00e8vent brusquement dans des langues parfois ind\u00e9chiffrables. Rien de la rue en revanche, pas trace de circulation. Depuis les deux ouvertures de l\u2019appartement borgne, l\u2019\u0153il s\u2019\u00e9chappe par le sas de verdure, se pose sur les volets d\u2019en face, bout de ciel, rare soleil. Et presque chaque dimanche matin, de longs r\u00e2les aigus. Une femme avec beaucoup de joie couvre le chant des oiseaux. Une messe.<\/p>\n\n\n\n<p>Terrain vague o\u00f9 souffle un vent chaud. \u00c0 trois cents m\u00e8tres peut-\u00eatre d&rsquo;une maison \u00e0 une chambre attribu\u00e9e par le centre culturel. En arpentant le quartier fait de petites concessions en terre battue ocre rouge, tu slalomes au hasard. Tu croises ch\u00e8vres, chiens fam\u00e9liques, enfants rigolards, femmes \u00e0 v\u00e9lo, hommes sur mobylettes surcharg\u00e9es, jusqu\u2019\u00e0 tomber sur l\u2019inimaginable d\u00e9potoir. Tu es face au bout de la piste d\u2019atterrissage. Une terre en friche qui voit d\u00e9ferler quotidiennement d\u00e9chets m\u00e9nagers et intimes. La ville n&rsquo;a pas d&rsquo;assainissement ? Le quartier ne compte que ta maison avec une salle de bains ? Bien s\u00fbr que non. Combien sont-ils ? Des centaines ? Des milliers ? Tu entendais les avions, oui d\u2019accord, une zone abandonn\u00e9e, sale s\u00fbrement, mais comment imaginer ? Devant toi, le ciel occupe presque tout le cadre, et la terre souill\u00e9e s&rsquo;\u00e9l\u00e8ve \u00e0 hauteur de genoux. La lente disparition de ton odorat : une fiction \u00e0 cet instant. D\u00e9tourner le regard et partir. Honte grav\u00e9e au fer pour cet abandon. Comment ferais-tu ? La nuit ? En repartant, tu tombes sur une poule affol\u00e9e qui tente d\u2019\u00e9chapper \u00e0 la mort. Prendre en piti\u00e9 la poule pour oublier une seconde les latrines en plein air. Celles et ceux qui n\u2019y \u00e9chappent pas.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Village des bords de Dordogne, pas tout \u00e0 fait au bord, six kilom\u00e8tres \u00e0 l\u2019int\u00e9rieur. La terre couverte de rangs de vignes. En dessous, de longues galeries qui servent parfois de champignonni\u00e8res. Des carri\u00e8res ferm\u00e9es, interdites au public. De l\u00e0 vient la pierre des immeubles bordelais. 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