{"id":53504,"date":"2021-10-05T10:55:15","date_gmt":"2021-10-05T08:55:15","guid":{"rendered":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/?p=53504"},"modified":"2021-10-05T11:40:17","modified_gmt":"2021-10-05T09:40:17","slug":"ecluse-3","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/ecluse-3\/","title":{"rendered":"autobiographies #01 |\u00a0\u00e9cluse"},"content":{"rendered":"\n<figure class=\"wp-block-gallery columns-0 is-cropped wp-block-gallery-1 is-layout-flex wp-block-gallery-is-layout-flex\"><ul class=\"blocks-gallery-grid\"><\/ul><\/figure>\n\n\n\n<p>L\u2019\u00c9CLUSE<br>Elle coupe le fleuve. Tranchant des crois\u00e9es m\u00e9talliques entre les tourelles de b\u00e9ton ocre. On pourrait la prendre pour un pont si ne s\u2019\u00e9levaient ces trois tours qui la scindent. L\u2019apercevoir, mon coeur battait plus fort. J\u2019\u00e9tais arriv\u00e9e \u00e0 destination. Je savais que lui aussi derri\u00e8re la fen\u00eatre de son bureau l\u2019observait, c\u2019\u00e9tait son horizon. Immobile et pourtant en mouvement, elle ouvrait ses vannes, immenses portes noires. Une p\u00e9niche s\u2019engouffre, croulant sous un tertre de charbon anthracite scintillant au soleil. Les amarres sont lanc\u00e9es. Cavalcade du marinier sur le pont de la barge. Sur le trottoir, une vieille dame prom\u00e8ne son chien. Arr\u00eat. Le chien tire sur sa laisse. Comme elle, par la fen\u00eatre de l\u2019autobus, j\u2019ai vu. Le flot monte, cascade, geyser, miroir. Il entoure la p\u00e9niche. Moment magique. Puis, lib\u00e9r\u00e9e de ses amarres, elle poursuit sa route. Je revois l\u2019autre \u00e9cluse, la petite de mon enfance, \u00e0 vingt-cinq kilom\u00e8tres de l\u00e0. But de nos promenades dominicales. Le chemin de halage, les grands tilleuls du bord du canal. Modeste. Ses vantaux s\u2019ouvraient comme des l\u00e8vres prenant une grande inspiration. Au repos, referm\u00e9e, il \u00e9tait possible de la franchir \u00e0 pied. \u00c9troit passage, une fine rambarde d\u2019un c\u00f4t\u00e9. Contrairement \u00e0 celle-ci interdite, inaccessible. \u00c9cluse des villes, versus \u00e9cluse des champs.<br>Je venais toujours le voir en autobus. Il traversait le fleuve, laissant derri\u00e8re lui les beaux quartiers, demeures luxueuses, avenues larges, h\u00f4tels particuliers ombrag\u00e9s. Il abordait l\u2019autre rive, celle des usines en brique aux toits en zigzag, caf\u00e9s du coin, ouvriers enfourchant leurs v\u00e9los \u00e0 la d\u00e9bauche. Des gratte-ciels commen\u00e7aient \u00e0 se dresser, cern\u00e9s de grues. Les usines bient\u00f4t ras\u00e9es. B\u00e9ances dans la continuit\u00e9 des b\u00e2timents. Palissades provisoires en bois. Parcourir rapidement les affiches en s\u00e9rigraphie rouge et noir, annon\u00e7ant de prochains meetings. Remarquer les trou\u00e9es \u00e0 chacun de mes passages, les tas de gravats d\u00e9bordant sur le trottoir, scruter le temps qui passe.<br>Son b\u00e2timent, son bureau, lui, n\u2019avait pas chang\u00e9. Insensible, bloc de pierre blanche datant du si\u00e8cle dernier. Il conservait son allure de maison de ma\u00eetre \u00e0 deux \u00e9tages. Dissimul\u00e9 dans un jardin derri\u00e8re une cl\u00f4ture m\u00e9tallique sur un mur bahut en cr\u00e9pi blanc. Un lieu prot\u00e9g\u00e9. On y p\u00e9n\u00e9trait par une porte au centre atteinte apr\u00e8s trois ou quatre marches. Une plaque : Service des Ponts et Chauss\u00e9s. Sonner \u00e0 la porte. Il m\u2019attendait, descendait d\u00e9j\u00e0 pr\u00eat. Une ou deux fois, il m\u2019a fait p\u00e9n\u00e9trer, m\u2019a montr\u00e9 \u00ab l\u00e0 o\u00f9 il travaillait \u00bb, de hautes tables \u00e0 dessin, des calques. Il m\u2019a pr\u00e9sent\u00e9 \u00e0 la secr\u00e9taire, \u00e0 son patron. \u00ab Une vraie jeune-fille maintenant, votre fille ! \u00bb. Il rayonnait, dans son costume gris-perle, cravate bleue assortie \u00e0 ses yeux. Ensuite, il m\u2019emmenait d\u00e9jeuner au restaurant au coin de la rue. Salu\u00e9 par les serveurs au tablier noir. Signe de la main aux habitu\u00e9s, il se dirigeait vers sa table. Son aisance inhabituelle pour moi. On parlait fort autour de nous, rel\u00e2chement de la pause de midi. Face \u00e0 face, moments \u00e0 nous deux. Attendre des confidences qui ne viendraient jamais. J\u2019esp\u00e9rais que cet autre homme pourrait s\u2019ouvrir. Les portes de l\u2019\u00e9cluse sont demeur\u00e9es ferm\u00e9es. Alors, juste le regarder, l\u00e0 o\u00f9 il \u00e9tait heureux. Le soir \u00e0 la maison, quand nous nous retrouvions, je me demandais si le midi n\u2019avait pas \u00e9t\u00e9 un r\u00eave. Il avait remis ses habits de p\u00e8re de famille, de mari effac\u00e9.<br>Catherine Guillerot-Renier Le 21\/09\/2021<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>L\u2019\u00c9CLUSEElle coupe le fleuve. Tranchant des crois\u00e9es m\u00e9talliques entre les tourelles de b\u00e9ton ocre. On pourrait la prendre pour un pont si ne s\u2019\u00e9levaient ces trois tours qui la scindent. L\u2019apercevoir, mon coeur battait plus fort. J\u2019\u00e9tais arriv\u00e9e \u00e0 destination. Je savais que lui aussi derri\u00e8re la fen\u00eatre de son bureau l\u2019observait, c\u2019\u00e9tait son horizon. 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