{"id":53508,"date":"2021-10-03T14:32:15","date_gmt":"2021-10-03T12:32:15","guid":{"rendered":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/?p=53508"},"modified":"2021-10-03T15:52:41","modified_gmt":"2021-10-03T13:52:41","slug":"frontiere-dans-la-nuit","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/frontiere-dans-la-nuit\/","title":{"rendered":"autobiographies #01 | fronti\u00e8re dans la nuit"},"content":{"rendered":"\n<figure class=\"wp-block-image size-large\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"1024\" height=\"682\" src=\"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-content\/uploads\/2021\/10\/514C9067-2265-4D4A-923A-78B74C7FE048-1024x682.jpeg\" alt=\"\" class=\"wp-image-53509\" srcset=\"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-content\/uploads\/2021\/10\/514C9067-2265-4D4A-923A-78B74C7FE048-1024x682.jpeg 1024w, https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-content\/uploads\/2021\/10\/514C9067-2265-4D4A-923A-78B74C7FE048-420x280.jpeg 420w, https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-content\/uploads\/2021\/10\/514C9067-2265-4D4A-923A-78B74C7FE048-768x512.jpeg 768w, https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-content\/uploads\/2021\/10\/514C9067-2265-4D4A-923A-78B74C7FE048.jpeg 1280w\" sizes=\"auto, (max-width: 1024px) 100vw, 1024px\" \/><\/figure>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">L\u2019appartement faisait face \u00e0 la mer, au niveau du port de plaisance. Baies vitr\u00e9es sur chantier. Se rejouait peut-\u00eatre un m\u00eame paysage, le bleu du ciel, la jet\u00e9e. Un temps trop court, ou l\u2019absence, tout est flou. Il devait bien pourtant y avoir la mer, l\u2019horizon, l\u2019Elbe d\u00e9j\u00e0. Sa lutte quotidienne contre le sable gris qui passe par les interstices, c\u2019est \u00e0 cause du chantier. Se souvenir d\u2019un cauchemar, au bas des fen\u00eatres la rue s\u2019\u00e9tait charg\u00e9e d\u2019un fleuve jaune, des monstres marins lents et silencieux nageaient dans le fond.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Depuis le haut de la ville \u00e0 la sortie du coll\u00e8ge la ruelle se mue en escaliers. Voie d\u00e9serte. Le frais sortait des murs. L\u2019air charg\u00e9 de pierre grasse et humide. L\u2019ombre. Tu descends en courant presque, exalt\u00e9e, surprise par ton audace. Tu ignores la lumi\u00e8re qui baigne la rue Droite, momentan\u00e9ment perdue. Il y avait sans doute un peu d\u2019agitation qui t\u2019a attir\u00e9e vers le port. Les reflets des fa\u00e7ades sur le vert profond, la ville reprend forme.\u00a0<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">La lumi\u00e8re du levant for\u00e7ait les ruelles. L\u2019ombre des immeubles projet\u00e9e sur les murs redessine la ville. L\u2019\u00e9glise Saint-Jean-Baptiste dans la perspective de la rue du g\u00e9n\u00e9ral Carbuccia. Imaginer l\u2019agitation d\u2019alors, les voix, la langue, l\u2019aust\u00e9rit\u00e9 des veuves. Le temps \u2014 longtemps \u2014 arr\u00eat\u00e9 dans cette partie de la ville. Maintenant les fa\u00e7ades modestes raval\u00e9es d\u2019ocres quand le soleil suffit qui \u00e9claire la lessive suspendue. Maintenant tu marches dans Terra Vechja vers le port, attir\u00e9e par l\u2019odeur du large.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Quitter la ville, longer la c\u00f4te du cap vers le nord, ne croiser aucune voiture, les changements de vitesse \u00e0 l\u2019entr\u00e9e des virages maintiennent en alerte sur la route infinie. C\u2019est comme tracer une fronti\u00e8re dans la nuit obscure, une \u00eele \u00e9troite comme un pont. Le silence oppresse, le vent est tomb\u00e9. En contrebas m\u00eame la mer est apais\u00e9e alourdie de sommeil, m\u00e9fies toi de l\u2019eau qui dort. Chanter pour tromper la fatigue, jusqu\u2019\u00e0 voir dans la lumi\u00e8re des phares la fa\u00e7ade blanche qui se dresse derri\u00e8re la grille.\u00a0<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">\u00c0 l\u2019aube, pas somnambules sur les tomettes sablonneuses. Les persiennes opposent une petite r\u00e9sistance. Faiblesse des bras, tu aurais d\u00fb dormir encore, mais tu ne sais pas r\u00e9sister \u00e0 l\u2019appel de l\u2019aube, tu voudrais assister chaque matin au lever du jour. La m\u00eame fra\u00eecheur. L\u2019Elbe, les cargos. La mer enfl\u00e9e d\u2019un gris intense. La progression du soleil. La br\u00fblure du ciel. Le contrejour. La terrasse d\u00e9serte du petit matin, les cendriers abandonn\u00e9s sur les rebords des fen\u00eatres, les lattes blanches de la table aur\u00e9ol\u00e9es du d\u00eener de la veille. Tu retournes te coucher entre les draps rafra\u00eechis, \u00e9coute la circulation d\u00e9butante sur la route du cap, tu t\u2019endors.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>L\u2019appartement faisait face \u00e0 la mer, au niveau du port de plaisance. Baies vitr\u00e9es sur chantier. Se rejouait peut-\u00eatre un m\u00eame paysage, le bleu du ciel, la jet\u00e9e. Un temps trop court, ou l\u2019absence, tout est flou. 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