{"id":53551,"date":"2021-10-03T19:23:27","date_gmt":"2021-10-03T17:23:27","guid":{"rendered":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/?p=53551"},"modified":"2023-05-21T20:51:53","modified_gmt":"2023-05-21T18:51:53","slug":"p12-gens-de-porto-suite","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/p12-gens-de-porto-suite\/","title":{"rendered":"#P12 | gens de Porto, suite"},"content":{"rendered":"\n<p><strong>23 <\/strong>\u2013 En sortant de la S\u00e9, Peter et Frances Adams, avant de descendre la cal\u00e7ada, s&rsquo;avancent sur la terrasse pour regarder les toits de la ville, Peter se retourne, admire l&rsquo;accord entre la grande croix baroque \u2013 il doit y avoir un autre nom mais il ne le connait pas et s&rsquo;en moque bien \u2013 et la rude solennit\u00e9 de la cath\u00e9drale, abstraction faite du portail dix-huiti\u00e8me qui, lui, est incontestablement baroque, mais Frances ne lui laisse pas le temps de cette diversion et, les yeux fix\u00e9s sur rien, le vague, dans la direction du fleuve, reprend la dispute interrompue en entrant dans l&rsquo;\u00e9glise <strong>\u2013 24 <\/strong>\u2013 Rua de Mota Pinto, au bas de la tour qu&rsquo;il habite, Francisco, assis sur une bande de ciment, en bas du petit talus de gazon qui descend de la plateforme des immeubles vers le trottoir, la chauss\u00e9e, l&rsquo;autre trottoir&#8230;, regarde face \u00e0 lui le trottoir, le talus, la tour d&rsquo;en face, il attend, et comme il atteint l&rsquo;\u00e2ge de raison il commence \u00e0 se douter que rien ne se passera, ne viendra, sauf le soir. <strong>\u2013 25 <\/strong>\u2013 A l&rsquo;arri\u00e8re d&rsquo;une ambulance qui roule paisiblement rua de Vale Formoso, Ana tente de plaisanter, de faire admettre qu&rsquo;elle n&rsquo;a rien, que ce n&rsquo;est pas grave, qu&rsquo;elle veut juste rentrer chez elle, qu&rsquo;elle a un tas de trucs \u00e0 faire&nbsp;; l&rsquo;ambulancier \u2013 il n&rsquo;est pas beau, il est trop vieux, et trop gros, il doit se laisser aller, mais bon il a un sourire chaud \u2013 lui r\u00e9pond en se moquant un peu d&rsquo;elle, dit quelle est jeune et forte, que c&rsquo;est vrai, \u00e7a se voit, lui demande ce qu&rsquo;elle peut bien avoir \u00e0 faire de si important, et ce satan\u00e9 Jorge, son fils, cette brute imb\u00e9cile, ricane et r\u00e9pond \u00ab&nbsp;rien, elle ne fait jamais rien&nbsp;\u00bb&nbsp;; elle se rallonge, se recroqueville comme si elle avait peur, l&rsquo;ambulancier pose sa main sur son bras, regarde Jorge, elle jubile, mais cela ne dure pas, Jorge montre un papier tir\u00e9 de la chemise de carton qu&rsquo;il tient sur ses genoux, il chuchote quelque chose, tout le monde se tait&nbsp;; elle se met \u00e0 chanter. <strong>\u2013 26 <\/strong>\u2013 Accoud\u00e9e \u00e0 la balustrade rouill\u00e9e de son balcon, la vieille Sra Fonseca regarde sa petite fille sur le trottoir d&rsquo;en face \u2013 ses cuisses et gros mollets bien moul\u00e9s dans un legging gris (la vieille se d\u00e9lecte de sa connaissance du mot, faute d&rsquo;appr\u00e9cier vraiment la chose, mais bon ce n&rsquo;est pas grave), volontairement, certainement volontairement, fendu sur le genou droit, bracelet de cuir et baskets rouges, une inscription blanche qu&rsquo;elle ne comprend pas sur le large tee-shirt noir, \u2013 qui, en marchant, tourne la t\u00eate vers le miroir rempla\u00e7ant la vitrine d&rsquo;une boutique abandonn\u00e9e pour admirer l&rsquo;effet de ses longs cheveux violets ; elle imagine l&rsquo;\u00e9pais cerne de fard autour des yeux et les ongles peints en noir (ou en violet?) et laisse monter dans son sourire toute la tendresse qu&rsquo;elle va devoir dissimuler dans quelques minutes. <strong>\u2013 27 <\/strong>\u2013 N\u00e9lia choisit sur l&rsquo;\u00e9tendage une nappe \u00e0 carreaux mauves et blancs qu&rsquo;elle juge s\u00e8che ou \u00e0 peu pr\u00e8s, la d\u00e9croche, d\u00e9garnit un peu plus la masse multicolore qui se d\u00e9verse de son balcon presque jusqu&rsquo;\u00e0 toucher la t\u00eate des passants (surtout s&rsquo;ils sont touristes nordiques) en enlevant, pliant une combinaison de fin coton bleu p\u00e2le \u00e0 fleurs noires et se penche pour bien \u00e9taler, devant une serviette de bain blanche et orange, un chemisier en dentelle rouge sombre, se penche encore d&rsquo;avantage, h\u00e8le son fain\u00e9ant de mari attabl\u00e9 avec ses amis, devant le bar, juste sous elle, le traite d&rsquo;un mot malsonnant&nbsp;; Miguel rit et tape sur l&rsquo;\u00e9paule de l&rsquo;apostroph\u00e9 en lui disant \u00ab&nbsp;tu vois comme elle te traite&nbsp;\u00bb, \u00e0 quoi elle r\u00e9pond \u00ab&nbsp;ce n&rsquo;est pas vrai peut-\u00eatre&nbsp;? \u00bb, ce qui d\u00e9clenche des rires approbateurs, et ajoute \u00ab&nbsp;c&rsquo;est l&rsquo;heure, tu n&rsquo;oublies pas que tu as ta fille \u00e0&#8230;&nbsp;\u00bb \u00ab&nbsp;aller chercher, oui j&rsquo;y vais&nbsp;\u00bb. Quand il est parti, au moment o\u00f9 elle va rentrer dans l&rsquo;appartement, Gon\u00e7alo, sa t\u00eate renvers\u00e9e en arri\u00e8re, sans forcer la voix, lui envoie&nbsp;: \u00ab&nbsp;h\u00e9 ma fille, tu ne devrais pas lui parler comme \u00e7a, tu lui fait honte devant les autres&nbsp;\u00bb \u00ab&nbsp;bah&nbsp;! devant vous il aime \u00e7a, c&rsquo;est un jeu&#8230; je le respecte tu sais bien&nbsp;\u00bb. <strong>\u2013 28 <\/strong>\u2013 Sur le tablier le plus bas du Ponte Luis 1, quatre gamins croisent des touristes, une famille, deux jeunes hommes portant des appareils photo impressionnants, \u00e0 tr\u00e8s grand nez comme dit Martim, ils pressent le pas tout en regardant, ne peuvent faire autrement, le fleuve, press\u00e9s d&rsquo;arriver au rendez-vous avec leur professeur d&rsquo;histoire pour une visite au Mus\u00e9e da Cidade, sauf Vicente qui, quelques pas devant les autres, avance les yeux lev\u00e9s, fascin\u00e9 par les deux \u00e9normes piles qui portent la savante construction de m\u00e9tal. <strong>\u2013 29 <\/strong>\u2013 Boutiques, bars et restaurants sont ferm\u00e9s en cette fin d&rsquo;apr\u00e8s-midi dominical sur le Cais de Ribera, mais dans sa toute petite boutique \u00e0 c\u00f4t\u00e9 d&rsquo;un passage vout\u00e9, Julio Veloso s&rsquo;est r\u00e9fugi\u00e9, fuyant les discours pontifiants de son beau-fr\u00e8re, les r\u00e9actions des femmes, les phrases acerbes de l&rsquo;ain\u00e9 de ses neveux \u2013 cheveux longs et id\u00e9es de gauche comme le dit avec m\u00e9pris son p\u00e8re \u2013 le d\u00e9bat politique qui s&rsquo;est engag\u00e9 rituellement \u00e0 la fin du d\u00e9jeuner dominical, faute de pouvoir somnoler beno\u00eetement, malgr\u00e9 tout, comme son beau-p\u00e8re \u2013 Maria veillait et a saisi la pipe au moment o\u00f9 les l\u00e8vres la laissaient tomber \u2013 et se refusant \u00e0 accompagner ce cher idiot de Jo\u00e3o qui a embarqu\u00e9 dans sa voiture la partie la plus tonique de la marmaille pour une longue promenade&nbsp;; il a sorti du tiroir ferm\u00e9 un cahier, qu&rsquo;il a pos\u00e9 sur son comptoir, s&rsquo;est relu un peu pour retrouver son univers et, dos aux rang\u00e9es de bouteilles d&rsquo;huile, face \u00e0 la grille qui laisse passer la lumi\u00e8re d\u00e9clinante du jour \u2013 il vient de s&rsquo;en apercevoir, il attend encore un moment avant de se d\u00e9cider \u00e0 partir ou \u00e0 allumer le globe qui d\u00e9noncera sa pr\u00e9sence \u2013 lentement, en bataille silencieuse, il \u00e9crit des po\u00e8mes (trois seulement \u00e0 vrai dire, il n&rsquo;est pas arriv\u00e9 \u00e0 chasser compl\u00e8tement la petite rage qui tout \u00e0 l&rsquo;heure l&rsquo;a pouss\u00e9 \u00e0 partir) <strong>\u2013 30 <\/strong>\u2013 Le soleil de quinze heures frappe rudement les dalles du Cais de Estiva, suivant ou trainant leurs ombres des passants se croisent avec la nonchalance d&rsquo;un jour de repos, une famille se dirige, yeux \u00e9blouis par le fleuve, vers la station de bateaux-taxis&#8230; longues coques sombres dont la proue et la poupe relev\u00e9es sont peintes en jaune, m\u00e2ts portant une guirlande de petits fanions. <strong>\u2013 31 <\/strong>\u2013 Dans la mont\u00e9e de la rua da Reboleira, deux cantonniers, gilets et jambi\u00e8res jaunes \u00e0 bandes r\u00e9fl\u00e9chissantes, comme partout ou presque, sur leur uniforme vert, se sont coll\u00e9s, avec leurs poubelles sur roues, contre les fa\u00e7ades, pour laisser passer une camionnette, pour la dixi\u00e8me fois depuis qu&rsquo;ils ont attaqu\u00e9 cette rue. David agite son gant rouge pour protester ou saluer, pendant que quelques m\u00e8tres plus bas Amadou, flegmatiquement pench\u00e9 en avant comme pour couver sa boite gris clair, continue de raconter sa soir\u00e9e de la veille, magnifi\u00e9e, David en est certain, m\u00eame s&rsquo;il n&rsquo;arrive pas \u00e0 comprendre toutes les phrases&#8230; (Amadou pr\u00e9tend pourtant \u00eatre celui qui parle le mieux le portugais, au fond c&rsquo;est peut-\u00eatre pour \u00e7a que moi je ne saisis pas tout se dit-il). <strong>\u2013 32 <\/strong>\u2013 Devant le Palacio da Bolsa, assise sur un petit muret face au gazon un peu pel\u00e9 et au monument domin\u00e9 par Henri le Navigateur qui tend le bras vers les ailleurs, Giulia, arriv\u00e9e en avance, est plong\u00e9e, ses \u00e9paules caress\u00e9es par la chaleur du soleil, sur \u00ab&nbsp;ill giro dell&rsquo;oca&nbsp;\u00bb d&rsquo;Erri de Luca, et quand, de temps en temps, elle rel\u00e8ve la t\u00eate, elle se dit que ce serait bien si le retard de Marc et Julie n&rsquo;en finissait pas, s&rsquo;ils avaient renonc\u00e9 ou simplement oubli\u00e9&#8230; n&rsquo;a vraiment plus du tout envie d&rsquo;aller visiter elle ne sait plus quoi. <strong>\u2013 33 \u2013<\/strong> Rua de S\u00e3o Jo\u00e3o Novo, Adriana tente de prendre, au volant de la voiture de son p\u00e8re le virage de la rua do Com\u00e9rcio do Porto, et elle enrage contre lui et l&rsquo;ostentation vulgaire qui lui a fait choisir, c&rsquo;est bien de lui, cette voiture trop longue et pr\u00e9tentieuse, contre son fr\u00e8re qui a pris son scooter sans le lui demander, contre le gars dans la voiture qui s&rsquo;impatiente derri\u00e8re elle, contre Tiago qui&#8230; chic \u00e7a passe&#8230; non pas contre Tiago, il n&rsquo;a rien fait, c&rsquo;est bien ce qu&rsquo;elle pourrait lui reprocher, il aurait pu venir la chercher. <strong>\u2013 34 <\/strong>\u2013 Derri\u00e8re une fen\u00eatre biscornue, au rez-de-chauss\u00e9e d&rsquo;un palais largo S\u00e3o Jo\u00e3o Novo, Manuel regarde, face \u00e0 lui, en bas de la place qui d\u00e9gringole jusqu&rsquo;\u00e0 elle, le portail de l&rsquo;\u00e9glise&#8230; il se demande si Dieu lui pardonnera son absence, si sa m\u00e8re aura su lui expliquer que lui Manuel est malade, un peu seulement, ce n&rsquo;est pas la peine qu&rsquo;on lui envoie un saint, mais qu&rsquo;il est petit, qu&rsquo;il doit ob\u00e9ir, qu&rsquo;il n&rsquo;a pas le droit de sortir&#8230; et puis si elle va d\u00e9cider, puisqu&rsquo;il a promis de ne pas quitter son lit (il lui suffira de se recoucher vite), qu&rsquo;il peut malgr\u00e9 tout prendre une part de tarte apr\u00e8s son bouillon de l\u00e9gumes. <strong>\u2013 35 <\/strong>\u2013 Sur le mur aux fen\u00eatres bouch\u00e9es par des parpaings, \u00e0 gauche en montant la rua Francisco da Rocha Suar\u00e8s, r\u00e8gnent parmi les graffitis divers, dessins sans signification, lettres sans sens (\u00e0 part Fuck), deux grandes faces de chats, un blanc, un vert, qui vous regardent d&rsquo;un \u0153il torve et quelqu&rsquo;un a coll\u00e9 sous le premier une petit affiche mentionnant \u00ab&nbsp;street of cats&nbsp;\u00bb mais pour le moment, si on excepte ces deux effigies&nbsp;; on n&rsquo;y voit pas le moindre matou. <strong>\u2013 36 <\/strong>\u2013 Jambes allong\u00e9es devant lui, bras pass\u00e9s par dessus le dossier de son fauteuil, presque allong\u00e9, Joaquim se monopolise sur la beaut\u00e9 de la vue depuis la terrasse de ce caf\u00e9 passeio das Virtudes, r\u00e9pondant par des onomatop\u00e9es \u00e0 ce pauvre Rodrigo qui raconte, revenant en arri\u00e8re pour pr\u00e9ciser un d\u00e9tail, revenir sur un fait oubli\u00e9 ou censur\u00e9 par discr\u00e9tion, ses d\u00e9m\u00eal\u00e9s avec sa femme, son fils, son patron et sans doute quelqu&rsquo;un ou quelqu&rsquo;une d&rsquo;autre&#8230; et le Douro l\u00e0 bas, derri\u00e8re les maisons, le grand platane, la balustrade, dessine une douce courbe. <strong>\u2013 37 <\/strong>\u2013 Ils prennent leur petite d\u00e9jeuner, cristal, jus frais, argent, porcelaine, fa\u00efences d\u00e9cor\u00e9es pour les confitures raffin\u00e9es, dentelle et petit pot de fleur, sur la terrasse de leur chambre au dessus du patio de l&rsquo;h\u00f4tel. Elle sourit sous le charme de l&rsquo;h\u00f4tel, de la lumi\u00e8re sur l&rsquo;orange sourd des murs, de la confiture de past\u00e8que au citron, de lui aussi sans doute. Elle pose sa main sur l&rsquo;avant-bras de son mari pour r\u00e9cup\u00e9rer son regard, elle lui dit \u00ab&nbsp;merci&nbsp;\u00bb et il choisit de croire qu&rsquo;elle s&rsquo;adresse un peu \u00e0 lui, \u00e0 leur nuit, mais opte finalement pour l&rsquo;h\u00f4tel et r\u00e9pond \u00ab&nbsp;Tu sais, je n&rsquo;en revenais pas en arrivant, la derni\u00e8re fois que je l&rsquo;avais vu ce palais, ce n&rsquo;est pas si vieux, en 2014 je crois&#8230;&nbsp;\u00bb \u00ab&nbsp;pas si vieux&nbsp;? J&rsquo;avais treize ans&nbsp;!&nbsp;\u00bb il lui sourit \u00ab&nbsp;la derni\u00e8re fois c&rsquo;\u00e9tait une ruine&#8230; je n&rsquo;ai vu bien entendu que la fa\u00e7ade sur la rua das Flores, ses belles proportions et d\u00e9j\u00e0 cette teinte qu&rsquo;ils ont respect\u00e9, mais toutes les sculptures \u00e9taient rong\u00e9es, s&rsquo;effritaient, le fronton d\u00e9cor\u00e9 de la grande porte \u00e9tait soutenu par des \u00e9tais, j&rsquo;avais l&rsquo;impression qu&rsquo;il attendait sa mort, la fin de la d\u00e9composition en cours, j&rsquo;\u00e9tais si triste alors, il m&rsquo;\u00e9tait assorti&nbsp;\u00bb \u00ab&nbsp;tu \u00e9tais triste, toi&nbsp;?&nbsp;\u00bb \u00ab&nbsp;je ne t&rsquo;avais pas rencontr\u00e9e&nbsp;\u00bb il reverse du chocolat dans sa tasse, elle se contente de th\u00e9 qu&rsquo;elle oublie pour tout regarder, lui, les petits arbres en pot sous eux, la fontaine ancienne&#8230; il demande \u00ab&nbsp;que veux-tu faire aujourd&rsquo;hui&nbsp;?&nbsp;\u00bb <strong>\u2013 38 <\/strong>\u2013 Henrique grimpe la rua Santa Catarina en \u00e9coutant un pot-pourri de chansons napolitaines et sourit victorieusement en passant devant l&rsquo;Academia de Musica por Porto&#8230; il n&rsquo;a pu obtenir d&rsquo;y aller mais il a trouv\u00e9 mieux depuis que le vieux Costa, qui a \u00e9t\u00e9 un grand pianiste il y a si longtemps que m\u00eame son p\u00e8re ne s&rsquo;en souvient plus que par oui dire (il est vrai que lui et la musique!), a d\u00e9cid\u00e9 qu&rsquo;il \u00e9tait dou\u00e9 et lui donne des cours&#8230; ses parents ont bien \u00e9t\u00e9 oblig\u00e9s de c\u00e9der, c&rsquo;est le plus riche locataire de l&rsquo;immeuble et le plus respect\u00e9, mais son p\u00e8re maugr\u00e9e et a pr\u00e9venu&nbsp;: dans un an et demi Henrique devra entrer en apprentissage dans l&rsquo;entreprise de carrelage de son oncle. <strong>\u2013 39 <\/strong>\u2013 A dix heures, comme tous les matins, \u00e0 quelques minutes pr\u00e8s, Paula entre dans la padaria de la rua do Heroismo, face \u00e0 la station du m\u00e9tro du m\u00eame nom, \u00e9change quelques mots, les m\u00eames \u00e0 quelques d\u00e9tails pr\u00e8s que la veille, avec la vendeuse pendant que celle-ci pose dans le sac qu&rsquo;elle lui a tendu les deux pains habituels, et croise en sortant le m\u00eame vieil homme qui r\u00e9pond par un grognement \u00e0 son salut. <strong>\u2013 40 \u2013 <\/strong>La vieille Rosalina, assise sur le banc qui, \u00e0 c\u00f4t\u00e9 de la grille, du grand escalier solennel montant vers l&rsquo;Igreja do Senhor do Bofim, s&rsquo;appuie contre le mur de la premi\u00e8re des terrasses qui s&rsquo;\u00e9l\u00e8vent jusqu&rsquo;\u00e0 ce cimeti\u00e8re o\u00f9 dort, comme elle veut le dire, son p\u00e8re, regarde ses deux petites filles Isaura (oh ce nom&nbsp;! toute la pr\u00e9tention de Maria, la m\u00e8re!) et Lucinda qui jouent \u00e0 la marelle sur le large trottoir et fusille du regard la femme qui en passant dit que cela fait sale, que ce n&rsquo;est pas permis. <strong>\u2013 41 \u2013 <\/strong>Profitant du soleil qui, \u00e0 cette heure, baigne une grande partie de son jardin, rua de Gomez Freire, Andreia a sorti un par\u00e9o, l&rsquo;a \u00e9tendu sur l&rsquo;herbe rare, et maintenant, en maillot, allong\u00e9e sur le dos, yeux ferm\u00e9s elle boit la lumi\u00e8re de tout son visage, de tout son corps, et qu&rsquo;importe si le regard des habitants des immeubles de la rua de S. Victor peut plonger sur elle au lieu de regarder le fleuve, plus loin, le spectacle, elle s&rsquo;en vante, ne doit pas \u00eatre d\u00e9sagr\u00e9able et d&rsquo;ailleurs faute d&rsquo;avoir mieux, elle aime offrir \u00e0 autrui, quel qu&rsquo;il soit, la vision, juste la vision, de tout ce qu&rsquo;elle poss\u00e8de de beau. C&rsquo;est pour cela qu&rsquo;elle a fait grimper sur le mur du jardin du liseron qui, maintenant, danse sur le sommet et redescend orner le haut de ce ciment gris qui est si laid, plus encore d&rsquo;\u00eatre si fatigu\u00e9, us\u00e9. <strong>\u2013 42 <\/strong>\u2013 rua do Doutor Alfredo Magalh\u00e3es, au dessus de l&rsquo;immeuble de l&rsquo;INEM devant lequel attendent deux ambulances jaunes et bleues, une s\u00e9rie de motos de tailles et marques diverses sont gar\u00e9es en \u00e9pi devant la fa\u00e7ade violemment et joyeusement color\u00e9 du Mercado Brasil Tropical. Sur le trottoir trois ambulanciers pantalon bleu \u00e0 bandes jaunes sur le c\u00f4t\u00e9, tee-shirts blancs portant en bleu les initiales de l&rsquo;Instituto et la mention \u00ab&nbsp;tecnico&nbsp;\u00bb, fortes carrures, mains dans les poches, jambes un peu \u00e9cart\u00e9es, discutent avec Jos\u00e9, \u00ab&nbsp;technicien d&rsquo;urgence pr\u00e9-hospitalier&nbsp;\u00bb, retour d&rsquo;intervention, qui se tient les reins en descendant de sa moto, se secoue un instant avant de retirer son casque&nbsp;; ils refont leur journ\u00e9e et le monde avec une distraction lasse jusqu&rsquo;au prochain appel. <strong>\u2013 43 <\/strong>\u2013 Dans la chaleur de l&rsquo;apr\u00e8s-midi, sur le trottoir, \u00e0 c\u00f4t\u00e9 de la grille de fonte noire ouverte sur la cour menant au bel immeuble ancien de l&rsquo;Instituto Medica Hospital Lapa, Carolina attend dans la caresse de l&rsquo;ombre que l&rsquo;arbre, par dessus le mur vient poser sur elle, que son mari ai fini de consulter elle ne sait quoi sur son t\u00e9l\u00e9phone, t\u00eate baiss\u00e9e sur l&rsquo;appareil si proche de ses yeux qu&rsquo;il les touche presque&nbsp;; elle a essay\u00e9 de l&rsquo;aider, il tourne violemment la t\u00eate en un mouvement de recul chaque fois qu&rsquo;elle \u00e9met un son ou fait un geste, comme pour prot\u00e9ger un mis\u00e9rable petit secret, et, r\u00e9sign\u00e9e, elle s&rsquo;agace tout de m\u00eame de l&rsquo;incongruit\u00e9 du moment qu&rsquo;il a choisi.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>23 \u2013 En sortant de la S\u00e9, Peter et Frances Adams, avant de descendre la cal\u00e7ada, s&rsquo;avancent sur la terrasse pour regarder les toits de la ville, Peter se retourne, admire l&rsquo;accord entre la grande croix baroque \u2013 il doit y avoir un autre nom mais il ne le connait pas et s&rsquo;en moque bien \u2013 et la rude solennit\u00e9 <a class=\"more-link\" href=\"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/p12-gens-de-porto-suite\/\">Continuer la lecture<span class=\"screen-reader-text\">#P12 | gens de Porto, suite<\/span><span class=\"meta-nav\">&rarr;<\/span><\/a><\/p>\n","protected":false},"author":95,"featured_media":53553,"comment_status":"open","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"h5ap_radio_sources":[],"footnotes":""},"categories":[2071,2836],"tags":[],"class_list":["post-53551","post","type-post","status-publish","format-standard","has-post-thumbnail","hentry","category-ete-2021-les-cycles","category-progression-12-bolano"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/53551","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/users\/95"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=53551"}],"version-history":[{"count":0,"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/53551\/revisions"}],"wp:featuredmedia":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/media\/53553"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=53551"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=53551"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=53551"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}