{"id":53611,"date":"2021-10-11T16:44:43","date_gmt":"2021-10-11T14:44:43","guid":{"rendered":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/?p=53611"},"modified":"2021-10-18T19:19:54","modified_gmt":"2021-10-18T17:19:54","slug":"autobiographies-3-negundo","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/autobiographies-3-negundo\/","title":{"rendered":"autobiographies #03 | negundo"},"content":{"rendered":"\n<p>Un arbre. Celui puissant vu r\u00e9cemment arbre pas arbre portrait d&rsquo;arbre devenu rep\u00e8re mod\u00e8le r\u00e9f\u00e9rence de tous ces arbres crois\u00e9s depuis compagnons d&rsquo;errance ou de marche forc\u00e9e. Mais de l&rsquo;enfance, je ne sais. Il y avait bien cet arbre au milieu du jardin. On l&rsquo;appelait l&rsquo;\u00e9rable, on ne sympathisait pas. Nous ne soup\u00e7onnions pas qu&rsquo;il avait un autre nom : <em>acer negundo variegatum<\/em>. Fallait-il et quand tailler l&rsquo;\u00e9rable ? Le p\u00e8re le faisait puis plus tard, un jardinier venait. En t\u00eatard, ses branches en hauteur pour qu&rsquo;il ne nous, les enfants, soit pas possible d&rsquo;y grimper. Les matins de printemps frais et, peut-\u00eatre, plus t\u00f4t quand nous habitions l\u00e0 \u00e0 plein temps, les matins d&rsquo;hiver de bord de mer, elles alimentaient la chaleur douce du po\u00eale et d\u00e9gourdissaient la petite maison. L&rsquo;\u00e9t\u00e9, il donnait ombre, fraicheur quand il faisait si chaud au retour de la plage dans le jardin plein sud. Il poussait dans le sable du jardin. La mer \u00e9tait si proche, o\u00f9 trouvait-il son eau pour faire pousser tout \u00e7a ? Le vent de la mer secouait ses feuilles foliol\u00e9es panach\u00e9es vertes et blanches, nous les ramassions au printemps. Le souvenir m&rsquo;est lointain et flou de ses fruits, samares suppos\u00e9es doubles chez les acer. Nous ne jouions pas, je crois, \u00e0 nous les mettre sur le nez, nous ne copinions pas. Son tronc \u00e9tait large, reposait au sol, pied de grosse b\u00eate, son \u00e9corce blanche et brune s&rsquo;\u00e9caillait parfois. Dans les ann\u00e9es 80, il poussait moins vite, il \u00e9tait malade, il faiblissait. Il occupait une place incroyable dans ce jardin, nous ne voyions que lui, pourtant compagnon de loin : nous n&rsquo;\u00e9tions pas l\u00e0 pour l&rsquo;arbre, nous \u00e9tions l\u00e0 pour la mer, le soleil. Ce qui nous \u00e9tait vivant, ce qui nous donnait impression de libert\u00e9, c&rsquo;\u00e9tait \u00e7a. Tout le reste, maison, iris, belles de nuit, pervenches, arbre, \u00e9tait \u00e9l\u00e9ment de d\u00e9cor, ne n\u00e9cessitant aucune consid\u00e9ration ni dialogue de connivence. <br>\u00c9tait-elle telle mon indiff\u00e9rence, moi qui quelques ann\u00e9es plus tard allait commencer d&rsquo;impr\u00e9visibles \u00e9tudes d&rsquo;agronomie ? Est-il pour quelque chose dans ce choix \u00e9nigmatique toujours pas \u00e9lucid\u00e9 de tenter le concours de l\u2019\u00e9cole des eaux et for\u00eat ? Son portrait est partout autour de moi, dans <em>L&rsquo;art de conna\u00eetre et dessiner les arbres<\/em> de Jacques Simon, \u00e9rable \u00e0 feuilles de fr\u00eane, arbre d&rsquo;ornement robuste, aspect gracieux en hiver, sans doute trop r\u00e9pandu ; dio\u00efque, ce qui explique mon souvenir confus des samares, dans le <em>Grand Larousse des plantes<\/em> ; ses couleurs saisonni\u00e8res, son occupation de l&rsquo;espace dans<em> l&rsquo;Architecture des arbres<\/em> de Leonardi et Stagi, esp\u00e8ce originaire d&rsquo;Am\u00e9rique introduite en Europe en 1688 dont le nom viendrait du sanscrit. Il \u00e9tait si imposant dans le jardin et nous \u00e9tions tant soucieux de son ombre plus que de sa lumi\u00e8re et de sa vie que nous ne le voyions jamais en entier, nous n&rsquo;en avons jamais pris la mesure, nous n&rsquo;avons jamais fait connaissance. Oui, voil\u00e0, arbre d&rsquo;ornement, arbre pour faire joli. Tu m\u00e9ritais mieux, l&rsquo;\u00e9rable mais pouvais-tu \u00eatre autre chose\u00a0? Tu ne criais pas quand on coupait tes branches, tu ne fuyais pas. Tu remuais seulement tes feuilles quand le vent de la mer les caressait. Maintenant on sait que les arbres se parlent, s\u2019envoient des messages, on parle de jardin en mouvement, tu discutais peut-\u00eatre avec l&rsquo;oc\u00e9an, le vent d\u2019ouest comme messager. Je me verrais bien r\u00e9incarn\u00e9 en arbre mais arbre sans racine, qui puisse aller o\u00f9 il veut, qui puisse choisir son origine, d\u2019o\u00f9 il est. Sans toi aurais-je fait tout \u00e7a, aurais-je compris et salu\u00e9 le puissant et inspirant ch\u00eane de Courbet, le Ch\u00eane de Flagey au mus\u00e9e d\u2019Ornans\u00a0? Un arbre sans racines, un arbre migrant, c\u2019est vraiment un arbre ?<br><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Un arbre. Celui puissant vu r\u00e9cemment arbre pas arbre portrait d&rsquo;arbre devenu rep\u00e8re mod\u00e8le r\u00e9f\u00e9rence de tous ces arbres crois\u00e9s depuis compagnons d&rsquo;errance ou de marche forc\u00e9e. Mais de l&rsquo;enfance, je ne sais. Il y avait bien cet arbre au milieu du jardin. On l&rsquo;appelait l&rsquo;\u00e9rable, on ne sympathisait pas. Nous ne soup\u00e7onnions pas qu&rsquo;il avait un autre nom : <a class=\"more-link\" href=\"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/autobiographies-3-negundo\/\">Continuer la lecture<span class=\"screen-reader-text\">autobiographies #03 | negundo<\/span><span class=\"meta-nav\">&rarr;<\/span><\/a><\/p>\n","protected":false},"author":339,"featured_media":0,"comment_status":"open","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"h5ap_radio_sources":[],"footnotes":""},"categories":[2820,2858],"tags":[],"class_list":["post-53611","post","type-post","status-publish","format-standard","hentry","category-cycle_autobiographies","category-autobiographie-03"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/53611","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/users\/339"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=53611"}],"version-history":[{"count":0,"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/53611\/revisions"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=53611"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=53611"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=53611"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}