{"id":53646,"date":"2021-10-04T21:42:30","date_gmt":"2021-10-04T19:42:30","guid":{"rendered":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/?p=53646"},"modified":"2026-04-26T11:55:34","modified_gmt":"2026-04-26T09:55:34","slug":"autobiographie-02-la-petite-boutique-des-horreurs","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/autobiographie-02-la-petite-boutique-des-horreurs\/","title":{"rendered":"autobiographies #02 | la petite boutique des horreurs"},"content":{"rendered":"\n<p>Il excelle en math\u00e9matiques. Il y a les math\u00e9matiques et Heidegger et le piano. Il peint les murs en rouge.\u00a0<em>Exceptionnellement brillant.<\/em>\u00a0Dans sa chambre, il \u00e9coute des discours nazis et rit. Tout est une farce.<em>\u00a0Un talent remarquable.<\/em>\u00a0Il racle le sol quand il marche.\u00a0<em>Je<\/em>\u00a0<em>hais les tristes.<\/em>\u00a0Il se prom\u00e8ne sur les toits la nuit. Il se prend pour Belmondo. Il a le sourire large et le corps petit. Quand il boxe, il sautille.\u00a0<em>Les tristes c\u2019est des connards.<\/em>\u00a0Il se prend pour C\u00e9line. Il a le rire vantard et la m\u00e2choire crisp\u00e9e.\u00a0<em>Il ira loin.<\/em>\u00a0Il est jeune et radieux. Il est un peu ridicule. <em>Et sans le moindre effort. <\/em>Il d\u00e9teste la tristesse. Il a envie de mourir.<\/p>\n\n\n\n<p>Elle a d\u00e9m\u00e9nag\u00e9 dix fois. Elle a longtemps v\u00e9cu seule. Elle aime les p\u00e2tisseries. Elle aime lire et manger des p\u00e2tisseries. Elle n\u2019a besoin de personne. Elle erre dans les mus\u00e9es les plus bizarres. Elle lit des livres d\u2019arch\u00e9ologie. Elle laisse les p\u00e2tes s\u00e9cher des jours au fond de la casserole. Elle peut se nourrir de chocolat. Elle ne fait pas beaucoup de sport. Parfois elle essaie de s\u00e9duire. Elle envoie des dessins potaches. Marche pas, tant pis. Elle vit seule et sur les murs, elle a trac\u00e9 la silhouette de buffles, de mammouths et de toutes sortes d\u2019animaux. Elle a souffl\u00e9 de la peinture tout autour de ses mains et laiss\u00e9 sur les portes des traces rouges et jaunes. Elle \u00e9crit des chansons et mange des p\u00e2tisseries. Dans la cave elle a confectionn\u00e9 une petite sc\u00e8ne avec des marionnettes. Il y a de longs tissus bleus et puis des \u00e9toffes rouges, de petites ceintures de cuir, des loups, des cochons, et des perroquets. Elle travaille dans une mairie dans un petit bureau. Elle vit seule. Le dimanche, elle referme la porte derri\u00e8re elle, elle donne spectacle au fond de la cave.<em> Je les tuerai tous. Comment les tueras-tu ce soir&nbsp;? Je les \u00e9bouillanterai, je les perforerai, je les d\u00e9couperai, je les \u00e9cart\u00e8lerai.<\/em> Elle aime beaucoup les robes et les couleurs pastel.<\/p>\n\n\n\n<p>Elle est vieille maintenant. Sa copine Monique ne se souvient plus de rien. Elle bave dans les couloirs de l\u2019EHPAD. Son voisin d\u2019en face a d\u00fb changer de chambre. Une fuite d\u2019eau. Il est au rez-de-chauss\u00e9e. Il pleure toute la journ\u00e9e. Elle ferme la porte \u00e0 cl\u00e9. La derni\u00e8re fois un homme s\u2019est introduit dans sa chambre. Elle l\u2019a trouv\u00e9 dans son lit. Certains r\u00e9sidents pissent dans leurs v\u00eatements, se mettent \u00e0 poil dans le couloir et se masturbent devant les infirmi\u00e8res. Le psychologue de l\u2019EHPAD lui a dit un jour, vous savez, certains font semblant d\u2019\u00eatre d\u00e9ments. Elle re\u00e7oit les photos des petits enfants. Elle les jette. Elle s\u2019est d\u00e9barrass\u00e9e des enfants au bout de trente-cinq ans. Elle s\u2019est d\u00e9barrass\u00e9e du mari au bout de soixante-dix ans. Qu\u2019on lui foute la paix. N\u2019est-ce pas Monique&nbsp;?<\/p>\n\n\n\n<p>Son col est blanc. Il porte des lunettes aux montures m\u00e9talliques. Il fait frais, c\u2019est l\u2019automne. Il porte une veste chaude de marque britannique. Pantalon beige. Pull bleu marine. M\u00e9decin. Pouss\u00e9 par le p\u00e8re. Il a fini ses \u00e9tudes en 1914. Pas de chance. Au front, il r\u00e9pare et recoud les membres d\u00e9chiquet\u00e9s. Pas de chance. Mais il revient. Et la famille s\u2019agrandit. Quatre enfants. Quatre roitelets. Il leur adresse de petites cartes avec de dr\u00f4les de monstres, de petits l\u00e9zards, des personnages longilignes, timides, inoffensifs. Il peut donner \u00e0 l\u2019informe, \u00e0 l\u2019anonyme, d\u2019un coup de crayon, d\u2019un geste de la main lorsqu\u2019il sculpte, un sourire d\u2019excuse et un air perdu. Les roitelets meurent en bas \u00e2ge. Pas de chance. Il sculpte et il dessine de petites cr\u00e9atures, toujours plus douces, toujours plus tendres, toujours plus inoffensives.<\/p>\n\n\n\n<p>Un petit pull en cachemire. Sur le c\u00f4t\u00e9, accroch\u00e9 \u00e0 la chaise, le petit casque de v\u00e9lo. Elle passe la main dans ses longs cheveux. Elle agite les mains lorsqu\u2019elle parle et range ses m\u00e8ches. Elle rabat sa chevelure sur l\u2019avant en glissant la main le long de sa nuque, puis tortille ses doigts dans l\u2019\u00e9paisse tignasse. Elle porte le jus de carotte \u00e0 ses l\u00e8vres et consulte son portable. Son pantalon slim est repli\u00e9 en un petit boudin au-dessus de chevilles enfonc\u00e9es dans une paire de Doc Marteen\u2019s. Dans le caf\u00e9 le cuir luit, noir, sous la lumi\u00e8re jaune. Une musique douce\u00e2tre s\u2019\u00e9coule d\u2019enceintes accroch\u00e9es au mur. Les yeux sont bleus, les l\u00e8vres fines et la voix l\u00e9g\u00e8rement f\u00eal\u00e9e. Elle fume, sans doute. Elle convoque bijoux, v\u00eatements, soir\u00e9es entre copains et entre les phrases, entre les mots, elle dit \u00ab&nbsp;genre&nbsp;\u00bb et \u00ab&nbsp;en mode&nbsp;\u00bb. Elle a la voix douce. Elle boit du jus de carotte. <em>Dans un atelier, des ch\u00e8vres se font tondre genre en b\u00ealant. La tonte arrache une partie de la peau. <\/em>Elle convoque des enfants, des cha\u00eenes d\u2019h\u00f4tellerie. <em>Dans un camp deux mains qu\u2019un liquide genre br\u00fblant jour apr\u00e8s jour attaque, plongent le coton dans une bassine. <\/em>Sous son pull, son T shirt Oeko tex est blanc l\u00e9g\u00e8rement translucide et s\u2019\u00e9tire avec douceur contre sa poitrine. Elle convoque des cours de yoga et un week-end \u00e0 Berlin. <em>Elle a de jolis v\u00eatements genre tiss\u00e9s avec t\u00e9nacit\u00e9 par des mains d\u2019esclaves.<\/em> Il y a aussi, tout ce qu\u2019elle ne convoque pas. <em>Des doigts en mode empress\u00e9s genre huileux sur le corps d\u00e9nud\u00e9 d\u2019un enfant.<\/em> Elle se ronge, genre, les ongles. La conversation, se poursuit. J\u2019ai toujours r\u00eav\u00e9 d\u2019aller en Polyn\u00e9sie, je retournerai au Vanuatu parce que c\u2019\u00e9tait trop bien.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Il excelle en math\u00e9matiques. Il y a les math\u00e9matiques et Heidegger et le piano. Il peint les murs en rouge.\u00a0Exceptionnellement brillant.\u00a0Dans sa chambre, il \u00e9coute des discours nazis et rit. Tout est une farce.\u00a0Un talent remarquable.\u00a0Il racle le sol quand il marche.\u00a0Je\u00a0hais les tristes.\u00a0Il se prom\u00e8ne sur les toits la nuit. Il se prend pour Belmondo. 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