{"id":53714,"date":"2021-10-05T19:53:12","date_gmt":"2021-10-05T17:53:12","guid":{"rendered":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/?p=53714"},"modified":"2021-10-05T20:56:06","modified_gmt":"2021-10-05T18:56:06","slug":"53714-2","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/53714-2\/","title":{"rendered":"autobiographies #03 | l&rsquo;arbre"},"content":{"rendered":"\n<p><\/p>\n\n\n\n<p>J\u2019\u00e9tais l\u00e0 quand l\u2019enfant pronon\u00e7a le mot arbre en me regardant, c\u2019est l\u00e0 que j\u2019ai appris qui j\u2019\u00e9tais, un arbre. <br>Apr\u00e8s, on m\u2019appela plus commun\u00e9ment cerisier, mais l\u2019enfant disait, mon cerisier, et \u00e7a me plaisait. Autour de moi, les herbes piquaient l\u2019\u00e9t\u00e9, le gosse frappait des pieds et faisait du bruit pour chasser les serpents, moi j\u2019agitais mes branches pour les faire fuir. C\u2019\u00e9tait des choses normales un arbre et des herbes plus ou moins hautes autour. On aurait pu nous peindre, lui l\u2019enfant et moi, en arri\u00e8re plan une rang\u00e9e d\u2019arbres sans nom, de l\u2019herbe jaune-vert et un ciel bleu anthracite. <br>En hiver le p\u00e8re se moquait,  on dirait un piquet ton cerisier. C\u2019est vrai que j\u2019avais une dr\u00f4le d\u2019allure, un tronc noir maigre et tordu, disgracieuse silhouette dans ce jardin. J\u2019avais \u00e9t\u00e9 plant\u00e9 l\u00e0 par je ne sais quel a\u00efeul, l\u2019enfant me ressemblait. Je me souviens du m\u00e9decin de famille qui auscultait l\u2019enfant rachitique qu\u2019il \u00e9tait et qui lui demandait d\u2019\u00e9tirer les bras, l\u2019enfant se d\u00e9guisait en arbre. Puis venait le printemps qui m\u2019habillait en rose et blanc, je virais au rouge l\u2019\u00e9t\u00e9, et tout ce man\u00e8ge des ann\u00e9es durant. Tout lui \u00e9tait familier \u00e0 l\u2019enfant et soudain plus rien ne l\u2019\u00e9tait quand dans la cour de l\u2019\u00e9cole il se mettait \u00e0 chercher l\u2019arbre. Moi je ne sais pas exactement quand je suis n\u00e9, peut-\u00eatre faut-il compter en moissons ou en saisons comme le font les vieux d\u2019ici ou en doigts comme le gamin quand il cherche son \u00e2ge. <br>Un vent chaud fouette le visage, l\u2019enfant-adulte l\u00e2che sur la table un cageot  de cerises. \u00c7a rend cette ann\u00e9e, alors il en a donn\u00e9 beaucoup. L\u2019adulte prend la photo, l\u2019odeur de cerises lui gicle aux narines.<\/p>\n\n\n\n<p> Dans le paysage urbain qui perd ses contours, l\u2019adulte m\u2019observe. Il revoit son premier flirt, les cheveux de la fille comme les tentacules d\u2019une pieuvre qui s\u2019envolent et s\u2019accrochent \u00e0 mes branches, sa robe remont\u00e9e jusqu\u2019aux cuisses et mes derni\u00e8res cerises pour seule offrande. L\u2019enfant-adulte devenu vieux sort du placard un bocal d\u2019eau de vie, il frissonne d\u2019aise le vieux, en vidant son verre. Il jette un coup d\u2019\u0153il autour de lui, il lance un regard f\u00e9roce \u00e0 tous mes cong\u00e9n\u00e8res qui ont pouss\u00e9 l\u00e0 sans ordre, juste parce que c\u2019est \u00e7a qu\u2019il faut faire dans les lotissements, planter des arbres, pas trop grands, pourvu qu\u2019ils fleurissent et ne demandent pas trop d\u2019eau. Je ne parle pas la m\u00eame langue qu\u2019eux, et puis j\u2019ai l\u2019enfant, l\u2019enfant qui m\u2019\u00e9coute, je ne sais pas s\u2019ils m\u2019envient, sans doute pas, ils n\u2019ont pas d\u2019\u00e2me. Qu\u2019importe ! Les \u00e9corces forment des visages, le mien se ride chaque ann\u00e9e un peu plus, le vieux tra\u00eene la patte et compte les arbres, encore une fois. Pour se raconter des histoires, il faut \u00e0 l\u2019adulte un visage, un nom, il voit le tissu d\u2019une robe rouge qui d\u00e9passe sous la laine, il me regarde, encore un rendez-vous manqu\u00e9. La poussi\u00e8re au sol forme un duvet doux et profond et l\u2019adulte devenu vieux regarde le jardin comme quand il \u00e9tait enfant. Il imagine la treille, le massif de rosiers au bout de la pelouse et moi dominant l\u2019ensemble, cerisier g\u00e9ant qui poussais mes branches indiscr\u00e8tes par la fen\u00eatre ouverte de sa chambre. <br>Il n\u2019y a plus de jardin. Mes racines s\u2019insinuaient dans la maison, soulevaient les dalles de la buanderie et mena\u00e7aient les canalisations, vous devinez la suite. A la place, un pommier du Japon et deux palmiers atlantiques qui exhibent leurs troncs nus. Gris glac\u00e9 des branches mortes, terre et feuilles confondues en un magma sec, brun et bruissant. <\/p>\n\n\n\n<p><\/p>\n\n\n\n<p><\/p>\n\n\n\n<p><\/p>\n\n\n\n<p><\/p>\n\n\n\n<p><\/p>\n\n\n\n<p><\/p>\n\n\n\n<p><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>J\u2019\u00e9tais l\u00e0 quand l\u2019enfant pronon\u00e7a le mot arbre en me regardant, c\u2019est l\u00e0 que j\u2019ai appris qui j\u2019\u00e9tais, un arbre. Apr\u00e8s, on m\u2019appela plus commun\u00e9ment cerisier, mais l\u2019enfant disait, mon cerisier, et \u00e7a me plaisait. 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