{"id":53728,"date":"2021-10-05T14:03:14","date_gmt":"2021-10-05T12:03:14","guid":{"rendered":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/?p=53728"},"modified":"2021-10-05T15:36:07","modified_gmt":"2021-10-05T13:36:07","slug":"autobiographie-02-les-avez-vous-croises","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/autobiographie-02-les-avez-vous-croises\/","title":{"rendered":"autobiographies #02 | les avez-vous crois\u00e9s ?"},"content":{"rendered":"\n<p>Il y a, ce matin, quelque chose d\u2019effondr\u00e9, dans la posture de Vivianne. Elle, toujours maquill\u00e9e \u00e0 la perfection, les cheveux relev\u00e9s dans un chignon duquel elle laisse habillement sortir quelques m\u00e8ches, le tailleur de couleur fonc\u00e9, fortement conseill\u00e9 par la direction et le sourire de rigueur. L\u00e0 devant son stand, sa coll\u00e8gue l\u2019observe discr\u00e8tement s\u2019installant derri\u00e8re le sien. Elle arrive habituellement l\u00e9g\u00e8rement en avance, souvent prend le temps de nous raconter le dernier film vu ou le livre qu\u2019elle a fini dans le bus qu\u2019elle prend, pas loin de son immeuble en banlieue, pour la d\u00e9poser \u00e0 un quart d\u2019heure de marche du magasin. Elle aime, dit-elle, ce moment de marche, comme une fl\u00e2nerie, sans avoir l\u2019air de se rendre \u00e0 son travail. Mais aujourd\u2019hui, sa coll\u00e8gue a eu le temps d\u2019installer son stand, avant que Viviane arrive, les yeux rougis, sans maquillage, le sourire minimal sans aucune anecdote \u00e0 confier.<\/p>\n\n\n\n<p>Tous les matins de la semaine en dehors du week-end, il arrive \u00e0 sept heures et demi, ouvre la porte de sa main droite libre, la gauche tient une vachette en cuir brun qui a du beaucoup servir avec sous le bras un journal pli\u00e9. Il est en costume sombre, impeccablement coup\u00e9, des chaussures noires et un chapeau, noir aussi. Ses l\u00e8vres sont ourl\u00e9es d\u2019une fine moustache redessin\u00e9e r\u00e9guli\u00e8rement. Derri\u00e8re ses lunettes cercl\u00e9es d\u2019or ses yeux bleus d\u00e9lav\u00e9s regardent la serveuse avec bienveillance. Il n\u2019est jamais accompagn\u00e9. Il \u00f4te son chapeau, vient toujours au comptoir pour demander son caf\u00e9, serr\u00e9, avec une goutte de lait. Et la goutte n\u2019est pas une figure de style. Quand sa tasse est servie, il la prend et va s\u2019asseoir si possible \u00e0 la m\u00eame table, celle qui permet de voir ce qui se passe dans la rue. On sent bien qu\u2019il est contrari\u00e9 quand cette place n\u2019est pas libre. Il sort un carnet et un stylo et note, \u00e0 mesure de l\u2019activit\u00e9 ext\u00e9rieure, des petites phrases. Une heure passe et il se l\u00e8ve souhaite une belle journ\u00e9e en direction du bar et s\u2019en va de sa d\u00e9marche militaire.<\/p>\n\n\n\n<p>Dans le bus de six heures, quand on le prend en d\u00e9but de ligne, on a le choix de la place. Depuis peu j\u2019ai entendu son pr\u00e9nom, un soir qu\u2019elle \u00e9tait en compagnie d\u2019une coll\u00e8gue apparemment. Solange essaie d\u2019avoir une place isol\u00e9e, sans vis-\u00e0-vis. Elle a les traits tir\u00e9s, je ne crois pas l\u2019avoir crois\u00e9e autrement que l\u2019air fatigu\u00e9e. Dans son cabas, il y a des aiguilles qui d\u00e9passent sans pour autant tricoter dans ce temps de trajet. Mais comme elle descend \u00e0 l\u2019arr\u00eat de la gare, peut \u00eatre que son retour se poursuit dans le train. Ses cheveux s\u2019arr\u00eatent aux \u00e9paules, sont teint\u00e9s auburn et r\u00e9v\u00e8lent parfois des racines grises. Ses mains sont \u00e9paisses, caleuses. Quel m\u00e9tier peut-elle faire&nbsp;? D\u00e8s que le temps est humide elle porte un imperm\u00e9able lustr\u00e9 par endroit. Ses chaussures ont des talons \u00e9cul\u00e9s. Souvent elle pose sa t\u00eate sur la fen\u00eatre et ferme les yeux. Quand elle reste debout parce qu\u2019arriv\u00e9e trop tard, en courant, elle s\u2019accroche \u00e0 une poign\u00e9e comme \u00e0 une bou\u00e9e et son corps ondule au rythme du bus. Nos regards ne se sont jamais crois\u00e9s, je ne sais m\u00eame pas la couleur de ses yeux.<\/p>\n\n\n\n<p>Il est jeune, toujours en tension, avec une tignasse rousse souvent attach\u00e9e par un \u00e9lastique noir. Il est en salopette blanche, enfin au d\u00e9part elle \u00e9tait blanche parce que, telle que je la vois, elle est constell\u00e9e de t\u00e2ches de peinture de couleurs vari\u00e9es. Il en a m\u00eame dans les cheveux ainsi que sur le visage comme des confettis qui s\u2019accrochent \u00e0 vous apr\u00e8s une f\u00eate. On sent chez lui une envie de mordre dans la vie et quand il entre en fin de journ\u00e9e dans le bar de la place, c\u2019est comme un grand vent frais qui fait irruption. Il commande r\u00e9guli\u00e8rement un demi, le boit au comptoir, consulte son smartphone, clac son verre vide en le reposant, sort sa monnaie et s\u2019en va dans un sourire. Dehors il se dirige vers la droite et je le vois s\u2019\u00e9loigner presque sautillant dans le cr\u00e9puscule qui commence \u00e0 s\u2019installer.<\/p>\n\n\n\n<p>C\u2019est en fin d\u2019apr\u00e8s-midi qu\u2019elle s\u2019adosse \u00e0 une grille de fen\u00eatre d\u2019un rez de chauss\u00e9e d\u2019immeuble, ses cheveux gris relev\u00e9s dans un chignon. Elle a d\u00e9pos\u00e9 \u00e0 ses pieds, un peu devant elle, une petite boite en fer sur un tissu pli\u00e9 en quatre. Il n\u2019y a pas de pancarte et elle ne dit pas bonjour \u00e0 tous les passants. Elle attend, c\u2019est tout, son regard souvent vers le bas. Une pi\u00e8ce tombe dans la boite, l\u00e0 elle rel\u00e8ve sa t\u00eate, sourit doucement et remercie d\u2019une voix fluette. Elle porte un foulard autour de son cou, une veste large couvre son corps presque maigre. Elle intrigue dans sa discr\u00e9tion, le soin de sa personne, sa dignit\u00e9 qu\u2019elle n\u2019a pas perdue. Parfois elle n\u2019est pas l\u00e0 pendant plusieurs jours et on ne peut se d\u00e9faire d\u2019une inqui\u00e9tude.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Il y a, ce matin, quelque chose d\u2019effondr\u00e9, dans la posture de Vivianne. Elle, toujours maquill\u00e9e \u00e0 la perfection, les cheveux relev\u00e9s dans un chignon duquel elle laisse habillement sortir quelques m\u00e8ches, le tailleur de couleur fonc\u00e9, fortement conseill\u00e9 par la direction et le sourire de rigueur. L\u00e0 devant son stand, sa coll\u00e8gue l\u2019observe discr\u00e8tement s\u2019installant derri\u00e8re le sien. 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