{"id":5379,"date":"2019-07-25T21:46:07","date_gmt":"2019-07-25T19:46:07","guid":{"rendered":"http:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/?p=5379"},"modified":"2019-08-04T21:18:54","modified_gmt":"2019-08-04T19:18:54","slug":"la-bougie","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/la-bougie\/","title":{"rendered":"#03 La bougie"},"content":{"rendered":"<h1>1.<\/h1>\n<p>C&rsquo;est d&rsquo;abord la lumi\u00e8re. Sa fonction premi\u00e8re. Son heure de gloire rencontre la nuit, partage l&rsquo;obscur. Cire muette. Mais tant de mots entendus, de phrases murmur\u00e9es. Conciliabules. Soliloques. C&rsquo;est \u00e7a, les loques \u00e0 venir. Celles de la cire qui fond. Blanche, en l&rsquo;occurrence. \u00catre de m\u00e8che avec la flamme et \u00e9teindre la peur. Je br\u00fble de vous revoir demain.<\/p>\n<h1>2.<\/h1>\n<p>C&rsquo;est d&rsquo;abord la lumi\u00e8re. Sa fonction premi\u00e8re. Premi\u00e8re ? N&rsquo;est-ce pas la chaleur ? C&rsquo;est une flamme, tout de m\u00eame. Une flamme ? C&rsquo;est un peu court. Un feu. Le feu d&rsquo;un regard. Hypnose. Contemplation &amp; m\u00e9ditation. Elle bouge \u00e0 peine, mine de rien, discr\u00e8te. Et nous regardons, malgr\u00e9 nous, malgr\u00e9 tout. Se forment en nous un fondu de mots, coulent les phrases. C&rsquo;est dans cette nuit \u00e9blouissante que nous puisons nos jours, que se font jour d&rsquo;autres jours auxquels nous r\u00eavons. Nous r\u00eavons au d\u00e9part d&rsquo;une simple bougie. Rime avec magie. La cire muette a tant \u00e0 nous dire. Sur nous. Sur tout. Sur nous, surtout. Il faudra parler de l&rsquo;allumette aussi. Demain. Je sens que je vais craquer.<\/p>\n<h1>3.<\/h1>\n<p>C&rsquo;est d&rsquo;abord. C&rsquo;est d&rsquo;abord trouver les mots. Ce soir, abonn\u00e9s absents. R\u00e9sistance. Convulsions. Le magma des lettres ne se concr\u00e9tise pas, comme est concr\u00e9tis\u00e9e la cire blanche. L&rsquo;\u0153il scrute. Un \u00e9cho au n\u00e9ant. Il y a des vides qui emplissent. Et si cette bougie \u00e9tait un grand vide ? \u00c9teinte. Vide de lumi\u00e8re. Vide de chaleur. Muette complice. Aucune envie de se mettre \u00e0 table. Le pilote automatique fait le reste. On pourrait les aligner, les grelots des mots. Ils tintent faux mais ils brillent de cuivre. On parlerait de cire. Blanche, oui, d\u00e9j\u00e0 dit. La cire et la m\u00e8che. L&rsquo;une ne va pas sans l&rsquo;autre, sinon il y a absence de bougie. Tiens, oui, c&rsquo;est \u00e7a : ce soir, il y a absence de bougie. Pr\u00e9sence fabul\u00e9e. La table, oui, elle est pos\u00e9e dessus. Le mur, oui, elle s&rsquo;en d\u00e9tache. Mais pas l\u00e0. En tout cas, pas l\u00e0 dans le verbe. Le verbe est n\u00e9ant. Il tourne en rond comme un vent fou. Cette bougie a pourtant tellement \u00e0 dire. Elle en crierait. Une allumette serait la cl\u00e9. On dirait que l&rsquo;allumette est la cl\u00e9 et qu&rsquo;elle est sous le paillasson. Alors, on prendrait la cl\u00e9 et on la tournerait dans la serrure et les mots, alors, les mots jailliraient. C&rsquo;est exag\u00e9r\u00e9. Ils couleraient. Ils coulent, les mots. Non, ce&nbsp; sont les phrases qui coulent. Les mots fondent. Fondus mais encha\u00een\u00e9s. Ils s&rsquo;encha\u00eenent. Oui, \u00e0 la cha\u00eene, industrieux, les mots. \u00ab\u00a0Machine sourde et temp\u00eate\u00a0\u00bb. Et pendant ce temps, elle est l\u00e0, la bougie. Elle n&rsquo;a pas encore \u00e9clair\u00e9. Ou si peu. Quasi vierge. Une petite histoire avec une allumette. Un feu de paille. Deux fois rien. C&rsquo;est toujours mieux que rien. Allez, de ce rien, on fera un banquet.<\/p>\n<h1>4.<\/h1>\n<p>Au fond, c&rsquo;est une histoire de chaleur. Dans tous les sens du terme. On se br\u00fble les doigts. On se br\u00fble les yeux. On br\u00fble les \u00e9tapes parce que trop de h\u00e2te. Br\u00fbler la chandelle par les deux bouts, \u00e7a te dit quelque chose ? Je suis l\u00e0, \u00e0 observer cette bougie, et tout ce que j&rsquo;ai, ce sont des images de nuit, d&rsquo;ombres, comme une fin qui s&rsquo;annonce. Alors qu&rsquo;on n&rsquo;en est qu&rsquo;au d\u00e9but, finalement. On commence \u00e0 observer et tout de suite, surgissent les images, les lieux communs. Difficile d&rsquo;en sortir, la spirale est puissante. Nuit, ombres. Si ombres, lumi\u00e8re. Mais ombres tout de m\u00eame. \u00c7&rsquo;aurait pu \u00eatre glissade ou parpaing, c&rsquo;est ombre. La bougie est ombre avant d&rsquo;\u00eatre lumi\u00e8re. Elle accorde \u00e0 la lumi\u00e8re une petite part des t\u00e9n\u00e8bres. Et malgr\u00e9 ce d\u00e9s\u00e9quilibre, ce penchant vers l&rsquo;obscur, c&rsquo;est d&rsquo;abord la lumi\u00e8re. Puisque c&rsquo;est sa fonction premi\u00e8re. \u00c9clairer. Donner \u00e0 voir. Dans le silence d&rsquo;une complicit\u00e9. L&rsquo;esprit se pose, le silence se pose, le regard se pose, je prends la pose et fait le constat d&rsquo;un certain manque. Trouver quoi pour le combler ? Des certitudes ? Mat\u00e9riau difficile, difficilement traitable. Le doute, par contre&#8230; Si l&rsquo;on pouvait m&rsquo;\u00e9clairer. Tiens, une bougie.<\/p>\n<h1>5.<\/h1>\n<p>Il y avait quelque chose \u00e0 comprendre. C&rsquo;\u00e9tait \u00e7a, le d&rsquo;abord. Avant la lumi\u00e8re. Avant les mots. C&rsquo;\u00e9tait d&rsquo;abord comprendre. Avant la bougie. Avant moi qui observe la bougie. Avant les mots qui fondent de la bougie en phrases qui coulent, il y avait d&rsquo;abord ce vide. Rien. N\u00e9ant. Entre cette bougie et moi, il n&rsquo;y a rien. J&rsquo;ai cru d&rsquo;abord qu&rsquo;il y avait quelque chose ce lien mais rien n\u00e9ant elle est l\u00e0 depuis deux ans cette bougie deux ans qu&rsquo;il ne se passe rien n\u00e9ant et je ne pigeais pas pourquoi pas de mots sur cette bougie pourquoi n\u00e9ant et l\u00e0 j&rsquo;ai compris qu&rsquo;elle n&rsquo;avait rien \u00e0 me dire n\u00e9ant ou si pas rien en tout cas pas grand chose presque n\u00e9ant on en a parl\u00e9 un peu dans le 1 le 2 le 3 le 4 mais c&rsquo;est tout le reste c&rsquo;est n\u00e9ant et moi qui cherchais \u00e0 combler ce vide je ne faisais qu&rsquo;accro\u00eetre le n\u00e9ant d&rsquo;ailleurs tout ceci est un n\u00e9ant. Un vide \u00e0 combler. Mais bougie, toi et moi on n&rsquo;a pas grand chose \u00e0 se dire, vrai ? On ne se conna\u00eet pas. Bonjour je suis bougie bonjour je suis moi, c&rsquo;est tout. Toi, bougie, tu n&rsquo;as rien \u00e0 me raconter de ta vie. Tu n&rsquo;es pas la bougie qui a vu na\u00eetre une grande \u0153uvre dans une p\u00e9nombre vacillante. Tu n&rsquo;as presque pas \u00e9t\u00e9 allum\u00e9e. Un petit feu de paille. Une \u00e9tincelle lente, c&rsquo;est tout. Est-ce que tu as \u00e9t\u00e9 \u00e0 Panama, bougie ? Est-ce que tu as pris le Transsib\u00e9rien ? Est-ce que tu as fait un vol de nuit ? Est-ce que tu as mang\u00e9 des spaghetti alle vongole ? Qu&rsquo;as-tu v\u00e9cu ? Moi, j&rsquo;aurais aim\u00e9 que tu me parles de Panama, du Transsib\u00e9rien ou de la recette de vongole de ta grand-m\u00e8re. Moi, j&rsquo;aurais aim\u00e9 que tu me parles de ces horizons que je n&rsquo;ai pas encore liss\u00e9s. De ces minutes troqu\u00e9es contre quelques images encore humides. De ces mots d&rsquo;un chaos fragile. Moi, j&rsquo;aurais aim\u00e9 t&rsquo;entendre balbutier des excuses \u00e0 un bal rat\u00e9. Moi, j&rsquo;aurais aim\u00e9 te voir crever les nuages pour singer la lune. Mais rien. N\u00e9ant. Ton silence est insupportable, bougie, parce que c&rsquo;est le mien. Un silence aveugle. Un aveu de distraction. Je ne vous avais pas vue. Pensez donc, qui m&rsquo;e\u00fbt vue ? Et, tu sais, bougie, on en aurait pourtant des choses \u00e0 se dire. Des chapitres. Des tomes. Mais on va en rester l\u00e0. Sur ce vide. Sur ce rien. Sur ce n\u00e9ant. Parce qu&rsquo;en fin de compte, c&rsquo;est d&rsquo;abord la lumi\u00e8re. Ta fonction premi\u00e8re. Ta rencontre de gloire avec la nuit. Tout le reste n&rsquo;est que litt\u00e9rature.<\/p>\n<p><\/p>\n\n\n<p><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>1. C&rsquo;est d&rsquo;abord la lumi\u00e8re. Sa fonction premi\u00e8re. Son heure de gloire rencontre la nuit, partage l&rsquo;obscur. Cire muette. Mais tant de mots entendus, de phrases murmur\u00e9es. Conciliabules. Soliloques. C&rsquo;est \u00e7a, les loques \u00e0 venir. Celles de la cire qui fond. Blanche, en l&rsquo;occurrence. \u00catre de m\u00e8che avec la flamme et \u00e9teindre la peur. 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