{"id":53909,"date":"2021-10-08T07:13:34","date_gmt":"2021-10-08T05:13:34","guid":{"rendered":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/?p=53909"},"modified":"2021-10-08T07:13:35","modified_gmt":"2021-10-08T05:13:35","slug":"autobiographie-02-sous-les-radars","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/autobiographie-02-sous-les-radars\/","title":{"rendered":"autobiographie #02 | Sous les radars"},"content":{"rendered":"\n<figure class=\"wp-block-image size-full is-resized\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" src=\"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-content\/uploads\/2021\/10\/whale.jpg\" alt=\"\" class=\"wp-image-53911\" width=\"583\" height=\"400\" srcset=\"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-content\/uploads\/2021\/10\/whale.jpg 502w, https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-content\/uploads\/2021\/10\/whale-420x288.jpg 420w\" sizes=\"auto, (max-width: 583px) 100vw, 583px\" \/><\/figure>\n\n\n\n<p>Allo\u00a0? Madame E.\u00a0? C\u2019est monsieur G., tout va bien, pas d\u2019inqui\u00e9tude \u2026 Comment \u00e7a, qu\u2019est-ce qui s\u2019est pass\u00e9 r\u00e9ponds une voix hyst\u00e9rique. Non, non, tout va bien, il est vivant, un vrai chat votre fils. Alain, bouche b\u00e9e, \u00e9coute m\u00e9dus\u00e9 son patron. Retour en arri\u00e8re. Une journ\u00e9e comme une autre pour ce jeune apprenti. Depuis une heure sur un toit de banlieue parisienne, Alain \u2013 de petite taille, r\u00e2bl\u00e9, au profil \u00e9trusque &#8211; et son patron, installent une antenne hertzienne. Cerclage de la chemin\u00e9e pour fixer la platine dans un \u00e9quilibre pr\u00e9caire ; les outils qui passent de main en main. Lors d\u2019une rotation pour atteindre la cl\u00e9 de dix, le corps qui d\u00e9croche et glisse lentement le long des tuiles. Les mains fr\u00e9n\u00e9tiques\u00a0 et impuissantes. R\u00e9action r\u00e9flexe\u00a0: se retourner et\u00a0 faire face au vide.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-center\">Envol.<\/p>\n\n\n\n<p>Hormis le banal \u00ab\u00a0c\u2019est con\u00a0\u00bb\u00a0 de circonstance, l\u2019unique pens\u00e9e est pour la m\u00e8re et la hantise de la d\u00e9cevoir d\u00e9finitivement. Le vol est assez court et s\u2019ach\u00e8ve mains et genoux plant\u00e9s, enfonc\u00e9s, dans la pelouse six m\u00e8tres plus bas. Longue immobilit\u00e9, le patron \u00e0 c\u00f4t\u00e9, le souffle court, livide. Lent check-up. Rien. Incr\u00e9dules, Alain le sourire aux l\u00e8vres, le patron qui t\u00e2te un revenant. Premi\u00e8re des neuf vies du \u00ab\u00a0chat\u00a0\u00bb.<\/p>\n\n\n\n<hr class=\"wp-block-separator\" \/>\n\n\n\n<p>Une cuisine au plan r\u00e9p\u00e9t\u00e9 \u00e0 l\u2019infini dans ce grand ensemble. Une table ronde en bois us\u00e9e \u00e0 l\u2019endroit o\u00f9 madame F. posent ses coudes, son cendrier, sa tasse de caf\u00e9. Assise, toujours, \u00a0face \u00e0 la fen\u00eatre qui donne sur la place. La place avec les trois gros pigeons en b\u00e9ton chevauch\u00e9s par les enfants les mercredi apr\u00e8s-midi. Cigarette apr\u00e8s cigarette, caf\u00e9 apr\u00e8s caf\u00e9, des ann\u00e9es durant. Parfois, la compagnie d\u2019une voisine pour tuer le temps immobile. Les r\u00eaves ont disparu, enfouis dans ce temps morne qui \u00e9galise tout, jusqu\u2019au rire. Le soir, la fille et le mari qui rentrent. D\u00e9plier ce long corps sec et anguleux, pr\u00e9matur\u00e9ment vieilli et pr\u00e9parer le repas. \u00c9changer quelques banalit\u00e9s, entre deux informations qui parviennent d\u2019un monde lointain, indiff\u00e9rent. Rien qui ne pr\u00eate \u00e0 \u00e9tonnement. Une fois tout termin\u00e9, les bonsoirs distribu\u00e9s, reprendre sa place \u00e0 la table. Et attendre les premiers ronflements avant de se glisser discr\u00e8tement dans le lit.<\/p>\n\n\n\n<hr class=\"wp-block-separator\" \/>\n\n\n\n<p>V., neuf ans, d\u00e9pose soigneusement une chemise blanche finement ray\u00e9e, un short de sport noir, une cravate bleue marine et une casquette noire sur son lit. Apr\u00e8s un regard approbateur, il enfile sa tenue, attrape un ukul\u00e9l\u00e9 rouge et proc\u00e8de \u00e0 une derni\u00e8re v\u00e9rification devant le miroir de la salle de bain, regard en biais et un \u00e9trange rictus sur la l\u00e8vre sup\u00e9rieure. Suit un court moment de concentration. Puis, pression sur <em>ON,<\/em> et la musique jaillit du haut-parleur. La set-list s\u2019ouvre sur <em>rock\u2019n\u2019roll damnation <\/em>et V. entame une \u00e9trange danse consistant \u00e0 sauter sur le pied gauche tout en balan\u00e7ant d\u2019avant en arri\u00e8re le pied droit. Cette marche du canard, popularis\u00e9e par Chuck Berry, durera une heure, sans interruption. La gestuelle, longuement scrut\u00e9e sur les vid\u00e9os, est reproduite avec fid\u00e9lit\u00e9. Le spectacle se termine sur des coups de canon. V., en sueur, d\u00e9pose le ukul\u00e9l\u00e9 sur son lit, regarde son p\u00e8re et lui confie\u00a0: c\u2019\u00e9tait un bon concert.<\/p>\n\n\n\n<hr class=\"wp-block-separator\" \/>\n\n\n\n<p>A. regarde fixement les caract\u00e8res typographiques sur son \u00e9cran. Arial 12 points standard &#8211;\u00a0 noir sur blanc. Blanc comme tout ce qui l&rsquo;entoure. Le message \u00e9voque un quotidien \u00e9tranger au sien. Une autre vie. Une vie avant cette immensit\u00e9 blanche et ce petit groupe de femmes et d&rsquo;hommes, reclus, tenus ensemble par un sentiment de pr\u00e9carit\u00e9. C&rsquo;est le petit dernier qui parle le plus, raconte ses journ\u00e9es scolaires, ses obsessions du moment, tel groupe de musique, telle bande dessin\u00e9e, qu&rsquo;elle lui manque terriblement aussi. Les deux a\u00een\u00e9s \u00e9crivent de leur c\u00f4t\u00e9 que tout va bien. Le mari est \u00e9trangement muet. Ce mari laiss\u00e9 il y a huit mois dans une salle d&rsquo;a\u00e9roport, gobelet-carton en main. Une s\u00e9paration de douze mois. Dur\u00e9e minimum de la mission. S\u00e9paration ardemment d\u00e9sir\u00e9e, un moyen d\u00e9tourn\u00e9 de rompre avec l&rsquo;ennui, la banalit\u00e9 des jours et le ras-le-bol g\u00e9n\u00e9ralis\u00e9. Est-ce que cela lui manque ? Honn\u00eatement, non. Et puis il y a H., du labo D, d\u00e9sormais. Mais ce n\u2019est pas vraiment la question. Ce n\u2019est m\u00eame pas une question de d\u00e9sir ou de bonheur. Elle se sent mieux seule. Elle regarde la photographie de son fils sur l&rsquo;\u00e9cran, il a chang\u00e9, ses traits s&rsquo;affermissent et, douloureusement, elle se r\u00e9p\u00e8te qu&rsquo;elle se sent mieux seule.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Allo\u00a0? Madame E.\u00a0? C\u2019est monsieur G., tout va bien, pas d\u2019inqui\u00e9tude \u2026 Comment \u00e7a, qu\u2019est-ce qui s\u2019est pass\u00e9 r\u00e9ponds une voix hyst\u00e9rique. Non, non, tout va bien, il est vivant, un vrai chat votre fils. Alain, bouche b\u00e9e, \u00e9coute m\u00e9dus\u00e9 son patron. Retour en arri\u00e8re. Une journ\u00e9e comme une autre pour ce jeune apprenti. Depuis une heure sur un toit <a class=\"more-link\" href=\"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/autobiographie-02-sous-les-radars\/\">Continuer la lecture<span class=\"screen-reader-text\">autobiographie #02 | Sous les radars<\/span><span class=\"meta-nav\">&rarr;<\/span><\/a><\/p>\n","protected":false},"author":345,"featured_media":0,"comment_status":"open","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"h5ap_radio_sources":[],"footnotes":""},"categories":[2820,2839],"tags":[],"class_list":["post-53909","post","type-post","status-publish","format-standard","hentry","category-cycle_autobiographies","category-autobiographie-02"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/53909","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/users\/345"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=53909"}],"version-history":[{"count":0,"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/53909\/revisions"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=53909"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=53909"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=53909"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}