{"id":54007,"date":"2021-10-10T07:38:00","date_gmt":"2021-10-10T05:38:00","guid":{"rendered":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/?p=54007"},"modified":"2021-10-12T05:58:02","modified_gmt":"2021-10-12T03:58:02","slug":"2-vous","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/2-vous\/","title":{"rendered":"autobiographies #02 | la femme de Paul et autres figures"},"content":{"rendered":"\n<p style=\"font-size:19px\"><strong>1<\/strong>&#8211; <strong>La femme de Paul<\/strong> <br>Ils disent&nbsp;: \u00ab\u00a0c\u2019est le portrait de Mich\u00e8le Morgan\u00a0\u00bb, ce sont les yeux: \u00ab\u00a0elle a de beaux yeux\u00a0\u00bb.&nbsp;Des jambes interminables qu\u2019elle montre. Ch\u00e2tain tr\u00e8s clair ou blond fonc\u00e9 naturel.&nbsp;Grande pour l\u2019\u00e9poque, une silhouette de mannequin&nbsp;: petit 40 dans le haut et grand 36 dans le bas; sa forte poitrine rarement d\u00e9couverte. Le grain de beaut\u00e9 qu&rsquo;elle a sur le menton.  Le grain de tabac dans sa voix \u2014 \u00e0 quatorze ans elle a commenc\u00e9 \u00e0  fumer. Des l\u00e8vres minces et charnues; les deux \u00e0 la fois. La peau claire, velout\u00e9e.&nbsp;De longues mains aux articulations noueuses. Tr\u00e8s t\u00f4t elle sait se servir d\u2019une machine \u00e0 coudre puis d\u2019une machine \u00e0 \u00e9crire. L\u2019\u00e9cole s\u2019arr\u00eate au brevet. Bonne \u00e9l\u00e8ve, elle devient secr\u00e9taire. Ce n\u2019est pas un accident; c\u2019est socialement d\u00e9termin\u00e9: elle ne sera pas \u00e9crivaine. Jusqu\u2019\u00e0 son mariage, pour une grossesse non d\u00e9sir\u00e9e, elle dort dans le m\u00eame lit que sa m\u00e8re.&nbsp;On mange. On se lave. On \u00e9tudie dans la cuisine. On tire un rideau pour la toilette. Le p\u00e8re est ouvrier tourneur. Il passe \u00e0 v\u00e9lo une fois par mois, un beau v\u00e9lo de course. Il donne de quoi finir le mois, en esp\u00e8ces dans une enveloppe.&nbsp;Elle se cache pour ne pas l&#8217;embrasser.&nbsp;La bassine pour laver les bas, les patates, le visage et les mains.\u00a0\u00bbBien se laver le cul c&rsquo;est donc \u00e7a le d\u00e9sordre!\u00a0\u00bb chante Ferr\u00e9 dans <em>Les amant tristes<\/em>; elle aimera Ferr\u00e9. La toile cir\u00e9e. Le poste de radio. Les feuilletons. Sa m\u00e8re \u00e0 elle, brune avec des taches de rousseur. Sa derni\u00e8re fille \u00e0 elle, brune avec des taches de rousseurs, elle ne saura pas l\u2019aimer. Elle \u00e9pouse le fils des patrons qui est patron de naissance. Il ressemble \u00e0 Montand, en petit.&nbsp;Il roule en d\u00e9capotable. Il aime l\u2019art. Il ach\u00e8te des \u0153uvres rares et couche avec des femmes en vu ou des secr\u00e9taires.&nbsp;Il trouve sa beaut\u00e9 rare.&nbsp;Il la trouve Hitchcockienne.&nbsp;Il lui fait quatre enfants en trois grossesses par accident. Trois filles et un gar\u00e7on.&nbsp;Il la couvre de cadeaux mais elle n\u2019a pas d\u2019argent pour nourrir les enfants. Elle revend les chaussures de marque et les sacs pour acheter du lait.&nbsp;Elle rencontre Paul \u00e0 l\u2019\u00e9picerie. Paul \u00e0 7 ans de moins qu\u2019elle. Il \u00e9tudie le droit et la gestion. Elle quitte Lyon o\u00f9 elle vivait. Reprend un travail de secr\u00e9taire, vit \u00e0 Cachan et voit Paul en se cachant.&nbsp;Il paye le loyer. Elle obtient le divorce. Elle obtient une pension. H\u00e9l\u00e8ne, Claire, Baptiste et B\u00e9atrice ce sont les enfants.&nbsp;Elle aime ses enfants comme une louve m\u00eame sa fille qu\u2019elle ne sait pas aimer. Elle aime la litt\u00e9rature de toute sa t\u00eate, de tout son c\u0153ur.&nbsp;Y plonge son corps. Depuis toujours elle manque de temps. Elle se passionne pour la politique. L\u2019union de la gauche.&nbsp;Elle d\u00e9file pour l\u2019avortement. Elle ne travaille plus qu\u2019\u00e0 mi temps. Elle a \u00e9pous\u00e9 Paul. Il est devenu cadre dans une banque. \u00c0 quarante ans elle passe son bac et elle entreprend des \u00e9tudes de lettres. Elle aime Virginia Woolf et Marguerite Duras. Elle fera un m\u00e9moire sur Emily Bront\u00eb. Ses filles adultes diront&nbsp;: \u2014 Maman aurait pu aimer une femme. Elle est pudique et timide. Elle est directe. Brusque et tendre. Quand elle te serre dans ses bras tu redeviens une enfant. Elle est chaleureuse et distante.&nbsp;Elle sait pr\u00e9parer des repas copieux pour dix avec tr\u00e8s peu. Les amis de ses enfants sont comme ses enfants. Elle sait coudre des costumes de f\u00eates avec rien. Elle aime No\u00ebl pour la lueur des bougies; les papiers de couleur au pied du sapin.&nbsp;Quand avec Paul ils quittent Paris pour la banlieue de Lyon elle a un jardin. Le jardin embaume. Elle fait une d\u00e9pression qu\u2019elle noie dans le parfum des fleurs. Elle voit mourir sa fille ain\u00e9e.&nbsp;Elle meurt ce jour l\u00e0. Elle est vivante et morte. Elle a huit petits enfants. Deux fois par an nous-nous \u00e9crivons. Je ne l\u2019avais pas revue depuis l\u2019enterrement. Dix ans. Je l\u2019ai revue il y a trois mois. Le fait qu&rsquo;elle lisait <em>Les lionnes <\/em>de Lucy Ellmann. Aujourd\u2019hui elle a 83 ans.<\/p>\n\n\n\n<p style=\"font-size:19px\"><strong>2 &#8211;<\/strong> <strong>Elle et lui<\/strong> <br>Affubl\u00e9e d&rsquo;un bazar de sacs plastiques, corps port\u00e9 en avant, elle trace. Son pompon rouge est son panache, marin d&rsquo;eau douce \u00e9chou\u00e9 sur le bitume, il clopine. Elle  rebrousse son kilt et pisse dans le caniveau entre deux voitures. Il va \u00e0 l&rsquo;urinoir du bord de Loire. <\/p>\n\n\n\n<p style=\"font-size:19px\"><strong>3 &#8211;<\/strong> <strong>L<\/strong><br>Son diminutif c&rsquo;est Lu, Lu comme&#8230; Il ne prendra plus un gramme se l\u2019est promis, elle est comme \u00e7a.&nbsp;Fumera plus pour compenser&nbsp;; il aura la peau grise, elle le sait. Les cheveux longs et noirs c\u2019\u00e9tait quand&nbsp;? Tous les deux ans la coupe change. Pour Tosca c\u2019\u00e9tait court et peroxyd\u00e9, avec des touches sombres aux racines et un trait d\u2019Eyeliner pervenche. Le bas c\u2019est legging baskett. Les hauts varient. Ce paillet\u00e9 \u00e9chancr\u00e9 sur la poitrine glabre lui va au teint. Il l&rsquo;a chin\u00e9. Il a un amoureux qui la trouve belle. Demain c&rsquo;est promis il ne touche plus aux confiseries des loges. Elle a faim. Il descend s&rsquo;en rouler une. <\/p>\n\n\n\n<p style=\"font-size:19px\"><strong>4 &#8211;<\/strong> <strong>Mademoiselle B<\/strong><br>Sa jupe \u00e9cossaise, en tapisserie d&rsquo;ameublement dans un cama\u00efeux de marrons, le gilet de m\u00eame \u00e9toffe boutonn\u00e9 par l\u2019arri\u00e8re\u00a0: imaginer la contorsion des bras pour attraper les boutonni\u00e8res et cadenasser le buste creux. Ce dos qu\u2019elle a courbe, les omoplates, deux ailes atrophi\u00e9es. Le col ras du cou arrondit, blanc ainsi que les manches et les bas \u2014 les jambes et les bras stylis\u00e9s. Une voiture l\u2019avait fauch\u00e9e, laissant sous sa coupe de cheveux rase une cicatrice plus longue que celle autoris\u00e9e pour la lame des couteaux de poche. Mademoiselle Bazin avait failli mourir. Elle en gardait quelques lubies et s\u2019envoyait en l\u2019air en sonnant la cloche \u00e0 la fin de l&rsquo;\u00e9tude .<br> <\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>1&#8211; La femme de Paul Ils disent&nbsp;: \u00ab\u00a0c\u2019est le portrait de Mich\u00e8le Morgan\u00a0\u00bb, ce sont les yeux: \u00ab\u00a0elle a de beaux yeux\u00a0\u00bb.&nbsp;Des jambes interminables qu\u2019elle montre. Ch\u00e2tain tr\u00e8s clair ou blond fonc\u00e9 naturel.&nbsp;Grande pour l\u2019\u00e9poque, une silhouette de mannequin&nbsp;: petit 40 dans le haut et grand 36 dans le bas; sa forte poitrine rarement d\u00e9couverte. 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