{"id":5442,"date":"2019-07-16T15:09:33","date_gmt":"2019-07-16T13:09:33","guid":{"rendered":"http:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/?p=5442"},"modified":"2019-07-16T15:09:33","modified_gmt":"2019-07-16T13:09:33","slug":"route","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/route\/","title":{"rendered":"Route"},"content":{"rendered":"\n<p>la route maintenant marchait nue contre nos pieds, les orteils tra\u00eenaient un sac d&rsquo;ombre comme des chiens blancs, la route marchait langue de terre rouge marchait s\u00e8che charg\u00e9e d&rsquo;une m\u00e9moire de violentes pluies, et la suivait un \u00e9cheveaux de barbel\u00e9s de lames de bois gr\u00eale de cabanes en t\u00f4les,  la route appelait dans les bouches appelait loin r\u00e2clait des restes de chants rouges, on se sentait comme avec du sang nouveau, l\u00e9g\u00e8rement ivre, presque en trop bonne sant\u00e9, avec ses muscles la route tirait les corps montait les corps vers un plateau o\u00f9 le ciel s&rsquo;\u00e9tait ouvert en deux, o\u00f9 un village comme un pansement mouill\u00e9 se d\u00e9collait lentement du sol, on croyait parfois distinguer des troupes d&rsquo;hommes sur le versant de la montagne sans jamais trouver d&#8217;empreintes, on croisait un chien le museau soulevant l\u00e9g\u00e8rement la poussi\u00e8re, qui suivait aussi la trace des troupeaux d&rsquo;hommes, les pieds sales on p\u00e9n\u00e9trait dans une auberge vide, l\u00e0 haut dans le village qui se d\u00e9colle et tombe, on d\u00e9tellait le corps, la nuit la route br\u00fblait les jambes, puis on \u00e9tait all\u00e9 dans l&rsquo;orage, entre des murs liquides fissur\u00e9s d&rsquo;\u00e9clairs, contre une nappe d&rsquo;eau tendue sur le tranchant des pierres, on \u00e9tait all\u00e9 comme une herbe, comme un insecte, comme un caillou, dans la pluie, comme un papillon monarque, avec cette force de traction ignorante qui semblait tant\u00f4t \u00e9maner d&rsquo;une grange morte au loin, tant\u00f4t des taillis \u00e0 b\u00eates noires sur les bords de la route, tant\u00f4t de l&rsquo;ind\u00e9cision m\u00eame avec laquelle au point o\u00f9 ils se rejoignaient on avait recoll\u00e9 le ciel avec la terre, tant\u00f4t seulement de ne pas penser, de ne m\u00eame pas penser que l&rsquo;on ne pense pas, d&rsquo;\u00eatre tout entier comme pass\u00e9 de l&rsquo;autre c\u00f4t\u00e9 de soi, c\u00f4t\u00e9 monde, c\u00f4t\u00e9 dehors, c\u00f4t\u00e9 for\u00eat, c\u00f4t\u00e9 r\u00e9gularit\u00e9 mate du bruit des pas dans la pluie, on \u00e9tait entr\u00e9 comme un insecte \u00e0 carapace bleue dans l&rsquo;orage peupl\u00e9 de grands pyl\u00f4nes, puis on en \u00e9tait sorti par un trou dans le ciel, et dans le foss\u00e9 contre un champ fauch\u00e9 il y avait eu un sanglier mort la t\u00eate l\u00e8g\u00e8rement inclin\u00e9e reposant sur la route comme sur un oreiller, dans le soleil sa peau marbr\u00e9e fume, la vie est encore un peu l\u00e0 dans la charogne, s&rsquo;\u00e9chappe par une touffe de poils jaunes, on la regarde sans pouvoir rien faire de plus, on la regarde, une b\u00eate morte seule, on la regarde avec peut-\u00eatre comme une messe pa\u00efenne confuse dans les yeux<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>la route maintenant marchait nue contre nos pieds, les orteils tra\u00eenaient un sac d&rsquo;ombre comme des chiens blancs, la route marchait langue de terre rouge marchait s\u00e8che charg\u00e9e d&rsquo;une m\u00e9moire de violentes pluies, et la suivait un \u00e9cheveaux de barbel\u00e9s de lames de bois gr\u00eale de cabanes en t\u00f4les, la route appelait dans les bouches appelait loin r\u00e2clait des restes <a class=\"more-link\" href=\"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/route\/\">Continuer la lecture<span class=\"screen-reader-text\">Route<\/span><span 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