{"id":54427,"date":"2021-10-12T11:53:14","date_gmt":"2021-10-12T09:53:14","guid":{"rendered":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/?p=54427"},"modified":"2023-05-21T20:41:11","modified_gmt":"2023-05-21T18:41:11","slug":"autobiographie-2-elle-et-eux","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/autobiographie-2-elle-et-eux\/","title":{"rendered":"autobiographies #02 | elle et eux"},"content":{"rendered":"\n<figure class=\"wp-block-image size-large\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"1024\" height=\"768\" src=\"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-content\/uploads\/2021\/10\/pour-imp-2-1-1024x768.png\" alt=\"\" class=\"wp-image-54428\" srcset=\"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-content\/uploads\/2021\/10\/pour-imp-2-1-1024x768.png 1024w, https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-content\/uploads\/2021\/10\/pour-imp-2-1-420x315.png 420w, https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-content\/uploads\/2021\/10\/pour-imp-2-1-768x576.png 768w, https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-content\/uploads\/2021\/10\/pour-imp-2-1-1536x1152.png 1536w, https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-content\/uploads\/2021\/10\/pour-imp-2-1-2048x1536.png 2048w\" sizes=\"auto, (max-width: 1024px) 100vw, 1024px\" \/><\/figure>\n\n\n\n<p>Elle \u00e9tait volumineuse et ferme, roc tendre, solide et accueillant. Elle n&rsquo;\u00e9tait pas humble, ce mot ne figurait ni \u00e0 son vocabulaire, ni dans sa pens\u00e9e, sa nature, elle \u00e9tait simple et fine. Elle ne cherchait pas \u00e0 am\u00e9liorer sa vie, son sort, elle l&rsquo;acceptait, l&rsquo;endossait. Elle l&#8217;embellissait des petites gentillesses qu&rsquo;elle prodiguait et de ce qu&rsquo;elle recevait parfois, souvent, en retour, la confiance, presque la familiarit\u00e9 des adultes, avec la distance qui leur \u00e9tait mutuellement n\u00e9cessaire, l&rsquo;amour que lui vouaient les enfants avec un m\u00e9lange de fougue et de respect devant sa pr\u00e9sence imposante. Quand sa camarade, dont c&rsquo;\u00e9tait le r\u00f4le, lui laissait le soin et le plaisir de cuisiner, l&rsquo;appartement embaumait la garrigue et du four sortaient des courgettes sublim\u00e9es, des sardines ouvertes sur un m\u00e9lange ancestral et go\u00fbteux, des tomates qui n&rsquo;\u00e9taient plus que pommade savoureuse. Elle faisait rire l&rsquo;ado qui noyait son vague \u00e0 l&rsquo;\u00e2me dans une boulimie de tartines de gros pain et de moutarde en lui conseillant de faire attention parce que, elle, quand elle se jetait sur son lit avec l&rsquo;enthousiasme de ce repos qui l&rsquo;attendait, son pauvre petit mari \u00e9tait projet\u00e9 vers le plafond. Elle \u00e9tait belle et bonne comme la campagne du nord de l&rsquo;Italie d&rsquo;o\u00f9 elle \u00e9tait venue jeunette.<\/p>\n\n\n\n<p>Il avait la dignit\u00e9 de son \u00e9tat, de son temps, une apparence presque aust\u00e8re que ne contredisaient pas son attention silencieuse aux autres, aux femmes, aux jeunes hommes qu&rsquo;il jugeait dignes d&rsquo;une protection discr\u00e8te, ni la tendresse, m\u00eal\u00e9e d&rsquo;une consid\u00e9ration qui les ennoblissait, pour ses petits enfants. L&rsquo;\u00e2ge venu, alors que la vie active l&rsquo;avait abandonn\u00e9, hors quelques obligations honorifiques, il avait gard\u00e9 en lui le tr\u00e8s jeune officier saharien, le capitaine des tranch\u00e9es, l&rsquo;attach\u00e9 d&rsquo;ambassades qui couvrait d&rsquo;une petite moustache sage ces dents jet\u00e9es en avant qui le distinguait, celui qui avait charm\u00e9 la jeune fille de dix-huit ans avec lequel il avait constitu\u00e9 un attelage mutuellement respectueux, le g\u00e9n\u00e9ral en chef d&rsquo;une guerre en train de se perdre, l&rsquo;homme de belle culture et de bonnes amiti\u00e9s, le membre, un temps, jusqu&rsquo;\u00e0 ce que s&rsquo;impose \u00e0 un reste de na\u00efvet\u00e9 qu&rsquo;il s&rsquo;\u00e9tait d\u00e9couvert la conscience de la compromission que cela repr\u00e9sentait avec des organisateurs qu&rsquo;il r\u00e9prouvait, \u00e0 une organisation pacifique. De toutes ces facettes s&rsquo;\u00e9tait constitu\u00e9 ce patriarche dont on respectait la r\u00e9serve, ce dispensateur de bonne vie, bons vins, friandises pour les autres.<\/p>\n\n\n\n<p>Il \u00e9tait ce grand corps \u00e0 chevelure \u00e9clatante, \u00e9paules larges, cette pr\u00e9sence tonitruante \u00e0 la d\u00e9licatesse de buldozer qui faisait fuir la bande de jeunes, d&rsquo;adolescents suivis comme le pouvaient par les petites jambes des bambins, ce veuf inconsolable qui s&rsquo;\u00e9tant jug\u00e9 incapable de trouver en lui de quoi remplacer la tendresse maternelle avait opt\u00e9 pour une brutalit\u00e9 peut-\u00eatre d\u00e9sesp\u00e9r\u00e9e et l&rsquo;ami plein d&rsquo;inventions, de fantaisie, de go\u00fbt de la vie de la bande adulte. Le totem que tous consid\u00e9raient avec un m\u00e9lange d&rsquo;effroi et de joyeuse fraternit\u00e9, un peu en dehors mais indispensable \u00e0 cette micro-soci\u00e9t\u00e9 qui s&rsquo;\u00e9tait constitu\u00e9e ces ann\u00e9es l\u00e0 autour d&rsquo;un port en construction, d&rsquo;une base a\u00e9ronovale, de quelques bateaux.<\/p>\n\n\n\n<p>photo \u00a9 Brigitte C\u00e9l\u00e9rier d&rsquo;une oeuvre d&rsquo;Alexandra Giacobazzi<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Elle \u00e9tait volumineuse et ferme, roc tendre, solide et accueillant. Elle n&rsquo;\u00e9tait pas humble, ce mot ne figurait ni \u00e0 son vocabulaire, ni dans sa pens\u00e9e, sa nature, elle \u00e9tait simple et fine. Elle ne cherchait pas \u00e0 am\u00e9liorer sa vie, son sort, elle l&rsquo;acceptait, l&rsquo;endossait. 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