{"id":5447,"date":"2019-07-16T15:11:10","date_gmt":"2019-07-16T13:11:10","guid":{"rendered":"http:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/?p=5447"},"modified":"2019-07-16T15:11:11","modified_gmt":"2019-07-16T13:11:11","slug":"fuir","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/fuir\/","title":{"rendered":"fuir"},"content":{"rendered":"\n<p>restent l&rsquo;\u00e9t\u00e9 les chantiers les engins dedans des hommes les engins dedans les vitres comme pris au pi\u00e8ge sur un rond-point par une d\u00e9crue brutale de la ville une bagnole parfois passe avec une torpeur de b\u00eate cherchant l&rsquo;ombre une bagnole sombre aux vitres noires dedans elle une musique lourde comme un souffle fuir lamentation sourde de la ville de vent de vide ass\u00e9ch\u00e9e une bretelle de s\u00e9curit\u00e9 le long de la voie de chemin de fer quand on y marche quand on y marche lentement quand on regarde les rails les herbes entre les rails les cahuttes des cheminots quand rien ne bouge fuir quand rien ne fr\u00e9mit quand rien n&rsquo;oscille que les immeubles trou\u00e9s par leurs fen\u00eatres crachent du linge et des plantes cr\u00e9v\u00e9es fuir on ne sait pas comment on ne sait pas par o\u00f9 il y a comme une s\u00e8cheresse dans les directions aussi il  y a fuir inscrit dans le sol de la ville il y a fuir dans la r\u00e9curence d&rsquo;images lourdes de chairs lourdes d&rsquo;engins lourdes de pelouses br\u00fbl\u00e9es de centre-commerciaux lourds et vides comme des plan\u00e8tes inhabit\u00e9es fuir les deux hommes sont sorti de la voiture rouge avec un couteau et une balafre sur la joue gauche on avait fuir frapp\u00e9 \u00e0 toutes les portes du village jusqu&rsquo;\u00e0 ce que la vieille ouvre on avait fuir on avait peur on avait voulu fuir mais les flics nous avaient coinc\u00e9 dans un cul de sac fuir ta bouche \u00e9tait sur sa bouche ta main \u00e9tait sur sa main une force trop grande venait de siphoner ta t\u00eate fuir mais combien de fois \u00e9tais-tu rest\u00e9 chantier toi-m\u00eame poussi\u00e8re toi-m\u00eame fuir puis te voil\u00e0 au Nord sortant d&rsquo;une gare au Nord dans un creux des for\u00eats envas\u00e9 dans la neige dans un grand lac gel\u00e9 cercl\u00e9 de p\u00e8cheries mortes et de joggers et te voil\u00e0 qui marche vers cette tuyauterie d&rsquo;usines blanches apr\u00e8s quoi on ne voit plus que des arbres et de l&rsquo;ombre fuir vent sans ossature toi squelette mou qui va fuir loin fuir jusqu&rsquo;\u00e0 s&rsquo;\u00e9puiser se dissoudre dans la neige fuir on observait ses yeux on attendait dans ses yeux on esp\u00e9rait qu&rsquo;elle ne remarque pas le renflement dans le compartiment arri\u00e8re du sac on avait vu l&rsquo;entrec\u00f4te dans le rayon on avait dit on va se faire une entrec\u00f4te on va la mettre l\u00e0 o\u00f9 elle sera juste un peu cach\u00e9e par le rabat du sac puis on fera les bon demeur\u00e9s tout sourire et bien polis puis on passera tranquillement on avait vu l&rsquo;entrec\u00f4te on avait vu l&rsquo;entrec\u00f4te chaude et presque crue dans nos bouches dans nos dents on avait dit avec toute la viande qu&rsquo;il foutent en l&rsquo;air et on avait imm\u00e9diatement vu les frites qui allaient avec on aurait pu payer l&rsquo;entrec\u00f4te mais on avait d&rsquo;autres choses \u00e0 payer fuir c&rsquo;\u00e9tait le rythme gris c&rsquo;\u00e9tait fuir le rythme travail payer travail payer travail alcool payer fuir c&rsquo;\u00e9tait se dire bient\u00f4t c&rsquo;\u00e9tait dans la t\u00eate se dire bient\u00f4t fuir c&rsquo;\u00e9tait vivre avec dans la t\u00eate une b\u00eate qui meure d&rsquo;ennui et le dimanche l&#8217;emmener au bout d&rsquo;une route au bord de la colline ceintur\u00e9e de gen\u00eats de bruy\u00e8res qui marquait le d\u00e9but d&rsquo;une lande sans fin fuir comme elle d&rsquo;autres b\u00eates de la t\u00eate se tenaient l\u00e0 au sommet regardaient la mer en chargeaient leurs visages on pouvait \u00eatre comme \u00e7a des centaines \u00e0 fuir rentrer le soir sans comprendre pourquoi fuir sans jamais cependant vraiment fuir porter sa fatigue un peu plus loin encore pourquoi on allait jamais vraiment au bout des routes pourquoi avec nos t\u00eates on tra\u00eenait les cr\u00eates les gr\u00e8ves les landes \u00e0 travers la poisse du port la rouille suburbaine des serpents de chemins enroul\u00e9s dans le ventre jusqu&rsquo;entre les murs d&rsquo;une chambre blanche fuir ils \u00e9taient en tas vivants dans les cages les enfants s\u00e9par\u00e9s des m\u00e8res s\u00e9par\u00e9es des p\u00e8res s\u00e9par\u00e9s des enfants passant leurs doigts \u00e0 travers les mailles fuir les images comment fuir les images une fois qu&rsquo;elles sont dedans fuir le malheur essaime comme du pollen on est parti on est revenu on est all\u00e9 devant et derri\u00e8re soi fuir plus on marchait plus on s&rsquo;\u00e9loignait plus on franchissait les villages apr\u00e8s les villages plus on \u00e9tait seul en mouvement seul en silence plus on faisait le vide le vide se faisait le vide se faisait par d\u00e9compression par retomb\u00e9e lente de la poussi\u00e8re mentale plus on allait loin en soi pas profond pas dans la m\u00e9moire profonde mais dans la m\u00e9moire sur la membrane des yeux plus on \u00e9prouvait comme un besoin vital la pr\u00e9sence de voix de corps de heurts de tendresse plus on d\u00e9sirait fuir \u00e0 l&rsquo;envers fuir en retour comprimer en soi la fuite pour qu&rsquo;elle devienne une phrase  <\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>restent l&rsquo;\u00e9t\u00e9 les chantiers les engins dedans des hommes les engins dedans les vitres comme pris au pi\u00e8ge sur un rond-point par une d\u00e9crue brutale de la ville une bagnole parfois passe avec une torpeur de b\u00eate cherchant l&rsquo;ombre une bagnole sombre aux vitres noires dedans elle une musique lourde comme un souffle fuir lamentation sourde de la ville de <a class=\"more-link\" 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