{"id":54530,"date":"2021-10-13T22:41:45","date_gmt":"2021-10-13T20:41:45","guid":{"rendered":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/?p=54530"},"modified":"2021-10-14T08:00:41","modified_gmt":"2021-10-14T06:00:41","slug":"04-autobiographies-ici-les-lieux","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/04-autobiographies-ici-les-lieux\/","title":{"rendered":"autobiographies #04 |\u00a0ici, les lieux"},"content":{"rendered":"\n<p>Clinique Marcel Sembat au 105 avenue Victor Hugo, Boulogne Billancourt, \u00e0 10 minutes du m\u00e9tro du nom de l&rsquo;homme politique. Fa\u00e7ade grise entour\u00e9e de panneaux color\u00e9s jaunes, rouges et verts. 2\u00e8me \u00e9tage par l&rsquo;ascenseur suivi d&rsquo;un couloir gris, non pas sale et d\u00e9fra\u00eechi, non, un joli gris, un gris de ciel avant la pluie. Affiches de cin\u00e9ma sur les murs, des couloirs aux allures de stars. L&rsquo;h\u00f4pital du cin\u00e9ma ou le cin\u00e9ma de l&rsquo;h\u00f4pital. L&rsquo;odeur du lieu, du propre, des m\u00e9dicaments \u00e0 prendre, des produits \u00e0 nettoyer. L&rsquo;odeur de la mort aussi, le silence, les pleurs feutr\u00e9s \u00e0 travers les portes entrouvertes. La chambre, semblable \u00e0 celle d&rsquo;une autre, pas de tableau, pas d&rsquo;images, pas de couleurs. Un vase pour les fleurs. Une plaque au bout du lit avec son nom. Elle arrivait tout juste \u00e0 la retraite, chanteuse lyrique, une voix, un corps, une pr\u00e9sence, belle. Au fil des visites, elle \u00e9tait devenue squelette, une femme squelette, le repas du crabe. Elle regardait dehors pour ne rien oublier. Ne rien oublier, continuer \u00e0 chanter et \u00e0 aimer. Mais elle n&rsquo;a pas pu, brusquement, violemment, elle s&rsquo;en est all\u00e9e, sa voix errant dans les limbes du souvenir pour l&rsquo;\u00e9ternit\u00e9.<\/p>\n\n\n\n<p>Ann\u00e9e 1995, 15 rue de lodi 13006 Marseille &#8211; Un caf\u00e9, pas loin du m\u00e9tro Notre dame du Mont\/Cours Julien, un \u00e9picier peut-\u00eatre, l&rsquo;odeur des croissants, des d\u00e9tritus de la veille dans la rue pas encore nettoy\u00e9e. Un petit immeuble, un petit appartement, 4\u00e8me \u00e9tage, avec un acc\u00e8s sur les toits d&rsquo;o\u00f9 pendait un fil \u00e0 linge accroch\u00e9, au gr\u00e9 du vent. Petite cuisine jaune, petite toilette blanche, petite salle de bains \u00e9troite avec son ampoule au dessus de l&rsquo;\u00e9vier. Un lit, un canap\u00e9, la lumi\u00e8re du soir par la fen\u00eatre. Et elle, Ang\u00e9line, trop grande pour ses murs, brune, belle et charnue, aimait \u00e0 \u00e9tendre ses v\u00eatements dehors, l&rsquo;asperger de lessive et attendre que la pluie tombe pour laver et le toit et le linge.<\/p>\n\n\n\n<p>Ann\u00e9e 1990, 15 rue Paul Bert 75011 Paris m\u00e9tro Faidherbe Chaligny. Le caf\u00e9 d&rsquo;en face, vieux rade, presqu&rsquo;un PMU, odeur du caf\u00e9 du comptoir, le sourire du propri\u00e9taire. La rue Paul Bert avec sa laverie en face et sa cordonnerie CHEZ ALEXIS &#8211; L&rsquo;odeur du cuir verni, les clous \u00e0 ressemeler, les petites boites empil\u00e9es, le cirage \u00e0 vendre, les petites lumi\u00e8res dans le fond, la pi\u00e8ce \u00e0 travailler, le bonjour aux clients. Toujours l\u00e0 \u00e0 recevoir les chaussures et pas les pieds. Haute la cordonnerie, de plafond, murs d&rsquo;un rouge violet, sol sombre et petite chaise pour s&rsquo;asseoir \u00e0 l&rsquo;\u00e9coute de la machine contre les semelles \u00e0 rafistoler. Jazz dans le transistor de grand-p\u00e8re qui gr\u00e9sillait et Alexis. Alexis, argentin, g\u00e9ant comme son plafond, costaud et regard de bont\u00e9. Sa voix grave et chaleureuse, le rire joyeux et puissant, l&rsquo;oreille attentive, toujours l\u00e0, toujours ouvert, toujours \u00e0 r\u00e9parer, tout.<\/p>\n\n\n\n<p>Helsinki entre deux avions. Il y a de ces lieux dont on sait que certainement on n&rsquo;y remettra plus jamais les pieds et les mains et que seuls le destin, le hasard ? vous a emmen\u00e9 \u00e0 cet endroit, comme par accident. Un de ces lieux o\u00f9 tout est hors du temps, hors du quotidien. Les portes vitr\u00e9es coulissantes glissant d\u00e9licieusement sur le sol et dont on n&rsquo;ose \u00e0 peine franchir de ses pas, de peur de d\u00e9ranger. Les couloirs de fines moquettes \u00e9clair\u00e9s de lumi\u00e8res tamis\u00e9es qui m\u00e8nent tout droit \u00e0 une chambre \u00e0 ouvrir \u00e0 l&rsquo;aide d&rsquo;une petite carte subtilement rang\u00e9e entre les tissus de la poche du pantalon de velours. Petite carte qu&rsquo;il faut d\u00e8s lors introduire dans une autre fente pour que jaillisse, \u00f4 miracle, la lumi\u00e8re. Salle de bains, toute de noire v\u00eatue, la brillance des miroirs, d\u00e9voilant tous les aspects de l&rsquo;anatomie. Petites tables de chevets transparentes, lit prometteur aux draps blancs. Du bout des doigts, tout est sensualit\u00e9. Les murs, le canap\u00e9, l&rsquo;\u00e9vier et m\u00eame la corbeille de papier. Tout glisse, caresse, effleure, la douche chaude et voluptueuse, le savon et les serviettes pour se s\u00e9cher. Douceur de la nuit, douceur du temps, douceur de la vie \u00e9chapp\u00e9e du r\u00e9el. Et jolie surprise du matin o\u00f9 l&rsquo;on s&rsquo;aper\u00e7oit qu&rsquo;un autre h\u00f4tel aux baies transparentes laissent d\u00e9voiler depuis la veille, toutes les nudit\u00e9s. <\/p>\n\n\n\n<p>45 avenue Marceau 75016 Paris &#8211; Boutiques Dior, Guggi et restaurants \u00e9toil\u00e9s, non loin, de la flamme en hommage \u00e0 Diana. Ce jour-l\u00e0, Maria se tenait, droite, devant la porte en bois lourde \u00e0 pousser puis avait soigneusement tapot\u00e9 le code \u00e0 cinq chiffres, franchi le passage et s&rsquo;\u00e9tait essuy\u00e9 les pieds sur le paillasson de l&rsquo;entr\u00e9e. Dans la jolie cour \u00e0 traverser, elle avait regard\u00e9 pensive les immenses appartements vides emplis de bibelots de valeurs, sans vie, ni personne. Puis, elle s&rsquo;\u00e9tait lentement dirig\u00e9e vers une petite porte du fond ouvrant sur un \u00e9troit escalier. Pas d&rsquo;ascenseur, mais de la hauteur, six \u00e9tages pour atteindre les cieux Six \u00e9tages, courses dans les mains, multitude de marches \u00e0 grimper, le souffle coup\u00e9. Peut-\u00eatre m\u00eame qu&rsquo;elle les avait compt\u00e9 une fois ces foutues marches, elle ne s&rsquo;en souvient plus. Six \u00e9tages pour arriver, l\u00e0 o\u00f9 tout le monde se connait. Le voisin, de la voisine, de la famille du bout, du gars d&rsquo;\u00e0 c\u00f4t\u00e9, des espagnols de l&rsquo;autre porte c\u00f4toyant les portugais d&rsquo;en face et tout ce monde bataillant pour courir en premier \u00e0 la porte des cabinets. Vues \u00e9tincelantes de la petite lucarne en vitre \u00e0 soulever et \u00e0 coincer dans le trou pour contempler la Tour Eiffel, surtout le soir de No\u00ebl. Et le reste de l&rsquo;ann\u00e9e ? La f\u00eate tous les jours, la musique \u00e0 danser, l&rsquo;odeur de la cuisine de partout. Maria adorait cet endroit et pour rien au monde, elle ne l&rsquo;abandonnerait, jamais, qu&rsquo;elle avait dit.  <\/p>\n\n\n\n<p><\/p>\n\n\n\n<p><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Clinique Marcel Sembat au 105 avenue Victor Hugo, Boulogne Billancourt, \u00e0 10 minutes du m\u00e9tro du nom de l&rsquo;homme politique. Fa\u00e7ade grise entour\u00e9e de panneaux color\u00e9s jaunes, rouges et verts. 2\u00e8me \u00e9tage par l&rsquo;ascenseur suivi d&rsquo;un couloir gris, non pas sale et d\u00e9fra\u00eechi, non, un joli gris, un gris de ciel avant la pluie. 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