{"id":54547,"date":"2021-10-13T23:31:17","date_gmt":"2021-10-13T21:31:17","guid":{"rendered":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/?p=54547"},"modified":"2021-10-14T18:48:48","modified_gmt":"2021-10-14T16:48:48","slug":"autobiographie-4-mille-et-une-reveries","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/autobiographie-4-mille-et-une-reveries\/","title":{"rendered":"autobiographies #04 | mille et une r\u00eaveries"},"content":{"rendered":"\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Partir, s\u00e9ance tenante et tout l\u00e2cher. Des mots et une poign\u00e9e de r\u00eaves. Partir, battre les cartes, ouvrir le carnet, retrouver les lieux, comme un havre, un abri.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">C\u2019\u00e9tait la rue Richarme, \u00e0 Rive de Gier, l\u2019appartement du quatri\u00e8me \u00e9tage. Le Marais, plus tard, dans les faubourgs de Saint-Etienne. L\u2019immeuble au dessus des fonderies. Les clameurs, les soirs de match, jaillissant des tribunes du stade quand les \u00abVerts&nbsp;\u00bb remportaient la victoire. La rue des Aci\u00e9ries o\u00f9 la m\u00e9m\u00e9 vivait encore. Et ce pays o\u00f9 la campagne naissait entre des tas de m\u00e9diocre charbon  coiff\u00e9s d\u2019herbe ou de buissons au printemps, colonisant les wagonnets couch\u00e9s \u00e0 m\u00eame le carreau des puits de mine. Tout \u00e9tait noir. Ou gris. La terre, les ateliers, les maisonnettes. <br><\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">C\u2019\u00e9tait \u00e0 Mirabel -aux-Baronnies-. 1569 habitants. Crissement des pneus sur le gravier, hennissement de la porte vermoulue sur le sol in\u00e9gal. L\u2019unique volet bleu qui \u00e9met comme toujours son grincement reconnaissable. L\u2019\u00e9t\u00e9 a \u00e9t\u00e9 sec, la v\u00e9g\u00e9tation autour n\u2019a pas r\u00e9sist\u00e9 \u00e0 la canicule. Dedans la grande pi\u00e8ce, un simple lit cosy recouvert d\u2019une courte pointe bleu ciel. La porte claque, senteurs  intens\u00e9ment m\u00eal\u00e9es de naphtaline et de lavande. Les draps exsudent une odeur de renferm\u00e9. Ir\u00e8ne est instantan\u00e9ment l\u00e0, comme si elle flottait l\u00e0, tout pr\u00e8s. Sommit\u00e9s de lavande s\u00e9ch\u00e9es dispers\u00e9es sur le plancher. <br> <br>C&rsquo;\u00e9tait \u00e0 Beauv\u00e8ne, Ard\u00e8che du Nord, 217 habitants. D\u2019abord le sentier jusqu\u2019\u00e0 la rivi\u00e8re,  le Talaron. Du vert partout et du bruit, stridulations des sauterelles et des criquets, et la rivi\u00e8re tout en bas, odeur caract\u00e9ristique de l\u2019eau qui stagne, rien \u00e0 voir avec la mer. Au bord, c\u2019est vaseux, rempli de mousse et de cresson sauvage. En surface, des araign\u00e9es d\u2019eau aux pattes si fines qu\u2019elles semblent tituber au moindre fr\u00e9missement. Sur une herbe haute, une libellule bleue. Au retour, on emprunte la route goudronn\u00e9e qui grimpe  jusqu\u2019au vieux village, une maison en pierres qui ressemble aux autres, un peu plus haute peut-\u00eatre, on pousse la porte. Sur la table vermoulue, plus longue que large, repose une pierre plate, sorte de gros galet servant sans doute \u00e0 poser les casseroles chaudes. Le plateau porte la trace des repas, miettes, hachures de couteau, taches informes de gras. La table est pr\u00e8s de la fen\u00eatre. En dessous la rivi\u00e8re, le Talaron toujours. Les cloches sonnent. <br><\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">C\u2019\u00e9tait \u00e0 Lyon, rue Duquesne, une plaque rectangulaire sur le mur gris. Une rue large et rectiligne, \u00e0 sens unique, le soleil glisse dans les interstices inoccup\u00e9s, une seule rang\u00e9e d\u2019arbres, des fa\u00e7ades grises, un \u00e9clairage public uniforme presque d\u00e9suet et des trottoirs aux pav\u00e9s disjoints. Les platanes commencent \u00e0 perdre leurs feuilles. Le fond de l\u2019air est doux, sensation \u00e9trange que rien n\u2019a chang\u00e9. Ici il y avait un primeur, maintenant il n\u2019y a rien, juste un Carrefour Express au bout de la rue. Au 5 de la rue, Monsieur et Madame Leroy, c\u2019est \u00e9crit sur la bo\u00eete aux lettres, \u00e0 c\u00f4t\u00e9, au 5bis, Madame Dupr\u00e9. On retrouve sa rue, on ne reconna\u00eet plus rien, origami dans les tons de gris, pli\u00e9 et trop d\u00e9pli\u00e9, presque d\u00e9chir\u00e9. Marcher jusqu\u2019au Parc de la T\u00eate d\u2019Or, revoir les \u00e9l\u00e9phants, commander un lait-fraise. Gris-taupe, gris-basalte, gris mat, gris-plomb du ciel. <br><\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">C\u2019\u00e9tait la Bretagne, un pays cern\u00e9 d\u2019eaux plus ou moins agressives, qui battaient \u00e0 ses flancs, se brisaient sur les rochers avant de s\u2019\u00e9tendre sur une plage, pas tr\u00e8s loin de l\u2019Aber Wrac\u2019h, immacul\u00e9e, d\u00e9posant, parmi les coquillages, assez d\u2019\u00e9cume pour qu\u2019une mince cro\u00fbte de sel y recouvre un instant le sable en bordure du rivage.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">C\u2019\u00e9tait \u00e0 Puerto de la Condesa, au sud de Malaga. Azur radieux, la mer est d\u2019un bleu presque douloureux \u00e0 regarder. Un d\u00e9fil\u00e9 incessant de voiles blanches entre et sort. Dans l\u2019air r\u00e9sonne le cliquetis des drisses sur les m\u00e2ts m\u00e9talliques. <br>Pantal\u00e3n 4, place 56. C\u2019est l\u00e0 qu\u2019est amarr\u00e9 Sardine, un kelt de 9,60m, coque ternie, peinture \u00e9caill\u00e9e, des sangles effiloch\u00e9es retenant \u00e0 peine la grand voile \u00e9chapp\u00e9e de la baume. Le clapotis bat contre les parois du bateau. Premi\u00e8re cabine b\u00e2bord, bannette en d\u00e9sordre, multiples contenants au fond entrepos\u00e9s l\u00e0, sacs et bidons, voiles roul\u00e9es, cartons \u00e9ventr\u00e9s, \u00e7a sent la mer et le sel. L\u2019eau glougloute, les cordages vibrent. Autour, tout flotte et s\u2019agite. Les cris des mouettes transpercent le ciel au dessus de la mer lisse. Dans la lumi\u00e8re de la jet\u00e9e, j\u2019aper\u00e7ois une silhouette vaguement diffract\u00e9e, effluve naus\u00e9abond, odeur d\u2019ail et de caf\u00e9 m\u00eal\u00e9s. <br>Chaleur torride du soleil de midi. Dans le ciel un arc de fum\u00e9e rose explose en un \u00e9clair \u00e9carlate sur les eaux immobiles de la Marina.<br>Clips\u00e9 sur l\u2019avant du bateau, sous le coin de la b\u00e2che de protection, un simple panneau \u00ab&nbsp;Se vende&nbsp;\u00bb. <br><\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">D\u2019autres lieux encore \u00e0 retrouver, les retenir dans un carnet de peur qu\u2019ils se sauvent.  Recommencer, n\u2019avoir l\u2019air de rien, battre les cartes. Un havre, un abri. <br>C\u2019\u00e9tait \u00e0 \u2026<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><br><\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><br><\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><br><\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"> <\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">. <\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">. <\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Partir, s\u00e9ance tenante et tout l\u00e2cher. Des mots et une poign\u00e9e de r\u00eaves. Partir, battre les cartes, ouvrir le carnet, retrouver les lieux, comme un havre, un abri. C\u2019\u00e9tait la rue Richarme, \u00e0 Rive de Gier, l\u2019appartement du quatri\u00e8me \u00e9tage. Le Marais, plus tard, dans les faubourgs de Saint-Etienne. L\u2019immeuble au dessus des fonderies. 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