{"id":5457,"date":"2019-07-16T16:06:22","date_gmt":"2019-07-16T14:06:22","guid":{"rendered":"http:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/?p=5457"},"modified":"2019-07-16T16:06:23","modified_gmt":"2019-07-16T14:06:23","slug":"bouge","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/bouge\/","title":{"rendered":"BOUGE"},"content":{"rendered":"\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Les autres sont partis \u00e0\nla plage BOUGE partis depuis longtemps d\u00e9j\u00e0 et moi je n&rsquo;arrive pas\n\u00e0 m&rsquo;arracher \u00e0 cette chaise longue BOUGE les autres n&rsquo;ont pas eu de\nmal \u00e0 se lever de leurs chaises \u00e0 se mettre en branle \u00e0 poser un\npied apr\u00e8s l&rsquo;autre les autres BOUGE leurs chaises \u00e9taient moins\nlongues moins difficile de s&rsquo;arracher BOUGE ils n&rsquo;ont pas eu de peine\n\u00e0 se lever encourag\u00e9s par les efforts des uns et des autres leur\ncourage BOUGE \u00e0 remplir le sac de plage \u00e0 penser \u00e0 tout serviettes\nlunettes de soleil romans de plage magazines de plage parasol jeux de\nplage go\u00fbter pour les enfants cr\u00e8me solaire pour les enfants\nv\u00eatements anti-U.V. chapeaux pour profiter du soleil sans les\ninconv\u00e9nients du soleil pour profiter de la plage sans les\ninconv\u00e9nients de la plage BOUGE l&rsquo;ennui de n&rsquo;avoir rien d&rsquo;autre \u00e0\nfaire que fondre au soleil tout en \u00e9vitant de fondre BOUGE que\nm\u00e9langer ses odeurs \u00e0 celles des autres hommes et plantes et\nanimaux du littoral \u00e0 envahir le littoral \u00e0 le coloniser \u00e0\nras-bord jusque dans l&rsquo;eau satur\u00e9e d&rsquo;odeurs d&rsquo;huile BOUGE l&rsquo;eau\nhuil\u00e9e d&rsquo;hommes l&rsquo;eau de mer humanis\u00e9e l&rsquo;eau qui ne sent plus l&rsquo;eau\nde mer mais l&rsquo;homme la cr\u00e8me d&rsquo;homme la nourriture d&rsquo;homme l&rsquo;eau \u00e0\nla lessive \u00e0 l&rsquo;huile solaire avec des petits bouts d&rsquo;homme qui\nflottent BOUGE ils ne sont plus l\u00e0 \u00e0 attendre ils \u00e9taient debout\nautour de moi il y a quelques instants ils n&rsquo;y sont plus BOUGE ils\ns&rsquo;en sont all\u00e9s d&rsquo;un commun accord soulev\u00e9s par leurs pieds me\nlaissant derri\u00e8re eux BOUGE ils s&rsquo;en sont all\u00e9s sans attendre que\nje me soul\u00e8ve que je soul\u00e8ve mes pieds au bout de mes jambes au\nbout de mon tronc au bout de ma poitrine au bout de mon cou au bout\nde ma t\u00eate au bout de ma langue BOUGE que je les extraie de cette\nchaise longue cette longue chaise cette chaise \u00e0 rallonges BOUGE\nj&rsquo;ai essay\u00e9 pendant un certain temps un temps aussi long que cette\nchaise est longue que cet apr\u00e8s midi d&rsquo;\u00e9t\u00e9 qui s&rsquo;\u00e9tire BOUGE\nl&rsquo;accumulation de tous les d\u00e9chets de la plage pourraient remplir\nfacilement cette pi\u00e8ce BOUGE les corps entass\u00e9s dans cette pi\u00e8ce\nBOUGE les corps d\u00e9chets BOUGE mais impossible de m&rsquo;arracher de\nsoulever mes pieds coll\u00e9s au tissu de la chaise fondus \u00e0 la chaise\nencha\u00een\u00e9s BOUGE aucun aigle \u00e0 l&rsquo;horizon BOUGE \u00e0 la longue les\nautres se sont lass\u00e9s de m&rsquo;attendre de me h\u00e9ler BOUGE de\nm&rsquo;engueuler de tenir compte de moi de compter sur mon corps \u00e0 la\nverticale les accompagnant sur le sentier de la plage les tongs au\npieds enfin lib\u00e9r\u00e9e de l&#8217;emprise de la chaise longue consentante\nBOUGE \u00e0 d&rsquo;autres emprises les odeurs des chichis des cr\u00e8mes\nsolaires la flotte de mer d\u00e9sodoris\u00e9e o\u00f9 flottent des petits bouts\nde quoi BOUGE ils ne m&rsquo;ont pas attendue plus que cela n&rsquo;ont pas\npers\u00e9v\u00e9r\u00e9 BOUGE ont renonc\u00e9 BOUGE se sont d\u00e9go\u00fbt\u00e9s devant la\ntorpeur de mon corps allong\u00e9 de tout son long de ces pieds \u00e9tal\u00e9s\nimpavides de ces pieds imb\u00e9cilement pos\u00e9s BOUGE sur cette chaise\nlongue en ce long apr\u00e8s-midi d&rsquo;\u00e9t\u00e9 alors que clairement pour eux\nBOUGE ce n&rsquo;\u00e9tait pas l&rsquo;endroit o\u00f9 se laisser envahir par la torpeur\ncette pi\u00e8ce d&rsquo;appartement de location sans meuble BOUGE\ninsignifiante en dehors de sa situation g\u00e9ographique et de la saison\nestivale BOUGE une pi\u00e8ce qui hormis la pr\u00e9sence d&rsquo;une fausse\nchilienne ou d&rsquo;un vrai transat n&rsquo;a rien \u00e0 voir avec une plage BOUGE\nune pi\u00e8ce qu&rsquo;ils oublieront vite une fois rentr\u00e9s chez eux apr\u00e8s\nles vacances BOUGE une pi\u00e8ce vide avec au centre une chaise longue\nau tissu des ann\u00e9es 70 BOUGE pourquoi s&rsquo;encombrer l&rsquo;esprit avec cela\nse demander o\u00f9 cette chaise longue a \u00e9t\u00e9 achet\u00e9e ou con\u00e7ue le\nmoment o\u00f9 quelqu&rsquo;un a choisi BOUGE son tissu sur un catalogue de\ntissus qui ne faisaient pas encore kitsch ou vintage mais dernier cri\nle jour BOUGE o\u00f9 le magasin de meubles a re\u00e7u le premier exemplaire\net l&rsquo;a expos\u00e9 BOUGE o\u00f9 cette chaise longue a \u00e9t\u00e9 regard\u00e9e avec\nadmiration par des jeunes femmes passant devant le magasin BOUGE\nl&rsquo;apr\u00e8s-midi o\u00f9 passant devant la vitrine elles se sont imagin\u00e9es\nposant leurs jambes interminables et \u00e9pil\u00e9es \u00e0 la perfection sur\nson tissu d&rsquo;inspiration ethnique chic le jour o\u00f9 BOUGE cette chaise\nlongue a pour la premi\u00e8re fois diffus\u00e9 son charme dans la vitrine\ndu magasin de meubles de la petite ville de province o\u00f9 jamais\npersonne n&rsquo;avait fait de croisi\u00e8re sauf sur le canal du Midi et o\u00f9\nle Chili \u00e9tait un de ces BOUGE dangereux pays d&rsquo;Am\u00e9rique du Sud o\u00f9\nles r\u00e9volutionnaires finissaient toujours mat\u00e9s par des g\u00e9n\u00e9raux\naid\u00e9s des am\u00e9ricains mais incroyablement folklorique d&rsquo;une\nauthenticit\u00e9 folle et o\u00f9 les habitants avaient su garder mieux que\nnous l&rsquo;art de vivre en particulier l&rsquo;art de la sieste h\u00e9rit\u00e9e des\ncolonisateurs espagnols BOUGE il existe une diff\u00e9rence entre un\ntransatlantique et une chilienne BOUGE la chilienne n&rsquo;a pas de repose\npieds BOUGE mais cette chilienne en a BOUGE c&rsquo;est un transatlantique\nd\u00e9guis\u00e9 en chilienne BOUGE ils sont d\u00e9finitivement partis ils ne\nsont plus l\u00e0 \u00e0 pr\u00e9sent ils sont hors de l&rsquo;appartement de la\nr\u00e9sidence du quartier du boulevard du front de mer du sentier du\nlittoral ils sont tout \u00e0 fait sur la plage voire carr\u00e9ment \u00e0 l&rsquo;eau\nsous l&rsquo;eau avec les poissons \u00e0 faire coucou aux poissons qui fuient\ndevant eux BOUGE en les ignorant superbement les anchois scintillants\net d&rsquo;autres dont on ne sait pas le nom qu&rsquo;on appelle les poissons\nsans plus de pr\u00e9cision de toutes fa\u00e7ons ils sont trop rapides du\nvif-argent pour qu&rsquo;on r\u00e9ussisse \u00e0 les identifier BOUGE nous sommes\nseuls moi mes pieds la chaise longue la chilienne le transat pour\n\u00eatre plus juste dans la pi\u00e8ce au cr\u00e9pi blanc \u00e0 tommettes oranges\nsans autre meuble que la chaise longue un cube blanc d\u00e9coup\u00e9 \u00e0 la\nscie dans un bloc de glace de polystyr\u00e8ne un bloc de meringue une\npi\u00e8ce mont\u00e9e de mariage un morceau de banquise de terre de feu\nBOUGE il faut traverser l&rsquo;Atlantique pour aller au Chili pays des\nchiliennes les femmes chiliennes passent-elles leur temps allong\u00e9es\nsur des chaises longues BOUGE le tissu \u00e0 rayures marron et jaune et\nvert caca d&rsquo;oie de cette pseudo chilienne en bois r\u00eache est piquet\u00e9\nde taches BOUGE les vis sont rouill\u00e9es il serait impossible \u00e0\npr\u00e9sent de la d\u00e9monter mais pourquoi au fait la d\u00e9monter qui\nvoudrait embarquer dans le coffre de sa voiture une vieille chilienne\nen pi\u00e8ces d\u00e9tach\u00e9es BOUGE dans le coffre d&rsquo;une voiture embarqu\u00e9e\nsur un paquebot en partance pour le Chili BOUGE nul besoin de transat\nsur un transatlantique nul besoin de chiliennes au Chili BOUGE les\ncouleurs vaguement am\u00e9rindiennes des ann\u00e9es 70 rappellent vaguement\nle souvenir d&rsquo;une chambre d&rsquo;un h\u00f4tel du Chiapas rappellent les\nvaguelettes de la mer du Mexique qui viennent mourir au bord de mes\npieds des vaguelettes inconsistantes de vagues vaguelettes \u00e9th\u00e9r\u00e9es\ngazeuses invisibles disparues \u00e9vanouies qui r\u00e9v\u00e8lent d&rsquo;autant plus\ndans leur disparition la pr\u00e9sence accablante de densit\u00e9 de mes\npieds un bloc compact de granit enfich\u00e9 dans les rainures les\nrayures les stries de la toile tendue BOUGE je n&rsquo;ai jamais tremp\u00e9\nmes pieds dans l&rsquo;eau du golfe du Mexique BOUGE mes pieds\nappartiennent \u00e0 la chaise longue maintenant autant que le tissu \u00e0\nrayures jaune pisseux que les vis rouill\u00e9es que le bois r\u00eache que\nles taches BOUGE mes pieds ont choisi la chaise longue comme port\nd&rsquo;attache sans mon autorisation pieds cargo chemin\u00e9es de paquebot\nsans fum\u00e9es bites d&rsquo;amarrage sans cordes BOUGE pieds\ntransatlantiques au moins j&rsquo;ai le loisir de les contempler BOUGE\nchair mises \u00e0 nu de coques coquilles sur l&rsquo;\u00e9tal du poissonnier\npouce-pieds Bernard l&rsquo;Hermite hors de lui mati\u00e8re molle de mollusque\n\u00e0 moins que ce ne soient eux mes doigts de pieds qui me contemplent\nde leurs yeux d&rsquo;ongles BOUGE de leurs yeux vides d&rsquo;expression de\nleurs yeux de choses qui attendent d&rsquo;\u00eatre utilis\u00e9es et la parent\u00e9\nentre la chilienne et mes pieds me saute aux yeux BOUGE les autres\nsont d\u00e9j\u00e0 partis \u00e0 la plage et moi je n&rsquo;arrive pas \u00e0 m&rsquo;arracher \u00e0\nce lit j&rsquo;ai dit ce lit au lieu de chaise longue j&rsquo;aurais pu dire\ncatafalque BOUGE je regarde mes pieds pas dispos\u00e9s \u00e0 sortir de leur\ntorpeur comme s&rsquo;ils avaient des yeux \u00e0 la place des ongles des yeux\nsans teint des petites vitres enfonc\u00e9es profond\u00e9ment dans la chair\ndodue des doigts de pieds pourtant cela ne fait pas mal du tout BOUGE\nest-ce que j&rsquo;ai eu mal la fois o\u00f9 l&rsquo;on m&rsquo;a fich\u00e9 les ongles dans la\nchair dodue des doigts de pieds BOUGE \u00e0 moins que tout ait pouss\u00e9\nensemble et ongle et chair dodue de doigt de pieds BOUGE \u00e0 pr\u00e9sent\nils ont fini de pousser ils ont fini leur croissance ils ont grandi\nils ont le m\u00eame \u00e2ge que moi c&rsquo;est la premi\u00e8re fois que je\nconsid\u00e8re l&rsquo;\u00e2ge de mes pieds BOUGE ce ne sont plus des pieds jeunes\npas encore des pieds de vieux mais sur le d\u00e9clin sans aucun doute\nils n&rsquo;ont jamais \u00e9t\u00e9 beaux je dois le reconna\u00eetre et je ne peux\npas dire qu&rsquo;ils ont eu un jour fi\u00e8re allure non cela je ne peux pas\nle dire mes pieds ont eu fi\u00e8re allure \u00e0 dire vrai BOUGE j&rsquo;ai pass\u00e9\nma vie \u00e0 les cacher dans des chaussures plus ou moins inconfortables\n\u00e0 les conformer aux caprices de la mode \u00e0 les styliser les\nid\u00e9aliser les r\u00eaver plus qu&rsquo;\u00e0 les habiter BOUGE si loin de la t\u00eate\non peut ne jamais vraiment y faire attention BOUGE \u00e0 moins d&rsquo;un\nprobl\u00e8me m\u00e9dical d&rsquo;une ampoule d&rsquo;une verrue je me souviens d&rsquo;une\nparticuli\u00e8rement tenace et d&rsquo;un trou creus\u00e9 \u00e0 l&rsquo;azote liquide\nBOUGE et puis plus tard de savoir que cela ne se fait plus la mani\u00e8re\ndont le m\u00e9decin avait dit cela mais c&rsquo;est d\u00e9pass\u00e9 maintenant BOUGE\non laisse vivre les verrues elles partent toutes seules et la col\u00e8re\nBOUGE devant la l\u00e9g\u00e8ret\u00e9 de cette annonce qui rendait absurde la\nsouffrance endur\u00e9e BOUGE par la plante des pieds de la petite fille\nsans broncher BOUGE plus je les regarde plus ils m&rsquo;apparaissent comme\ndes enfants mal aim\u00e9s oubli\u00e9s dans un coin renfrogn\u00e9s rabougris\ntordus crochus des troncs de saule t\u00eatard align\u00e9s en plein champ\nBOUGE dans l&rsquo;ordre croissant puis d\u00e9croissant BOUGE j&rsquo;ai besoin de\nmes pieds pour sortir de ce lit mais ils font la sourde oreille BOUGE\np\u00e8sent de tout leur poids BOUGE on ne peut pas parler \u00e0 ses pieds\npourtant c&rsquo;est ce que je voudrais tenter BOUGE maintenant leur parler\nleur demander ce qu&rsquo;il ont \u00e0 me dire BOUGE ils ne disent rien ils\nsont impressionnants de sto\u00efcisme semblent accuser le coup vieux\nsoldats au garde-\u00e0-vous vieux grognards qui ne grognent m\u00eame plus\nBOUGE je n&rsquo;ai pas pris le temps de m&rsquo;occuper de vous BOUGE voil\u00e0 ce\nque j&rsquo;aimerais leur dire \u00e0 pr\u00e9sent eux tous autant qu&rsquo;ils sont\nBOUGE l&rsquo;impression \u00e9trange qu&rsquo;ils sont plus que deux \u00e0 BOUGE\nconsid\u00e9rer chaque orteil selon ses particularismes ses durillons ses\ncors singuliers une assembl\u00e9e de pieds d\u00e9soeuvr\u00e9s ou bien\ncontemplatifs oui ils contemplent autant que je les contemple BOUGE\n\u00e7a me fait penser au mouton l&rsquo;autre fois au parc avec lequel j&rsquo;ai eu\nun \u00e9mouvant moment de contemplation mutuelle le m\u00eame regard sans\nregard BOUGE des pieds blancs cireux ayant tout \u00e0 fait au fur et \u00e0\nmesure que s&rsquo;installe la torpeur BOUGE l&rsquo;aspect des mannequins de\ncire ou du marbre des pieds de gisants sur le sol des cath\u00e9drales\nBOUGE des pieds que l&rsquo;on baise ou caresse jusqu&rsquo;\u00e0 ce qu&rsquo;ils soient\ncreus\u00e9s effac\u00e9s par tant de marques d&rsquo;affection des pieds de sainte\nde martyre les veines encore gonfl\u00e9es comme s&rsquo;ils \u00e9taient vivants\nmais ils sont morts ceux des gisants et les miens s&rsquo;obstinent \u00e0\nrester en vie BOUGE ont re\u00e7u l&rsquo;ordre d&rsquo;attendre sentinelles du\nd\u00e9sert \u00e0 la langue arrach\u00e9e BOUGE m\u00e9nageant leur force avant\nl&rsquo;\u00e9preuve du sol qui les attend un jour ou l&rsquo;autre BOUGE qu&rsquo;est-ce\nque le temps pour ces pieds BOUGE puisqu&rsquo;ils sont faits pour le sol\ncomme l&rsquo;outil pour la main la main pour le clavier BOUGE mais pas le\nmoindre signe d&rsquo;impatience plut\u00f4t une passivit\u00e9 sans limite une\nsorte de fatalisme ou bien de l&rsquo;inconscience BOUGE l&rsquo;id\u00e9e ne les\neffleure m\u00eame pas qu&rsquo;ils pourraient ne jamais plus conna\u00eetre le\ncontact de la terre BOUGE ou bien  ne prennent-ils conscience qu&rsquo;\u00e0\nson contact et ils sont l\u00e0 en l&rsquo;air d\u00e9poss\u00e9d\u00e9s BOUGE d&rsquo;une moiti\u00e9\nd&rsquo;eux-m\u00eames d\u00e9bilit\u00e9s BOUGE par la position horizontale en phase\nde dormition BOUGE comme les pieds de la vierge attendent sagement\nleur ascension et un nouveau sol sur lequel se poser BOUGE mes pieds\nne me comprennent pas BOUGE ils ob\u00e9issent seulement \u00e0 ma volont\u00e9\nBOUGE mais la chaise longue m&rsquo;a \u00f4t\u00e9 toute volont\u00e9 BOUGE toute\nenvie de continuer BOUGE m&rsquo;a vid\u00e9e de ma volont\u00e9 BOUGE coquille\nvide BOUGE ce que cela doit \u00eatre BOUGE flotter \u00e0 la surface de la\nmer BOUGE un petit bout qui flotte au gr\u00e9 de la houle BOUGE un petit\nbout de quoi BOUGE bois plastique morceau de chair BOUGE un pied qui\nflotte au gr\u00e9 de la houle BOUGE un pied paquebot transatlantique\nBOUGE s&rsquo;en remettant \u00e0 la volont\u00e9 des vagues BOUGE flottant BOUGE\ngr\u00e2ce \u00e0 l&rsquo;air contenu dans la mati\u00e8re BOUGE dans les os BOUGE le\nvide \u00e0 l&rsquo;int\u00e9rieur des os BOUGE les alv\u00e9oles spongieuses des os\nBOUGE les os des oiseaux sont encore plus l\u00e9gers BOUGE les os blancs\ndes albatros sur la banquise BOUGE blanc sur blanc BOUGE les\ntommettes orange la mer rouge BOUGE la chair bless\u00e9e du poisson\nharponn\u00e9 BOUGE \u00e0 force de fixer le regard le monde se d\u00e9compose\nBOUGE fixe BOUGE fixe BOUGE pieds qui BOUGE se brouillent BOUGE\nrainures se l\u00e8vent serpents BOUGE fonte du blanc dans l&rsquo;orange rouge\nd\u00e9lay\u00e9 sang poisson blanc des yeux BOUGE ciel orange sur banc blanc\nmouche pos\u00e9e sur le pied BOUGE chaise longue pos\u00e9e sur plafond\npieds pattes de mouche enfonc\u00e9e dans cr\u00e9pi verdi jauni rougi BOUGE\nfrise de pieds sur les murs sur le cr\u00e9pi cr\u00e9pitement des pieds en\nfeu se rafra\u00eechir BOUGE to chill out BOUGE se rafra\u00eechir les pieds\nen feu BOUGE chauff\u00e9s \u00e0 blanc BOUGE le pied au mur d&rsquo;ex\u00e9cution\nBOUGE la danse de mort sur des charbons ardents BOUGE se rafra\u00eechir\navant l&rsquo;aurore BOUGE une derni\u00e8re rasade d&rsquo;eau avant la mort au\npetit matin orange BOUGE fusils align\u00e9s flottent serpents dans\nchaleur orange BOUGE piq\u00fbres des plantes sur la plante des pieds\npiq\u00fbre impossible de se gratter mains li\u00e9es BOUGE impossible de se\ngratter une derni\u00e8re fois les pieds BOUGE les fusils serpents\ndansent horriblement BOUGE dans le petit matin orang\u00e9 BOUGE les\nherbes insignifiantes BOUGE les noms des herbes reviennent BOUGE pas\npossible de se gratter avec des mots BOUGE mouche pos\u00e9e sur gros\norteil prend tout son temps BOUGE temps de la mouche BOUGE pas le\nsecours des mots devant des fusils qui serpentent et s&rsquo;appr\u00eatent \u00e0\nmordre BOUGE pas le secours des mots pour d\u00e9faire les n\u0153uds des\nserpents BOUGE cour carr\u00e9e ciel orange l\u00e0-haut sur le balcon le\ncolonel sur sa chilienne fume un cigare probablement BOUGE vue sur la\njungle fondue \u00e0 l&rsquo;orange BOUGE un geste de son petit doigt boudin\u00e9\nBOUGE un petit doigt dodu comme un petit doigt de pied BOUGE avec des\npoils comme ceux sur les pattes de la mouche BOUGE un colonel mouche\nfumant cigare BOUGE la vie ne tient qu&rsquo;\u00e0 un doigt BOUGE un petit\ndoigt dodu velu de colonel BOUGE la volont\u00e9 du colonel allong\u00e9 sur\nla chilienne se rafra\u00eechissant du spectacle de l&rsquo;ex\u00e9cution BOUGE\nchill out BOUGE pas press\u00e9 de lever le petit doigt BOUGE attend un\nordre venu d&rsquo;en haut venu de la ligne t\u00e9l\u00e9phonique des poteaux\nplant\u00e9s \u00e0 intervalles r\u00e9guliers \u00e0 travers la jungle depuis la\ncapitale BOUGE des poteaux enfich\u00e9s dans la boue par des hommes\npieds nus BOUGE des poteaux transport\u00e9s couch\u00e9s sur les \u00e9paules\nnues d&rsquo;hommes enfonc\u00e9s dans la boue jusqu&rsquo;\u00e0 la taille BOUGE des\npoteaux enfonc\u00e9s en \u00e9crasant les doigts de pieds des hommes BOUGE\ndes pieds d\u00e9coup\u00e9s \u00e0 la machette BOUGE des bouts de pieds laiss\u00e9s\n\u00e0 l&rsquo;endroit du poteau BOUGE ou bien attach\u00e9s encore \u00e0 un homme\nBOUGE combien de lignes t\u00e9l\u00e9phoniques combien de pieds nus enfonc\u00e9s\ndans la boue BOUGE pour qu&rsquo;un ordre parvienne au colonel sur sa\nchilienne sur son balcon au-dessus d&rsquo;une cour au sol terre de sienne\nbr\u00fbl\u00e9e aux murs cr\u00e9pi de blanc BOUGE l&rsquo;ordre de lever ou non son\npetit doigt dodu BOUGE l&rsquo;ordre qui rendra inerte ces pieds entrav\u00e9s\nces pieds douloureux BOUGE l&rsquo;ordre qui ach\u00e8vera l&rsquo;histoire de ces\npieds BOUGE ces pieds sur lesquels se posent les mouches afin de\nboire la sueur BOUGE ces pieds que les herbes picotent dans lesquels\ncirculent le sang BOUGE ces pieds aux veines gonfl\u00e9s par la chaleur\nces pieds aux ongles longs aux tendons tendus ces pieds d&rsquo;enfant\nvieilli ces pieds qu&rsquo;une m\u00e8re a tenu dans la fra\u00eecheur de sa paume\net a mass\u00e9 ces pieds qui ont compt\u00e9 comme un tr\u00e9sor aux yeux d&rsquo;une\nfemme en phase de d\u00e9composition \u00e0 pr\u00e9sent qui n&rsquo;a plus \u00e0 se faire\ndu souci pour l&rsquo;enfant \u00e0 pr\u00e9sent qui n&rsquo;a plus de volont\u00e9 \u00e0\npr\u00e9sent qui laisse les vers lui d\u00e9vorer les pieds \u00e0 pr\u00e9sent le\nr\u00e9gal des vers \u00e0 pr\u00e9sent BOUGE ces pieds qui vont rejoindre la\nboue le dessous comme les pieds des poteaux les fondations des\nmaisons BOUGE le sol est plein de pieds BOUGE six pieds sous terre\nBOUGE c&rsquo;est le gros orteil qu&rsquo;on croque pour savoir si l&rsquo;homme au\nbout du pied est vivant ou mort BOUGE s&rsquo;il y a une r\u00e9action c&rsquo;est\nqu&rsquo;il est toujours vivant BOUGE je voudrais mourir l\u00e0 dans ce cube\nblanc mais mes pieds continuent de vivre BOUGE continuent d&rsquo;attendre\npatiemment que je change d&rsquo;avis BOUGE on ne peut pas se d\u00e9composer\nen un apr\u00e8s-midi BOUGE je ne vois pas de vers dans la pi\u00e8ce BOUGE\nils ne sont pas attir\u00e9s par la chair vivante BOUGE je ne suis pas\nmorte BOUGE ce lit n&rsquo;est pas mon lit de mort BOUGE ce n&rsquo;est qu&rsquo;une\nchilienne am\u00e9lior\u00e9e un transatlantique BOUGE fait pour la sieste le\nfarniente BOUGE il est trop t\u00f4t pour avoir des eschares BOUGE cela\nne se forme pas comme \u00e7a BOUGE il faudrait tenir au moins une\nsemaine je ne sais pas au bout de combien de BOUGE tout BOUGE autour\nde moi maintenant tout BOUGE les murs les couleurs les parties de mon\ncorps la poussi\u00e8re dans les rais de lumi\u00e8re des persiennes tout\nBOUGE sauf moi je ne BOUGE pas moi je r\u00e9siste je fixe les choses\nautour de moi la lumi\u00e8re la poussi\u00e8re les tommettes le relief du\ncr\u00e9pi BOUGE mes mots BOUGE ce qui remue en moi je voudrais le fixer\nBOUGE je voudrais fixer mes mots une fois pour toute BOUGE si je fixe\nles mots je fixe le monde BOUGE mais mes mots BOUGE mais mes mots\nflottent BOUGE des bouts de mots pas encore d\u00e9tach\u00e9s encore des\nbouts de phrases BOUGE des icebergs des cubes de mots des gla\u00e7ons\ndans un verre d&rsquo;eau BOUGE s&rsquo;entrechoquent mes mots BOUGE dents des\nmots s&rsquo;entrechoquent BOUGE mots poissons vif argent BOUGE mots\nmobiles impossible \u00e0 harponner BOUGE mots hors de leurs coquilles\nchair des mots \u00e0 vif orange pel\u00e9e \u00e9corch\u00e9e BOUGE  mots\npalpitations du cr\u00e9pi mots r\u00eache tissu de mots enveloppe taie\nimpossible \u00e0 d\u00e9chirer BOUGE massacre de mots p\u00eache au thon jet jus\nde mots BOUGE mots \u00e9cras\u00e9s cr\u00e9pi escargot BOUGE mots malax\u00e9s\nchauff\u00e9s bouillie de mots bain de mots de soleil BOUGE mots cuits\ntommettes sol de mots mur de mots murmures BOUGE chambre mati\u00e8re de\nmots plaisir cruel BOUGE sexe des mots hermaphrodite BOUGE\ncopulations immondes de mots BOUGE cauchemar couche de mots sur mots\nratures plaie BOUGE plaie pus de mots suppure pure douleur BOUGE pied\nd&rsquo;\u00e9l\u00e9phant mot radioactif os moelle ronge ronge scalpe BOUGE creuse\ncreuse cr\u00e9pite BOUGE jaillir jus encore \u00e9crabouille pieds BOUGE\ntum\u00e9faction multiplication BOUGE charogne BOUGE charogne et ronge\nronge rogne rognure hure et fouisse BOUGE pied fendu de porc BOUGE et\nvautre la boue le ventre la bauge BOUGE la boue BOUGE la boue BOUGE\nla boue \u00e9bloui de boue lumi\u00e8re de la boue d&rsquo;or verticalit\u00e9 de la\nboue BOUGE le chemin de boue BOUGE l&rsquo;horizon de boue BOUGE les corps\nde boue BOUGE les yeux de boue BOUGE les mains les pieds de boue\nBOUGE le ventre de boue BOUGE la t\u00eate de boue la bouche de boue la\nlangue de boue les mots de boue BOUGE la bauge des mots ventre et\nfouisse et creuse BOUGE et retourne \u00e0 la boue explore le monde de\nboue BOUGE regarde avec tes yeux de boue BOUGE et fixe dans la boue\nBOUGE chute du corps dans le sommeil sieste l&rsquo;\u00e9t\u00e9 l&rsquo;enfant bouche\nouverte BOUGE mouche pos\u00e9e les ailes arrach\u00e9es feuilles s\u00e9ch\u00e9es\ncorps de pierre corps surchauff\u00e9 fournaise fondu peau d\u00e9faite peau\nhuil\u00e9e peau de la mer huil\u00e9e rid\u00e9e horizon mis \u00e0 plat torpeur\nbave trou BOUGE saturation boue sons chaleur grill apr\u00e8s-midis\npiscine blanc cuisine formica vaisselle trempage boue ride embaume\ngraisse poteau chrome qui luit carcasse casse broc ferm\u00e9 rouille\nBOUGE lianes orni\u00e8res boue chemin barr\u00e9 barri\u00e8re bout de laine\nruines sommet d\u00e9ception bouch\u00e9 trop tard  BOUGE entre deux arr\u00eats\nde bus pause caf\u00e9 r\u00eave apr\u00e8s l&rsquo;amour douleur clou\u00e9 fixe attente\ndes r\u00e9sultats faux calme saturation de chaleur de sons exasp\u00e9ration\ncontinuel refoulement du geste BOUGE col\u00e8re rentr\u00e9e pieds inertes\ncorps-oeil ciels o\u00f9 se perdre paysages vus derri\u00e8re vitres escargot\n\u00e9cras\u00e9 pierres arbres band\u00e9s d&rsquo;ombre nuit \u00e0 couper au couteau\nBOUGE brouet des images impuret\u00e9s m\u00e9langes tentatives rat\u00e9es\nd&rsquo;atteindre le calme m\u00e9ditations finies en eau de boudin bruits des\ntondeuses sans discontinuer cris crissements arrachages BOUGE\ndigestion tube lenteur des d\u00e9placements dans l&rsquo;eau boue dans la\nbouche perte des mots listes incompl\u00e8tes trous de m\u00e9moires trous\nd&rsquo;eau nid de poules cahot renvers\u00e9 voiture foss\u00e9 black out rupture\ncassure refus lettre de d\u00e9mission casser les \u0153ufs brouille lait qui\ntourne oubli surdit\u00e9 balbutiement inertie chaise longue lit\nd&rsquo;hospice asile ali\u00e9nation tomettes mouche en train de boire dans la\ncoupelle de lait qui a caill\u00e9 toile abandonn\u00e9e depuis combien de\ntemps dans la chambre les autres sont d\u00e9j\u00e0 partis \u00e0 la plage et\nmoi je n&rsquo;arrive pas \u00e0 m&rsquo;arracher \u00e0 ce lit grabat fin de vie plus\nque les os odeurs boue \u00e0 l&rsquo;int\u00e9rieur \u00e0 l&rsquo;ext\u00e9rieur \u00e9touffe\ntouffeur moiteur humidit\u00e9 pourtant gorge s\u00e8che aride ride sillons\npeau carte o\u00f9 trouver pas le temps pourtant l\u00e0 ici maintenant ou\njamais mais plus possible fissure br\u00e8che ouvrir la peau boue coul\u00e9e\nde boue r\u00e9pandue partout sur les murs de la pi\u00e8ce faire avec la\nboue mais impossible mains pieds inertes mains de boue pieds de boue\nmots de boue eau eau il fut un temps o\u00f9 l&rsquo;eau existait entre les\ndoigts glissait des doigts de peau pleine de chair vivante de chairs\nd&rsquo;enfant blanche le blanc de l&rsquo;eau des yeux des dents les choses\navaient ombre et clart\u00e9 mais maintenant l&rsquo;eau est partie et il ne\nreste que la boue BOUGE temps d\u00e9compos\u00e9 stagnation d\u00e9p\u00f4t des\nr\u00eaves vase s&rsquo;enfoncer dans le r\u00eave r\u00eave s&rsquo;enfoncer vase r\u00eave\ns&rsquo;enfoncer plus loin que r\u00eave vers quoi sinon le r\u00eave s&rsquo;enfoncer\ncouler s&rsquo;\u00e9couler rigole mais rigole rit donc rire cristallin de\nl&rsquo;enfant glaires \u00e0 pr\u00e9sent un peu d&rsquo;eau croupie qui glougloute au\nfond de la gorge s&rsquo;accroupir se mettre en boule 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