{"id":54641,"date":"2021-10-14T20:56:18","date_gmt":"2021-10-14T18:56:18","guid":{"rendered":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/?p=54641"},"modified":"2021-10-14T23:52:39","modified_gmt":"2021-10-14T21:52:39","slug":"54641-2","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/54641-2\/","title":{"rendered":"autobiographies #03 |\u00a0d\u2019arbres sans fin"},"content":{"rendered":"\n<p>&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; il y a le freluquet d\u2019en haut. petit ch\u00eane ne s\u2019est jamais r\u00e9solu \u00e0 grandir. s\u2019est arr\u00eat\u00e9 un peu plus haut qu\u2019une taille d\u2019homme ou bien c\u2019est la lame du souvenir. Toujours les feuilles sont rares maladives et rousses \u00e7a se voit d\u2019autant \u00e0 contre-jour du bleu, tordu entre bleu et vert plut\u00f4t, le trait noir du tronc malingre et la main d\u00e9penaill\u00e9e des branches, ongles fins bifurquent et partent en coups de griffe d\u00e9sordonn\u00e9s. c\u2019est un vrai ch\u00eane ou bien le souvenir&nbsp;? il n\u2019a pas eu besoin de grandir. sur son talus il domine les sapins altiers plant\u00e9s trop serr\u00e9s en contrebas \u2013 on plante toujours trop pr\u00e8s, press\u00e9 de combler l\u2019espace vide. \u00e7a devient terre \u00e9caill\u00e9e d\u2019ombres, mar\u00e9e d\u2019\u00e9pines glissantes, surtout l\u00e0 que \u00e7a grimpe raide \u2013 dominerait aussi le toit de tuiles rouges si une trou\u00e9e permettait, toise la colline d\u2019en face, le crat\u00e8re d\u2019obus quand \u00e7a bombardait approximatif l\u2019usine du bourg au lointain bout de la rue (mais l\u2019arbre n\u2019\u00e9tait pas encore n\u00e9), au-dessus le cube blanc de l\u2019immeuble en clous de lumi\u00e8re quand le soleil. ne paie pas de mine dans ce pays de collines rondes, d\u2019acier et de charbon, n\u2019a ni prestance ni autorit\u00e9 de celui sous lequel si\u00e8gent les rois, pouss\u00e9 l\u00e0 on dirait par inadvertance, donne une id\u00e9e de l\u2019obstination d\u00e9raisonnable, l\u00e0-haut en plein vent et bouff\u00e9es de nuages, s\u2019accroche. on y arrive essouffl\u00e9 d\u2019avoir couru dans les r\u00eaves encore, et cri\u00e9 l\u2019un pour rattraper l\u2019autre. il marque une limite&nbsp;: \u00e0 son signal l\u2019ultime petite butte \u00e0 peine une enjamb\u00e9e \u00e0 crapahuter, et puis le plat, on dit le plat&nbsp;: c\u2019est quand le rectangle d\u2019herbe est pos\u00e9 parall\u00e8le au ciel juste derri\u00e8re lui, le ch\u00e9tif. on est arriv\u00e9 tout en haut, on le sait, on s\u2019ouvre un repos, on se couche dans l\u2019herbe, haletants, le c\u0153ur rame profond dans la terre et sa petite cage de racines.<\/p>\n\n\n\n<p>le malingre est trompeur par discr\u00e9tion. rien n\u2019attire \u00e0 lui d\u2019\u00e9vidence facile mais c\u2019est lui qui tapisse les images&nbsp;: celles de papier et celles des ondes de m\u00e9moire, on ne sait pas dire les m\u00e9langes de mati\u00e8res. le fouillis d\u2019aur\u00e9ole la tache mouvante derri\u00e8re le p\u00e8re venu en haut anticiper sa derni\u00e8re mise en bo\u00eete, ajouter que toute la vie c\u2019est dans les bo\u00eetes et toujours comme \u00e7a jusqu\u2019au finir. le ch\u0153ur des feuilles frissonne indiff\u00e9rent \u00e0 la trag\u00e9die simple, l\u2019ordinaire incessant tremblote dans l\u2019air anodin. c\u2019est lui le palpeur de silence, l\u2019impressionniste \u00e0 dominante rouille inalt\u00e9rable. l\u2019autre fois on voit l\u2019enfant (petit. ne marche pas.) dans les bras, les jambes pendant nues sous le sourire, la t\u00eate droite bien tenue sous le bob champignon, les yeux fronc\u00e9s du soleil, le berceau de l\u2019avant-bras protecteur, sa racine solide quitte la manche bleue retrouss\u00e9e au-dessus du coude. l\u00e0 le tourbillon de branches et broussailles entrem\u00eal\u00e9es, l\u2019ombre des feuilles dentel\u00e9es sur le front bronz\u00e9 des cheveux blancs.<\/p>\n\n\n\n<p>un jour d\u2019\u00e9cobuage il a bien failli br\u00fbler, le feu poussait ses rigoles lan\u00e7ait ses fissures de noir et rouge, cr\u00e9pitaient ondoyaient se rejoignaient repartaient encerclaient. \u00e0 coups de branches r\u00eaches de gen\u00eats il a fallu \u00e9craser ses t\u00eates, les broussailles ont cri\u00e9 des flammes, le tronc a noirci derri\u00e8re la vibration de fum\u00e9e c\u2019est peut-\u00eatre de ce jour qu\u2019il a arr\u00eat\u00e9 de grandir ou bien c\u2019est le souvenir.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-center\">&amp;<\/p>\n\n\n\n<p>&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; &nbsp;ici tout le long du sentier c\u00f4tier de longs couloirs d\u2019ombre et d\u2019aiguilles o\u00f9 les pins poussent leurs croche-pieds de phalanges noueuses. Derri\u00e8re les \u00e9pines noires du bleu m\u00e9lang\u00e9 d\u2019\u00e9meraude, une odeur vague d\u2019automne<\/p>\n\n\n\n<p>&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; un presque d\u00e9racin\u00e9 \u00e0 l\u2019aplomb de sa chute pourtant r\u00e9siste, s\u2019accroche \u00e9treint le roc comme enserrer la proie de l\u2019aigle<\/p>\n\n\n\n<p>&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; des kilom\u00e8tres et des kilom\u00e8tres de r\u00e9seaux racinaires les cheveux de la terre et ma t\u00eate trop \u00e9troite pour le monde<\/p>\n\n\n\n<p>&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; au pied des platanes bossel\u00e9s l\u2019anneau de fer ar\u00e8ne des osselets. l\u2019enfance grise accroupie au pied des feuilles, une p\u00e2le couleur d\u2019urine froiss\u00e9e<\/p>\n\n\n\n<p>&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; &nbsp;dans la cour de la maison un saule pleureur arr\u00eat\u00e9 lui aussi de grandir derri\u00e8re ses filaments retombants de m\u00e9duse. les nouveaux habitants l\u2019ont abattu pour faciliter les man\u0153uvres de voiture. l\u2019alphabet des arbres celte dit saule et m\u00e9lancolie<\/p>\n\n\n\n<p>&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; &nbsp;la vigne est-elle un enfant-arbre agripp\u00e9 \u00e0 ses lignes de fer&nbsp;? et le br\u00fblot craquant des sarments dans l\u2019\u00e2tre&nbsp;? quelle lettre sign\u00e9e au bout de la branche ardente \u00e9gratigne la nuit de suie&nbsp;?<\/p>\n\n\n\n<p>&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; les c\u0153urs d\u2019initiales dans la peau de l\u2019arbre, cicatrices irr\u00e9ductibles. douleur muette&nbsp; demeurer sous la lame sans rien que lentes larmes de s\u00e8ve&nbsp;et tresser en terre les cordes humides de racines anonymes.<\/p>\n\n\n\n<p>\u00f4 masque d\u2019\u00e9corce \u2013 grimace \u2013 je vois ton cri.<\/p>\n\n\n\n<figure class=\"wp-block-image size-large is-style-default\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"768\" height=\"1024\" src=\"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-content\/uploads\/2021\/10\/DSC00845-768x1024.jpeg\" alt=\"\" class=\"wp-image-54643\" srcset=\"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-content\/uploads\/2021\/10\/DSC00845-768x1024.jpeg 768w, https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-content\/uploads\/2021\/10\/DSC00845-315x420.jpeg 315w, https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-content\/uploads\/2021\/10\/DSC00845-1152x1536.jpeg 1152w, https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-content\/uploads\/2021\/10\/DSC00845-1536x2048.jpeg 1536w, https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-content\/uploads\/2021\/10\/DSC00845-scaled.jpeg 1920w\" sizes=\"auto, (max-width: 768px) 100vw, 768px\" \/><\/figure>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; il y a le freluquet d\u2019en haut. petit ch\u00eane ne s\u2019est jamais r\u00e9solu \u00e0 grandir. s\u2019est arr\u00eat\u00e9 un peu plus haut qu\u2019une taille d\u2019homme ou bien c\u2019est la lame du souvenir. 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