{"id":54797,"date":"2021-10-17T15:12:04","date_gmt":"2021-10-17T13:12:04","guid":{"rendered":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/?p=54797"},"modified":"2023-08-16T17:22:52","modified_gmt":"2023-08-16T15:22:52","slug":"ecrire-lautomne-iv","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/ecrire-lautomne-iv\/","title":{"rendered":"la fabrique | \u00c9crire l\u2019automne IV"},"content":{"rendered":"\n<figure class=\"wp-block-image size-large\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"768\" height=\"1024\" src=\"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-content\/uploads\/2021\/10\/20211017_150425-768x1024.jpg\" alt=\"\" class=\"wp-image-54807\" srcset=\"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-content\/uploads\/2021\/10\/20211017_150425-768x1024.jpg 768w, https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-content\/uploads\/2021\/10\/20211017_150425-315x420.jpg 315w, https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-content\/uploads\/2021\/10\/20211017_150425-1152x1536.jpg 1152w, https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-content\/uploads\/2021\/10\/20211017_150425-1536x2048.jpg 1536w, https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-content\/uploads\/2021\/10\/20211017_150425-scaled.jpg 1920w\" sizes=\"auto, (max-width: 768px) 100vw, 768px\" \/><figcaption class=\"wp-element-caption\">bo\u00eete \u00e0 livres, gare de Nevers, 6h40, lundi.<\/figcaption><\/figure>\n\n\n\n<h3 class=\"wp-block-heading\">Lundi<\/h3>\n\n\n\n<p>Je suis sid\u00e9r\u00e9e de ne retrouver aucune note, aucune entr\u00e9e pr\u00e9paratoire en ouvrant, vendredi, la page de ce journal. La semaine m\u2019a <strong>aval\u00e9e toute crue<\/strong>, mais j\u2019ai si fort pens\u00e9 \u00e0 ce moment, \u00e0 cet endroit de mon \u00e9criture, que j\u2019\u00e9tais persuad\u00e9e avoir not\u00e9 de-ci de-l\u00e0, quelques bribes. Ou bien que les lutins auraient fait le travail pendant mon sommeil\u2026J\u2019\u00e9cris de m\u00e9moire, mais <strong>une m\u00e9moire qui ressemble \u00e0 un carnet de notes<\/strong>. Chaque jour ayant d\u00e9j\u00e0 son sujet bien nettement formul\u00e9 quelque part dans mon vaste int\u00e9rieur. C\u2019est une exp\u00e9rience in\u00e9dite et tr\u00e8s \u00e9trange&nbsp;: je me suis habitu\u00e9e \u00e0 ne plus compter sur ma m\u00e9moire et voil\u00e0 qu\u2019elle me propose un service in\u00e9dit\u2009!<br><br>Lundi, donc, lundi, je suis partie \u00e0 l\u2019aube de Nevers, apr\u00e8s une \u00e9trange nuit d\u2019incendie \u2014 une voiture dans la rue si tranquille des ami.es qui m\u2019h\u00e9bergeaient \u2014 et dont j\u2019\u00e9tais convaincue d\u2019avoir gard\u00e9 trace dans un micropo\u00e8me comme j\u2019en ai l\u2019habitude. Tout le trajet dans la brume des petites heures \u00e9tait pris dans le billet <em><a href=\"https:\/\/www.youtube.com\/watch?fbclid=IwAR09-QTab9LEpUnZwxDc1dog0tLMmTHNHJQBomMH_jv5zP0G_AUUtp9vKLQ&amp;v=G_f8iQq63dE&amp;feature=youtu.be\">Comme vient la douceur<\/a> <\/em>de Gracia Bejjani, \u00e9cout\u00e9 au r\u00e9veil. \u00c0 sa suite, on aurait voulu <strong>tout \u00e9crire de cette travers\u00e9e <\/strong>\u2014 et je me souviens avoir not\u00e9 mentalement un ou deux syntagmes qui venaient tout seuls. Quelque chose sur la sphinge de la voiture cram\u00e9e \u00e0 l\u2019os qui semblait sortir des poubelles vertes incendi\u00e9es \u00e0 ses c\u00f4t\u00e9s et qui attendait comme un gros monstre de livre d\u2019enfants, la sonnerie de l\u2019\u00e9cole maternelle devant laquelle on l\u2019avait gar\u00e9e, mais aussi, quelque chose sur le trajet choisi pour me rendre \u00e0 la gare. Ce qui, hors la routine ensommeill\u00e9e, nous fait \u00e9viter certaines rues, en pr\u00e9f\u00e9rer d\u2019autres\u2026 Le chemin des fleurs du petit Chaperon rouge. L\u2019impression confuse d\u2019un danger remontant aux cauchemars de la plus petite enfance\u2026 \u2014&nbsp;Je redoutais le froid, mais bien couverte, je n\u2019ai eu que la fra\u00eecheur aux joues et un regret de lumi\u00e8re et de chaleur \u00e9touffante en passant devant les devantures mi-closes de deux boulangeries. Alors pour faire bon poids, j\u2019ai attendu le train 25&nbsp;minutes sur le quai, en lisant, \u00e9merveill\u00e9e,&nbsp;<em>Deux Fen\u00eatres<\/em>&nbsp;de Bonnefoy, d\u00e9j\u00e0 ici \u00e9voqu\u00e9es et que le froid me gagne.<\/p>\n\n\n\n<p>Des cours de la journ\u00e9e\u2026 puisque je voudrais arriver \u00e0<strong> bouturer cet autre journal ici,<\/strong> \u00e0 lui faire profiter de cet ensoleillement favorable et de l\u2019ombre aqueuse n\u00e9cessaire pour que lui pousse de petites racines solides. Je retiens mon exigence ferme augment\u00e9e par mon p\u00e9riple matinal, conclu par une travers\u00e9e de Paris \u00e0 v\u00e9lo sur les chapeaux de roues pour compenser le retard du train. Le probl\u00e8me principal est tr\u00e8s simple&nbsp;: comme pour les \u00e9crivant.es, mes \u00e9l\u00e8ves rechignent \u00e0<strong> passer par le texte brut<\/strong>, quelque chose qu\u2019il faudra retravailler, quelque chose qui n\u2019est pas d\u00e9j\u00e0 conforme \u00e0 l\u2019id\u00e9al que portent leurs r\u00eaves, leurs clich\u00e9s aussi. Du coup, nous manquons de mati\u00e8re pour travailler. <em>\u00c7a ressemble<\/em>, comme disait Deplace, le prof de violoncelle, <em>on dirait un Pacman quand il s\u2019est fait mordre par un fant\u00f4me<\/em>, comme disait Yves Pignot, mon prof d\u2019art dramatique, <em>tu es toute transparente sur le parcours.<\/em> Un autre, c\u2019est la mis\u00e8re formelle des contacts physiques apr\u00e8s plus d\u2019un an de crise sanitaire. La question des <strong>points de concentration <\/strong>pour jouer une sc\u00e8ne connait des avanc\u00e9es prometteuses, deux \u00e9l\u00e8ves r\u00e9pondant avec une grande aisance \u00e0 ceux que je leur propose&nbsp;: \u00ab\u2009Il est comme Jean Moulin\u2009\u00bb (pour le Marquis de Posa dans <em>Don Carlos<\/em> de Verdi). \u00ab\u2009On t\u2019a confi\u00e9 la garde d\u2019une enfant et tu viens de la perdre de vue dans le parc de la Villette\u2009\u00bb (pour le dernier air de<em> <\/em>Papageno).<\/p>\n\n\n\n<h3 class=\"wp-block-heading\">Mardi<\/h3>\n\n\n\n<p>Interview \u00e0 Radio Libertaire pour HFidf. En quoi cela concerne-t-il mon \u00e9criture\u2009? En cela que je formule de plus en plus clairement et dans diff\u00e9rents lieux qui se recoupent mon ras-le-bol du genre \u00e9pique. Ou plut\u00f4t de ce que l\u2019\u00e9pique d\u2019un.e seul.e trimballe comme clich\u00e9s renfor\u00e7ant <strong>le grand fantasme de notre temps<\/strong>&nbsp;: l\u2019hyperindividualisme.<br><br>Au cours du soir, travail sur les textes parl\u00e9s. Cohabitation d\u2019\u00e9criture&nbsp;: Musset (<em>Louison<\/em>), Lagarce (<em>Les R\u00e8gles du Savoir-Vivre dans la Soci\u00e9t\u00e9 moderne)<\/em>, Myniana (<em>Chambres<\/em>) et Ribbes (<em>Ultime Bataille<\/em>). En synth\u00e8se, rappel que dans la com\u00e9die, tout est <strong>effroyablement s\u00e9rieux <\/strong>pour le personnage. Tragique, en fait. Et le public rit de cela. C\u2019est un genre sans connivence. Enfin, si on veut \u00e9viter, justement, la confusion des genres. J\u2019avis d\u00e9j\u00e0 \u00e9crit \u00e0 ce sujet, (cf :&nbsp;<a href=\"file:\/\/\/var\/folders\/0t\/kwlgdk0x7xd_dvbdtpwgbcsm0000gn\/T\/com.ulyssesapp.mac\/e6b312d17d4b4804ad040321abcbb220\/E%CC%81crire%20l%E2%80%99automne%20IV\/index.html#\">\u00caTRE DR\u00d4LE | VIE PARISIENNE<\/a>), je n\u2019ai pas fini.<\/p>\n\n\n\n<h3 class=\"wp-block-heading\">Mercredi<\/h3>\n\n\n\n<p><em>La Bonne cause<\/em>, projet de recherche en art dot\u00e9 par le minist\u00e8re de la Culture, attend son heure depuis un an. C\u2019est une des <strong>belles aux bois dormants <\/strong>qui se sont piqu\u00e9es sur l\u2019aiguille de la crise sanitaire. Il est donc temps de s\u2019y remettre (je ne suis heureusement pas seule dans cette affaire&nbsp;: Agn\u00e8s Terrier, coll\u00e8gue et dramaturge \u00e0 l\u2019Op\u00e9ra Comique, Jean-Claude Yon, sp\u00e9cialiste du Second Empire, de l\u2019histoire culturelle et sociale du XIXe&nbsp;si\u00e8cle europ\u00e9en et de l\u2019histoire des spectacles au XIXe&nbsp;si\u00e8cle et Pierre Girod, historien du chant m\u2019accompagnent dans cette audacieuse entreprise. Nous posons la question de la repr\u00e9sentation des domestiques sur la sc\u00e8ne, alors qu\u2019on ne les voyait pas dans la salle, pour la faire br\u00e8ve. Mais je dois surtout parler ici de ces moments o\u00f9 <strong>on a perdu la manivelle pour d\u00e9marrer la Ford T<\/strong> d\u2019Achille Talon, o\u00f9 les projets suspendus reviennent comme le vrai Martin Guerre \u00e0 la fin du film. Bien m\u2019en a pris de passer dans le bureau d\u2019Arthur Mac\u00e9, nouvellement nomm\u00e9 quelque chose comme assistant \u00e0 la Recherche au CNSMDP. Il avait mis la main \u00e0 la p\u00e2te alors qu\u2019il \u00e9tait encore \u00e9tudiant de Sylvie P\u00e9brier \u00e0 notre premi\u00e8re tentative de rencontre pratique musicologues\/interpr\u00e8tes autour des compositrices, dans le cadre de <em>La Fraction Louise Farrenc<\/em>. Ce nom, je l\u2019ai invent\u00e9 en membre <strong>fid\u00e8le du post-exotisme<\/strong>, puisque telle je m\u2019imagine. Derri\u00e8re, il y a une page FB, mais surtout beaucoup de discussions. Bref, l\u2019\u00e9change avec ce jeune homme enthousiaste et pragmatique m\u2019a remise sur les rails en un clin d\u2019\u0153il. L\u2019axe le plus inqui\u00e9tant de cette recherche en est la partie la plus contemporaine&nbsp;: interviewer les personnels de services et d\u2019entretien de l\u2019\u00e9cole. Donner quelque chose \u00e0 entendre de leur parole. Faire une enqu\u00eate \u00e0 leur sujet aupr\u00e8s des personnels enseignants, administratifs et techniques et des \u00e9l\u00e8ves. Je ne sais pas faire. Faux&nbsp;: je sais faire le rendu artistique. Enfin, un peu. <strong>Comment ne pas trahir<\/strong> (les t\u00e9moins) d\u2019un c\u00f4t\u00e9 ni de l\u2019autre (le geste artistique)\u2009? Et tout \u00e0 coup je me dis que je ne suis pas la seule \u00e0 me poser ces questions et qu\u2019une partie des journ\u00e9es d\u2019\u00e9tude \u00e0 organiser pourrait consister \u00e0 inviter des personnes famili\u00e8res avec ce grand \u00e9cart. Je pense imm\u00e9diatement \u00e0 F, \u00e0 Arno Bertina, au Collectif <em>Dire le Travail<\/em>\u2026&nbsp;<br>Plus tard j\u2019appelle Agn\u00e8s Terrier qui a le plus beau rire du monde. Quand je parle avec elle, je me dis que je pourrais passer ma vie \u00e0 essayer de d\u00e9clencher ce rire, peu farouche, qu\u2019elle m\u2019offre d\u00e9j\u00e0 en bouquet. Je laisse un message \u00e0 nos acolytes. Nous voil\u00e0 de retour sur la piste.<\/p>\n\n\n\n<h3 class=\"wp-block-heading\">Jeudi<\/h3>\n\n\n\n<p>Aller au cin\u00e9ma le matin. Une f\u00eate oubli\u00e9e. Gr\u00e2ce \u00e0 B\u00e9n\u00e9dicte qui m\u2019y tra\u00eene, je me retrouve, toute contente \u00e0 10&nbsp;h&nbsp;35 devant le MK2 Beaubourg pour voir Guermantes. En deux minutes, je lui explique que bien s\u00fbr, j\u2019ai <strong>un projet d\u2019\u00e9criture avec Guermantes <\/strong>(sinon, tu penses bien, je serai rest\u00e9e dans ma grotte \u00e0 gratter). La narratrice du polar gantois fait des recherches sur les pr\u00e9misses de la Recherche. Donc, Guermantes. C\u2019est dans ce cadre qu\u2019elle y est pr\u00e9sente le jour de l\u2019enl\u00e8vement d\u2019Estelle Mouzin par Fourniret. Elle ne sera jamais s\u00fbre d\u2019avoir vu quelque chose. Mais en apprenant la disparition de la petite fille, quelque chose prend racine en elle qui grandira toujours, comme cette petite fille peut-\u00eatre cach\u00e9e et non morte, jamais retrouv\u00e9e.<br><br>Le film me d\u00e9pla\u00eet. Pourtant les acteurs sont remarquables. Une grande joie de les voir changer et vieillir (j\u2019\u00e9tais \u00e0 l\u2019\u00e9cole avec plusieurs d\u2019entre eux), mais je trouve le sc\u00e9nario complaisant. Le traitement de l\u2019homosexualit\u00e9, c\u2019est un des grands sujets de la Recherche, complaisant. Trop de Christophe Honor\u00e9 aussi \u00e0 l\u2019\u00e9cran. J\u2019emporte une sc\u00e8ne de repas&nbsp;: Julie Sicard, qui joue C\u00e9leste, la bonne de Proust, d\u00e9guste une sole en buvant de la bi\u00e8re dans une chambre du Ritz, les autres savourant sa d\u00e9gustation comme au spectacle. La mort de la grand-m\u00e8re, jou\u00e9e par Claude Matthieu, avec le temps n\u00e9cessaire, si proche. Dominique Blanc poussant les portes de Marigny dans un <strong>r\u00e2le de rage,<\/strong> qui ressemble tout \u00e0 fait \u00e0 celui que pourrait pousser B\u00e9n\u00e9dicte, assise \u00e0 mes c\u00f4t\u00e9s, m\u00eame bestialit\u00e9 fondamentale. Et Anne Kessler, d\u00e9fendant son droit au d\u00e9sir alors qu\u2019on lui fait un proc\u00e8s d\u2019intention sur le contenu d\u2019un carnet de croquis qu\u2019on a pris dans son sac.<br>\u00c0 part \u00e7a, <\/p>\n\n\n\n<blockquote class=\"wp-block-quote is-style-large is-layout-flow wp-block-quote-is-layout-flow\">\n<p><em>le paillasson des Guermantes est en bien mauvais \u00e9tat.<\/em><\/p>\n<\/blockquote>\n\n\n\n<h3 class=\"wp-block-heading\">Vendredi<\/h3>\n\n\n\n<p>Le <em>revox de Monsieur<\/em>* s\u2019est remis en marche, aussi simplement que si quelqu\u2019une avait appuy\u00e9 sur la touche play de mon premier magn\u00e9tophone. La touche record \u00e9tait plus dure. Mes doigts petits. Pourquoi donc l\u2019avais-je demand\u00e9 \u00ab\u2009<strong>enregistreur<\/strong>\u2009\u00bb\u2009? Pour la radio s\u00fbrement\u2026 Je n\u2019ai pas le souvenir d\u2019avoir enregistr\u00e9 ma voix. Mais ce qui est certain c\u2019est que l\u2019\u00e9coute hier en auto des deux textes enregistr\u00e9s \u00e0 ma demande par St\u00e9phane Mercoyrol a particip\u00e9 de cette remise en marche. <\/p>\n\n\n\n<figure class=\"wp-block-embed is-type-rich is-provider-soundcloud wp-block-embed-soundcloud\"><div class=\"wp-block-embed__wrapper\">\nhttps:\/\/soundcloud.com\/emmanuelle-cordoliani\/le-plus-grand-meteque-de-vienne\n<\/div><\/figure>\n\n\n\n<p>Tout d\u2019un coup, <strong>\u00e7a s\u2019\u00e9crit \u00e0 nouveau<\/strong>. Je marche dans la rue. Je fais du shopping somnambule dans les magasins (les cintres filent sous mes doigts, je n\u2019ach\u00e8te jamais rien, je vais d\u2019une boutique \u00e0 l\u2019autre), et \u00e7a raconte. \u00c7a l\u2019a toujours fait. \u00c0 pr\u00e9sent, j\u2019en prends note. La simplicit\u00e9 d\u00e9sirable du texte de Monsieur* apr\u00e8s les grands moments lyriques de Selim. Une pi\u00e8ce de plus du puzzle prend sa place. <br>Je saisirai tout \u00e7a demain&nbsp;: \u00e7a ne va pas dispara\u00eetre, c\u2019est l\u00e0, au moins la mati\u00e8re brute.<br><br>J\u2019ai \u00e9crit les jours lundi, mardi, mercredi et jeudi ce matin, en une heure trente. \u00c7a me laisse songeuse sur ce que je pourrais faire pour avancer le <em>Journal d\u2019un mot<\/em> ou le manuscrit. Mais ici, le mat\u00e9riau est tout proche. Ces jours \u00e0 peine pass\u00e9s et v\u00e9cus sous le coup de <strong>cette pratique du journal<\/strong>, que je note ou non. Pour le manuscrit, c\u2019est une autre paire de manches que je ne sais pas toujours par o\u00f9 attraper. Le o\u00f9 \u00e9tant d\u2019ailleurs plus en question que le reste. Une fois la place prise, \u00e9crire la suite n\u2019est pas le plus difficile. L\u2019autobiographie en arbre a \u00e9t\u00e9 pour cela exemplaire&nbsp;: j\u2019ai \u00e9crit sur ce que je ne pouvais pas \u00e9crire\u2026<\/p>\n\n\n\n<blockquote class=\"wp-block-quote is-style-large is-layout-flow wp-block-quote-is-layout-flow\">\n<p>apr\u00e8s avoir beaucoup tourn\u00e9 dans la for\u00eat du manque de temps, je m\u2019assieds \u00e0 ma table de travail. Je ne parviens pas jusqu\u2019\u00e0 cet arbre autobiographique. Je me d\u00e9sole. J\u2019aime les arbres et je ne veux pas perdre de vue le groupe de mes camarades que je vois avancer sur ce sentier.&nbsp;<br>D\u2019un coup, je suis seule. Je n\u2019irai pas plus loin. Je sais forcer le passage en m\u2019appuyant sur les mots et c\u2019est ce que je ferais si les arbres me barraient la route, s\u2019ils \u00e9taient tomb\u00e9s sur la voie. Mais aucun tronc ne fait obstacle. C\u2019est l\u2019enchev\u00eatrement des racines de la for\u00eat du dessous qui m\u2019arr\u00eate l\u00e0, qui m\u2019arrime l\u00e0 depuis de nombreuses ann\u00e9es. Par endroit, elles soul\u00e8vent le sol. J\u2019en prends note. Des notes rudimentaires, petit calepin, mauvais crayon de bois penaud. Je suis la garde-foresti\u00e8re maladroite de ces traces et de ces marques puissantes qu\u2019il faut chercher sur place, en forant \u00e0 l\u2019aveuglette le sol lourd. Ici, ces archives.<\/p>\n<cite><a href=\"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/autobiographies-lot-darbres-doccasions\/\">autobiographies #03 |&nbsp;lot d&rsquo;arbres d&rsquo;occasions<\/a><\/cite><\/blockquote>\n\n\n\n<p>\u2026et si je prolongeais ce texte,<strong> il ferait une histoire<\/strong>. La marche d\u2019une heure dans la for\u00eat ce matin n\u2019est pas pour rien dans cette clart\u00e9.<\/p>\n\n\n\n<h3 class=\"wp-block-heading\">Samedi<\/h3>\n\n\n\n<p>Une tr\u00e8s longue journ\u00e9e de mise en page pour renverser<em> le Journal d\u2019un mot<\/em>, \u00e9crit \u00e0 la suite sur mon blog d\u2019abord, si bien que le jour suivant se retrouvait le pr\u00e9c\u00e9dent en date. J\u2019aurais pris garde \u00e0 cet empilement si j\u2019avais song\u00e9 d\u00e8s le d\u00e9part \u00e0 une publication, mais j\u2019en \u00e9tais si loin. Ces heures de travail, avec leurs maigres surprises (il n\u2019y a pas de 01\/11, il manque une entr\u00e9e \u00e0<a href=\"file:\/\/\/var\/folders\/0t\/kwlgdk0x7xd_dvbdtpwgbcsm0000gn\/T\/com.ulyssesapp.mac\/e6b312d17d4b4804ad040321abcbb220\/E%CC%81crire%20l%E2%80%99automne%20IV\/index.html#\"> <\/a>[MODE]\u2026), ont \u00e9t\u00e9 \u00e9tonnement heureuses. C\u2019est aussi que je n\u2019\u00e9tais pas (trop) en train de ne pas faire quelque chose de plus urgent. La mise au propre de ce qui est devenu un manuscrit contribue \u00e0 <strong>d\u00e9placer le geste d\u2019\u00e9crire<\/strong>. Et de r\u00e9\u00e9crire, par l\u00e0 m\u00eame. Ici, c\u2019est la forme donn\u00e9e au livre qui participera vraiment \u00e0 sa r\u00e9\u00e9criture\u00a0: s\u2019il me prenait de retoucher toutes les entr\u00e9es, alors le journal, avec sa vie \u00e9ph\u00e9m\u00e8re, dispara\u00eetrait et il ne resterait qu\u2019un <strong>dr\u00f4le de dictionnaire<\/strong>. Les soutiens r\u00e9guliers que je re\u00e7ois \u00e0 travers les billets sur FB comptent beaucoup dans la l\u00e9g\u00e8ret\u00e9 qui accompagne cette fin de partie. Autrefois, je me demandais s\u2019ils ne comptaient pas trop. Aujourd\u2019hui, je ne fais plus de prisonnier. Je prends et vais mon chemin.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Lundi Je suis sid\u00e9r\u00e9e de ne retrouver aucune note, aucune entr\u00e9e pr\u00e9paratoire en ouvrant, vendredi, la page de ce journal. La semaine m\u2019a aval\u00e9e toute crue, mais j\u2019ai si fort pens\u00e9 \u00e0 ce moment, \u00e0 cet endroit de mon \u00e9criture, que j\u2019\u00e9tais persuad\u00e9e avoir not\u00e9 de-ci de-l\u00e0, quelques bribes. Ou bien que les lutins auraient fait le travail pendant mon <a class=\"more-link\" href=\"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/ecrire-lautomne-iv\/\">Continuer la lecture<span class=\"screen-reader-text\">la fabrique | \u00c9crire l\u2019automne IV<\/span><span class=\"meta-nav\">&rarr;<\/span><\/a><\/p>\n","protected":false},"author":43,"featured_media":54807,"comment_status":"open","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"h5ap_radio_sources":[],"footnotes":""},"categories":[2508,2223],"tags":[2897,2221,2898],"class_list":["post-54797","post","type-post","status-publish","format-standard","has-post-thumbnail","hentry","category-hors-serie","category-la-fabrique","tag-guermantes","tag-journal-de-bord","tag-la-bonne-cause"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/54797","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/users\/43"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=54797"}],"version-history":[{"count":0,"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/54797\/revisions"}],"wp:featuredmedia":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/media\/54807"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=54797"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=54797"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=54797"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}