{"id":54846,"date":"2021-10-18T06:13:23","date_gmt":"2021-10-18T04:13:23","guid":{"rendered":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/?p=54846"},"modified":"2021-11-14T04:09:42","modified_gmt":"2021-11-14T03:09:42","slug":"autobiographies-4-entree-sous-conditions","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/autobiographies-4-entree-sous-conditions\/","title":{"rendered":"Autobiographies # 04 entr\u00e9e sous conditions"},"content":{"rendered":"<figure class=\"wp-block-post-featured-image\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"1500\" height=\"2000\" src=\"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-content\/uploads\/2021\/10\/entre\u0301e-@Madravel.jpg\" class=\"attachment-post-thumbnail size-post-thumbnail wp-post-image\" alt=\"\" style=\"object-fit:cover;\" srcset=\"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-content\/uploads\/2021\/10\/entre\u0301e-@Madravel.jpg 1500w, https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-content\/uploads\/2021\/10\/entre\u0301e-@Madravel-315x420.jpg 315w, https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-content\/uploads\/2021\/10\/entre\u0301e-@Madravel-768x1024.jpg 768w, https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-content\/uploads\/2021\/10\/entre\u0301e-@Madravel-1152x1536.jpg 1152w\" sizes=\"auto, (max-width: 1500px) 100vw, 1500px\" \/><\/figure>\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Tous les matins, c&rsquo;est le m\u00eame rituel&#8230;descendre deux stations avant, continuer \u00e0 pied en prenant bien soin de regarder autour de soi en toute discr\u00e9tion, de traverser le boulevard puis prendre la rue des Tourelles et revenir sur ses pas en observant sans rien laisser para\u00eetre. Le boulevard Mortier est \u00e0 l&rsquo;angle de la rue. Je coupe mon t\u00e9l\u00e9phone, retire la batterie et la carte SIM puis je m&rsquo;engage dans le boulevard Mortier que je redescends jusqu&rsquo;\u00e0 la caserne des Tourelles au num\u00e9ro 141. C&rsquo;est une caserne longeant un boulevard parisien rep\u00e9rable \u00e0 sa grande antenne \u00e0 haubans tr\u00f4nant fi\u00e8rement au milieu de la cour. En face, une autre caserne : la caserne Mortier. Une m\u00eame adresse pour deux sites diff\u00e9rents qui communiquent entre eux par un souterrain creus\u00e9 sous le boulevard. C&rsquo;est mieux pour la s\u00e9curit\u00e9 du personnel des casernes qui pourraient se faire renverser en traversant la rue. Il est neuf heures. Les employ\u00e9s au profil de monsieur Tout-le-Monde, arrivent \u00e0 l&rsquo;entr\u00e9e des Tourelles au comptes-gouttes. Pr\u00e9sentation des badges d&rsquo;acc\u00e8s au sas de s\u00e9curit\u00e9 et lecture de l&rsquo;iris. La lampe du sas est au rouge et h\u00e9site \u00e0 passer au vert. Suis-je encore autoris\u00e9 \u00e0 entrer? Si je ne le suis plus, je devrai repartir chez moi et attendre que l&rsquo;on statue sur mon sort. Ouverture des portes du sas. Enfin! Je marche d&rsquo;un pas vif dans la cour de la caserne vers un des trois b\u00e2timents formant un U. J&rsquo;entre dans le hall du b\u00e2timent de droite et je salue une vague connaissance au passage. Mon bureau est situ\u00e9 au 1er \u00e9tage au fond \u00e0 gauche. La porte num\u00e9rot\u00e9e est ferm\u00e9e et doit le rester en tout temps. Je l&rsquo;ouvre avec mon badge sous le regard antipathique d&rsquo;une cam\u00e9ra de surveillance. Une journ\u00e9e routini\u00e8re recommence pour moi, obscur fonctionnaire, \u00e0 l&rsquo;instar de millions d&rsquo;autres, oeuvrant en toute discr\u00e9tion, au bien-\u00eatre g\u00e9n\u00e9ral de la population. Et la discr\u00e9tion c&rsquo;est pr\u00e9cis\u00e9ment mon m\u00e9tier \u00e0 la DGSE.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">H\u00e9b\u00e9t\u00e9 et entrav\u00e9, je suis solidement maintenu par deux policiers face \u00e0 une double porte capitonn\u00e9e. La journ\u00e9e avait pourtant bien commenc\u00e9e. Elle devait \u00eatre comme les autres. Rapide et sans r\u00e9pit. Mais une entrevue inopin\u00e9e avec le DRH a tout g\u00e2ch\u00e9. J&rsquo;\u00e9tais vir\u00e9 sans m\u00e9nagement. Restructuration&#8230;compression de personnel&#8230;un classique. On a beau s&rsquo;y attendre mais quand \u00e7a arrive, on n&rsquo;est jamais pr\u00eat. Abasourdi, je ne suis pas revenu au travail apr\u00e8s la pause de midi. J&rsquo;ai commenc\u00e9 \u00e0 boire ressassant ma d\u00e9convenue. J&rsquo;ai oubli\u00e9 que je prenais des cachets pour dormir. Je fr\u00f4lais le burn-out depuis quelque temps. Finalement ce DRH m&rsquo;aura peut \u00eatre rendu service. Mais je ne peux m&rsquo;y r\u00e9signer. J&rsquo;ai perdu toute notion du temps et je n&rsquo;ai gard\u00e9 aucun souvenir de ma vir\u00e9e dans les bars des alentours. J&rsquo;ai repris mes esprits devant un commissaire de police qui m&rsquo;a dit que \u00ab\u00a0j&rsquo;avais p\u00eat\u00e9 les plombs\u00a0\u00bb et au vu d&rsquo;un certificat m\u00e9dical me concernant, il allait m&rsquo;envoyer chez un sp\u00e9cialiste pour un examen compl\u00e9mentaire. \u00ab\u00a0Je dois pr\u00e9venir ma femme. O\u00f9 m&#8217;emmenez-vous?\u00a0\u00bb \u00a0\u00bb On vous emm\u00e8ne dans un \u00e9tablissement de soins de la Pr\u00e9fecture de la Police situ\u00e9 dans le 14\u00e8me, rue Cabanis.\u00a0\u00bb \u00ab\u00a0Pourquoi m&rsquo;attacher alors?\u00a0\u00bb \u00ab\u00a0C&rsquo;est la proc\u00e9dure, ne vous inqui\u00e9tez pas\u00a0\u00bb. La double-porte capitonn\u00e9e s&rsquo;ouvre sur deux malabars en blouse blanche, ceinture de contention \u00e0 la main venus me cueillir entre les mains des policiers. \u00c9change rapide des liens de contention et remise d&rsquo;un pro\u00e7\u00e8s-verbal concernant mon hospitalisation d&rsquo;office dans un \u00e9tablissement psychiatrique. Les deux cerb\u00e8res m&#8217;emportent sans effort de l&rsquo;autre c\u00f4t\u00e9 des portes capitonn\u00e9es. <\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">C&rsquo;est certainement l&rsquo;un des h\u00e9bergements le moins cher de Paris. Situ\u00e9 au 20 rue Jean Jacques Rousseau, entre Op\u00e9ra, Louvre et Palais Royal, il permet de rejoindre n&rsquo;importe quel endroit de Paris en trente minutes. C&rsquo;est une auberge de jeunesse discr\u00e8te, avec des dortoirs non mixtes, de 8 \u00e0 10 personnes. Les chambres sont d&rsquo;un confort simple, que d&rsquo;aucuns d\u00e9finiraient comme spartiate. Pour ceux qui ont le sommeil l\u00e9ger, il leur est possible d&rsquo;obtenir une chambre individuelle, moyennant un petit suppl\u00e9ment. Seulement il n&rsquo;y en a que tr\u00e8s peu. Les salles de bains sont communes&#8230;un peu ambiance de camping. Le petit-d\u00e9jeuner est gratuit, servi chaque jour de 7 \u00e0 9 heures, dans une salle commune au rez-de-chauss\u00e9e, proposant invariablement en libre-service, pain et marmelade, caf\u00e9 et jus d&rsquo;orange. On s&rsquo;attable sans fa\u00e7on par affinit\u00e9s, par nationalit\u00e9s ou par dortoirs. On y \u00e9change entre deux rasades de caf\u00e9, les impressions de la nuit, les visites de la veille et celles programm\u00e9es du jour. L&rsquo;anglais est la langue de tous m\u00eame si on est accueilli en sept langues. Ce lieu est connu de la jeunesse du monde entier, qui d\u00e9barque en groupes, de bus gar\u00e9s en double-file, qui les d\u00e9posent aux portes de l&rsquo;auberge. Ils repartant parfois seuls ou en couple pour un voyage retour que l&rsquo;on esp\u00e8re agr\u00e9able. J&rsquo;aimerais bien revivre ces moments de bonheur avec cette g\u00e9n\u00e9ration qui me rappelle ma jeunesse. Aujourd&rsquo;hui je suis trop vieux pour les gestionnaires de cette auberge. Cruel rappel que la vieillesse commence \u00e0 trente-cinq ans. <\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Tous les matins, c&rsquo;est le m\u00eame rituel&#8230;descendre deux stations avant, continuer \u00e0 pied en prenant bien soin de regarder autour de soi en toute discr\u00e9tion, de traverser le boulevard puis prendre la rue des Tourelles et revenir sur ses pas en observant sans rien laisser para\u00eetre. Le boulevard Mortier est \u00e0 l&rsquo;angle de la rue. 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