{"id":54857,"date":"2021-10-18T08:46:04","date_gmt":"2021-10-18T06:46:04","guid":{"rendered":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/?p=54857"},"modified":"2021-11-07T12:34:52","modified_gmt":"2021-11-07T11:34:52","slug":"trois-paysages-interieurs","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/trois-paysages-interieurs\/","title":{"rendered":"autobiographies #01 |\u00a0trois paysages int\u00e9rieurs"},"content":{"rendered":"\n<figure class=\"wp-block-image size-large is-resized\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" src=\"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-content\/uploads\/2021\/11\/DSCN0421-1024x768.jpg\" alt=\"\" class=\"wp-image-57029\" width=\"482\" height=\"361\" srcset=\"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-content\/uploads\/2021\/11\/DSCN0421-1024x768.jpg 1024w, https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-content\/uploads\/2021\/11\/DSCN0421-420x315.jpg 420w, https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-content\/uploads\/2021\/11\/DSCN0421-768x576.jpg 768w, https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-content\/uploads\/2021\/11\/DSCN0421-1536x1152.jpg 1536w, https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-content\/uploads\/2021\/11\/DSCN0421-2048x1536.jpg 2048w\" sizes=\"auto, (max-width: 482px) 100vw, 482px\" \/><\/figure>\n\n\n\n<p class=\"has-normal-font-size\"><strong>\u00c0 l\u2019ombre<\/strong>. Enfants esseul\u00e9s dans l\u2019immensit\u00e9 du parc tandis que les hommes terminent leur verre autour de la table d\u00e9vast\u00e9e, que s\u2019\u00e9chappent de la cuisine ouverte sur la cour les chocs de la vaisselle sale avec les \u00e9clats de voix des femmes, des rires. Ennui repu d\u2019un dimanche \u00e0 la campagne \u00e9cras\u00e9e de chaleur. Dans la maison on va servir le caf\u00e9. Enfants d\u00e9s\u0153uvr\u00e9s autour de la balan\u00e7oire s\u2019accrochent au portique, faisant de l\u2019ongle sauter des esquilles de peinture vert bouteille craquel\u00e9e de rouille. Au fond du terrain, bordant le ruisseau aux eaux noires o\u00f9 d\u00e9rive la barque interdite, un double rang de peupliers tremblote. On part chercher la fra\u00eecheur o\u00f9 elle niche. Les enfants en sandales, pi\u00e9tinant l\u2019herbe jaunie, la terre gravel\u00e9e d\u2019une all\u00e9e, les marches descell\u00e9es du vieil escalier de pierres moussues, s\u2019approchent. Bouche en demi-cercle fauss\u00e9, l\u2019entr\u00e9e du tunnel souffle froid. Le soleil dessine sur le sable une forme g\u00e9om\u00e9trique que l\u2019ombre d\u00e9coupe net comme un tapis. L\u2019un derri\u00e8re l\u2019autre les enfants \u00e9prouvent la morsure de l\u2019\u00e9t\u00e9 sur leurs mollets nus puis s\u2019engloutissent, leurs yeux aveugles dans la galerie vo\u00fbt\u00e9e. \u00c7a sent terre humide, calcaire, odeurs ind\u00e9finies. \u00c0 petits pas se glissent dans le tunnel. Figent parmi la t\u00e9n\u00e8bre \u00e9paissie de silence. Distance abolie, temps suspendu, les enfants \u00e0 peine respirent. Ecoutent, sommeillant t\u00eate en bas, les b\u00eates qu\u2019on dit vampires. Ne voient rien mais elles sont l\u00e0.<\/p>\n\n\n\n<hr class=\"wp-block-separator has-text-color has-background has-blue-background-color has-blue-color\" \/>\n\n\n\n<p class=\"has-normal-font-size\"><strong>Paysage peint.<\/strong> Quand les cultures sont des c\u00e9r\u00e9ales, ses yeux caressent les vagues douces d\u2019\u00e9pis barbus fl\u00e9chissant sous le vent. Champs ondulants jusqu\u2019\u00e0 l\u2019horizon recul\u00e9 des terres plates. Si c\u2019est ma\u00efs, une muraille de tiges \u00e9paisses fich\u00e9es de feuilles coupantes se dresse de chaque c\u00f4t\u00e9 de la route o\u00f9 glissent de rares voitures. Murmure continu des arbres aux rives du fleuve. Elle voit traverser des oiseaux dont elle ne sait pas le nom. Leur vol plan\u00e9 brosse le ciel sur la longue distance entre deux refuges. \u00c0 gauche, les tours grises de la centrale nucl\u00e9aire crachent alternativement leur panache de vapeur blanc.<\/p>\n\n\n\n<hr class=\"wp-block-separator has-text-color has-background has-blue-background-color has-blue-color is-style-default\" \/>\n\n\n\n<p class=\"has-normal-font-size\"><strong>D\u00e9saffect\u00e9e.<\/strong> Dans les villes, m\u00eame celles que l\u2019on croit conna\u00eetre, on d\u00e9couvre un jour une voie de chemin de fer \u00e0 l\u2019abandon. On s\u2019arr\u00eate sur le pont m\u00e9tallique par-dessus les cat\u00e9naires. La voie file devant et va plonger dans un tunnel plus loin. On s\u2019accoude au garde-corps branlant o\u00f9 un panneau triangulaire frapp\u00e9 d\u2019un \u00e9clair noir sur fond jaune rouille tranquille. Il n\u2019y a plus de danger. On regarde les rails encore cramponn\u00e9s aux traverses de bois qui s\u2019effritent. Le ballast dispara\u00eet sous les herbes hautes pouss\u00e9es dessous et les papiers gras. Des canettes, des bouteilles vides, des d\u00e9bris de repas et de feu gisent \u00e9pars. Des v\u00eatements d\u00e9color\u00e9s, des chaussures, des objets incongrus se laissent tomber en poussi\u00e8re le long des rails. Sur les c\u00f4t\u00e9s grandissent les robiniers, les arbres aux grappes violettes qui attirent les petits papillons blancs, tout un fouillis de plantes sauvages. Plusieurs couches de graffitis couvrent les murs de sout\u00e8nement. En haut se dressent les immeubles aux vitres refl\u00e9tant d\u2019autres immeubles et le ciel. On l\u2019entend tout de m\u00eame, le fracas du train d\u00e9boulant du pass\u00e9, le klaxon de la locomotive.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>\u00c0 l\u2019ombre. 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