{"id":54982,"date":"2021-10-23T20:34:48","date_gmt":"2021-10-23T18:34:48","guid":{"rendered":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/?p=54982"},"modified":"2025-01-28T19:19:02","modified_gmt":"2025-01-28T18:19:02","slug":"testard_fait_un_livre_13_1","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/testard_fait_un_livre_13_1\/","title":{"rendered":"#\u00e9t\u00e92021 #L13 | Le jardin au fond du jardin"},"content":{"rendered":"\n<p id=\"le_jardin_1\">Nous sommes assis face \u00e0 la maison vide. Nous prenons notre caf\u00e9 devant le jardin en friche, le jardin voisin, <span class=\"has-inline-color has-medium-gray-color\">le jardin<\/span> au fond de notre jardin. Notre table est ronde au milieu du carr\u00e9 de pelouse, nous tournons le dos au soleil, sans parler, la maison nous pr\u00e9sente son pignon de briques nues. La porte de son grenier ouverte. Pas de chat. Nous nous \u00e9veillons dans la chaleur du soleil et la vision de la maison inoccup\u00e9e, la vieille maison, la maison qui ne fut jamais finie, nous petit-d\u00e9jeunons. La maison sans finition. \u00c9coutons les oiseaux. Des ann\u00e9es apr\u00e8s le dernier occupant de la maison, nous sommes assis au m\u00eame endroit, le caf\u00e9 tr\u00e8s chaud, tes pieds nus dans l&rsquo;herbe, la ros\u00e9e. Pas tout \u00e0 fait au milieu du jardin, mais pas compl\u00e8tement au fond, \u00e0 la limite des thuyas, des dr\u00f4les de thuyas sous lesquels nous tenons debout, nous nous chauffons, nous profitons de la vue de l&rsquo;abandon que nous offre le jardin, le jardin attenant<span class=\"has-inline-color has-medium-gray-color\">*<\/span>.&nbsp;La maison qui n&rsquo;est pas la n\u00f4tre.&nbsp;Domaine des chats.&nbsp;La propri\u00e9t\u00e9 voisine.<span class=\"has-inline-color has-medium-gray-color\">**<\/span><\/p>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading has-text-align-center\">*<\/h2>\n\n\n\n<p id=\"le_jardin_2\">Nous sommes face \u00e0 la maison vide, assis \u00e0 la table de jardin, <span class=\"has-inline-color has-medium-gray-color\">nous tournons<\/span> le dos au soleil <span class=\"has-inline-color has-medium-gray-color\">et \u00e0 notre maison,<\/span> nous nous chauffons, prenons notre caf\u00e9 du matin. Devant la maison inoccup\u00e9e, le jardin en friche, les herbes hautes sont en fleurs, sont d&rsquo;or, nous petit-d\u00e9jeunons dans le silence du matin, le silence retrouv\u00e9 <span class=\"has-inline-color has-medium-gray-color\">une fois toutes les autos pass\u00e9es, qui conduisent au boulot, qui conduisent les enfants, on est 9h et nous t\u00e9l\u00e9travaillons ou nous travaillons \u00e0 la maison, chez nous, nous travaillons depuis chez nous, nous sommes tout le jour \u00e0 la maison, voyons le soleil tourner autour, tous les jours, tourner dedans, nous sommes en haut maman, papa en bas, n&rsquo;avons pas d&rsquo;heure<\/span>, <span class=\"has-inline-color has-medium-gray-color\">nous<\/span> n&rsquo;avons pas un mot <span class=\"has-inline-color has-medium-gray-color\">encore, nous n&rsquo;avons pas eu un mot, pas engag\u00e9 le d\u00e9but d&rsquo;une conversation<\/span>. Reprenons depuis le d\u00e9but<span class=\"has-inline-color has-medium-gray-color\">, nous n&rsquo;en sortons pas<\/span>. Depuis ce matin, la table ronde au milieu du jardin<span class=\"has-inline-color has-medium-gray-color\">, carr\u00e9 de pelouse de la taille d&rsquo;un jardin du souvenir, d&rsquo;un jardin entretenu donc, non arbor\u00e9, modestement paysag\u00e9, fleuri relativement, cern\u00e9 de thuyas, que le soleil du matin, l&rsquo;\u00e9t\u00e9, une fois d\u00e9pass\u00e9e l&rsquo;ombre du pavillon o\u00f9 s&rsquo;\u00e9goutte, abondante, le long du fil \u00e0 linge, la ros\u00e9e, vient visiter<\/span>, le mur pignon de briques nues de la maison, en face, au fond, la maison close, sans volets, la couleur brique dans le soleil, nous nous r\u00e9veillons. Nous nous rappelons, sans un mot. Nous <span class=\"has-inline-color has-medium-gray-color\">venons de nous r\u00e9veiller ; nous faire du caf\u00e9 ; sortir : respirer l&rsquo;air ; profiter du dehors ; te tremper les pieds dans la ros\u00e9e en traversant, nous<\/span> \u00e9veillons au voisinage des oiseaux, pas de chats, \u00e0 leur proximit\u00e9, assis comme \u00e0 une terrasse de caf\u00e9 <span class=\"has-inline-color has-medium-gray-color\">en urbains ruralis\u00e9s ; travailleurs s&rsquo;octroyant les menus plaisirs de vacanciers ; \u00e0 notre table sans \u00eatre attabl\u00e9s, ou du coude ; en rurbains ; habitants p\u00e9riph\u00e9ris\u00e9s ; voyageurs en transit ; correspondance : entre deux trains ; comme si nous n&rsquo;\u00e9tions pas chez nous<\/span> regardons devant nous, le soleil dans le grenier, le grenier <span class=\"has-inline-color has-medium-gray-color\">par le vent cette nuit ou quelque chat<\/span> ouvert<span class=\"has-inline-color has-medium-gray-color\">, le troglodyte entrer et sortir par un trou dans le mauvais ciment d&rsquo;un parpaing, les pignons seulement \u00e9tant en briques, la maison, elle, la maison derri\u00e8re chez nous, ses quatre murs, \u00e9tant mont\u00e9e en mauvais parpaings. Sans un cr\u00e9pi. La maison jamais finie&nbsp;plant\u00e9e l\u00e0, le d\u00e9cor<\/span><span class=\"has-inline-color has-black-color\">. \u00c0 travers le grillage mitoyen<\/span>. Profitons du jardin<span class=\"has-inline-color has-medium-gray-color\">, le n\u00f4tre<\/span><span class=\"has-inline-color has-black-color\">,<\/span> ainsi que de la vue, de notre point de vue sur le jardin abandonn\u00e9 derri\u00e8re chez nous. \u00c0 l&rsquo;abandon, abandonn\u00e9 aux chats<span class=\"has-inline-color has-medium-gray-color\">. Domaine des chats<\/span>, sans dire un mot, sans un mot \u00e9chang\u00e9, un mouvement<span class=\"has-inline-color has-medium-gray-color\">***<\/span>, dans le rayonnement, sinon le geste de porter la tasse aux l\u00e8vres, nous sommes au spectacle de la maison, du jardin qui s&rsquo;\u00e9tale \u00e0 hauteur de nos yeux<span class=\"has-inline-color has-medium-gray-color\">&nbsp;\u00e0 cause du d\u00e9nivel\u00e9, que dis-je, du d\u00e9caissement, vision d&rsquo;un parc<\/span>. Le jardin au fond du jardin. Gardons l&rsquo;immobilit\u00e9<span class=\"has-inline-color has-medium-gray-color\">, le silence, regardons l&rsquo;abandon en face<\/span>.<\/p>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading has-text-align-center\">*<\/h2>\n\n\n\n<p><span class=\"has-inline-color has-medium-gray-color\">*<\/span><span class=\"has-inline-color has-black-color\">, prolongeant notre jardin, dans la prolongation duquel se devineraient un parc, ses confins, les premi\u00e8res formes, le d\u00e9but du commencement de la perspective d&rsquo;un parc, ou sa promesse, la vision d&rsquo;un parc, l&rsquo;\u00e9bauche, au soleil, d&rsquo;un parc, que rien n&rsquo;arr\u00eate, que le rayonnement solaire m\u00eame, vide, ind\u00e9finiment \u00e9tend<\/span><\/p>\n\n\n\n<p><span class=\"has-inline-color has-medium-gray-color\">**<\/span><span class=\"has-inline-color has-black-color\">Le jardin au fond de notre jardin, rien ne nous emp\u00eache d&rsquo;enjamber le grillage qui les s\u00e9pare. Rien n&#8217;emp\u00eache de passer le grillage qui nous s\u00e9pare. Personne pour nous voir, investir l&rsquo;\u00e9tendue des herbes hautes sous l&rsquo;ombre du noyer, ou bien, sur le pignon oppos\u00e9 de la maison, rejoindre l&rsquo;ombre du cerisier. Les chats seulement dans leur savane ou sur les toits de t\u00f4les. Les pies du noyer. Les merles dans le cerisier du d\u00e9but de l&rsquo;\u00e9t\u00e9. Il suffira d&rsquo;un escabeau, ensuite, de prendre pied sur cette branche plus grosse du thuya\u2026<\/span><\/p>\n\n\n\n<p><span class=\"has-inline-color has-medium-gray-color\">***<\/span><span class=\"has-inline-color has-black-color\">Nous ne bougeons pas, nous profitons de l&rsquo;immobilit\u00e9 pour\u2026 Si, par tous les points d&rsquo;une figure, nous menons des droites \u00e9gales, parall\u00e8les et de m\u00eame sens, les extr\u00e9mit\u00e9s de ces droites forment une figure \u00e9gale \u00e0 la premi\u00e8re, l&rsquo;op\u00e9ration par laquelle nous passons de notre premi\u00e8re figure \u00e0 la seconde re\u00e7oit le nom de <em>translation<\/em>. Au fond du jardin il y a un jardin\u2026 Quelle extension, agrandissement, quel prolongement de notre jardin, de notre vie donc, nos vies, nous sugg\u00e8re le jardin voisin ? Quel \u00e9largissement de notre enclos nous expose le jardin suivant ? <em>Translation<\/em> ? Changeons de jardin ? Passons dans le jardin voisin, dans le jardin suivant \u2014 dans le prochain ? Nous migrons ? D\u00e9rivons-nous ? Quel d\u00e9placement ? Quelle figure est-ce, nous ?&nbsp;Il y a des jours dans nos jours\u2026<\/span><\/p>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading has-text-align-center\">*<\/h2>\n\n\n\n<pre id=\"le_suspens\" class=\"wp-block-preformatted has-small-font-size\"><span class=\"has-inline-color has-dark-gray-color\">N.B. \u2013 <\/span>Je ne cesse d'h\u00e9siter entre la virgule et le point, se communiquant de phrase en phrase, cela produit un tremblement de tout l'alin\u00e9a. Trouble la pseudo-transparence, pseudo-lin\u00e9arit\u00e9 du texte qui \u00e0 la fois avance et non, ne d\u00e9marre pas. Le paragraphe baigne ou circule en lui-m\u00eame, en circuit ferm\u00e9 dans le moment pr\u00e9sent, cependant il lorgne ce qui n'est pas, pas encore, d\u00e9j\u00e0 plus lui, la phrase amorce des mouvements, fait des signes, en direction de son avenir (son action ?), de son pass\u00e9 (passif ?). Sa valse-h\u00e9sitation est le sympt\u00f4me d'un plus profond dilemme. Le texte, la suite des phrases, r\u00e9pond \u00e0 un double appel. Il y a la tentation de l'immobilit\u00e9, ne rien bouger, toucher : la recherche d'un palier, le d\u00e9sir de stase, d'une situation comme d'un \u0153uf, enclose, contenue. Faire comme si je n'y \u00e9tais pas. Cependant la situation cherche son issue, et sa source \u2014 elle cherche en fait son c\u0153ur, son noyau \u2014, elle s'active, pivote sur elle-m\u00eame, se contourne, elle est retourn\u00e9e dans tous les sens. \u00c0 travers les mots, dans leur pluie, c'est sa d\u00e9rive, sa d\u00e9clinaison ou d\u00e9viation (<em>clinamen<\/em>), son aventure que la phrase-alin\u00e9a cherche ou travaille : ce qui va lui donner corps ; qui l'ouvrira sur le corps-alin\u00e9a suivant. En simple : il s'agit d'\u00e9crire sans trop dire, trop loin ou trop vite, \u00e9crire est aussi contenir. Il s'agit de suspens. Dans leur confusion, la fonction est la m\u00eame, point, virgule, sont chaque fois des points de suspension. L'h\u00e9sitation dans laquelle la lecture est induite, dans laquelle elle balance, \u00e0 marquer un point o\u00f9 il y a une virgule et inversement, l'impression que tout \u00e7a ne tombe ou vient pas aux bons endroits, font que les \u00e9l\u00e9ments du r\u00e9cit (?) ne tiennent pas, ensemble, ne se joignent pas, qu'ils demeurent flottants, que les choses ne collent pas, ou se rencontrent inopportun\u00e9ment. Mon alin\u00e9a est donc un terrain instable, peu fiable, voire tra\u00eetre. Sous ses airs apais\u00e9s, amorphes, une zone de turbulences. Un cumulus. L'instabilit\u00e9 c'est, ici, l'impossibilit\u00e9 d'un \u00e9tablissement d\u00e9finitif du texte, nuage. La double sommation de l'\u0153uf et de la d\u00e9rive est un tiraillement, est son tremblement. Admettons que je cultive l'h\u00e9sitation : le tiraillement se fait oscillation. Tout l'alin\u00e9a balance autour d'une position d'\u00e9quilibre, qu'il ne parvient pas toujours \u00e0 tenir, pas partout. Mais il s'agit de faire sortir le texte de l\u00e0\u2026<\/pre>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading has-text-align-center\">*<\/h2>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\">#\u00e9t\u00e92021 #L13 | La maison qui<\/h2>\n\n\n\n<figure class=\"wp-block-image size-large\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"768\" height=\"1024\" src=\"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-content\/uploads\/2021\/10\/211024_le-fond-du-jardin_2-768x1024.jpg\" alt=\"\" class=\"wp-image-172756\" srcset=\"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-content\/uploads\/2021\/10\/211024_le-fond-du-jardin_2-768x1024.jpg 768w, https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-content\/uploads\/2021\/10\/211024_le-fond-du-jardin_2-315x420.jpg 315w, https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-content\/uploads\/2021\/10\/211024_le-fond-du-jardin_2-1152x1536.jpg 1152w, https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-content\/uploads\/2021\/10\/211024_le-fond-du-jardin_2-1536x2048.jpg 1536w, https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-content\/uploads\/2021\/10\/211024_le-fond-du-jardin_2-scaled.jpg 1920w\" sizes=\"auto, (max-width: 768px) 100vw, 768px\" \/><\/figure>\n\n\n\n<p id=\"le_jardin_3\">Ainsi <span class=\"has-inline-color has-medium-gray-color\">passons-nous dans<\/span> le jour suivant, <span class=\"has-inline-color has-medium-gray-color\">c&rsquo;est l&rsquo;\u00e9t\u00e9, dans le jardin suivant<\/span> nous sommes assis \u00e0 la table du jardin, sans \u00eatre attabl\u00e9s, devant la maison vide (vide d&rsquo;occupants, elle n&rsquo;a pas \u00e9t\u00e9 vid\u00e9e, je le sais, y ai r\u00f4d\u00e9, jet\u00e9 mon \u0153il aux carreaux), la table ronde (en fer), le dos au soleil nous nous chauffons (nous non : je m&rsquo;assieds face \u00e0 la maison vide, en \u00e9quilibre sur les deux pieds rouill\u00e9s de la chaise d&rsquo;\u00e9cole, assur\u00e9 seulement du coude, le coude \u00e0 la tasse, pendant que tu beurres ta tartine au soleil, les pieds dans la ros\u00e9e), nous prenons notre caf\u00e9. Devant la maison inoccup\u00e9e, depuis des ann\u00e9es, nous nous r\u00e9veillons, nous \u00e9veillons \u00e0 l&rsquo;\u00e9t\u00e9, buvons (je bois) le caf\u00e9 (tant qu&rsquo;il est) tr\u00e8s chaud, le portons \u00e0 nos l\u00e8vres (tu l&rsquo;allonges avec de l&rsquo;eau), \u00e0 ses mouvements, ses frissons, \u00e0 ses chants. \u00c0 la vie sans ma\u00eetre des chats (j&rsquo;\u00e9coute les oiseaux \u2014 tu guettes les chats, tu prends ton petit-d\u00e9jeuner, tu grimaces au soleil \u2014 tu es attabl\u00e9e \u2014 tu dis : ah ce silence \u2014 une voiture passe, tu demandes : o\u00f9 est pass\u00e9e la petite chatte ?), sans un mot<span class=\"has-inline-color has-medium-gray-color\">, les yeux dans le jardin \u00e0 c\u00f4t\u00e9<\/span> (j&rsquo;ai am\u00e9nag\u00e9 le point de vue \u2014 taill\u00e9 les thuyas de cette inhabituelle fa\u00e7on \u2014 plac\u00e9 la table l\u00e0, au soleil, les chaises ainsi, face \u00e0 la vue \u2014 \u00e0 la trou\u00e9e \u2014 \u00e0 la friche \u2014 \u00e0 la nature \u2014 j&rsquo;ai dress\u00e9 la table du petit-d\u00e9jeuner), notre (?) regard dans le jardin au fond, voisin, abandonn\u00e9, comme install\u00e9s \u00e0 une terrasse de caf\u00e9<span class=\"has-inline-color has-black-color\">,<\/span><span class=\"has-inline-color has-medium-gray-color\"> de la plage,<\/span> <span class=\"has-inline-color has-medium-gray-color\">ou<\/span> dans le vide, l&rsquo;espace <span class=\"has-inline-color has-medium-gray-color\">comme un double-fond ou comme si quelque chose<\/span>, la lumi\u00e8re<span class=\"has-inline-color has-medium-gray-color\">, allait le traverser, passer devant nos yeux. Dans nos yeux, les ouvrir<\/span> (traverser la sc\u00e8ne, notre champ de vision, th\u00e9\u00e2tre de la vie de chats, aller dans le d\u00e9cor \u2014 attendons-nous de voir ? toi, tu attends de revoir les chats du jardin derri\u00e8re chez nous, au moins la chatte noire, la petite chatte aux innombrables port\u00e9es, toute noire, fine, qui dispara\u00eet dans les herbes hautes de l&rsquo;absence d&rsquo;entretien du terrain, la chatte non st\u00e9rilis\u00e9e que les m\u00e2les du voisinage viennent visiter, qui r\u00e9appara\u00eet avec ses chatons \u2014 que quelque chose arrive : qu&rsquo;une silhouette traverse et, pourquoi pas, s&rsquo;approche du grillage, s&rsquo;y frotte, pour une caresse \u2014 ce n&rsquo;est pas nous qui attendons \u2014 c&rsquo;est la maison qui est quelque chose qui nous attend, il y a quelque chose dans la maison, non pas \u00e0 l&rsquo;int\u00e9rieur, dans son apparence, son aspect, sa situation, son voisinage, sa proximit\u00e9 qui nous attend \u2014 quelque chose dans la maison qui nous regarde \u2014 la maison qui ne change plus, qui ne bougera plus, qui n&rsquo;a plus une main, plus une vieille main qui passe \u00e0 sa fen\u00eatre le tuyau d&rsquo;\u00e9vacuation de sa machine \u00e0 laver, laissant les eaux us\u00e9es arroser le terrain, la maison qui n&rsquo;a plus sa serviette de toilette pendante, au fil de fer sous l&rsquo;appentis pendant des mois, que dis-je, pendant des ann\u00e9es apr\u00e8s la mort du dernier occupant de la maison, le fils de la maison, le vieux fils de la dame \u00e0 la main, plus une serviette remuant aux courants d&rsquo;air entre le b\u00fbcher et la maison, serviette \u00e9ponge encro\u00fbt\u00e9e par les infiltrations, les fuites du toit, le temps \u2014 qui a un chat qui miaule, un chat qui crie, chat qui pleure, chat qui griffe les toits de t\u00f4le en fuyant de l&rsquo;enfilade des appentis, des d\u00e9pendances, cabanes, garages, clapiers formant une cour carr\u00e9e envahie des surgeons piquants des robiniers, de la masse des lauriers se pressant serr\u00e9e contre la maison, un chat qui crache, un pan de t\u00f4le qui s&rsquo;envole dans une rafale du vent, la nuit \u2014 l&rsquo;amas ou concentration des constructions pr\u00e9caires, utilitaires, provisoires qui durent que recouvrent d&rsquo;un seul manteau la vigne vierge, la cl\u00e9matite des haies s&rsquo;y lan\u00e7ant \u00e0 l&rsquo;assaut, cape ou tra\u00eene, du robinier faux acacia d\u00e9j\u00e0 pouss\u00e9 plus haut que le noyer qu&rsquo;on a, que j&rsquo;ai toujours vu l\u00e0, poussif autant qu&rsquo;il est massif, au feuillage clairsem\u00e9, chaque printemps le dernier \u00e0 le recouvrer \u2014 bien que l&rsquo;arri\u00e8re des cabanes, o\u00f9 le terrain touche \u00e0 notre cl\u00f4ture, ait \u00e9t\u00e9 compl\u00e8tement nettoy\u00e9 quelques temps apr\u00e8s la disparition du dernier occupant \u2014 qui n&rsquo;entretenait plus rien \u2014 est-il seulement mort ? \u2014 que nous ne voyons plus, son auto, une 205 ou une Clio ? non plus, qui depuis des mois \u00e9tait l\u00e0, verdissant, se fondant dans l&rsquo;arri\u00e8re-plan du cerisier aupr\u00e8s du puits \u2014 que nous ne reconnaissions toujours qu&rsquo;attabl\u00e9 \u00e0 la terrasse du tabac, aux feux, d\u00e9taillant les all\u00e9es et venues de la circulation dans le bourg \u2014 y lisant l&rsquo;avenir ? \u2014 la maison de la vieille au cimeti\u00e8re dormant \u2014 dont les boiseries des fen\u00eatres, la porte du grenier depuis des jours et des jours d\u00e9cap\u00e9es de toute peinture ou vernis sont gris\u00e9es \u00e0 l&rsquo;\u00e9gal des parpaings et des plaques de fibrociment de la couverture \u2014 la maison qui ne bouge pas, la maison qui ne vit plus, ou de sa propre, de sa pauvre, de sa seule vie, de son absence de vie s&rsquo;entoure, se pare, baigne, nourrit, d&rsquo;une vie autre, vie vide du temps, sans rien faire que durer, offrir ses facettes au soleil, ses surfaces aux pr\u00e9cipitations, le vide de la maison, le vide ou l&rsquo;absence de vie, dedans, mais surtout \u2014 en ce qui me concerne \u2014 le vide dehors, dans son imm\u00e9diat dehors, de ses abords \u2014 je ne suis pas le moins du monde tent\u00e9 par une exploration de la maison, d&rsquo;y entrer \u2014 juste camper au bord, en \u00eatre quelle esp\u00e8ce de gardien, comme on le serait d&rsquo;une villa de vacances en entretenant les acc\u00e8s, espaces verts \u2014 ce que je fais en effet \u2014 nous m\u00e9nageant une perspective, r\u00e9servant une ouverture, du matin, du soir, \u00e0 nos s\u00e9jours dans le jardin, le jardin pi\u00e8ce \u00e0 vivre, doublement lumineux du living \u2014 notre double-living par cette adjonction de jardin double-fond devenant triple, gagnant en miroir \u2014 d\u00e9form\u00e9 \u2014 une profondeur \u2014 mise en abyme \u2014 notre vie ou nos jours y gagnant un troisi\u00e8me lieu, ou sa promesse \u2014 un lieu o\u00f9, parcouru du frisson de l&rsquo;interdit, de l&rsquo;aventure, de la proximit\u00e9 ou de l&rsquo;intimit\u00e9, du dehors, de l&rsquo;\u00e9tranger, pique-niquer \u2014 bivouaquer \u2014 prendre l&rsquo;ap\u00e9ro \u2014 se tenir l\u00e0 o\u00f9 l&rsquo;on est interdit \u2014 dans laquelle je n&rsquo;ai ni la n\u00e9cessit\u00e9 ni m\u00eame le d\u00e9sir d&rsquo;entrer, une maison qui me laisse tranquille, au repos, en paix, elle n&rsquo;appelle aucun travail, aucune t\u00e2che domestique, vide, elle n&rsquo;a pas de c\u0153ur, n&rsquo;a que des abords, je n&rsquo;aurai qu&rsquo;\u00e0 tourner autour, jamais aucune entr\u00e9e, pas \u00e0 p\u00e9n\u00e9trer, la maison qui me fait des vacances, la maison de vacance \u2014 la maison de l&rsquo;horreur ? qui fait tout sauf envie, la maison-repoussoir, un repoussoir de maison, dans laquelle de la vie jamais on ne voudrait, entrer, la maison Non-merci, non Sam&rsquo;suffit, m\u00eame pas squatt\u00e9e, cache de migrants, la maison promise \u00e0 une s\u00fbre d\u00e9molition, \u00e0 la disparition vue la pression immobili\u00e8re, la maison si ce n&rsquo;est en ruine, en sursis \u2014 une maison \u00e0 laquelle je demeure ext\u00e9rieur, tout ce que j&rsquo;en sais, ce sont ses murs, ses ext\u00e9rieurs, au soleil, \u00e0 la pluie, au vent, \u00e0 tous les temps \u2014 qui me le disent \u2014 la petite maison, la maison d&rsquo;une f\u00e9e, une sorci\u00e8re, dame tr\u00e8s vieille au coin d&rsquo;un bois, au pied, au fond d&rsquo;une for\u00eat, d&rsquo;un arbre, du voisinage, une dame morte<\/p>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading has-text-align-center\">*<\/h2>\n\n\n\n<p>(\u2026)<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Nous sommes assis face \u00e0 la maison vide. Nous prenons notre caf\u00e9 devant le jardin en friche, le jardin voisin, au fond de notre jardin, le dos au soleil nous nous chauffons, sans un mot, nous <a class=\"more-link\" href=\"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/testard_fait_un_livre_13_1\/\">Continuer la lecture<span class=\"screen-reader-text\">#\u00e9t\u00e92021 #L13 | Le jardin au fond du jardin<\/span><span class=\"meta-nav\">&rarr;<\/span><\/a><\/p>\n","protected":false},"author":334,"featured_media":172755,"comment_status":"open","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"h5ap_radio_sources":[],"footnotes":""},"categories":[2071,2069,2910],"tags":[],"class_list":["post-54982","post","type-post","status-publish","format-standard","has-post-thumbnail","hentry","category-ete-2021-les-cycles","category-2021-faire-un-livre","category-livre-13-reecriture"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/54982","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/users\/334"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=54982"}],"version-history":[{"count":3,"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/54982\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":178862,"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/54982\/revisions\/178862"}],"wp:featuredmedia":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/media\/172755"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=54982"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=54982"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=54982"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}