{"id":55254,"date":"2021-10-20T20:06:40","date_gmt":"2021-10-20T18:06:40","guid":{"rendered":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/?p=55254"},"modified":"2023-05-21T20:37:34","modified_gmt":"2023-05-21T18:37:34","slug":"autobiographies-14-ces-adresses","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/autobiographies-14-ces-adresses\/","title":{"rendered":"autobiographies #04 | ces adresses"},"content":{"rendered":"\n<figure class=\"wp-block-image size-large\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"1024\" height=\"768\" src=\"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-content\/uploads\/2021\/10\/pour-4-1-1024x768.png\" alt=\"\" class=\"wp-image-55256\" srcset=\"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-content\/uploads\/2021\/10\/pour-4-1-1024x768.png 1024w, https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-content\/uploads\/2021\/10\/pour-4-1-420x315.png 420w, https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-content\/uploads\/2021\/10\/pour-4-1-768x576.png 768w, https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-content\/uploads\/2021\/10\/pour-4-1-1536x1152.png 1536w, https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-content\/uploads\/2021\/10\/pour-4-1-2048x1536.png 2048w\" sizes=\"auto, (max-width: 1024px) 100vw, 1024px\" \/><\/figure>\n\n\n\n<p>J&rsquo;ai p\u00e9ch\u00e9 dans dans mon sac la petite bourse en boutis, toujours ouverte, o\u00f9 il est serr\u00e9 entre les carnets qui ont eu tous une utilisation diff\u00e9rente avant de contenir tous de m\u00eame fa\u00e7on des bouts de textes, un ha\u00efku not\u00e9, dans la rue, immobile un moment, le carnet appuy\u00e9 en partie sur l&rsquo;air, en partie sur le sac ramen\u00e9 sur mon ventre, griffonnage qui n&rsquo;auront d&rsquo;autre utilisation possible que d&rsquo;\u00e9veiller dans ma m\u00e9moire les mots qu&rsquo;ils ont voulu repr\u00e9senter, entre des mod\u00e8les d&rsquo;\u00e9criture de lettres qui cherchaient \u00e0 se souvenir de mes efforts maladroits dans les petites classes, juste apr\u00e8s la maternelle, quand on essayait de m&rsquo;inculquer une \u00e9criture que personne n&rsquo;utilise ensuite, des mots aux syllabes ais\u00e9es pour des gorges qui ignorent certaines lettres de notre langue et des dates, noms, petits actes \u00e0 ne pas oublier et que je n&rsquo;y retrouverai pas. J&rsquo;ai insinu\u00e9 mes doigts entre eux, tir\u00e9 sur le mince dos de plastique, plus bas que les autres, extirp\u00e9 le carnet d&rsquo;adresses, au moins officiellement carnet d&rsquo;adresses, long, mince, humble, qui a pris la suite d&rsquo;une s\u00e9rie de reliures de cuir renouvel\u00e9es pour cause de griffures trop importantes contenant des agendas retenus par de grands anneaux et, en annexe, dans une pochette de cuir de la reliure, un mince carnet d&rsquo;adresses, renouvel\u00e9 cinq ou six fois depuis ma tr\u00e8s ancienne ind\u00e9pendance, chaque nouveau carnet diminu\u00e9 des noms de morts r\u00e9ellement ou possiblement morts ou morts pour moi, ou parce que la lecture d&rsquo;un pr\u00e9nom n&rsquo;\u00e9veillait en moi aucun souvenir, mais o\u00f9 chaque fois \u00e9tait report\u00e9s quelques noms de soi-disant proches, en les ornant d&rsquo;un point d&rsquo;interrogation parce qu&rsquo;il me semblait bien que la personne \u00e0 laquelle je les liais avait depuis plus ou moins longtemps vogu\u00e9 vers d&rsquo;autres horizons, l&rsquo;ai ouvert ce nouveau carnet, banal et piteux comme une fin, et n&rsquo;avais pas grande illusion, me souvenais qu&rsquo;en janvier dernier, au moment des cartes de v\u0153ux, j&rsquo;avais tant h\u00e9sit\u00e9 devant chaque nom que finalement je m&rsquo;\u00e9tais limit\u00e9e \u00e0 une quinzaine d&rsquo;enveloppes, ne portant pas mon adresse au verso pour \u00e9viter de les voir revenir un mois plus tard avec \u00ab&nbsp;n&rsquo;habite pas \u00e0 l&rsquo;adresse indiqu\u00e9e&nbsp;\u00bb&#8230; Non l\u00e0 ne figurent plus que mon adresse, trois codes, deux num\u00e9ros de t\u00e9l\u00e9phone au dessus de mes derni\u00e8res volont\u00e9s, et ensuite quelques traces familiales, des num\u00e9ros de fournisseurs, m\u00e9decins, et trois pages de num\u00e9ros de portables commen\u00e7ant par 07 avec des pr\u00e9noms africains mal orthographi\u00e9s la plupart du temps, \u00e9crits en oblique, dans tous les sens, l\u00e0 o\u00f9 je trouve de la place, avec des encres diff\u00e9rentes. Mais pourtant il garde ce carnet dans lequel me suis promen\u00e9e quelques noms \u00e0 l&rsquo;utilit\u00e9 moins restreinte et imm\u00e9diate, comme celui venu de l&rsquo;adolescence dont l&rsquo;adresse a presque toujours \u00e9t\u00e9 corrig\u00e9e, de carnet en carnet, jusqu&rsquo;\u00e0 celle-ci toujours valable<\/p>\n\n\n\n<p>le nom d&rsquo;un chemin \u00e0 Ollioules, et la grande maison presque carr\u00e9e, avec un long b\u00e2timent bas en retour qui servait de hangar, d&rsquo;atelier et d&rsquo;orangeraie, la grande maison qui n&rsquo;a qu&rsquo;une cinquantaine d&rsquo;ann\u00e9e mais dont la massivit\u00e9 (elle comporte une tr\u00e8s grande pi\u00e8ce carr\u00e9e, haute de deux \u00e9tages qui pourrait abriter un appartement de deux pi\u00e8ces confortables) la simplicit\u00e9, les tuiles beaucoup plus anciennes que les murs, s&rsquo;ins\u00e8re si bien dans le paysage, un peu sous le sommet de la colline, sous les pins, qu&rsquo;elle semble \u00eatre l\u00e0 depuis toujours, bien loin de ces maisons ridiculement pr\u00e9tentieuses qui s&rsquo;alignent maintenant sur les bords des routes de notre littoral&#8230; la cuisine ocre et verte, les tomettes anciennes et les carreaux \u00e9maill\u00e9s faits \u00e0 la main, la pi\u00e8ce o\u00f9 vivre, d\u00e9guster et parler, \u00e0 l&rsquo;ombre, la lumi\u00e8re ne p\u00e9n\u00e9trant que par une petite porte s&rsquo;ouvrant sur une all\u00e9e bord\u00e9e par le mur d&rsquo;une restanque, et par, \u00e0 l&rsquo;angle oppos\u00e9, une arcade donnant sur la lumi\u00e8re tamis\u00e9e de la grande pi\u00e8ce&#8230; et puis cette terrasse pour le ros\u00e9 ou le th\u00e9, au dessus d&rsquo;un petit jardin de buis et de fleurs, des vignes descendant doucement en paliers, de la bande de plaine, de la mer, et de l&rsquo;ouverture douce d&rsquo;une plage, d&rsquo;un port devin\u00e9s entre les caps.<\/p>\n\n\n\n<p>Une adresse aussi, depuis longtemps sans importance, mais recopi\u00e9e soigneusement en souvenir d&rsquo;un combat commun, le rez-de-chauss\u00e9e d&rsquo;un immeuble r\u00e9cent, enfin du milieu du si\u00e8cle que je m&rsquo;applique \u00e0 appeler dernier, bordant la petite rue sous le square de la Roquette, dans mon 11\u00e8me, la grande salle d&rsquo;attente aux bancs en \u00e9pi o\u00f9 patientait une population passablement bigarr\u00e9e comme le veut le quartier, les quatre portes des cabinets de deux m\u00e9decins, une dentiste, une infirmi\u00e8re, et les heures pass\u00e9es le nez dans un livre, isol\u00e9e de tout et de l&rsquo;inqui\u00e9tude, puisque j&rsquo;en profitais pour prendre une demi-journ\u00e9e de vacances, les seules \u00e0 cette \u00e9poque. Une grande silhouette qui s&rsquo;encadrait dans une porte et un sourire quand c&rsquo;\u00e9tait mon tour.<\/p>\n\n\n\n<p>Un nom aussi, un manoir, une adresse \u00e0 Authiers, adresse d&rsquo;une maison que n&rsquo;ai jamais connue mais que je garde comme lien avec le pass\u00e9, avec une famille amie, et parce qu&rsquo;elle me rappelle une photo, du gravier bien ratiss\u00e9, deux femmes au tournant de la vieillesse, souriantes, d&rsquo;une \u00e9l\u00e9gance souple, assises sur des si\u00e8ges de jardin devant ces merveilleux buissons de rhododendrons, \u00e9normes, g\u00e9n\u00e9reux, color\u00e9s dont l&rsquo;une, celle qui \u00e9tait en visite, me parlait toujours avec un \u00e9merveillement bienheureux, augment\u00e9 du plaisir qu&rsquo;elle avait de sa longue, muette, profonde amiti\u00e9 pour la douceur rose de l&rsquo;autre femme, la propri\u00e9taire de l&rsquo;endroit.<\/p>\n\n\n\n<p>En feuilletant, me promenant dans les pages \u00e9corn\u00e9es, autre adresse, autre pays, une grande terrasse tournant autour d&rsquo;un grand appartement, aux grandes pi\u00e8ces lumineuses, une ville domin\u00e9e, de peu, \u00e0 hauteur de toitures et de d\u00e9part de clochers, la lumi\u00e8re du nord, quelque chose d&rsquo;iod\u00e9 dans le vent, des plantes en pots exub\u00e9rantes, une femme aux mains vertes et \u00e0 la gentillesse attentive alliant joliment la dignit\u00e9 et une fantaisie insouciante et son \u00e9poux, l&rsquo;ami du nord.<\/p>\n\n\n\n<p>Et quelques adresses si soigneusement ratur\u00e9es que je ne peux et ne veux les lire.<\/p>\n\n\n\n<p>image \u00a9Brigitte C\u00e9l\u00e9ier &#8211; Avignon<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>J&rsquo;ai p\u00e9ch\u00e9 dans dans mon sac la petite bourse en boutis, toujours ouverte, o\u00f9 il est serr\u00e9 entre les carnets qui ont eu tous une utilisation diff\u00e9rente avant de contenir tous de m\u00eame fa\u00e7on des bouts de textes, un ha\u00efku not\u00e9, dans la rue, immobile un moment, le carnet appuy\u00e9 en partie sur l&rsquo;air, en partie sur le sac ramen\u00e9 <a class=\"more-link\" href=\"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/autobiographies-14-ces-adresses\/\">Continuer la lecture<span class=\"screen-reader-text\">autobiographies #04 | ces adresses<\/span><span class=\"meta-nav\">&rarr;<\/span><\/a><\/p>\n","protected":false},"author":95,"featured_media":55256,"comment_status":"open","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"h5ap_radio_sources":[],"footnotes":""},"categories":[2820,2886],"tags":[],"class_list":["post-55254","post","type-post","status-publish","format-standard","has-post-thumbnail","hentry","category-cycle_autobiographies","category-autobiographies-04"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/55254","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/users\/95"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=55254"}],"version-history":[{"count":0,"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/55254\/revisions"}],"wp:featuredmedia":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/media\/55256"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=55254"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=55254"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=55254"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}