{"id":55270,"date":"2021-10-20T23:04:51","date_gmt":"2021-10-20T21:04:51","guid":{"rendered":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/?p=55270"},"modified":"2021-10-21T07:31:48","modified_gmt":"2021-10-21T05:31:48","slug":"autobiographies-3-noisetiers","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/autobiographies-3-noisetiers\/","title":{"rendered":"autobiographies #03 | noisetiers"},"content":{"rendered":"\n<p>Ce chemin comme l\u2019une de ces visions d\u2019un r\u00eave, interchangeable dans l\u2019esprit, pouvant se glisser dans n\u2019importe quel paysage foul\u00e9. Un paysage de nature, une \u00e9vidence, l\u00e0 o\u00f9 la nature humaine n\u2019a pu que laisser sa tr\u00e8s l\u00e9g\u00e8re empreinte, l\u00e0 o\u00f9 les arbres sont des \u00eatres bien plus int\u00e9ressants, l\u00e0 o\u00f9 on l\u2019on per\u00e7oit leur silence on s\u2019\u00e9tonne aussi du bruit qu\u2019ils font lorsqu\u2019on prend le temps de se taire et de poser l\u2019oreille et la joue contre leur tronc, alors une musique int\u00e9rieure parfois se saisit du corps humain et ajuste, pour un temps tr\u00e8s incertain, les valeurs d\u2019un monde qui se d\u00e9compose. Il suffisait d\u2019une lumi\u00e8re qui n\u2019avait pas de temps fix\u00e9, ou de saisons, de cette lumi\u00e8re qui transforme l\u2019air en rayons palpables, alors le chemin pouvait s\u2019y dessiner, quelques boucles et puis se fondre. Les contours d\u2019un r\u00eave ne sont pas limit\u00e9s, mais ceux d\u2019un chemin se fa\u00e7onnent dans l\u2019esprit, se bruissent de quelques feuilles qui forment le chemin, mais un chemin qui ne se contient pas aussi c\u2019est surtout la bordure du ciel que dessinent les feuilles en ourlets noirs, une broderie qui s\u2019\u00e9parpille dans les nuages. Sur la gauche, un muret d\u2019o\u00f9 d\u00e9passent des arbres inconnus, sur la droite des noisetiers s\u2019\u00e9l\u00e8vent jusqu\u2019\u00e0 former une voute, plus le passage se creuse plus les noisetiers gagnent la terre et forment des cr\u00e9atures nouvelles. Les feuilles rougissantes marquent un enveloppement de feu tant que la lumi\u00e8re demeure. Aussi ce sentier vient d\u2019ici et de nulle part, cette terre battue par les \u00eatres qui la p\u00e9n\u00e8trent, le d\u00e9tail des feuilles et les fruits des noisetiers sont les seuls \u00e9l\u00e9ments qui demeurent et s\u2019impriment sur les yeux qui s\u2019y posent. Le noisetier du fond du passage qui jamais ne s\u2019arr\u00eate est le plus grand, c\u2019est vers lui que tendent les autres, c\u2019est vers cette ombre qui fait quatre fois la taille de l\u2019enfant qui se mesure au lointain. C\u2019est l\u2019ombre qui absorbe, ce n\u2019est jamais la taille r\u00e9elle, tout est mesur\u00e9 mais rien jamais n\u2019est retenu, car les instruments de mesure reposent dans un esprit encore mall\u00e9able&nbsp;; et si le nom de l\u2019arbre est connu c\u2019est qu\u2019il a \u00e9t\u00e9 souffl\u00e9 par une bouche autre, des l\u00e8vres d\u2019une alt\u00e9rit\u00e9 aussi myst\u00e9rieuse que le ton de notre voix \u2013 mais est-ce vraiment notre voix \u2013 celle qui raconte l\u2019histoire que nous d\u00e9chiffrons en notre for int\u00e9rieur pour la premi\u00e8re fois. Quelle r\u00e9sistance que d\u2019avancer dans ce qui devient la nuit, les seuls rep\u00e8res s\u2019ondulant dans une rang\u00e9e touffue sont balanc\u00e9s dans le vent et, de temps \u00e0 autre, r\u00e9tr\u00e9cissent ou agrandissent le chemin sans jamais le fixer. Les mots qui tournent dans l\u2019esprit sont ceux qui d\u00e9signent les fruits entre les dents de lait. Les clignements de paupi\u00e8res d\u00e9placent les arbres qui dansent et froissent le ciel. Lorsque le doigt passe sur la coupe amorc\u00e9e, de la s\u00e8ve en assure une petite permanence. Au lieu de d\u00e9vorer le fruit, grignoter la feuille de noisette dans une pr\u00e9cipitation, la bascule du cr\u00e2ne vers le ciel couronn\u00e9 de feuilles, voil\u00e0 o\u00f9 tout est rel\u00e2ch\u00e9 vers un langage d\u2019arbres.<\/p>\n\n\n\n<p>Nous offrons au monde bien des messages mais il semble ne pas y avoir assez d\u2019interpr\u00e8tes pour que vous puissiez \u00e9tablir un peu plus d\u2019un ab\u00e9c\u00e9daire&nbsp;et vous nous utilisez sans nous conna\u00eetre. Notre langage certes complexe et incertain se pare pourtant de ce qui vous entoure, de ce que nous avons en commun, comme des eaux, des couleurs, des odeurs et des mati\u00e8res. Si nous nous tenons \u00e0 la verticale, c\u2019est que nous vous montrons que l\u2019exemple, c\u2019est autant se tenir debout, se tourner vers la lumi\u00e8re tout en prot\u00e9geant la terre qui nous nourrit. Ne pas oublier le tout petit invisible. Nous n\u2019explicitons rien, nous vous donnons \u00e0 voir, nos branches qui se croisent sont des mains nerveuses, c\u2019est ce que vous dites, et c\u2019est ce que nous entendons, mais vous n\u2019allez jamais bien loin avec vos paroles, m\u00eame dans vos r\u00eaves. Les compositions et d\u00e9compositions de ce que nous sommes, vous en \u00eates troubl\u00e9. Que pourrions-nous faire de plus, si d\u00e9j\u00e0 votre regard se refuse \u00e0 se poser sur nos \u00eatres, nous les noisetiers comme le reste de nos parents dont les plus proches sont nomm\u00e9s arbres par ici. Vous n\u2019avez pas la moindre emprise sur nous&nbsp;; m\u00eame le coup qui m\u2019a \u00e9t\u00e9 port\u00e9, qui ne fait que me fragiliser, ce coup qui est le v\u00f4tre, ni moi ni les autres ne vous en tiendront rigueur, si nous ne sommes pas l\u00e0 pour votre plaisir, nous ne sommes pas l\u00e0 pour causer votre malheur. Silence. Entre chien et loup, \u00e0 une heure o\u00f9 tout para\u00eet hors de tout rep\u00e8re humain, o\u00f9 nous sommes guid\u00e9s par nos besoins et nos devoirs, lorsque notre cime et nos racines forment un bout du cercle dans lequel s\u2019inscrit nos origines, notre existence et notre fin \u2013 que nous ne d\u00e9sirons pas plus que nous ne la craignons \u2013 nous existons d\u2019une mani\u00e8re plus forte pour une poign\u00e9e d\u2019enfants qui viennent se perdre aupr\u00e8s de nous. Lorsque la nuit ne s\u2019\u00e9tend pas encore sur le ciel d\u2019un bleu tr\u00e8s pur, tr\u00e8s froid, comme le reflet d\u2019un lac sans mouvement. C\u2019est sans doute de ce type de ciel que provient un bruit immense et sourd, r\u00e9gulant les \u00eatres qui circulent au-dessus de nous. Parfois, leur vol s\u2019interrompt. Et les oiseaux se d\u00e9chirent des vers entre les branches voisines, s\u2019alourdissent pour affronter les rigueurs des saisons froides. Ils communiquent leur monde et leurs voyages, c\u2019est une musique qui r\u00e9sonne dans le bois et se fige dans la s\u00e8ve. Il y a peu de temps, c\u2019\u00e9tait entre mes branches qu\u2019ils venaient piailler, leurs pattes et leurs coups de becs en pulsations veineuses, jusqu\u2019il y a peu leurs plumes demeuraient accroch\u00e9es dans les \u00e9clats de mes bois. Une odeur de fum\u00e9e et d\u2019herbes humides caresse nos troncs. Ce que je n\u2019ai plus et que mes semblables laissent pleuvoir, ce sont ces casques qui paraissent bleus dans le jour qui tombe, pourtant ils sont verts et m\u00eame velus sous la pulpe de leurs doigts, et renferment les tr\u00e9sors qu\u2019une langue baptise noisettes. Du reste ces histoires de couleurs et de sensations se r\u00e9sument en une vision rapide, le chemin que je borde avec toi et les autres se dessine par \u00e9clats, la lumi\u00e8re surgissant, filtrant dans l\u2019obscurit\u00e9 et repassant sur les zones d\u2019ombres. Le temps qui coule en s\u00e8ve s\u2019agglutine en moi depuis longtemps d\u00e9j\u00e0, et la coupe r\u00e9cente la fait jaillir de moi. Ce chemin de noisetiers refl\u00e9t\u00e9 \u00e0 l\u2019envers dans ma s\u00e8ve brillante, sur mon \u00e9corce qui s\u2019effrite au contact du monde, c\u2019est un peu du temps qui rena\u00eet en souvenir partag\u00e9.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Ce chemin comme l\u2019une de ces visions d\u2019un r\u00eave, interchangeable dans l\u2019esprit, pouvant se glisser dans n\u2019importe quel paysage foul\u00e9. Un paysage de nature, une \u00e9vidence, l\u00e0 o\u00f9 la nature humaine n\u2019a pu que laisser sa tr\u00e8s l\u00e9g\u00e8re empreinte, l\u00e0 o\u00f9 les arbres sont des \u00eatres bien plus int\u00e9ressants, l\u00e0 o\u00f9 on l\u2019on per\u00e7oit leur silence on s\u2019\u00e9tonne aussi du <a class=\"more-link\" href=\"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/autobiographies-3-noisetiers\/\">Continuer la lecture<span class=\"screen-reader-text\">autobiographies #03 | noisetiers<\/span><span class=\"meta-nav\">&rarr;<\/span><\/a><\/p>\n","protected":false},"author":286,"featured_media":0,"comment_status":"open","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"h5ap_radio_sources":[],"footnotes":""},"categories":[2820,2858],"tags":[355,100,2912],"class_list":["post-55270","post","type-post","status-publish","format-standard","hentry","category-cycle_autobiographies","category-autobiographie-03","tag-arbres","tag-chemin","tag-noisetiers"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/55270","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/users\/286"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=55270"}],"version-history":[{"count":0,"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/55270\/revisions"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=55270"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=55270"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=55270"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}