{"id":55343,"date":"2021-10-22T06:30:30","date_gmt":"2021-10-22T04:30:30","guid":{"rendered":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/?p=55343"},"modified":"2022-02-07T08:11:48","modified_gmt":"2022-02-07T07:11:48","slug":"05-autobiographies-les-lieux-re-visites","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/05-autobiographies-les-lieux-re-visites\/","title":{"rendered":"autobiographies #05 |\u00a0les lieux re-visit\u00e9s."},"content":{"rendered":"\n<ol class=\"wp-block-list\"><li><strong>1.<\/strong> Clinique Marcel Sembat au 105 avenue Victor Hugo, Boulogne Billancourt, \u00e0 10 minutes du m\u00e9tro du nom de l&rsquo;homme politique. Fa\u00e7ade grise entour\u00e9e de panneaux color\u00e9s jaunes, rouges et verts. 2\u00e8me \u00e9tage par l&rsquo;ascenseur suivi d&rsquo;un couloir gris, non pas sale et d\u00e9fraichi, non, un joli gris, un gris de ciel avant la pluie. Affiches de cin\u00e9ma sur les murs, des couloirs aux allures de stars. L&rsquo;h\u00f4pital du cin\u00e9ma ou le cin\u00e9ma de l&rsquo;h\u00f4pital. L&rsquo;odeur du lieu, du propre, des m\u00e9dicaments \u00e0 prendre, des produits \u00e0 nettoyer. L&rsquo;odeur de la mort aussi, le silence, les pleurs feutr\u00e9s \u00e0 travers les portes entrouvertes. La chambre, semblable \u00e0 celle d&rsquo;une autre, pas de tableau, pas d&rsquo;images, pas de couleurs. Un vase pour les fleurs. Une plaque au bout du lit avec son nom. Elle arrivait tout juste \u00e0 la retraite, chanteuse lyrique, une voix, un corps, une pr\u00e9sence, belle. Au fil des visites, elle \u00e9tait devenue squelette, une femme squelette, le repas du crabe. Elle regardait dehors pour ne rien oublier. Ne rien oublier, continuer \u00e0 chanter et \u00e0 aimer. Mais elle n&rsquo;a pas pu, brusquement, violemment, elle s&rsquo;en est all\u00e9e, sa voix errant dans les limbes du souvenir pour l&rsquo;\u00e9ternit\u00e9.<\/li><\/ol>\n\n\n\n<p><em>En r\u00e9alit\u00e9, je ne ne le connais pas ce Marcel Sembat mais devrai-je l&rsquo;avouer ?<\/em>  <em>Hugo, je le connais, pas pour de vrai bien entendu, mais son th\u00e9\u00e2tre, ses personnages f\u00e9minins que j&rsquo;aime. Ah la Marie Tudor que j&rsquo;ai tant aim\u00e9 jouer ! Ses po\u00e8mes et son th\u00e9\u00e2tre en libert<\/em>\u00e9 <em>et cette phrase que je ne cesse de lui emprunter \u00a0\u00bb un mot remplit l&rsquo;ab\u00eeme \u00a0\u00bb &#8211;<\/em> <em>toujours \u00e0 pied ces 10 minutes de marche, \u00e0 me pr\u00e9parer pour aller la voir, comment va t&rsquo;elle \u00eatre, que vais je lui dire pour la r\u00e9conforter, que dire dans un h\u00f4pital, comment ne pas tomber soi-m\u00eame ?<\/em> <em> Politique ou po\u00e9tique ? Y a t&rsquo;il de la po\u00e9tique dans le politique car il y a toujours de la politique dans le po\u00e9tique.<\/em> <em>Ca y est, les battements de mon coeur commencent d\u00e9j\u00e0 dans l&rsquo;ascenseur, mais c&rsquo;est elle qui doit trembler pas moi, moi \u00e7a va&#8230;La pluie n&rsquo;est jamais tomb\u00e9e toutes les fois o\u00f9 je suis venue la voir, jamais tomb\u00e9e, toujours le soleil \u00e9clatant, comme si la vie voulait l&#8217;emmener dans la lumi\u00e8re. Si elle n&rsquo;\u00e9tait pas si malade, j&rsquo;en aurai ri qu&rsquo;elle ait choisi cette clinique, une clinique de stars pour la chanteuse qu&rsquo;elle \u00e9tait. <\/em> <em>C&rsquo;\u00e9tait une clinique pas un h\u00f4pital, une clinique au f\u00e9minin, une clinique pour l&rsquo;accueillir en son sein<\/em> &#8211; <em>\u00e7a sent pas le propre, pas vraiment, \u00e7a pue dans tous les coins, \u00e7a sent le lav\u00e9, l&rsquo;hygi\u00e8ne, parfois le rance, mais l\u00e0 quand m\u00eame c&rsquo;\u00e9tait bien nettoy\u00e9 pour accueillir les derniers moments du corps, non pas les derniers, on esp\u00e9rait encore que ce n&rsquo;\u00e9tait pas les derniers, on continuait \u00e0 esp\u00e9r<\/em>er &#8211;  <em>Oui, c&rsquo;est cela la mort, cette odeur l\u00e0 &#8211; le silence<\/em> <em>avant la temp\u00eate ou comme si le temps s&rsquo;\u00e9tait arr\u00eat\u00e9 \u00e0 l&rsquo;int\u00e9rieur et seul le bruit des pleurs \u00e0 travers les portes entrouvertes faisaient sentir que la vie battait<\/em> <em>toujours mais pas pour l&rsquo;\u00e9ternit\u00e9.  pas besoin du mot celle &#8211; &#8211; toujours les fleurs pour le vase &#8211;<\/em> <em>Son nom. non, je ne le dirai pas, je me le murmure, je l&rsquo;ai au bout des l\u00e8vres, d\u00e9j\u00e0 une envie de pleurer me vient en entendant ce pr\u00e9nom que je ne dis plus d\u00e9sormais &#8211;<\/em> <em>Je me demande pourquoi j&rsquo;ai \u00e9crit cette phrase,\u00a0\u00bb arriver \u00e0 la retraite\u00a0\u00bb. Est ce pour dire qu&rsquo;elle n&rsquo;a pas profit\u00e9 de la vie ? Pour dire qu&rsquo;elle \u00e9tait encore si jeune ? Pour dire qu&rsquo;elle n&rsquo;aurait plus \u00e0 courir le cachet ?  Qu&rsquo;elle pourrait continuer \u00e0 chanter juste pour le plaisir, pour le temps qui passe, qu&rsquo;est ce que ce mot retraite ? Qui a envie d&rsquo;une retraite ? Sa retraite \u00e0 elle fut d\u00e9finitive, terrible et injuste. Elle s&rsquo;est retir\u00e9e du monde compl\u00e8tement<\/em> &#8211;  <em>Je me souviens la gal\u00e8re que cela avait \u00e9t\u00e9 pour elle de devenir cette chanteuse lyrique, tellement d&rsquo;ann\u00e9es de travail, de chants, de sacrifices, je me souviens quand on d\u00e9jeunait ensemble entre nos boulots de serveuse et de secr\u00e9taire en r\u00eavant de nos m\u00e9tiers en devenir&#8230;une voix, que j&rsquo;entends encore, un<\/em> <em>corps,<\/em> <em>un corps qu&rsquo;elle gardait sans enfant, n&rsquo;a jamais eu le temps, pris le temps, trouv\u00e9 l&rsquo;amant pour faire l&rsquo;enfant, elle m&rsquo;en parlait comme un regret<\/em>.  <em>La femme squelette, cette histoire inuit que j&rsquo;ai racont\u00e9 \u00e0 ton enterrement et malgr\u00e9 les os et malgr\u00e9 tout, tu \u00e9tais encore si belle, si belle<\/em>, \/<em>e repas du crabe, celui qui t&rsquo;a bouff\u00e9, mang\u00e9, termin\u00e9 toute crue sans que tu puisses l&rsquo;arr\u00eater, sans que tu en \u00e9tais avertie, d&rsquo;un coup, comme \u00e7a, \u00e0 pleine bouche.<\/em>  <em>En fait je ne l&rsquo;aime pas trop la fin, tu m\u00e9rites mieux.<\/em><\/p>\n\n\n\n<p><strong>2.<\/strong> Clinique Marcel Sembat mais peut \u00eatre \u00e9tait ce celle de Victor Hugo au 105 avenue Marcel Sembat, je ne me souviens plus tr\u00e8s bien, c&rsquo;\u00e9tait il y a quelque temps d\u00e9j\u00e0. A Boulogne Billancourt, cette banlieue chic \u00e0 l&rsquo;ouest de Paris, o\u00f9 d\u00e9j\u00e0 l&rsquo;on peut apercevoir les premiers arbres qui jalonnent le parc en traversant \u00e0 pied les quelques minutes du m\u00e9tro \u00e0 la clinique. La premi\u00e8re chose qui frappait l&rsquo;oeil \u00e9taient ces panneaux color\u00e9s qui ornaient la fa\u00e7ade grise du b\u00e2timent ce qui la rendait moins triste d&rsquo;ailleurs car c&rsquo;est toujours un peu triste une clinique. L&rsquo;on pr\u00e9f\u00e9rerait aller boire un th\u00e9 dans un petit salon ou danser au milieu de la for\u00eat. Mais ces apr\u00e8s midis l\u00e0, c&rsquo;\u00e9tait toujours \u00e0 la clinique, avec son ascenseur, son couloir gris, un joli gris d&rsquo;ailleurs, un gris de ciel avant la pluie. Et \u00e0 chaque fois qu&rsquo;il y avait la clinique, il n&rsquo;y avait pas la pluie, jamais de pluie, seulement le soleil qui illuminait. Sur les murs, des affiches de cin\u00e9ma aux allures de stars comme pour r\u00eaver, s&rsquo;\u00e9vader, se faire son cin\u00e9ma. Le cin\u00e9ma de la clinique ou la clinique du cin\u00e9ma ? Mais non, point d&rsquo;acteurs ou d&rsquo;actrices dans ce lieu mal\u00e9fique, mais une chanteuse, une chanteuse lyrique, une voix, un corps, une pr\u00e9sence, magnifique. Dans sa chambre comme toutes les autres, sans tableau, sans images, sans couleurs mais avec l&rsquo;odeur, l&rsquo;odeur du produit \u00e0 nettoyer, du m\u00e9dicament \u00e0 avaler, du silence et des pleurs feutr\u00e9s \u00e0 travers les portes entrouvertes. L&rsquo;odeur de la mort, oui l&rsquo;odeur de la mort aussi. Et son nom sur la plaque au bout de son lit. Son nom que l&rsquo;on ne murmure plus, que l&rsquo;on ne dit plus, que l&rsquo;on garde au bout des l\u00e8vres pour ne pas le laisser s&rsquo;\u00e9chapper. Elle \u00e9tait si jeune, aimait chanter, aimait et \u00e9tait aim\u00e9. Lui venait la visiter aussi souvent qu&rsquo;il pouvait, regrettant jusqu&rsquo;au dernier jour, de ne pas l&rsquo;avoir arrach\u00e9 \u00e0 ce lieu avant que celui-ci ne l&rsquo;arrache \u00e0 elle. Regrettant de ne pas l&rsquo;avoir emmen\u00e9, gard\u00e9 entre ses bras, embrass\u00e9 son corps de femme devenue squelette mais dont il aurait recouvert les os de tout son amour, de tous ses baisers.<\/p>\n\n\n\n<p><em>Mais qu&rsquo;est ce que l&rsquo;on s&rsquo;en fout que c&rsquo;\u00e9tait de Marcel Sembat ou de Victor Hugo , c&rsquo;\u00e9tait une clinique voil\u00e0 tout.<\/em> <em>C&rsquo;\u00e9tait il y a quelque temps d\u00e9j\u00e0, oui c&rsquo;est vrai et en m\u00eame temps c&rsquo;est comme hier, parfois c&rsquo;est comme aujourd&rsquo;hui. D&rsquo;ailleurs c&rsquo;est toujours dans ce parc qu&rsquo;elle aimait \u00e0 se promener, s&rsquo;asseoir sur un banc, respirer un peu <\/em>&#8211;  <em>l&rsquo;anxi\u00e9t\u00e9 qui montait \u00e0 chaque pas <\/em>&#8211;<em>mais quelle \u00e9trange expression frapper l&rsquo;oeil, elle n&rsquo;est pas si belle finalement cette expression, non ? <\/em> <em>Oui, c&rsquo;est toujours un peu triste une clinique, on ne sait jamais trop quoi dire, on a envie de pleurer mais il faut pas le montrer, on a envie de partir mais il faut rester, on est content d&rsquo;y avoir \u00e9t\u00e9 mais pendant combien de temps et on pense \u00e0 la mort, \u00e0 la sienne, \u00e0 la notre qui pourrait arriver &#8211;<\/em>  <em>Oh oui, se raccrocher \u00e0 la vie, boire, danser, vivre &#8211;<\/em> <em>Mais ces apr\u00e8s midi l\u00e0,<\/em> <em>jamais je ne les oublierai, jamais &#8211; c&rsquo;\u00e9tait toujours \u00e0 la clinique <\/em>&#8211; <em>enlever le a &#8211; avec son ascenseur, son couloir gris, un joli gris d&rsquo;ailleurs, un gris de ciel de pluie &#8211; j&rsquo;adore cette phrase, c&rsquo;est beau d&rsquo;adorer ce que l&rsquo;on \u00e9crit, que cela vous \u00e9chappe, vous surprenne cette po\u00e9sie qui surgit &#8211; c&rsquo;est doux au coeur <\/em>&#8211; <em>besoin de cette phrase sur la pluie ? <\/em> &#8211; <em>fuir la r\u00e9alit\u00e9, des stars et du cin\u00e9ma pour fuir la r\u00e9alit\u00e9, est ce cela \u00eatre un artiste ? <\/em>&#8211; <em>oui mal\u00e9fique non parce qu&rsquo;il y a  le mal mais l&rsquo;envers de la naissance, la partie sombre, le bout du chemin, celui que l&rsquo;on ne veut pas voir, pas affronter <\/em> &#8211; <em>mais qu&rsquo;est ce qui me fait dire qu&rsquo;elle est comme toutes les autres cette chambre, ai je \u00e9t\u00e9 en voir d&rsquo;autres des chambres ? Ai je per\u00e7u tous les d\u00e9tails ?  &#8211; \u00e0 l&rsquo;instant o\u00f9 j&rsquo;\u00e9cris ces mots, je regarde par ma fen\u00eatre, la pluie torrentielle qui se d\u00e9verse. Ici, il fait chaud, mes chiens dorment sur mon lit, mon fils va bient\u00f4t rentrer <\/em>&#8211; <em>elle m&rsquo;\u00e9tait palpable l&rsquo;odeur de la mort, je la voyais sur elle, c&rsquo;\u00e9tait terrible de percevoir cette odeur qui l&rsquo;accompagnait. Il me fallait sortir pour respirer, sentir que moi j&rsquo;\u00e9tais encore en vie, terrible<\/em> &#8211; <em>Son nom sur la plaque pour les infirmi\u00e8res, les m\u00e9decins, qui en voient trop, qui ne se souviennent plus, qui ne travaillent pas les m\u00eames jours&#8230; et que j&rsquo;ai retrouv\u00e9 dans un des textes de ce site, le choc de le voir \u00e9crit et la douceur de l&rsquo;\u00e9change avec l&rsquo;auteur qui ne savait pas, ne pouvait pas savoir <\/em>&#8211; <em>comme c&rsquo;est b\u00eate ces mots, jeune, vieux, on est tout \u00e0 la fois, \u00e7a d\u00e9pend des jours, \u00e7a d\u00e9pend des heures, des humeurs, des gens aussi. Toujours un \u00e2ge \u00e0 mettre, \u00e0 poser entre le d\u00e9but et la fin d&rsquo;une existence &#8211;<\/em>&#8211; <em>Je me souviens encore de ses mots, s&rsquo;il l&rsquo;avait su que c&rsquo;\u00e9tait vraiment la fin, s&rsquo;il l&rsquo;avait su<\/em>, <em>jamais il ne l&rsquo;aurai laiss\u00e9 l\u00e0, loin de lui &#8211;<\/em><\/p>\n\n\n\n<p><strong>3.<\/strong> Il y avait une clinique, une jolie clinique, d&rsquo;un gris de ciel avant la pluie mais il n&rsquo;y avait jamais la pluie, les jours de visite. Il y avait l&rsquo;ascenseur et le couloir gris. Il y avait le silence et les pleurs feutr\u00e9s des portes entrouvertes. Il y avait l&rsquo;odeur du m\u00e9dicament et celui de la mort aussi. Il y avait, elle, si belle, si aimante, sa voix, son corps, sa pr\u00e9sence, chanteuse lyrique, magnifique. Il y avait sa vie, qui s&rsquo;en allait entre les murs, sans tableaux, sans images, avec juste un vase pour les fleurs et son nom sur la plaque au bout de son lit. Il y avait lui, qui l&rsquo;aimait \u00e0 la folie, qui aurait voulu l&#8217;emmener, attraper son corps squelettique et l&rsquo;entourer pour l&rsquo;\u00e9ternit\u00e9. Il y avait moi, qui ne l&rsquo;oublie pas et qui ne l&rsquo;oubliera jamais. <\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>1. Clinique Marcel Sembat au 105 avenue Victor Hugo, Boulogne Billancourt, \u00e0 10 minutes du m\u00e9tro du nom de l&rsquo;homme politique. Fa\u00e7ade grise entour\u00e9e de panneaux color\u00e9s jaunes, rouges et verts. 2\u00e8me \u00e9tage par l&rsquo;ascenseur suivi d&rsquo;un couloir gris, non pas sale et d\u00e9fraichi, non, un joli gris, un gris de ciel avant la pluie. 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