{"id":55488,"date":"2021-10-26T21:01:22","date_gmt":"2021-10-26T19:01:22","guid":{"rendered":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/?p=55488"},"modified":"2022-02-07T08:10:17","modified_gmt":"2022-02-07T07:10:17","slug":"autobiographies-5-negundo-revisite","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/autobiographies-5-negundo-revisite\/","title":{"rendered":"autobiographies #05 | negundo revisit\u00e9"},"content":{"rendered":"\n<p>Un arbre. Celui puissant vu r\u00e9cemment arbre pas arbre portrait d\u2019arbre rep\u00e8re mod\u00e8le r\u00e9f\u00e9rence <em>le ch\u00eane de Courbet occupe tout le cadre immense du tableau regarder l\u2019arbre plein cadre lui donner son espace propre accepter son espace grand comme l\u2019espace<\/em> de tous ces arbres crois\u00e9s depuis compagnons d\u2019errance ou de marche forc\u00e9e <em>compagnons non plus d\u00e9cor cela appris chez Courbet<\/em>. Mais de l\u2019enfance, je ne sais. Il y avait bien cet arbre au milieu du jardin. On l\u2019appelait l\u2019\u00e9rable, on ne sympathisait pas <em>c\u2019\u00e9tait plut\u00f4t avec ce banc de bois repeint d\u2019ann\u00e9e en ann\u00e9e qu\u2019on sympathisait<\/em>. Nous ne soup\u00e7onnions pas qu\u2019il avait un autre nom : acer negundo variegatum. Fallait-il et quand tailler l\u2019\u00e9rable ? Le p\u00e8re le faisait puis plus tard un jardinier venait. <em>Les 8 ann\u00e9es de vie seule de J., comment \u00e7a se passait, je n\u2019ai jamais pos\u00e9 de question, indiff\u00e9rent. Une ann\u00e9e, C. \u00e9tait venue avec moi une semaine, j\u2019avais cru bien faire, m\u2019int\u00e9resser. \u00c7a a \u00e9t\u00e9 un drame, senti comme invasion je ne comprenais rien ou plut\u00f4t si : je comprenais que j\u2019\u00e9tais l\u00e0 pour faire comme si, vacances en famille avec la copine, bonheur comme tout le monde alors que tout \u00e7a me sortait par les yeux et que je ne pouvais m\u2019emp\u00eacher de le faire sentir. comment peut-on faire \u00e7a ? en se croyant immortel, tout puissant, arbre ! Cette br\u00e8ve de comptoir de JM Gourio : Pour \u00eatre fort comme un ch\u00eane il faut avoir \u00e9t\u00e9 con comme un gland<\/em>. En t\u00eatard, ses branches en hauteur pour qu\u2019il ne nous, les enfants, soit pas possible d\u2019y grimper. Les matins de printemps frais et, peut-\u00eatre, plus t\u00f4t quand nous habitions l\u00e0 \u00e0 plein temps, les matins d\u2019hiver de bord de mer, elles alimentaient la chaleur douce du po\u00eale et d\u00e9gourdissaient la petite maison. L\u2019\u00e9t\u00e9 il donnait ombre, fraicheur quand il faisait si chaud au retour de la plage dans le jardin plein sud. Il poussait dans le sable du jardin. La mer \u00e9tait si proche, o\u00f9 trouvait-il son eau pour faire pousser tout \u00e7a ? Le vent de la mer secouait ses feuilles foliol\u00e9es panach\u00e9es vertes et blanches, nous les ramassions au printemps. Le souvenir m\u2019est lointain et flou de ses fruits, samares suppos\u00e9es doubles chez les acer. Nous ne jouions pas, je crois, \u00e0 nous les mettre sur le nez, nous ne copinions pas.<em> J\u2019ai appris bien plus tard que des enfants s\u2019en font des esp\u00e8ces de lorgnons j\u2019\u00e9tais fascin\u00e9 par leur vol jusqu\u2019au sol en p\u00e2les d\u2019h\u00e9licopt\u00e8re.<\/em> Son tronc \u00e9tait large, reposait au sol, pied de grosse b\u00eate, son \u00e9corce blanche et brune s\u2019\u00e9caillait parfois. <em>Cet arbre \u00e9tait le seul avec qui j\u2019aurais pu \u00eatre copain. de mon enfance et adolescence je n\u2019en ai pas approch\u00e9 d\u2019autres d\u2019aussi pr\u00e8s.<\/em> Dans les ann\u00e9es 80, il poussait moins vite, il \u00e9tait malade, il faiblissait. <em>Google earth montre qu\u2019il n\u2019y a plus d\u2019arbre l\u00e0. Ah, il faut que je r\u00e9ponde \u00e0 Evelyne, je vais lui \u00e9crire en espa\u00f1ol, je fais \u00e7a et je reviens. Il a v\u00e9cu plus tard que le p\u00e8re puisque je l\u2019ai vu quand nous sommes venus \u00e0 S. avec Vera.<\/em> Il occupait une place incroyable dans ce jardin <em>ch\u00eane de courbet dans son cadre<\/em>, nous ne voyions que lui, pourtant compagnon de loin : nous n\u2019\u00e9tions pas l\u00e0 pour l\u2019arbre, nous \u00e9tions l\u00e0 pour la mer, le soleil.<em> L\u2019enfance je l\u2019ai longtemps nomm\u00e9e libert\u00e9, courir dans la dune, se remplir du monde, le soir aller voir Cordouan qui brillait au loin, les histoires qui allaient avec. A un moment, je n\u2019y suis plus all\u00e9, je n\u2019aimais plus trop mais qu\u2019est-ce que c\u2019\u00e9tait bien ! Mais aussi s\u2019enfermer dans la famille, pas de copain arbre  pas de copain humain non plus. <\/em>Ce qui nous \u00e9tait vivant, ce qui nous donnait impression de libert\u00e9, c\u2019\u00e9tait \u00e7a. <em>Libert\u00e9 hors des autres dans l\u2019indiff\u00e9rence aux autres, se penser autarcique, se penser arbre. Je lis \u00e7a chez Lisa Diez : en v\u00e9rit\u00e9, l\u2019humain voudrait \u00eatre l\u2019arbre, (\u2026), ne change pas de place, ne questionne jamais la sienne, sagesse qui force le respect et la jalousie<\/em>. Tout le reste, maison, iris, belles de nuit, pervenches, arbre, \u00e9tait \u00e9l\u00e9ment de d\u00e9cor, ne n\u00e9cessitant aucune consid\u00e9ration ni dialogue de connivence. <em>Rien ni personne ne n\u00e9cessitait ce dialogue de connivence. C\u2019\u00e9tait un temps sans copains temps d\u2019autisme peut-\u00eatre d\u2019isolement du monde vivant soleil mer suffisant. C\u2019est s\u00fbr que \u00e7a pouvait pas durer m\u00eame les arbres parlent aux autres. Il a fallu !  <\/em><br><br><br>\u2003<br>Un arbre. Celui puissant vu r\u00e9cemment arbre pas arbre portrait d\u2019arbre rep\u00e8re mod\u00e8le r\u00e9f\u00e9rence de tous ces arbres crois\u00e9s depuis compagnons d\u2019errance ou de marche forc\u00e9e les regarder plein cadre accepter leur espace grand comme l\u2019espace. Mais de l\u2019enfance, je ne sais. Il y avait bien cet arbre au milieu du jardin. On l\u2019appelait l\u2019\u00e9rable, on ne sympathisait pas. Nous ne soup\u00e7onnions pas qu\u2019il avait un autre nom : acer negundo variegatum. Fallait-il et quand tailler l\u2019\u00e9rable ? Le p\u00e8re le faisait puis plus tard un jardinier venait. Les huit ann\u00e9es de vie seule de J., je n\u2019ai jamais su comment \u00e7a s\u2019\u00e9tait pass\u00e9, indiff\u00e9rent. Un \u00e9t\u00e9 j\u2019ai voulu m\u2019int\u00e9resser faire comme si, vacances en famille, bonheur comme tout le monde alors que tout \u00e7a me sortait par les yeux je ne pouvais m\u2019emp\u00eacher de le faire sentir. comment peut-on faire \u00e7a ? en se croyant immortel, tout puissant, se prenant pour un arbre ! JM Gourio : <em>Pour \u00eatre fort comme un ch\u00eane il faut avoir \u00e9t\u00e9 con comme un gland<\/em>. Taill\u00e9 en t\u00eatard, ses branches en hauteur pour qu\u2019il ne nous, les enfants, soit pas possible d\u2019y grimper. Les matins de printemps frais et, peut-\u00eatre, plus t\u00f4t quand nous habitions l\u00e0 \u00e0 plein temps, les matins d\u2019hiver de bord de mer, elles alimentaient la chaleur douce du po\u00eale et d\u00e9gourdissaient la petite maison. L\u2019\u00e9t\u00e9 il donnait ombre, fraicheur quand il faisait si chaud au retour de la plage dans le jardin plein sud. Il poussait dans le sable du jardin. La mer \u00e9tait si proche, o\u00f9 trouvait-il son eau pour faire pousser tout \u00e7a ? Le vent de la mer secouait ses feuilles foliol\u00e9es panach\u00e9es vertes et blanches, nous les ramassions au printemps. Le souvenir m\u2019est lointain et flou de ses fruits, samares suppos\u00e9es doubles chez les acer. Nous ne jouions pas, je crois, \u00e0 nous les mettre sur le nez, nous ne copinions pas. Plus tard j\u2019ai su que les enfants s\u2019en font des lorgnons j\u2019\u00e9tais fascin\u00e9 par leur vol jusqu\u2019au sol en p\u00e2les d\u2019h\u00e9licopt\u00e8re. Son tronc \u00e9tait large, reposait au sol, pied de grosse b\u00eate, son \u00e9corce blanche et brune s\u2019\u00e9caillait parfois. Dans les ann\u00e9es 80, il poussait moins vite, il \u00e9tait malade, il faiblissait. Google earth montre qu\u2019il n\u2019y a plus d\u2019arbre l\u00e0. Je l\u2019ai vu quand nous sommes venus \u00e0 S. avec Vera il a v\u00e9cu plus tard que le p\u00e8re. Il occupait une place incroyable dans ce jardin ch\u00eane de courbet dans son cadre, nous ne voyions que lui, pourtant compagnon de loin&nbsp;: nous n\u2019\u00e9tions pas l\u00e0 pour l\u2019arbre, nous \u00e9tions l\u00e0 pour la mer, le soleil. L\u2019enfance je l\u2019ai longtemps nomm\u00e9e libert\u00e9, courir dans la dune, se remplir du monde, le soir aller voir Cordouan qui brillait au loin, les histoires qui allaient avec. qu\u2019est-ce que c\u2019\u00e9tait bien ! Ce qui nous \u00e9tait vivant, ce qui nous donnait impression de libert\u00e9, c\u2019\u00e9tait \u00e7a. Mais aussi s\u2019enfermer dans la famille, pas de copain arbre mais pas de copains du tout, humains non plus libert\u00e9 dans l\u2019indiff\u00e9rence aux autres. Tout le reste, maison, iris, belles de nuit, pervenches, arbre, \u00e9tait \u00e9l\u00e9ment de d\u00e9cor, ne n\u00e9cessitant aucune consid\u00e9ration ni dialogue de connivence. Mais rien ni personne ne n\u00e9cessitait cette connivence. 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