{"id":55515,"date":"2021-10-23T18:37:09","date_gmt":"2021-10-23T16:37:09","guid":{"rendered":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/?p=55515"},"modified":"2022-02-07T08:11:06","modified_gmt":"2022-02-07T07:11:06","slug":"autobiographie-05-reecritures-histoires-vraies-le-gagnant","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/autobiographie-05-reecritures-histoires-vraies-le-gagnant\/","title":{"rendered":"autobiographies #05 | r\u00e9\u00e9critures, histoires vraies, le gagnant"},"content":{"rendered":"\n<ol class=\"wp-block-list\"><li><\/li><\/ol>\n\n\n\n<p>Depuis qu&rsquo;il \u00e9tait pass\u00e9 \u00e0 la t\u00e9l\u00e9vision, c&rsquo;\u00e9tait la grande vie. Il avait gratt\u00e9 un ticket du Millionnaire et trois t\u00e9l\u00e9s \u00e9taient apparues. Le voyage \u00e0 Paris, le public qui scandait : \u00a0\u00bbLe Million! Le Million!\u00a0\u00bb. Et puis la fl\u00e8che arr\u00eat\u00e9e sur la tranche dor\u00e9e \u00e0 six z\u00e9ros. Il s&rsquo;\u00e9tait effondr\u00e9 devant tout le monde, il riait, il pleurait \u00e0 la fois, \u00e9tendu sur le sol. Quand je le croisais quelques mois plus tard au supermarch\u00e9, il \u00e9tait encore euphorique. Il me raconta comment il avait fait tourner la roue \u00e0 la t\u00e9l\u00e9. Il \u00e9tait bien entour\u00e9, bien bronz\u00e9. Ils revenaient de l&rsquo;\u00eele Maurice, je crois. Ils poussaient un charriot boursoufl\u00e9, d&rsquo;o\u00f9 \u00e9mergeaient des bouteilles de Champagne et le liser\u00e9 d&rsquo;or des conserves de foie gras.  Il voulait faire un cadeau \u00e0 ma soeur, il \u00e9tait son parrain apr\u00e8s tout. Il n&rsquo;en eut pas le temps, dix mois apr\u00e8s l&rsquo;\u00e9mission de t\u00e9l\u00e9vision, le million s&rsquo;\u00e9tait envol\u00e9 et il repartait pointer. <\/p>\n\n\n\n<p>Depuis qu&rsquo;il \u00e9tait pass\u00e9 \u00e0 la t\u00e9l\u00e9vision, c&rsquo;\u00e9tait la grande vie. <strong>Il n&rsquo;y \u00e9tait pas vraiment pr\u00e9par\u00e9, il n&rsquo;avait jamais connu le confort des gens bien-n\u00e9s. <\/strong>Il avait gratt\u00e9 un ticket du Millionnaire et trois t\u00e9l\u00e9s \u00e9taient apparues. <strong>Le loto, c&rsquo;\u00e9tait la seule chose qui pouvait faire changer sa fortune et voil\u00e0 que la chance avait frapp\u00e9 \u00e0 sa porte. Il faisait un voyage qui allait changer le reste de sa vie. <\/strong>Le voyage \u00e0 Paris, le public qui scandait : \u00a0\u00bbLe  Million! Le Million!\u00a0\u00bb. Et puis la fl\u00e8che arr\u00eat\u00e9e sur la tranche dor\u00e9e \u00e0 six z\u00e9ros. Il s&rsquo;\u00e9tait effondr\u00e9 devant tout le monde, il riait, il pleurait \u00e0 la fois, \u00e9tendu sur le sol. <strong>C&rsquo;\u00e9tait un garcon tellement gentil, un \u00e9motif. Pas facile \u00e0 vivre dans ce milieu un peu rustre et avec un p\u00e8re pas commode. Il avait d\u00fb en ravaler des larmes. Et voil\u00e0 qu&rsquo;elles coulaient devant tout le monde, \u00e0 la t\u00e9l\u00e9. <\/strong>Quand je le croisais quelques mois plus tard au supermarch\u00e9, il \u00e9tait encore euphorique. Il me raconta comment il avait fait tourner la roue \u00e0 la t\u00e9l\u00e9. <strong>Cela lui \u00e9tait arriv\u00e9 \u00e0 lui. C&rsquo;\u00e9tait possible! D&rsquo;aileurs, il continuait de jouer. Puisque c&rsquo;\u00e9tait posible, il en \u00e9tait la preuve.<\/strong> Il \u00e9tait bien entour\u00e9, bien bronz\u00e9. Ils revenaient de l&rsquo;\u00eele Maurice, je crois. <strong>Un groupe d&rsquo;amis le suivait dans tous ses d\u00e9placements \u00e0 pr\u00e9sent. Que ce soit pour aller au supermarch\u00e9 ou \u00e0 l&rsquo;\u00eele Maurice, il n&rsquo;\u00e9tait jamais seul. <\/strong>Ils poussaient un charriot boursoufl\u00e9, d&rsquo;o\u00f9 \u00e9mergeaient des bouteilles de Champagne et le liser\u00e9 d&rsquo;or des conserves de foie gras. <strong>Quand il y en a pour un, il y en a pour dix, c&rsquo;\u00e9tait la cur\u00e9e.<\/strong> Il voulait faire un cadeau \u00e0 ma soeur, il \u00e9tait son parrain apr\u00e8s tout. <strong>Apres son mariage, il s&rsquo;\u00e9tait d\u00e9tourn\u00e9 de sa propre famille pour \u00e9pouser celle de sa femme.<\/strong> <strong>Ses oncles et tantes n&rsquo;\u00e9taient pas venus, il avait cru \u00e0 une marque de d\u00e9sapprobation. Peut-\u00eatre, mais il \u00e9tait \u00e9galement trop t\u00f4t pour une c\u00e9l\u00e9bration. Son p\u00e8re venait de mourir et les fr\u00e8res et soeur \u00e9taient encore en deuil. D&rsquo;ailleurs il avait lui-m\u00eame pleur\u00e9 pendant pratiquement toute la f\u00eate. J&rsquo;ai d\u00e9j\u00e0 dit qu c&rsquo;\u00e9tait un garcon sensible. <\/strong>Il n&rsquo;en eut pas le temps, dix mois apr\u00e8s l&rsquo;\u00e9mission de t\u00e9l\u00e9vision, le million s&rsquo;\u00e9tait envol\u00e9 et il repartait pointer. <strong> Je me demande combien ils \u00e9taient \u00e0 l&rsquo;accompagner \u00e0 l&rsquo;agence d&rsquo;interim pour trouver un petit boulot. <\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>2<\/p>\n\n\n\n<p> Depuis qu&rsquo;il \u00e9tait pass\u00e9 \u00e0 la t\u00e9l\u00e9vision, c&rsquo;\u00e9tait la grande vie. Lui qui n&rsquo;avait jamais connu le confort des gens bien-n\u00e9s, n&rsquo;\u00e9tait pas pr\u00e9par\u00e9 \u00e0 un tel \u00e9venement. Il avait gratt\u00e9 un ticket du Millionnaire et trois t\u00e9l\u00e9s \u00e9taient apparues. Le loto, c&rsquo;est la seule chose qui peut faire changer ta vie quand tu viens de ce milieu. C&rsquo;\u00e9tait le voyage qui allait changer le reste de sa vie. Se rendre \u00e0 Paris, le public qui scandait : \u00a0\u00bbLe  Million! Le Million!\u00a0\u00bb. Et puis la fl\u00e8che arr\u00eat\u00e9e sur la tranche dor\u00e9e \u00e0 six z\u00e9ros. Il s&rsquo;\u00e9tait effondr\u00e9 devant tout le monde, il riait, il pleurait \u00e0 la fois, \u00e9tendu sur le sol. C&rsquo;\u00e9tait un garcon sensible, gentil et parfois \u00e9motif. Pas facile dans ce milieu un peu rustre avec un p\u00e8re pas commode. Il avait d\u00fb en ravaler des larmes pour \u00eatre un homme. Et voil\u00e0 qu&rsquo;elles coulaient devant tout le monde, \u00e0 la t\u00e9l\u00e9. Il ne pouvait s&rsquo;en emp\u00eacher. Quand je le croisais quelques mois plus tard au supermarch\u00e9, il \u00e9tait encore euphorique. Il me raconta comment il avait fait tourner la roue \u00e0 la t\u00e9l\u00e9. C&rsquo;\u00e9tait donc possible de changer son destin, il en \u00e9tait la preuve. Il \u00e9tait bien entour\u00e9, bien bronz\u00e9. Ils revenaient de l&rsquo;\u00eele Maurice, je crois. Un groupe d&rsquo;amis le suivait dans tous ses d\u00e9placements \u00e0 pr\u00e9sent. Ses amis, c&rsquo;\u00e9tait sa famille maintenant. Pour aller au supermarch\u00e9 ou \u00e0 l&rsquo;\u00eele Maurice, il n&rsquo;\u00e9tait jamais seul. Ils poussaient un charriot boursoufl\u00e9, d&rsquo;o\u00f9 \u00e9mergeaient des bouteilles de Champagne et le liser\u00e9 d&rsquo;or des conserves de foie gras. Quand il y en a pour un, il y en a pour dix, la cur\u00e9e. Il voulait faire un cadeau \u00e0 ma soeur, il \u00e9tait son parrain apr\u00e8s tout. Apres son mariage, il s&rsquo;\u00e9tait d\u00e9tourn\u00e9 de sa propre famille pour \u00e9pouser celle de sa femme. Ses oncles et tantes n&rsquo;\u00e9taient pas venus, il avait cru \u00e0 une marque de d\u00e9sapprobation. Son p\u00e8re venait de mourir et ils \u00e9taient encore en deuil. Tu parles d&rsquo;une f\u00eate, il avait lui-m\u00eame pleur\u00e9 toute la soir\u00e9e. C&rsquo;est un garcon sensible. Il n&rsquo;a pas eu le temps de faire un cadeau \u00e0 ma soeur, dix mois apr\u00e8s l&rsquo;\u00e9mission de t\u00e9l\u00e9vision, le million s&rsquo;\u00e9tait envol\u00e9 et il repartait pointer. Combien d&rsquo;amis l&rsquo;accompagnaient \u00e0 l&rsquo;agence d&rsquo;interim pour trouver un petit boulot? <\/p>\n\n\n\n<p>Depuis qu&rsquo;il \u00e9tait pass\u00e9 \u00e0 la t\u00e9l\u00e9vision, c&rsquo;\u00e9tait la grande vie. Lui qui n&rsquo;avait jamais connu le confort des gens bien-n\u00e9s, n&rsquo;\u00e9tait pas pr\u00e9par\u00e9 \u00e0 un tel \u00e9venement. <strong>Ce n&rsquo;\u00e9tait pas de la soie qu&rsquo;il sentait sur sa joue, ce n&rsquo;\u00e9tait pas une cuill\u00e8re d&rsquo;or qu&rsquo;il avait dans sa bouche \u00e0 sa naissance. C&rsquo;\u00e9taient les taloches de son p\u00e8re qui rentrait tard et les cris de la m\u00e8re pour faire taire ce gueular de cabot qu&rsquo;on avait reveill\u00e9. C&rsquo;\u00e9tait une rimbambelle de demi-fr\u00e8res et soeurs quelque part,ailleurs. Mais il avait grandi seul entre ce p\u00e8re impr\u00e9sentable et cette m\u00e8re solitude.<\/strong> Il avait gratt\u00e9 un ticket du Millionnaire et trois t\u00e9l\u00e9s \u00e9taient apparues. Le loto, c&rsquo;est la seule chose qui peut faire changer ta vie quand tu viens de ce milieu. <strong>Il n&rsquo;\u00e9tait jamais parti en vacances. Au mieux, pour les vacances, c&rsquo;\u00e9tait visiter la famille de sa m\u00e8re \u00e0 la campagne. Loin de leur appartement en bord d&rsquo;autoroute. Alors un voyage en train jusqu&rsquo;\u00e0 la capitale, c&rsquo;\u00e9tait \u00e9norme! <\/strong>C&rsquo;\u00e9tait le voyage qui allait changer le reste de sa vie. Paris ! Le public qui scandait : \u00a0\u00bbLe  Million! Le Million!\u00a0\u00bb. <strong>Et puis, passer \u00e0 la t\u00e9l\u00e9vision, c&rsquo;\u00e9tait l&rsquo;heure de gloire, le pr\u00e9sentateur leur permettait de montrer au monde qui ils \u00e9taient et ce dont ils \u00e9taient capables. <\/strong>Et puis la fl\u00e8che arr\u00eat\u00e9e sur la tranche dor\u00e9e \u00e0 six z\u00e9ros. <strong>C&rsquo;\u00e9tait trop d&rsquo;\u00e9motions! Plusieurs mois que le p\u00e8re \u00e9tait malade, il allait en crever de fumer comme ca. Entre l&rsquo;hopital et la queue \u00e0 l&rsquo;aube devant l&rsquo;agence d&rsquo;int\u00e9rim pour avoir une chance de partir au chantier, il n&rsquo;y avait pas beaucoup de distraction.<\/strong> Il s&rsquo;\u00e9tait effondr\u00e9 devant tout le monde, il riait, il pleurait \u00e0 la fois, \u00e9tendu sur le sol. <strong>Sa copine l&rsquo;avait rejoint sur le plateau, l&rsquo;avait aid\u00e9 \u00e0 se relever. Elle <strong>saluait<\/strong><\/strong> <strong>la cam\u00e9ra avec de grands gestes pendant qu&rsquo;une pluie de confettis dor\u00e9s leur tombait dessus et que le pr\u00e9sentateur leur remettait le ch\u00e8que d&rsquo;un million de Francs. <\/strong>C&rsquo;\u00e9tait un garcon sensible, gentil et parfois \u00e9motif. Pas facile dans ce milieu un peu rustre avec <strong>le p\u00e8re qu&rsquo;il avait.<\/strong> Il avait d\u00fb en ravaler des larmes pour \u00eatre un homme. Et voil\u00e0 qu&rsquo;elles coulaient devant tout le monde, \u00e0 la t\u00e9l\u00e9. Il ne pouvait s&rsquo;en emp\u00eacher. Quand je le croisais quelques mois plus tard au supermarch\u00e9, il \u00e9tait encore euphorique. <strong>Comme si la pluie de confettis le suivait toujours.<\/strong> Il me raconta comment il avait fait tourner la roue \u00e0 la t\u00e9l\u00e9. C&rsquo;\u00e9tait donc possible de changer son destin, il en \u00e9tait la preuve <strong>vivante<\/strong>. Il \u00e9tait bien entour\u00e9 <strong>maintenant<\/strong>, bien bronz\u00e9. Ils revenaient de l&rsquo;\u00eele Maurice, je crois. Un groupe d&rsquo;amis le suivait dans tous ses d\u00e9placements \u00e0 pr\u00e9sent. Ses amis, c&rsquo;\u00e9tait sa famille maintenant. <strong>Il s&rsquo;\u00e9tait mari\u00e9 et avait adopt\u00e9 la famille de sa femme. Sa famille \u00e0 lui, celle de son p\u00e8re, il avait pr\u00e9f\u00e9r\u00e9 s&rsquo;en passer depuis la mort du vieux. Oncles et tantes n&rsquo;\u00e9taient pas venus au mariage, pour lui, c&rsquo;\u00e9tait fini. D&rsquo;autant plus que de famille, il en avait une toute neuve et bien remplie. Sa femme avait six fr\u00e8res, et tous vivaient dans le m\u00eame patelin dans un quartier de logements sociaux. Ils \u00e9taient fr\u00e8res et soeurs, voisins, cousins, ils vivaient ensemble en communaut\u00e9, sans cl\u00e9 \u00e0 leur porte. Il avait \u00e9tait imm\u00e9diatement accueuilli par cette famille chaleureuse.<\/strong> Pour aller au supermarch\u00e9 ou \u00e0 l&rsquo;\u00eele Maurice, il n&rsquo;\u00e9tait <strong>plus <\/strong>jamais seul. Ils poussaient un charriot boursoufl\u00e9, d&rsquo;o\u00f9 \u00e9mergeaient des bouteilles de Champagne et le liser\u00e9 d&rsquo;or des conserves de foie gras. Quand il y en a pour un, il y en a pour dix, <strong>une <\/strong>cur\u00e9e. Il voulait faire un cadeau \u00e0 ma soeur, il \u00e9tait son parrain apr\u00e8s tout. <s>Apres son mariage, il s&rsquo;\u00e9tait d\u00e9tourn\u00e9 de sa propre famille pour \u00e9pouser celle de sa femme. Ses oncles et tantes n&rsquo;\u00e9taient pas venus, il avait cru \u00e0 une marque de d\u00e9sapprobation. Son p\u00e8re venait de mourir et ils \u00e9taient encore en deuil. Tu parles d&rsquo;une f\u00eate, il avait lui-m\u00eame pleur\u00e9 toute la soir\u00e9e. C&rsquo;est un garcon sensible.<\/s> Il n&rsquo;a pas eu le temps de faire un cadeau \u00e0 ma soeur. Dix mois apr\u00e8s l&rsquo;\u00e9mission de t\u00e9l\u00e9vision, le million s&rsquo;\u00e9tait envol\u00e9 et il repartait pointer. <strong>Englouti par les voyages de luxe \u00e0 quinze, des investissements dans des affaires qui avaient coul\u00e9 en moins de temps qu&rsquo;il le faut pour le dire. Il ne lui restait de son r\u00eave qu&rsquo;une voiture et les travaux d&rsquo;agrandissement de son logement social.<\/strong> Combien d&rsquo;amis l&rsquo;accompagn\u00e8rent \u00e0 l&rsquo;agence d&rsquo;interim <strong>pour faire la queue dans l&rsquo;aube glac\u00e9e<\/strong>?  <\/p>\n\n\n\n<p>3.<\/p>\n\n\n\n<p>C&rsquo;\u00e9tait la grande vie depuis qu&rsquo;il \u00e9tait pass\u00e9 \u00e0 la t\u00e9l\u00e9vision. Il n&rsquo;\u00e9tait pas pr\u00e9par\u00e9 \u00e0 un tel \u00e9venement, lui qui n&rsquo;avait jamais connu le confort des gens bien-n\u00e9s. Il n&rsquo;avait pas recu une petite cuill\u00e8re dor\u00e9e dans la bouche, comme on disait.<strong> <\/strong>C&rsquo;\u00e9taient les taloches de son p\u00e8re quand il rentrait tard, les cris de la m\u00e8re pour faire taire le cl\u00e9bard. C&rsquo;\u00e9tait une rimbambelle de demi-fr\u00e8res qui vivaient ailleurs, quand il grandissait seul entre ce p\u00e8re impr\u00e9sentable et cette m\u00e8re solitude. Il s&rsquo;\u00e9tait tir\u00e9 \u00e0 la premi\u00e8re occasion, l&rsquo;\u00e9cole vite termin\u00e9e avec le minimum syndical. Sans formation, il pointait aux agences d&rsquo;int\u00e9rim pour aider sur les chantiers. Mais les places \u00e9taient compt\u00e9es et il fallait se lever t\u00f4t. Ce n&rsquo;\u00e9tait pas sa copine qui s&rsquo;occuperait de payer le loyer et la bouteille de whisky du samedi soir. Il avait gratt\u00e9 un ticket du Millionnaire et trois t\u00e9l\u00e9s \u00e9taient apparues. Le loto, c&rsquo;est la seule chose qui peut faire changer ta vie quand tu viens des tours disait-il. Pour lui qui n&rsquo;\u00e9tait jamais parti en vacances, le voyage en train jusqu&rsquo;\u00e0 la capitale, c&rsquo;\u00e9tait \u00e9norme !  Paris ! Son heure de gloire en t\u00eate \u00e0 t\u00eate avec Philippe Rizoli, le public qui scandait : \u00a0\u00bbLe  Million! Le Million!\u00a0\u00bb. Et puis, passer \u00e0 la t\u00e9l\u00e9vision, montrer au monde qui il \u00e9tait. C&rsquo;\u00e9tait trop ! Plusieurs mois que le p\u00e8re \u00e9tait malade, il en creverait de fumer comme ca. Et toutes ces fraudes avec le fisc, les dettes qui allaient s&rsquo;abattre sur sa m\u00e8re et lui. Il avait pass\u00e9 les derniers jours entre l&rsquo;hopital et la queue devant l&rsquo;agence d&rsquo;int\u00e9rim. Et puis la boule s&rsquo;est arr\u00eat\u00e9e sur la tranche dor\u00e9e \u00e0 six z\u00e9ros. Les bras en l&rsquo;air, il s&rsquo;\u00e9tait effondr\u00e9 devant les cam\u00e9ras, il riait, il pleurait \u00e0 la fois, \u00e9tendu sur le sol. Elle l&rsquo;avait rejoint en courant sur le plateau, l&rsquo;avait aid\u00e9 \u00e0 se relever, saluant avec de grands gestes pendant qu&rsquo;une pluie de confettis dor\u00e9s leur tombait dessus et que le pr\u00e9sentateur leur remettait le ch\u00e8que d&rsquo;un million de Francs. Il avait d\u00fb en ravaler des larmes pour \u00eatre un homme. Et voil\u00e0 qu&rsquo;elles coulaient \u00e0 la t\u00e9l\u00e9vision. Il ne pouvait s&rsquo;en emp\u00eacher. Quand je le croisais quelques mois plus tard au supermarch\u00e9, il \u00e9tait encore euphorique. Comme si la pluie de confettis l&rsquo;avait suivi tout ce temps. Il raconta comment il avait fait tourner la roue \u00e0 la t\u00e9l\u00e9. C&rsquo;\u00e9tait possible de changer son destin, il en \u00e9tait la preuve vivante. Il continuait de jouer au loto, ca pouvait encore lui arriver. Il \u00e9tait bien entour\u00e9, bien bronz\u00e9. Ils revenaient de l&rsquo;\u00eele Maurice, je crois. Un groupe d&rsquo;amis le suivait dans tous ses d\u00e9placements maintenant, ils \u00e9tait sa nouvelle famille. La sienne, il avait pr\u00e9f\u00e9r\u00e9 s&rsquo;en passer depuis la mort du vieux. Oncles et tantes n&rsquo;\u00e9taient pas venus \u00e0 son mariage, c&rsquo;\u00e9tait fini. D&rsquo;autant plus que de sa nouvelle famille \u00e9tait bien remplie. Il avait \u00e9t\u00e9 chaleureusement accueuilli, tous vivaient dans la m\u00eame tour, sans cl\u00e9 \u00e0 leur porte. Sa m\u00e8re avait quitt\u00e9 la r\u00e9gion, repartie d&rsquo;o\u00f9 elle \u00e9tait. Mais il ne serait plus jamais seul dor\u00e9navant, pour aller au supermarch\u00e9 comme \u00e0 l&rsquo;\u00eele Maurice. On l&rsquo;aidait \u00e0 pousser  un charriot boursoufl\u00e9, d&rsquo;o\u00f9 \u00e9mergeaient des bouteilles de Champagne et le liser\u00e9 d&rsquo;or des conserves de foie gras. Quand il y en a pour un, il y en a pour dix, la cur\u00e9e. Il voulait nous faire un cadeau. Il n&rsquo;a pas eu le temps. Dix mois apr\u00e8s l&rsquo;\u00e9mission de t\u00e9l\u00e9vision, le million s&rsquo;\u00e9tait envol\u00e9 et il repartait pointer. Un million englouti par son train de vie, les voyages de luxe, les investissements dans des affaires qui avaient coul\u00e9 en moins de temps qu&rsquo;il le faut pour le dire. Il ne lui resta de son r\u00eave, qu&rsquo;un beau canap\u00e9 \u00e0 paillettes   et des photos des \u00eeles sur une \u00e9tag\u00e8re. Pas d&rsquo;ami pour l&rsquo;accompagner \u00e0 l&rsquo;agence d&rsquo;interim dans l&rsquo;aube glac\u00e9e. <\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Depuis qu&rsquo;il \u00e9tait pass\u00e9 \u00e0 la t\u00e9l\u00e9vision, c&rsquo;\u00e9tait la grande vie. Il avait gratt\u00e9 un ticket du Millionnaire et trois t\u00e9l\u00e9s \u00e9taient apparues. Le voyage \u00e0 Paris, le public qui scandait : \u00a0\u00bbLe Million! Le Million!\u00a0\u00bb. Et puis la fl\u00e8che arr\u00eat\u00e9e sur la tranche dor\u00e9e \u00e0 six z\u00e9ros. Il s&rsquo;\u00e9tait effondr\u00e9 devant tout le monde, il riait, il pleurait \u00e0 <a class=\"more-link\" href=\"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/autobiographie-05-reecritures-histoires-vraies-le-gagnant\/\">Continuer la lecture<span class=\"screen-reader-text\">autobiographies #05 | r\u00e9\u00e9critures, histoires vraies, le gagnant<\/span><span class=\"meta-nav\">&rarr;<\/span><\/a><\/p>\n","protected":false},"author":374,"featured_media":0,"comment_status":"open","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"h5ap_radio_sources":[],"footnotes":""},"categories":[3114,3116,2820,2911],"tags":[],"class_list":["post-55515","post","type-post","status-publish","format-standard","hentry","category-transversales","category-01_methode-echenoz","category-cycle_autobiographies","category-autobiographies-05-reecriture"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/55515","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/users\/374"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=55515"}],"version-history":[{"count":0,"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/55515\/revisions"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=55515"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=55515"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=55515"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}