{"id":55744,"date":"2021-10-25T16:00:11","date_gmt":"2021-10-25T14:00:11","guid":{"rendered":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/?p=55744"},"modified":"2021-10-26T07:33:35","modified_gmt":"2021-10-26T05:33:35","slug":"l13-au-port-les-mains-vides-reprise","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/l13-au-port-les-mains-vides-reprise\/","title":{"rendered":"#L13 | Au port les mains vides &#8211; reprise"},"content":{"rendered":"\n<p class=\"has-black-color has-text-color has-background has-small-font-size\" style=\"background-color:#f4ea73\"><strong>Note pr\u00e9lable :<\/strong> J&rsquo;ai repris le premier texte que j&rsquo;ai publi\u00e9 dans le cadre de ce cycle \u00ab\u00a0Faire un livre\u00a0\u00bb, celui de ce \u00ab\u00a0quelqu&rsquo;un (qui) arrive quelque part\u00a0\u00bb. Par curiosit\u00e9, tout d&rsquo;abord, pour voir un peu o\u00f9 ces quatre mois d&rsquo;ateliers m&rsquo;avaient emmen\u00e9. Mais par n\u00e9cessit\u00e9 aussi parce qu&rsquo;\u00e0 la relecture, je n&rsquo;\u00e9tais pas satisfait de ce premier \u00e9crit. Je ne suis gu\u00e8re satisfait non plus de la version finale parce que j&rsquo;ai perdu en route, \u00e0 mon sens, une grande part de spontan\u00e9it\u00e9. Mais le choix est d\u00e9lib\u00e9r\u00e9.<br>C&rsquo;est \u00e9trange de mesurer le chemin parcouru, pas tant dans l&rsquo;\u00e9criture que dans ma t\u00eate, dans ma fa\u00e7on d&rsquo;aborder le travail comme tel. J&rsquo;ai proc\u00e9d\u00e9 en quatre \u00e9tapes : 1. Copie du texte originel, 2. Annotation au crayon et aux stylos rouge et vert sur un exemplaire imprim\u00e9, 3. Copie de ces annotations et autres id\u00e9es sur l&rsquo;ordinateur, et 4. \u00c9criture finale. Vous trouverez ces \u00e9tapes ci-dessous. La deuxi\u00e8me fait figure d&rsquo;illustration. <br>Je termine ces cycles d&rsquo;\u00e9t\u00e9 avec la belle impression d&rsquo;avoir beaucoup appris. Un peu cuit aussi, parce que le boulot m&rsquo;a rattrap\u00e9 ces derniers jours et que j&rsquo;ai d\u00fb rattraper nombre de t\u00e2ches mises entre parenth\u00e8ses pendant que j&rsquo;essayais de m&rsquo;abreuver pleinement \u00e0 la source de ces cycles d&rsquo;\u00e9criture. Mais sans aucun regret, bien \u00e9videmment, tant l&rsquo;exp\u00e9rience fut enrichissante. Merci \u00e0 vous tous, ce fut un vrai plaisir.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-normal-font-size\"><strong>Version 1, copie du texte initial<\/strong> <strong>&#8211;<\/strong> <strong>Au port les mains vides<\/strong><br><br>Le 22 juin \u00e0 18h14 pr\u00e9cises, il se tient debout sur un quai. C\u2019est sa seule certitude, avec celle d\u2019avoir l\u2019impression d\u2019\u00eatre en vie. Fig\u00e9, statufi\u00e9, immobile.<br>Sous ses pieds, les pav\u00e9s sont encore humides et, chauff\u00e9s par le soleil, rendent l\u2019air plus lourd. La chaude odeur d\u2019iode et de graisse emplit l\u2019atmosph\u00e8re. Comme dans tous les ports du monde. Tout du moins, ceux qui sont en une ville.<br>Devant lui, l\u2019ombre d\u2019un immense cargo se r\u00e9pand jusqu\u2019\u00e0 ses pieds. Au-dessus de lui, sa proue le domine, le toise. L\u2019injonction est pesante, il ne bouge toujours pas. Sur le pont arri\u00e8re, une fourmili\u00e8re s\u2019affaire. Des files humaines montent et descendent. Des bras m\u00e9caniques chargent des conteneurs remplis de marchandises secr\u00e8tes.<br>Face \u00e0 lui, dans son champ de vision, il tente de d\u00e9celer quelques d\u00e9tails du paysage. Trop loin, trop confus. Les grues du port dessinent d\u2019\u00e9tranges silhouettes d\u2019\u00e9chassiers. D\u2019autres cargos, d\u2019autres proues, d\u2019autres marins apparaissent partiellement dans une multitude de seconds plans. Le ciel aurait \u00e9t\u00e9 bleu si une \u00e9paisse fum\u00e9e noire ne recouvrait les lieux de sa chape. Et au loin, au plus loin qu\u2019il peut voir, le ville esquisse sa pr\u00e9sence.<br>Travelling vertical, puis panoramique. Derri\u00e8re lui, le port continue jusqu\u2019\u00e0 l\u2019horizon. Au loin, un immense paquebot attend patiemment de reprendre la mer. L\u2019immeuble flottant semble dormir, comme un g\u00e9ant ferait la sieste.<br>Un peu plus pr\u00e8s, dans la vis\u00e9e du mastodonte, deux vaisseaux d\u2019un autre temps paraissent minuscules. Le trois-m\u00e2ts et le brick-go\u00e9lette sont nus, d\u00e9charn\u00e9s sans leurs voiles, mais ils murmurent des histoires de flibuste, de pirates et de batailles navales.<br>\u00c0 c\u00f4t\u00e9, plus pr\u00e8s encore, l\u2019immense \u00e9tendue d\u2019une for\u00eat de m\u00e2ts. Des navires de plaisance de toutes tailles qui chantent \u00e0 l\u2019unisson le cliquetis des drisses sur les m\u00e2ts, les b\u00f4mes, les \u00e9tais, les winchs, les coques, au souffle du vent marin. Quadrill\u00e9e par les jet\u00e9es flottantes qui ondulent au rythme de la mer, la for\u00eat respire.<br>Enfin, tout proche, juste l\u00e0 derri\u00e8re lui sur sa droite, les bateaux de p\u00eache se sont endormis. \u00c9puis\u00e9s par leur matin\u00e9e harassante, ils sont pos\u00e9s, endormis, inertes. La nuit tombera vite, le r\u00e9veil sera brutal, le sommeil toujours trop court. Pour aller ramasser les filets, les casiers. Pour se charger les cales jusqu\u2019\u00e0 la gueule de poissons mourants.\u00a0<br>Mais lui, il ne voit pas tout \u00e7a. Il voit l\u2019arriv\u00e9e. \u00c9migr\u00e9 hier, il est l\u2019immigrant aujourd\u2019hui. Il est le nouveau, il est l\u2019\u00e9tranger. Pas tant dans ce port, rempli de gens qui arrivent ou qui partent, mais plus loin, l\u00e0-bas, \u00e0 l\u2019endroit o\u00f9 le port devient ville. \u00c0 l\u2019endroit o\u00f9 la vie prend deux ailes.<br>Alors, il fait un pas. Les muettes braillardes lui hurlent dessus, les go\u00e9lands s\u2019interrogent. D\u00e9j\u00e0, il entend les marins qui chantent les r\u00eaves qui les hantent dans le port d\u2019Amsterdam.<br>Au deuxi\u00e8me pas, il les voit. Il distingue la silhouette \u00e9lanc\u00e9e et claudiquante d\u2019un capitaine de baleinier. Il entrevoit la casquette blanche de ce marin engonc\u00e9 dans son caban qui s\u2019\u00e9loigne \u00e0 grands pas en cultivant son air t\u00e9n\u00e9breux. Il entend cet autre capitaine jurer par tous les noms d\u2019oiseaux pour avoir gliss\u00e9 sur un pav\u00e9.<br>Au troisi\u00e8me pas, la voix tonitruante d\u2019un C\u00e9sar de composition vante les valeurs de la marine \u00e0 qui veut l\u2019entendre.<br>Il sait. Enfin. Il est l\u00e0 o\u00f9 il doit \u00eatre. Sans se presser mais d\u2019un pas d\u00e9cid\u00e9, il traverse le port pour entrer dans la ville.<br>Laissant la mer derri\u00e8re lui.<\/p>\n\n\n\n<figure class=\"wp-block-image size-large\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"724\" height=\"1024\" src=\"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-content\/uploads\/2021\/10\/SCN1635164687951-724x1024.jpg\" alt=\"\" class=\"wp-image-55754\" srcset=\"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-content\/uploads\/2021\/10\/SCN1635164687951-724x1024.jpg 724w, https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-content\/uploads\/2021\/10\/SCN1635164687951-297x420.jpg 297w, https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-content\/uploads\/2021\/10\/SCN1635164687951-768x1086.jpg 768w, https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-content\/uploads\/2021\/10\/SCN1635164687951-1086x1536.jpg 1086w, https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-content\/uploads\/2021\/10\/SCN1635164687951-1448x2048.jpg 1448w, https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-content\/uploads\/2021\/10\/SCN1635164687951-scaled.jpg 1810w\" sizes=\"auto, (max-width: 724px) 100vw, 724px\" \/><\/figure>\n\n\n\n<p class=\"has-normal-font-size\"><strong>Version 3, texte initial + annotations (reprises annotations manuscrites + autres)<\/strong><br><br><em>Le 28 juin \u00e0 18h44 pr\u00e9cises, il se tient debout sur le quai. C\u2019est sa seule certitude, avec celle d\u2019avoir l\u2019impression d\u2019\u00eatre en vie. Fig\u00e9, statufi\u00e9, immobile.<\/em><br>La pr\u00e9cision de l\u2019heure et du jour est-elle n\u00e9cessaire ? A priori, non. Mais elle peut l\u2019\u00eatre pour souligner l\u2019impersonnalisation qui va suivre. \u00c0 r\u00e9fl\u00e9chir. Peut-\u00eatre remplacer par \u00ab&nbsp;d\u00e9but d\u2019\u00e9t\u00e9, fin d\u2019apr\u00e8s-midi&nbsp;\u00bb et d\u00e9velopper un peu plus`. \u00ab&nbsp;Il fait encore chaud, la nuit n\u2019est pas encore en approche. La soir\u00e9e, tout au plus.&nbsp;\u00bb Seule certitude ? D\u2019o\u00f9 vient cette imp\u00e9riosit\u00e9 ? \u00c9videmment que ce n\u2019est pas sa seule certitude. \u00c0 changer, un d\u00e9but de roman doit se passer de telles affirmations. Il a l\u2019impression d\u2019\u00eatre en vie, c\u2019est certain. \u00ab&nbsp;Enfin&nbsp;\u00bb, puis-je rajouter. Fig\u00e9, statufi\u00e9, immobile. Mais encore\u2026<br><em>Sous ses pieds, les pav\u00e9s sont encore humides et, chauff\u00e9s par le soleil, rendent l\u2019air plus lourd. La chaude odeur d\u2019iode et de graisse emplit l\u2019atmosph\u00e8re. Comme dans tous les ports du monde. Tout du moins, ceux qui sont en une ville.&nbsp;<\/em><br>Pourquoi les pav\u00e9s sont-ils humides ? Parce que c\u2019est la fin de la journ\u00e9e, parce qu\u2019ils ont \u00e9t\u00e9 inond\u00e9s d\u2019eau de mer \u00e0 cause des vagues qui, parfois, d\u00e9bordent sur le quai. \u00c0 cause des bateaux qui man\u0153uvrent, \u00e0 cause du vent qui, parfois rabat ces vagues. Le soleil, c\u2019est celui d\u2019une journ\u00e9e toute enti\u00e8re, pas seulement celui qui pointe \u00e0 cette heure. Odeur poisseuse, forte, jusqu\u2019\u00e0 en \u00eatre f\u00e9tide, odeur empyreumatique du vieux rhum, air nidoreux d\u2019un malade exhalant quelque souffle vici\u00e9. De ces ports qui sont en une ville, pr\u00e9f\u00e9rer ces ports qui sont devenus des villes, ces ports qui se sont transform\u00e9s en cit\u00e9s \u00e0 force d\u2019\u00eatre travers\u00e9s par des femmes et des hommes sur le d\u00e9part ou tout juste arriv\u00e9s. Un port est une ville peupl\u00e9e de personnes en attente, m\u00eame si souvent, celle-ci, devient perp\u00e9tuelle.<br><em>Devant lui, l\u2019ombre d\u2019un immense cargo se r\u00e9pand jusqu\u2019\u00e0 ses pieds. Au-dessus de lui, sa proue le domine, le toise. L\u2019injonction est pesante, il ne bouge toujours pas. Sur le pont arri\u00e8re, une fourmili\u00e8re s\u2019affaire. Des files humaines montent et descendent. Des bras m\u00e9caniques chargent des conteneurs remplis de marchandises secr\u00e8tes.<\/em><br>Se r\u00e9pand, s\u2019\u00e9tale, s\u2019allonge, s\u2019\u00e9tire. L\u2019ombre est allong\u00e9e et la proue du bateau le toise, le domine, l\u2019invective. L\u2019autorit\u00e9 remplit \u00e0 la fois la surface et l\u2019espace. Il ne bouge toujours pas malgr\u00e9 l\u2019injonction. Sur le pont arri\u00e8re du b\u00e2timent, une fourmili\u00e8re s\u2019affaire dans un ballet dont la chor\u00e9graphie est ordonn\u00e9e, millim\u00e9tr\u00e9e, parfaitement dirig\u00e9e. Des files humaines montent et descendent, des conteneurs remplis de marchandises myst\u00e9rieuses volent suspendus au bout de bras m\u00e9caniques qui brassent l\u2019air en tournant, cr\u00e9ant un pont a\u00e9rien et invisible entre le quai et le pont du navire.&nbsp;<br><em>Face \u00e0 lui, dans son champ de vision, il tente de d\u00e9celer quelques d\u00e9tails du paysage. Trop loin, trop confus. Les grues du port dessinent d\u2019\u00e9tranges silhouettes d\u2019\u00e9chassiers. D\u2019autres cargos, d\u2019autres proues, d\u2019autres marins apparaissent partiellement dans une multitude de seconds plans. Le ciel aurait \u00e9t\u00e9 bleu si une \u00e9paisse fum\u00e9e noire ne recouvrait les lieux de sa chape. Et au loin, au plus loin qu\u2019il peut voir, le ville esquisse sa pr\u00e9sence.<\/em><br>Forc\u00e9ment, il regarde dans son champ de vision. \u00c0 supprimer. Ce n\u2019est pas lui qui tente de d\u00e9celer des d\u00e9tails, ce sont les d\u00e9tails qui s\u2019imposent. \u00ab&nbsp;Face \u00e0 lui, le paysage regorge de d\u00e9tails qui, pour certains, demeurent confus. Trop loin, sa vue n\u2019est pas infaillible.&nbsp;Ce qu\u2019il voit, ce sont les \u00e9tranges silhouettes d\u2019\u00e9chassiers que les grues du port dessinent&nbsp;\u00bb. D\u00e9velopper l\u2019aspect de ces silhouettes. \u00ab&nbsp;D\u2019autres cargos, d\u2019autres ombres qui s\u2019\u00e9talent sur les quais, d\u2019autres proues qui imposent leur autorit\u00e9, d\u2019autres fourmili\u00e8res de marins qui vont et qui viennent, chargeant, d\u00e9chargeant, dansant, vivant dans ce paysage en perp\u00e9tuelle composition.&nbsp;\u00bb La ville n\u2019est pas au plus loin, elle est \u00e0 c\u00f4t\u00e9. \u00ab&nbsp;Il lui suffit de tourner la t\u00eate l\u00e9g\u00e8rement sur la droite pour que le ballet devienne photographie. La ville impose sa pr\u00e9sence, massive, immobile, imp\u00e9rieuse. Il y entend la vie, il devine son rythme cardiaque, il sent sa respiration. Le trafic des automobiles r\u00e9sonne comme du sang qui inonde ses art\u00e8res dans un grognement existentiel, comme un souffle vital.&nbsp;\u00bb<br><em>Travelling vertical, puis panoramique. Derri\u00e8re lui, le port continue jusqu\u2019\u00e0 l\u2019horizon. Au loin, un immense paquebot attend patiemment de reprendre la mer. L\u2019immeuble flottant semble dormir, comme un g\u00e9ant ferait la sieste.&nbsp;<\/em><br>\u00ab&nbsp;Au plus loin&nbsp;\u00bb, sur la ligne d\u2019horizon. Le paquebot est \u00e0 la fois minuscule et immense, jouer avec la perspective. \u00ab&nbsp;Le g\u00e9ant dort, il fait la sieste. Peut-\u00eatre r\u00eave-t-il de travers\u00e9es \u00e9piques, des eaux chaudes des tropiques. Peut-\u00eatre vit-il un cauchemar au milieu des icebergs assassins.&nbsp;\u00bb<br><em>Un peu plus pr\u00e8s, dans la vis\u00e9e du mastodonte, deux vaisseaux d\u2019un autre temps paraissent minuscules. Le trois-m\u00e2ts et le brick-go\u00e9lette sont nus, d\u00e9charn\u00e9s sans leurs voiles, mais ils murmurent des histoires de flibuste, de pirates et de batailles navales.<\/em><br>\u00ab&nbsp;Dans la ligne de mire du paquebot en attente, deux vaisseaux d\u2019un autres temps paraissaient tout aussi fragiles.&nbsp;\u00bb Ils ne sont pas d\u00e9charn\u00e9s, ils sont nus sans leurs voiles. Nus et inoffensifs. Mais dans leur immobilit\u00e9, dans leur d\u00e9pouillement, il les entend murmurer des histoires\u2026&nbsp;\u00bb \u00c0 d\u00e9velopper, l\u2019id\u00e9e m\u00e9rite plus de d\u00e9tails.<br><em>\u00c0 c\u00f4t\u00e9, plus pr\u00e8s encore, l\u2019immense \u00e9tendue d\u2019une for\u00eat de m\u00e2ts. Des navires de plaisance de toutes tailles qui chantent \u00e0 l\u2019unisson le cliquetis des drisses sur les m\u00e2ts, les b\u00f4mes, les \u00e9tais, les winchs, les coques, au souffle du vent marin. Quadrill\u00e9e par les jet\u00e9es flottantes qui ondulent au rythme de la mer, la for\u00eat respire.<\/em><br>\u00ab&nbsp;Devant lui, dans l\u2019espace encore immense qui le s\u00e9pare de ces b\u00e2timents qui cultivent leur lustre pass\u00e9 et qui r\u00eavent de nouvelles aventures, une for\u00eat de m\u00e2ts se dresse. Des navires de plaisance, tout aussi nus,\u2026&nbsp;\u00bb \u00ab&nbsp;\u2026 la for\u00eat respire au rythme de la houle qui se propage dans un mouvement perp\u00e9tuel. Une ola sans fin, une onde vivante, un mouvement pulsatoire.&nbsp;\u00bb \u00c0 d\u00e9velopper peut-\u00eatre.<br><em>Enfin, tout proche, juste l\u00e0 derri\u00e8re lui sur sa droite, les bateaux de p\u00eache se sont endormis. \u00c9puis\u00e9s par leur matin\u00e9e harassante, ils sont pos\u00e9s, endormis, inertes. La nuit tombera vite, le r\u00e9veil sera brutal, le sommeil toujours trop court. Pour aller ramasser les filets, les casiers. Pour se charger les cales jusqu\u2019\u00e0 la gueule de poissons mourants.&nbsp;<\/em><br>R\u00e9p\u00e9tition de \u00ab&nbsp;endormis&nbsp;\u00bb. \u00c0 corriger. Juste \u00ab&nbsp;l\u00e0&nbsp;\u00bb ? \u00ab&nbsp;La nuit tombera vite, le sommeil trop agit\u00e9, les r\u00eaves trop confus, le r\u00e9veil trop brutal, le sommeil toujours trop court.&nbsp;Et repartir pour une autre journ\u00e9e. Aller ramasser les filets, les casiers. Se charger\u2026&nbsp;\u00bb<br><em>Mais lui, il ne voit pas tout \u00e7a. Il voit l\u2019arriv\u00e9e. \u00c9migr\u00e9 hier, il est l\u2019immigrant aujourd\u2019hui. Il est le nouveau, il est l\u2019\u00e9tranger. Pas tant dans ce port, rempli de gens qui arrivent ou qui partent, mais plus loin, l\u00e0-bas, \u00e0 l\u2019endroit o\u00f9 le port devient ville. \u00c0 l\u2019endroit o\u00f9 la vie prend deux ailes.<\/em><br>Bien s\u00fbr qu\u2019il voit ! Mais il y jette juste un regard, il n\u2019imagine pas, il n\u2019imagine plus ce qui se trouve derri\u00e8re lui. Il voit devant. Il est l\u2019\u00e9tranger, le nouveau, l\u2019immigrant. Il voit ce quai, il voit ce port\u2026 \u00ab&nbsp;C\u2019est \u00e7a, il voit la vie avec deux \u00ab&nbsp;l&nbsp;\u00bb, il voit la ville avec deux ailes.&nbsp;<br><em>Alors, il fait un pas. Les mouettes braillardes lui hurlent dessus, les go\u00e9lands s\u2019interrogent. D\u00e9j\u00e0, il entend les marins qui chantent les r\u00eaves qui les hantent dans le port d\u2019Amsterdam.<\/em><br>\u00ab&nbsp;\u2026les r\u00eaves, comme Jacques Brel chante ceux qui les hantent au large d\u2019Amsterdam.<br><em>Au deuxi\u00e8me pas, il les voit. Il distingue la silhouette \u00e9lanc\u00e9e et claudiquante d\u2019un capitaine de baleinier. Il entrevoit la casquette blanche de ce marin engonc\u00e9 dans son caban qui s\u2019\u00e9loigne \u00e0 grands pas en cultivant son air t\u00e9n\u00e9breux. Il entend cet autre capitaine jurer par tous les noms d\u2019oiseaux pour avoir gliss\u00e9 sur un pav\u00e9.<\/em><br>\u00ab&nbsp;\u2026 il entrevoit ce marin engonc\u00e9 dans son caban, la t\u00eate basse sous sa casquette blanche,\u2026&nbsp;\u00bb<br><em>Au troisi\u00e8me pas, la voix tonitruante d\u2019un C\u00e9sar de composition vante les valeurs de la marine <\/em>marchande<em> \u00e0 qui veut l\u2019entendre.<\/em><br><em>Il sait. Enfin. Il est l\u00e0 o\u00f9 il doit \u00eatre. Sans se presser mais d\u2019un pas d\u00e9cid\u00e9, il traverse le port pour entrer dans la ville.<\/em><br><em>Laissant la mer derri\u00e8re lui.<\/em><\/p>\n\n\n\n<p><strong>Version 4, texte final &#8211; Au port les mains vides<\/strong><br><br>Un d\u00e9but d\u2019\u00e9t\u00e9, une fin d\u2019apr\u00e8s-midi, il se tient debout sur le quai. Il fait chaud, la lumi\u00e8re est belle. Il se tient immobile et savoure ce plaisir rare de se sentir en vie. Une certitude qui coule dans ses veines. Fig\u00e9, statufi\u00e9, mais en vie.<br>Sous ses pieds, les pav\u00e9s sont encore humides. Toute la journ\u00e9e, ils ont \u00e9t\u00e9 balay\u00e9s par l\u2019eau de mer d\u00e9bordant du quai, jet\u00e9e par les vagues que les manoeuvres des cargos envoient mourir au pied des hommes qui arrivent et qui partent. L\u2019eau sal\u00e9e s\u2019\u00e9vapore sur les pav\u00e9s de granit chauff\u00e9s par le soleil, rendant l\u2019air lourd et poisseux. M\u00e9lange d\u2019iode et de graisse, odeur forte jusqu\u2019\u00e0 en \u00eatre f\u00e9tide, senteur empyreumatique d\u2019un vieux rhum, air nidoreux d\u2019un malade exhalant son souffle vici\u00e9. Comme dans tous ces ports qui sont devenus des villes, qui se sont transform\u00e9s en cit\u00e9s \u00e0 force d\u2019\u00eatre travers\u00e9s par des femmes et des hommes sur le d\u00e9part ou tout juste arriv\u00e9s. De ces personnes dont la plupart ont pris racines, pi\u00e9g\u00e9s dans une attente devenue perp\u00e9tuelle.<br>Devant lui, l\u2019ombre d\u2019un immense cargo se r\u00e9pand jusqu\u2019\u00e0 ses pieds. La silhouette du bateau s\u2019\u00e9tale sur le sol, elle s\u2019\u00e9tend, elle s\u2019allonge, elle s\u2019\u00e9tire. Sa proue le toise d\u2019une autorit\u00e9 qui remplit \u00e0 la fois la surface et l\u2019espace. Il ne bouge toujours pas malgr\u00e9 l\u2019injonction. Sur le pont arri\u00e8re du b\u00e2timent, une fourmili\u00e8re s\u2019affaire dans un ballet dont la chor\u00e9graphie est ordonn\u00e9e, millim\u00e9tr\u00e9e, parfaitement dirig\u00e9e. Des files humaines montent sur le navire et descendent \u00e0 terre, des conteneurs lourds de marchandises myst\u00e9rieuses volent suspendus au bout de bras m\u00e9caniques qui brassent l\u2019air en tournant, cr\u00e9ant un pont a\u00e9rien et invisible entre le quai et le pont du navire.<br>Face \u00e0 lui, plus haut, le tableau regorge de d\u00e9tails qui, pour certains, demeurent confus. Trop loin, trop difficiles \u00e0 distinguer. Ce qu\u2019il voit, ce sont les \u00e9tranges contours d\u2019\u00e9chassiers que les grues du port dessinent. Des oiseaux g\u00e9ants cherchant leur nourriture jusque dans les entrailles d\u2019autres navires. D\u2019autres cargos, d\u2019autres ombres qui s\u2019\u00e9talent sur les quais, d\u2019autres proues qui imposent leur autorit\u00e9, d\u2019autres fourmili\u00e8res de marins qui vont et qui viennent, chargeant, d\u00e9chargeant, dansant, vivant dans ce paysage en composition incessante. Le ciel aurait \u00e9t\u00e9 bleu si une \u00e9paisse fum\u00e9e ne recouvrait les lieux de sa chape. L\u00e9g\u00e8rement sur sa droite, le ballet du port devient photographie. La ville impose sa pr\u00e9sence, massive, immobile, imp\u00e9rieuse. Il y entend la vie, il per\u00e7oit son rythme cardiaque, il sent sa respiration. Le trafic des automobiles r\u00e9sonne comme du sang qui inonde ses art\u00e8res dans un grognement existentiel, dans un souffle vital.<br>Travelling vertical puis panoramique. Il jette un oeil en arri\u00e8re, le port continue jusqu\u2019\u00e0 l\u2019horizon. Au loin, un paquebot attend patiemment de reprendre la mer. Il para\u00eet minuscule mais c\u2019est un autre g\u00e9ant qui fait la sieste. Peut-\u00eatre r\u00eave-t-il de travers\u00e9es \u00e9piques dans les eaux chaudes des tropiques. Peut-\u00eatre vit-il un cauchemar au milieu des icebergs assassins.<br>Dans la ligne de mire du paquebot en sommeil, deux vaisseaux d\u2019un autre temps paraissent tout aussi fragiles. Le trois-m\u00e2ts et le brick-go\u00e9lette paraissent d\u00e9charn\u00e9s sans leurs voiles, leur nudit\u00e9 les rend inoffensifs. Mais dans leur immobilit\u00e9 contrainte, dans leur d\u00e9pouillement, il les entend murmurer des r\u00e9cits que porte la brise marine. Des histoires de flibuste, de pirates et de batailles navales. De corsaires, de temp\u00eates et d\u2019abordages.<br>Devant lui, dans l\u2019espace encore vaste qui le s\u00e9pare de ces vaisseaux qui cultivent leur lustre pass\u00e9 et qui r\u00eavent de nouvelles aventures, une for\u00eat de m\u00e2ts se dresse. Des bateaux de plaisance, tout aussi nus, chantent \u00e0 l\u2019unisson du cliquetis des drisses sur les b\u00f4mes, les \u00e9tais, les winchs et les coques au souffle du vent marin. Quadrill\u00e9e par les jet\u00e9es flottantes qui ondulent sur le tempo des vagues, la for\u00eat respire au rythme de la houle qui se propage dans un mouvement perp\u00e9tuel. Une ola sans fin, une onde vivante, un mouvement pulsatoire.<br>Enfin, tout proche, juste derri\u00e8re lui sur sa droite, les bateaux de p\u00eache dorment eux-aussi. \u00c9puis\u00e9s par leur matin\u00e9e harassante, ils sont pos\u00e9s, inertes. La nuit tombera vite, le sommeil sera trop agit\u00e9, le r\u00eave trop confus, le r\u00e9veil trop brutal, le sommeil toujours trop court. Avant de repartir pour un autre labeur dans la nuit finissante. Aller ramasser les filets, les casiers. Se charger les cales jusqu\u2019\u00e0 la gueule de poissons mourants.<br>Mais de tout \u00e7a, de tout ce qui se trouve derri\u00e8re lui, il ne jette qu\u2019un regard. Il n\u2019imagine pas, il n\u2019imagine plus ce qui est derri\u00e8re. Il voit devant. Il est l\u2019\u00e9tranger, le nouveau, l\u2019immigrant. Il voit ce quai, ce port rempli de gens qui arrivent et qui partent. Et plus loin, la cit\u00e9. La ville, c&rsquo;est la vie avec deux ailes.<br>Alors, il fait un pas. Les mouettes braillardes lui hurlent dessus, les go\u00e9lands s\u2019interrogent. D\u00e9j\u00e0, il entend les marins qui chantent leurs r\u00eaves, ceux qui les hantent au large d\u2019Amsterdam.<br>Au deuxi\u00e8me pas, il les voit. Il distingue la silhouette \u00e9lanc\u00e9e et claudiquante d\u2019un capitane de baleinier. Il entraper\u00e7oit ce marin engonc\u00e9 dans le col de son caban, la t\u00eate basse sous sa casquette blanche, qui s\u2019\u00e9loigne \u00e0 grands pas avec son air t\u00e9n\u00e9breux. Il entend cet autre capitaine \u00e9num\u00e9rer toutes sortes de jurons pour avoir gliss\u00e9 sur un pav\u00e9.<br>Au troisi\u00e8me pas, la voix tonitruante d\u2019un C\u00e9sar de composition vante les valeurs de la marine marchande \u00e0 qui veut l\u2019entendre.<br>Il sait. Il est l\u00e0 o\u00f9 il doit \u00eatre. Sans se presser mais d\u2019un pas d\u00e9cid\u00e9, il traverse le port pour entrer dans la ville.<br>Laissant la mer derri\u00e8re lui.<\/p>\n\n\n\n<p><\/p>\n\n\n\n<p><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Note pr\u00e9lable : J&rsquo;ai repris le premier texte que j&rsquo;ai publi\u00e9 dans le cadre de ce cycle \u00ab\u00a0Faire un livre\u00a0\u00bb, celui de ce \u00ab\u00a0quelqu&rsquo;un (qui) arrive quelque part\u00a0\u00bb. Par curiosit\u00e9, tout d&rsquo;abord, pour voir un peu o\u00f9 ces quatre mois d&rsquo;ateliers m&rsquo;avaient emmen\u00e9. Mais par n\u00e9cessit\u00e9 aussi parce qu&rsquo;\u00e0 la relecture, je n&rsquo;\u00e9tais pas satisfait de ce premier \u00e9crit. 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