{"id":55767,"date":"2021-10-25T17:19:54","date_gmt":"2021-10-25T15:19:54","guid":{"rendered":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/?p=55767"},"modified":"2021-10-26T13:41:36","modified_gmt":"2021-10-26T11:41:36","slug":"l13-il-reste-un-chemin","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/l13-il-reste-un-chemin\/","title":{"rendered":"#L13 | il reste un chemin"},"content":{"rendered":"\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><strong>Il reste un chemin terminant la route \u00e0 travers un nom, prononc\u00e9 babines retrouss\u00e9es sur des sonorit\u00e9s sifflantes, mais qui n\u2019ouvre plus aucune porte \u00e0 la sortie de la mont\u00e9e d\u00e9sign\u00e9e, \u00e0 la fois ultime et premier effort du voyage, de l\u2019arriv\u00e9e. On respirait profond\u00e9ment avant de s\u2019y engager \u00e0 la queue leu leu la toute premi\u00e8re fois. Boyau glissant et p\u00e9nible qui vous avalait, suant, suintant. Un mot, un nom presque commun, dont on se d\u00e9barrasse par le glissement, presque l\u2019\u00e9vitement, tant on voudrait l\u2019avoir d\u00e9j\u00e0 gravi. On l\u2019avale, il se d\u00e9vale sans d\u00e9glutir \u00e0 travers ce syst\u00e8me de signes propre \u00e0 la communaut\u00e9 d\u2019individus qui attend, l\u00e0-haut, votre arriv\u00e9e sur le seuil de cette langue non unifi\u00e9e.&nbsp;<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><strong>Qui sait si, quelques kilom\u00e8tres plus loin, il aura garder la m\u00eame signification, la m\u00eame \u00e9criture phon\u00e9tique ? car comme dans toutes les langues orales, les vocables se diversifient, se diluent dans l\u2019espace.<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-normal-font-size wp-block-paragraph\">Il reste un chemin terminant la route, <em>la prolongeant, devenu \u00e0 son tour aujourd\u2019hui ce que l\u2019on pourrait qualifier de route. Une route sommaire ayant gomm\u00e9 l\u2019acc\u00e8s rustique \u00e0 l\u2019\u00e9t\u00e9 de libert\u00e9, le dotant d\u2019une arriv\u00e9e commode au plus pr\u00e8s de la maison, que l\u2019on d\u00e9couvrirait, d\u00e9sormais, assis, \u00e0 l\u2019abri des vitres entr\u2019ouvertes ou bien encore au travers du pare-brise mouchet\u00e9s d\u2019insectes morts. La maison telle que tu ne l\u2019auras jamais vue<\/em>, mais faisant d\u00e9buter la saison d\u2019\u00e9t\u00e9, les vacances \u2014 tout comme le ferait un \u00e9v\u00e8nement qui marquerait l\u2019entr\u00e9e en un si\u00e8cle nouveau \u2014 \u00e0 travers un nom,<em> le chemin disparu, le nom, lui, est-t\u2019il rest\u00e9 ? Dit-on encore de nos jours que l\u2019on monte \u00ab&nbsp;p\u00ebr la Viass\u00e0&nbsp;\u00bb ? Ou bien l\u2019a t\u2019il perdu au profit du nom-m\u00eame de la maison : \u00cbl Vial\u00ebt\u2019, non plus pr\u00e9c\u00e9d\u00e9 de celui de la voie p\u00e9nible mais comme destination directe. Un peu \u00e0 la mani\u00e8re d\u2019un autorail qui ne s\u2019arr\u00eaterait plus \u00e0 toutes les gares, mais aboutirait directement \u00e0 la destination finale, <\/em>un lieu, son nom le rattachant \u00e0 une langue forg\u00e9e par l\u2019usage, l\u2019usure. Un \u00ab&nbsp;d\u00e9paysement&nbsp;\u00bb, d\u2019abord venu s\u2019exprimer dans la langue elle-m\u00eame, puisque les paysages n\u2019\u00e9taient pas si diff\u00e9rents du lieu o\u00f9 tu vivais et les occupations qui allaient vous retenir encore moins. Le regard, concernant le mot, devenu plus attentif encore \u00e0 mesure que les ann\u00e9es ont pass\u00e9. Peut-\u00eatre. Tu reprends le concept \u00ab&nbsp;<em>d\u2019\u00e9motion de la provenance&nbsp;<\/em>\u00bb de Jean-Christophe Bailly. Le mot dessine un tableau. Tu pourrais le peindre, comme un lieu d\u2019arriv\u00e9e et de d\u00e9part tout \u00e0 la fois, un nom, un mot prononc\u00e9 babines retrouss\u00e9es \u2014 tu revis, le formulant, ce d\u00e9go\u00fbt qui te prenait face au lait ti\u00e8de \u00e9cumant,&nbsp; \u00e0 la surface duquel surnageaient encore quelques brins d\u2019herbe, le bol \u00e9br\u00e9ch\u00e9 tendu par une main aux ongles bord\u00e9s de noir, \u00e0 la peau cuite par le soleil et s\u00e9che, crevass\u00e9e \u2014 sur des sonorit\u00e9s,  <em>sonorit\u00e9s d\u00e9sormais raval\u00e9es sous le bruit du moteur peinant \u00e0 grimper la c\u00f4te, fuyantes, glissantes, humides, presqu\u2019une intimit\u00e9 <\/em>r\u00e9v\u00e9l\u00e9e \u2014 mais qui n\u2019ouvre plus aucune porte au d\u00e9bouch\u00e9 du chemin d\u00e9sign\u00e9 \u2014 pourtant le nom figure encore comme un t\u00e9moin que tu pourrais passer \u00e0 tes enfants. Qu\u2019y liraient-ils \u00e0 travers tes souvenirs ? \u2014 \u00e0 la fois ultime et premier effort du voyage, <em>sorte de rite de passage, laisser-passer d\u2019une fronti\u00e8re s\u2019ouvrant \u00e0 vous pour un temps donn\u00e9<\/em>, de l\u2019arriv\u00e9e \u2014 voil\u00e0 que tu repenses aux \u00e9preuves que traversaient les h\u00e9ros antiques. Ici, se confronter \u00e0 la mont\u00e9e, exigeante pour les muscles et les articulations apr\u00e8s les longues heures d\u2019immobilit\u00e9 forc\u00e9e, oser entrer dans la p\u00e9nombre glac\u00e9e, quitter chaleur et lumi\u00e8re vous accueillant, aux bruits, aux pas des cousins accourus, aux chiens que vous ne saviez jamais pr\u00e9voir, au d\u00e9s\u00e9quilibre des embrassades. Le mot pr\u00e9parait \u00e0 tout cela \u2014 on respirait profond\u00e9ment \u2014 pour la premi\u00e8re fois les poumons se gonflant de l\u2019air du lieu \u2014&nbsp; avant de s\u2019y engager \u2014 qui s\u2019y risquait le premier ? \u2014&nbsp; \u00e0 la queue leu leu \u2014 chacun mettant ses pas dans ceux de l\u2019autre, comme on reconnaitrait une piste. L\u2019hiver, le d\u00e9gel, ayant pu modifier sensiblement le chemin retenu dans vos corps depuis l\u2019\u00e9t\u00e9 pr\u00e9c\u00e9dent.&nbsp; Boyau glissant et p\u00e9nible&nbsp;<em>entrailles familiales<\/em> qui vous avalait, suant, suintant, <em>comme un accouchement \u00e0 rebours <\/em>\u2014 l\u2019impression aussi de p\u00e9n\u00e9trer dans un tombeau ? \u2014 Un mot, un nom presque commun dont on se d\u00e9barrasse par le glissement, presque l\u2019\u00e9vitement, tant on voudrait l\u2019avoir d\u00e9j\u00e0 gravi. On l\u2019avale \u2014 il nous nourrit \u2014 il se d\u00e9vale sans d\u00e9glutir \u00e0 travers ce syst\u00e8me de signes propres \u00e0 la communaut\u00e9 d\u2019individus qui vit l\u00e0-haut et attend votre arriv\u00e9e \u2014 Rois Mages ? \u2014 sur le seuil de cette langue non unifi\u00e9e. Qui sait si, quelques kilom\u00e8tres plus loin \u2014 tu sais tr\u00e8s bien que la route, devenue chemin de terre, se poursuivait sur la gauche, apr\u00e8s le pont, mais tu pr\u00e9f\u00e8res qu\u2019elle se termine ici, dans le pr\u00e9 \u2014&nbsp; il aura garder la m\u00eame signification, la m\u00eame \u00e9criture phon\u00e9tique ? car comme dans toutes les langues orales \u2014 colport\u00e9s, les mots voyageaient, se confrontaient \u00e0 d\u2019autres, s\u2019acceptant, se repoussant \u2014&nbsp; les vocables se diversifient, se diluent dans l\u2019espace, au point de ne plus trouver aucun indice sur aucune carte te prouvant que le lieu d\u00e9sign\u00e9 a bien exist\u00e9. Qui prononce encore leurs noms ? <\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-normal-font-size wp-block-paragraph\">Ils ne d\u00e9signent plus d\u00e9sormais que des lieux de ta m\u00e9moire.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Il reste un chemin terminant la route \u00e0 travers un nom, prononc\u00e9 babines retrouss\u00e9es sur des sonorit\u00e9s sifflantes, mais qui n\u2019ouvre plus aucune porte \u00e0 la sortie de la mont\u00e9e d\u00e9sign\u00e9e, \u00e0 la fois ultime et premier effort du voyage, de l\u2019arriv\u00e9e. On respirait profond\u00e9ment avant de s\u2019y engager \u00e0 la queue leu leu la toute premi\u00e8re fois. Boyau glissant <a class=\"more-link\" href=\"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/l13-il-reste-un-chemin\/\">Continuer la lecture<span class=\"screen-reader-text\">#L13 | il reste un chemin<\/span><span class=\"meta-nav\">&rarr;<\/span><\/a><\/p>\n","protected":false},"author":27,"featured_media":0,"comment_status":"open","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"h5ap_radio_sources":[],"footnotes":""},"categories":[2071,2069,2910],"tags":[],"class_list":["post-55767","post","type-post","status-publish","format-standard","hentry","category-ete-2021-les-cycles","category-2021-faire-un-livre","category-livre-13-reecriture"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/55767","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/users\/27"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=55767"}],"version-history":[{"count":0,"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/55767\/revisions"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=55767"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=55767"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=55767"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}