{"id":55840,"date":"2021-10-26T17:38:23","date_gmt":"2021-10-26T15:38:23","guid":{"rendered":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/?p=55840"},"modified":"2021-10-28T10:30:29","modified_gmt":"2021-10-28T08:30:29","slug":"autobiographies-06-voyage-a-sumatra","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/autobiographies-06-voyage-a-sumatra\/","title":{"rendered":"autobiographies #06 | voyage \u00e0 Sumatra"},"content":{"rendered":"\n<figure class=\"wp-block-image size-large\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"1024\" height=\"1024\" src=\"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-content\/uploads\/2021\/10\/pacific-austin-vJAIdCULvIc-unsplash-1024x1024.jpg\" alt=\"\" class=\"wp-image-55842\" srcset=\"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-content\/uploads\/2021\/10\/pacific-austin-vJAIdCULvIc-unsplash-1024x1024.jpg 1024w, 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courage, les si\u00e8ges en bois recouverts d\u2019une maigre mousse envelopp\u00e9e de moleskine souvent d\u00e9chir\u00e9e, voire \u00e9ventr\u00e9e, le v\u00e9hicule \u00e0 bout d\u2019usage au moteur cependant increvable \u00e0 ce que pr\u00e9tendent les deux petits hommes \u00e0 peau fonc\u00e9e et gencives rougies par le b\u00e9tel (une sacr\u00e9e \u00e9quipe, ces deux-l\u00e0), chauffeur et m\u00e9cano install\u00e9s sur le m\u00eame si\u00e8ge c\u00f4te \u00e0 c\u00f4te sens\u00e9s man\u0153uvrer cet autobus d\u00e9glingu\u00e9 jusqu\u2019\u00e0 l\u2019extr\u00eame sud de la plus grande \u00eele de l\u2019Insulinde, une progression compliqu\u00e9e et risqu\u00e9e pour on ne sait combien d\u2019heures, voire de jours \u2013 tant d\u2019al\u00e9as\u00a0comme accidents de camion, ponts coup\u00e9s par les pluies, effondrements de route ou glissements de terrain, que \u00e7a en devient impossible \u00e0 chiffrer, la notion de dur\u00e9e elle-m\u00eame hors de pens\u00e9e \u2013, une bien \u00e9trange navigation dans les limbes de cette for\u00eat tropicale r\u00e9v\u00e9l\u00e9s \u00e0 l&rsquo;occasion des virages par des phares d\u2019une puissance d\u00e9solante, for\u00eat devenue peu \u00e0 peu rempart obscur infranchissable dress\u00e9 de chaque c\u00f4t\u00e9 de la piste depuis qu\u2019on a quitt\u00e9 la gare routi\u00e8re de Medan, vagues souvenirs d\u2019un champ de poussi\u00e8re investi par un grand bazar, une foire, une zone de transit avec foule de voyageurs en attente et vendeurs \u00e0 la sauvette de morceaux de fruits dans des sachets en plastique, souvenirs d\u00e9sormais entrepos\u00e9s telles des billes d\u00e9vers\u00e9es dans un trou avec la nuit rapidement tomb\u00e9e, les arbres immenses offrant leurs d\u00e9coupures un bref moment contre le ciel rougeoyant et puis le noir s\u2019abattant d\u2019un coup sur eux, les tassant, transformant leur masse en une mati\u00e8re dense quasi imp\u00e9n\u00e9trable et du m\u00eame coup r\u00e9duisant la route \u00e0 une tranch\u00e9e, \u00e0 un trait fin et fragile soumis aux incursions fr\u00e9quentes d\u2019animaux sauvages, aux secousses sismiques et aux pluies diluviennes, l\u2019autobus rien qu\u2019une mis\u00e9rable carcasse lanc\u00e9e \u00e0 la vitesse qu\u2019elle peut et soumise \u00e0 toutes esp\u00e8ces de p\u00e9rils, parfois interjections dans une langue brutale de la part du m\u00e9cano pour r\u00e9veiller l\u2019attention du conducteur \u00e0 propos d\u2019une orni\u00e8re, d\u2019un obstacle surprise, ou alors g\u00e9missements d\u2019enfant assoupi en d\u00e9pit des bruits de t\u00f4le et de moteur en surchauffe brusquement r\u00e9veill\u00e9, la temp\u00e9rature grimp\u00e9e d\u2019un cran dans l\u2019habitacle en d\u00e9pit de la nuit, insectes tournoyants, fum\u00e9e \u00e2cre des cigarettes au clou de girofle, mains moites agripp\u00e9es aux si\u00e8ges mal arrim\u00e9s, une sueur grasse recouvrant progressivement la peau des corps entass\u00e9s avec volaille et bagages, corps in\u00e9vitablement se heurtant au gr\u00e9 des somnolences et tendus dans l\u2019esp\u00e9rance du prochain arr\u00eat pr\u00e9vu on ne sait pas quand dans un bouiboui improvis\u00e9 en pleine jungle avec quelques lampes \u00e0 p\u00e9trole bien falotes, une \u00e9tape n\u00e9cessaire pour se d\u00e9plier secouer ses muscles happer l&rsquo;air humide par bouff\u00e9es avant d&rsquo;attendre son tour devant la baraque en planches qui sert de lieu d\u2019aisance (impensable pour une fille de s\u2019avancer dans les fourr\u00e9s, en plus \u00e9trang\u00e8re, avec \u00e7a la peur des tigres et des serpents sans compter les mauvaises rencontres), avaler un petit quelque chose, riz frit aux l\u00e9gumes \u2013 gu\u00e8re le choix \u2013, deux trois ramboutans si c\u2019est la saison, les deux comp\u00e8res install\u00e9s dans une bicoque voisine pour manger leur repas sp\u00e9cialement pr\u00e9vu pour les chauffeurs de la compagnie, observant tour \u00e0 tour l&rsquo;\u00e9puisement et la r\u00e9signation sur les visages saisis au hasard des lueurs sous feuillages d\u00e9veloppant une multitude d\u2019ombres, s\u2019effor\u00e7ant de ne pas penser aux heures qui restent pour atteindre Padang (car \u00e0 peine d\u00e9pass\u00e9 la ville de Sibolga, embarquement pour l\u2019\u00eele de Nias, un lieu dont on sait peu de chose), reprendre la route alors qu\u2019un croissant de lune a paru tr\u00e8s haut, l\u2019habitacle d\u00e9sormais charg\u00e9 d\u2019odeurs corporelles auxquelles s\u2019ajoutent les p\u00e9nibles exhalaisons des durians embarqu\u00e9s \u00e0 l\u2019arri\u00e8re, fruits tr\u00e8s pris\u00e9s dans ces contr\u00e9es offerts aux amis et \u00e0 la famille dont la chair cr\u00e9meuse d\u00e9gage d&rsquo;affreux ar\u00f4mes de soufre et d\u2019oignon \u2013 impossible \u00e0 ce stade d\u2019y \u00e9chapper \u2013, la nuit longue et vaste r\u00e9pandant alors sans retenue dans les cerveaux ses plaintes v\u00e9g\u00e9tales, ses vents d&rsquo;inqui\u00e9tude, ses rumeurs attach\u00e9es aux errances des b\u00eates, ses stridences et hurlements de singes, ses angoisses de la panne qui entra\u00eenerait un s\u00e9jour en bord de piste bien peu conseill\u00e9 \u00e0 pareilles heures, la nuit longue et vaste rendant plus sensible qu\u2019ailleurs l\u2019apparente immobilit\u00e9 du temps au c\u0153ur de ces t\u00e9n\u00e8bres charg\u00e9es de menaces bien que les canop\u00e9es soient habit\u00e9es d\u2019\u00e9toiles alors qu\u2019on est si loin de chez soi sans possibilit\u00e9 de s\u2019en retourner, de fuir l\u2019\u00e9preuve, de dire non<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>\u00e7a cahote, \u00e7a \u00e9branle les reins, route si mauvaise qu\u2019on doit s\u2019agripper au bord de si\u00e8ges comme on peut \u2013 dormir pas question \u2013, heure apr\u00e8s heure \u00e7a percute contre les os, \u00e7a entame le courage, les si\u00e8ges en bois recouverts d\u2019une maigre mousse envelopp\u00e9e 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