{"id":55937,"date":"2021-10-27T22:22:36","date_gmt":"2021-10-27T20:22:36","guid":{"rendered":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/?p=55937"},"modified":"2021-10-28T06:38:22","modified_gmt":"2021-10-28T04:38:22","slug":"autobiographie-04-mal-adresses","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/autobiographie-04-mal-adresses\/","title":{"rendered":"autobiographie #04 |  mal adresse(s)"},"content":{"rendered":"\n<p>Le logiciel s\u2019appelait Lotus quelque chose, je ne sais pas quoi. C\u2019\u00e9tait bien avant qu\u2019IBM rach\u00e8te les solutions de Groupware Lotus Notes-Domino pour 3,5 milliards de dollars. C\u2019est dans l\u2019avion, entre Paris et Montr\u00e9al, que Roger Gomez m\u2019en fit l\u2019\u00e9loge, d\u00e9monstration \u00e0 l\u2019appui, son&nbsp;<em>Filofax A5 Richmond<\/em>&nbsp;en mains, pos\u00e9 sur ses genoux. On pouvait classer chaque&nbsp;<em>full address card<\/em>&nbsp;par cat\u00e9gories, les associer par&nbsp;<em>projects<\/em>, s\u2019imprimer les pages, les faire mordre par les six m\u00e2choires du&nbsp;<em>Filofax<\/em>. Magique. Un vif sentiment de pouvoir mettre de l\u2019ordre dans le chaos des agendas et le foutoir de mon carnet d\u2019adresses. Je m\u2019y r\u00e9solus. C\u2019\u00e9tait sans illusions. C\u2019\u00e9tait il y a plus de trente ans. Le talentueux r\u00e9alisateur des&nbsp;<em>Enfants du rock<\/em>, des journaux t\u00e9l\u00e9vis\u00e9s d\u2019Antenne 2, d\u2019<em>Envoy\u00e9 sp\u00e9cial<\/em>&nbsp;est mort bien trop jeune. Mon vieil&nbsp;<em>A5 Richmond<\/em>&nbsp;est un bordel sans nom, rempli de num\u00e9ros de t\u00e9l\u00e9phone barr\u00e9s, de ratures, de gribouillis parfois illisibles, au crayon papier, au stylo bille, au feutre. Il y a m\u00eame des noms, faute de place, qui ne sont pas \u00e0 la bonne lettre. A la lettre G, il n\u2019y a m\u00eame pas trace de Roger Gomez. C\u2019est \u00e0 lui pourtant, c\u2019est \u00e0 lui toujours, que je pense chaque fois que, depuis plus de trois d\u00e9cennies, j\u2019use de mon carnet d\u2019adresses us\u00e9. Un carnet us\u00e9 d\u2019adresses dont la plupart ne disent plus rien, oublieuses qu\u2019elles sont de leur propre ville.<\/p>\n\n\n\n<p>6, rue Taclet&nbsp;<strong>sommet d\u2019une tour id\u00e9ale pour voir la nuit sur la ville immense et le jour poindre<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>28, avenue pierre de Coubertin<\/p>\n\n\n\n<p>32, rue Malesherbes<\/p>\n\n\n\n<p>Quai de la Marine&nbsp;<strong>un petit pont de pierre reliant les deux maisons qui dominent le port et des escaliers que les photographes de mariage affectionnent<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>21, chemin du Colorado&nbsp;<strong>loin, au milieu d\u2019un oc\u00e9an, elle put avoir enfin des enfants<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>48, boulevard de la Bastille&nbsp;<strong>a chaque retour de vacances, l\u2019\u00e9troit balcon s\u2019enrichit des galets vol\u00e9s sur les plages<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>66, R\u00e9sidence Les Tamariniers&nbsp;<strong>grande famille qui entretient la m\u00e9moire d\u2019un ami trop t\u00f4t disparu<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>18, place du nombre d\u2019or \u200c<strong>l\u2019ami mapuche, fier et obstin\u00e9, face \u00e0 une jungle dans laquelle mes secours sont rest\u00e9s vains<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>Route du Lancone&nbsp;<strong>une voix qui d\u00e9nonce, une femme qui accuse, face \u00e0 la cam\u00e9ra<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>Via Cavallotti, 23&nbsp;<strong>franchir, flancher, renoncer, ne pas savoir, \u00eatre incapable<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>100, rue Casimir Ranson<\/p>\n\n\n\n<p>5, rue Henri Rouaud<\/p>\n\n\n\n<p>13, rue de l\u2019ancienne com\u00e9die \u200c<strong>tout va bien se passer d\u00e9sormais rassure de sa voix grave mon ma\u00eetre des encres sur son r\u00e9pondeur t\u00e9l\u00e9phonique<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>27, rue du Renard&nbsp;<strong>\u00e9troit et indispensable bureau d\u2019une grande journaliste, loin de son domicile<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>69, rue de la Tombe Issoire&nbsp;<strong>nous avions constat\u00e9 ensemble que les cl\u00e9mentines de Corse que nous trouvions dans le quartier \u00e9taient plus belles et moins ch\u00e8res que celles de l\u2019\u00eele<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>Impasse des Nobis<\/p>\n\n\n\n<p>30, avenue Raquel Meller&nbsp;<strong>il y a un rapport entre une cour d\u2019assises et l\u2019op\u00e9ra : un drame s\u2019y joue<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>26, rue Linois<\/p>\n\n\n\n<p>Quai sud&nbsp;<strong>notre ami skipper n\u2019est plus, notre bar repaire a disparu, les caract\u00e9ristiques du feu du m\u00f4le du vieux port sont inchang\u00e9es<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>15, avenue des fr\u00e8res Roustan&nbsp;<strong>deux \u00eeles en face, certes. La rue a traverser pour gagner la plage, certes. La mer comme une flaque immobile puant l\u2019ambre solaire en \u00e9t\u00e9. L\u00e0, un automne, nous avons confi\u00e9 aux vagues ta guitare et tes cendres.<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>8, rue de Suffren<\/p>\n\n\n\n<p>Chemin de Vence&nbsp;<strong>elle ne voulait pas mourir l\u00e0<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>4, rue de Thorigny<\/p>\n\n\n\n<p>64, rue F\u00e9lix Faure<\/p>\n\n\n\n<p>5075, rue Marquette&nbsp;<strong>liens num\u00e9riques des r\u00e9seaux qui se moquent des fronti\u00e8res<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>18, rue Pascal<\/p>\n\n\n\n<p>51, place de la Lib\u00e9ration<\/p>\n\n\n\n<p>25, avenue Maurice Derch\u00e9&nbsp;<strong>tu avais tant de choses \u00e0 nous \u00e9crire encore<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>16, Rue des Rousselins<\/p>\n\n\n\n<p>271, rue Jolliot-Curie<\/p>\n\n\n\n<p>13 ter, avenue Caravadossi<\/p>\n\n\n\n<p>2, rue Mozart<\/p>\n\n\n\n<p>7, mont\u00e9e Saint Charles&nbsp;<strong>l\u2019orchid\u00e9e dans le fanjan ramen\u00e9 de Madagascar sur le balcon de ton bureau<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>112, quai Charles de Gaulle&nbsp;<strong>culte de la m\u00e9moire du p\u00e8re, discr\u00e9tion des toiles de la m\u00e8re<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>58, rue Saint Jean&nbsp;<strong>souvenirs tr\u00e8s pr\u00e9cis, trop difficile de les \u00e9voquer<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>8, place de la Pierre&nbsp;<strong>un film en commun et quarante ans de distance<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>30, rue Bargue&nbsp;<strong>un fou d\u00e9sir d\u2019enfant<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>Avenue de Benefiat&nbsp;<strong>phantasmes coll\u00e9giens<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>5, Mazeirat&nbsp;<strong>\u200c<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>29, avenue Gazan prolong\u00e9e&nbsp;<strong>saxophone, collections de tout pour ne pas vieillir, sculptures encombrantes, elle et lui, diff\u00e9rents et beaux, couple contraste<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>21, avenue saint Julien&nbsp;<strong>au mot \u00ab&nbsp;souris&nbsp;\u00bb le boxer allait toujours poser ses babouines baveuses devant un minuscule trou<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>28, rue des Liserons&nbsp;<strong>formateur, jamais format\u00e9. Le corps fait partie de la machine qui fabrique les images.<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>Via Trinita&nbsp;<strong>une si petite \u00eele, un cheval<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>565, rue du Parvis<\/p>\n\n\n\n<p>49, rue Maurice Ripoche<\/p>\n\n\n\n<p>37, rue d\u2019Iran&nbsp;<strong>adieu Tunis<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>63, rue Ballard&nbsp;<strong>oui, des intellectuels avec des m\u00e9thodes de dockers<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>7, rue Gr\u00e9goire de Tours&nbsp;<strong>pas un jour, sans tourment<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>14, avenue de France&nbsp;<strong>n\u2019avoir plus \u00e0 y revenir<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>10, chemin de ronde&nbsp;<strong>deux chats et d\u2019inconfortables fauteuils, l\u2019esprit musqu\u00e9 d\u2019un parfum Molinard<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>76, boulevard Victor Hugo&nbsp;<strong>l\u00e0 o\u00f9 vous vouliez finir, votre avant dernier lieu, apr\u00e8s la trop grande maison dans les oliviers<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>21, rue Gracieuse&nbsp;<strong>au c\u0153ur de r\u00e9seaux, du sale au blanc, parler de porosit\u00e9 est un gentil euph\u00e9misme<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>11, rue Cappati&nbsp;<strong>m\u00e9moire rancuni\u00e8re et trop pr\u00e9cise, quelque chose de rageur, revanche \u00e0 prendre<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>6, rue Ghomara&nbsp;<strong>entre deux mondes, deux cultures, entre le r\u00e9alisme et la fiction<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>75, rue L\u2019alouette&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p>109, rue des oliviers \u200c<strong>un jardin toujours accompagne<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>Avenue de Poilly&nbsp;<strong>de Verdi \u00e0 Gramsci<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>Avenue du Mont Thabor<\/p>\n\n\n\n<p>19, avenue Pierre Emmanuel&nbsp;<strong>dans le nid si proche des parents, adolescence folle et une vie rang\u00e9e<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>52, rue Letort&nbsp;<strong>peu d\u2019\u00e9clairage dans le quartier,grande chaleur amicale \u00e0 l\u2019int\u00e9rieur, apr\u00e8s Ouv\u00e9a<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>Grand Palais, Boulevard Carabacel&nbsp;<strong>tout Proust en vous vivant<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>26, rue Loriot de Rouvray<\/p>\n\n\n\n<p>16, rue Lafontaine<\/p>\n\n\n\n<p>15, rue au maire<\/p>\n\n\n\n<p>Aviagorodok-2, Bld. 23&nbsp;<strong>visas \u00e0 la poubelle. Fian\u00e7ailles annul\u00e9es. Et puis en octobre, c\u2019\u00e9tait vraiment pas le bon moment.<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>Via Cavour, 39&nbsp;<strong>a quelques pas de l\u2019artisan d\u2019armures, les images de Riso amaro partout, Silvana Mangano, l\u00e0. Son reflet dans la vitrine, a l\u2019angle de la rue et du canal, elle traverse, elle marche, se retourne. Elle vient vers nous. On refait tout le film et on change la fin.<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p><del>Les adresses qui ne sont pas suivies de textes en gras m\u00e9ritent d\u2019\u00eatre barr\u00e9es en se souvenant que peut \u00eatre l\u2019oubli est l\u2019une des conditions de possibilit\u00e9 de la m\u00e9moire.<\/del><\/p>\n\n\n\n<figure class=\"wp-block-image size-full\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"922\" height=\"702\" src=\"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-content\/uploads\/2021\/10\/E6C56826-6B85-4A93-B98B-E8CF1B8FB3D3.jpeg\" alt=\"\" class=\"wp-image-55939\" srcset=\"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-content\/uploads\/2021\/10\/E6C56826-6B85-4A93-B98B-E8CF1B8FB3D3.jpeg 922w, https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-content\/uploads\/2021\/10\/E6C56826-6B85-4A93-B98B-E8CF1B8FB3D3-420x320.jpeg 420w, https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-content\/uploads\/2021\/10\/E6C56826-6B85-4A93-B98B-E8CF1B8FB3D3-768x585.jpeg 768w\" sizes=\"auto, (max-width: 922px) 100vw, 922px\" \/><figcaption>Saisie d\u2019\u00e9cran &#8211; source INA<\/figcaption><\/figure>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Le logiciel s\u2019appelait Lotus quelque chose, je ne sais pas quoi. 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