{"id":55945,"date":"2021-10-27T23:16:18","date_gmt":"2021-10-27T21:16:18","guid":{"rendered":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/?p=55945"},"modified":"2021-10-28T13:14:34","modified_gmt":"2021-10-28T11:14:34","slug":"autobiographies-06-vol-de-nuit","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/autobiographies-06-vol-de-nuit\/","title":{"rendered":"autobiographies #06 | vol de nuit."},"content":{"rendered":"\n<p class=\"wp-block-paragraph\">D\u00e9part pour la Floride, Etat du sud-ouest des USA avec d\u2019un c\u00f4t\u00e9, l\u2019oc\u00e9an Atlantique et de l\u2019autre, le golfe du Mexique, comprenant des centaines de kilom\u00e8tres de plages, plages de gens, plages de chiens, plages de voitures, la Floride donc, mais pas Miami, ni Orlando, non, ce sera Tampa, si\u00e8ge du comt\u00e9 de Hillsborough sur la c\u00f4te occidentale, le long de la baie de Tampa, l\u00e0 o\u00f9 il fait toujours beau, toujours chaud, 350 jours et des poussi\u00e8res sans pluie, sur le vol United Airlines via Francfort, Allemagne, d\u2019une dur\u00e9e de 13 heures environ, dans la nuit du 24 f\u00e9vrier 2018, arriv\u00e9e \u00e0 l\u2019a\u00e9roport, lieu propice aux voyages, \u00e0 la r\u00eaverie, \u00e0 l\u2019aventure qui s\u2019annonce, excitation, jubilation, all\u00e9gresse, corps coll\u00e9s \u00e0 la baie vitr\u00e9e, regards fix\u00e9s sur la piste de d\u00e9collage\/atterrissage, pupilles \u00e9cartel\u00e9es devant les engins de fer ail\u00e9s \u00e0 qui l\u2019on s\u2019appr\u00eate \u00e0 confier les vies, stupeurs et tremblements \u00e0 cette pens\u00e9e, les vessies se remplissent, les ventre se nouent, les jambes tremblent, dans la queue humaine fatigu\u00e9e, press\u00e9e d\u2019en finir et de dormir, valises et sacs \u00e9tiquet\u00e9s, empil\u00e9s, train\u00e9s, mal ferm\u00e9s, oubli\u00e9s quelquefois, conversations feutr\u00e9es d\u2019o\u00f9 \u00e9clatent brusquement un d\u00e9saccord, un \u00e9nervement et des coul\u00e9es de larmes, adieux d\u00e9chirants ou c\u00e2lins amoureux, derniers baisers mouill\u00e9s et promesses donn\u00e9es, langues fran\u00e7aises, anglaises, italiennes, bulgares, etc., v\u00e9rification des billets, passeports, en poche, droite, gauche, int\u00e9rieure, ext\u00e9rieure, portes monnaies et autres secrets cach\u00e9s, fouilles des bagages, intimit\u00e9s \u00e9tal\u00e9es et radiographi\u00e9es, bouteilles d\u2019eau vid\u00e9es, scanners du corps, lumi\u00e8re rouge, bip de contr\u00f4le, ceintures et chaussures enlev\u00e9es et r\u00e9ajust\u00e9es, d\u00e9testation de marcher en chaussettes sous les regards goguenards, salles d\u2019embarquements, travers\u00e9es des couloirs bleus gris\u00e9s, sourires aux h\u00f4tesses, stewards et pilotes s\u2019assurant qu\u2019ils ont tous, une bonne t\u00eate et l\u2019air sobre, s\u00e9rieux et responsable, car il ne manquerait de surcro\u00eet que l&rsquo;un d&rsquo;entre eux soit dans un \u00e9tat \u00e9thylique au moment de s\u2019envoler, si\u00e8ges d\u2019avion en classe \u00e9conomique serr\u00e9s, couvertures (petites mais douces) aux pieds, si\u00e8ges de premi\u00e8res classes d\u00e9licatement incurv\u00e9s permettant d\u2019allonger les corps avec volupt\u00e9, couvertures ( chic et bleu marine) \u00e9crans d\u2019ordinateurs allum\u00e9s, l\u2019engin va d\u00e9coller \u00ab\u00a0mesdames et messieurs, veuillez rester assis pour le d\u00e9collage\u2026\u00a0\u00bb voix du personnel, instructions, ceintures, mode avion, pouss\u00e9e du moteur, roulage des roues sur le tarmac, acc\u00e9l\u00e9rations, sifflements aigus dans les tympans, chewing-gums dans les bouches, crispations des bras sur les accoudoirs, c\u0153urs battants, pri\u00e8re au ciel, l\u2019appareil s\u2019engage, face au vent, fonce, propuls\u00e9 droit vers l\u2019avant, rythme du sang dans les veines, aspirations, inspirations, respirations, yeux ferm\u00e9s, puis la portance et\u00a0le long courrier, monte, quitte la terre ferme, replie ses roues, d\u00e9plie sa voilure, ses ailes, et s\u2019envole pour l\u2019immensit\u00e9, soulagements furtifs, \u00eatre dans les mains de Dieu, impuissants et sans choix, apaiser sa pens\u00e9e, croire pour la premi\u00e8re fois, d\u00e9tacher les ceintures, regarder les gestes de survies, les oublier, se dire qu\u2019il n\u2019y en aura pas n\u00e9cessit\u00e9, ressentir le doux ronronnement de l\u2019avion, se concentrer sur les passagers, tous ou du moins, la plupart font d\u00e9filer les choix illimit\u00e9s des derniers films du box-office, livres, magazines ou journaux flanqu\u00e9s derri\u00e8re les filets tandis que virevoltent avec brio, les h\u00f4tesses et leurs jolis plateaux-chariots aux petites barquettes de pur\u00e9es, l\u00e9gumes, viandes ou tofus, desserts vanill\u00e9s ou chocolat\u00e9s, petits pains dor\u00e9s, le tout recouvert d\u2019un scintillant cellophane et de minuscules couverts non pas d\u2019argent mais de bois, suscitant suspension d\u2019activit\u00e9, \u00e9tirements de jambes, salives aux l\u00e8vres, brillance des yeux, inscrivant dans les cerveaux, endorphines et plaisirs imm\u00e9diats, un je ne sais quoi de \u00ab\u00a0ah\u00a0! on va manger, c\u2019est bien, \u00e7a passe le temps \u00ab pr\u00e9cipitant les doigts au d\u00e9piautage d\u00e9licat de ces mets quasi raffin\u00e9s, au l\u00e9chage discret de la sauce tomb\u00e9e par inadvertance et savourant avec d\u00e9lice, cette parenth\u00e8se dans le temps qui traine, se suspend, s\u2019\u00e9tire lentement, trop lentement, emprisonnant, lui-m\u00eame et le tout, dans cet oiseau volant \u00e0 la pointe des nuages blancs \u00e9clatants, divinement \u00e9clair\u00e9s par l\u2019ultime rayonnement du soleil, faisant tranquillement place \u00e0 la nuit \u00e9toil\u00e9e, aux hublots qui se ferment, aux \u00e9crans qui s\u2019endorment, aux si\u00e8ges qui s\u2019allongent, devant, derri\u00e8re, ventres imposants, peur d\u2019\u00e9craser, corps coinc\u00e9s, impossibilit\u00e9 de fermer l\u2019\u0153il, pens\u00e9es en pagaille, ronflements nocturnes, o\u00f9 mettre les jambes, les pieds et tout ce qui d\u00e9passe, somnolences, longs va-et-vient entre les si\u00e8ges et les toilettes, totalement exigu\u00ebs, ne laissant place que pour le glissement prudent et minutieux des pantalons ou des robes \u00e0 zipper, obligeant les fesses \u00e0 se caler sans bouger, aux mains adroites \u00e0 attraper le papier afin de s\u2019essuyer sans \u00e9clat puis distorsion finale pour tout refermer, se relever, s\u2019extirper de ces petites cabines \u00e9troites o\u00f9 chacun craint de rester coinc\u00e9 en cas de chute inopin\u00e9e de l\u2019avion, coinc\u00e9, ridicule et apeur\u00e9, \u00e0 entendre les hurlements, masques \u00e0 oxyg\u00e8nes arrach\u00e9s, bou\u00e9es pr\u00eates \u00e0 \u00eatre gonfl\u00e9es, derniers messages d\u2019amours tapot\u00e9s, mon dieu, mourir dans ces toilettes, quasiment d\u00e9nud\u00e9, sans portable et captif du mauvais c\u00f4t\u00e9, le crash du zinc, la fin, le bout du chemin, mais non, rien de tout cela ne va arriver, se rasseoir, se rendormir, ne pas y arriver, sentir la sueur suinter sous les aisselles, aller rire avec les h\u00f4tesses, tr\u00e9pigner, marcher de long en large, essayer les bouchons d\u2019oreilles, les masques \u00e0 yeux, tout enlever, soulever le hublot, contempler les astres, r\u00eaver de l\u2019espace, ressentir le vide, le rien, rallumer l\u2019\u00e9cran, sombrer sur les images, perdre pied, lorsque brusquement, cinq, six, sept heures peut-\u00eatre, brutalit\u00e9 des lumi\u00e8res, r\u00e9veil des voisins, \u00e9tirements, baillements, pleurs des petits, r\u00e9ajustements, v\u00e9rification des messages t\u00e9l\u00e9phoniques, regards vers le petit d\u00e9jeuner, bien empaquet\u00e9, odeur du caf\u00e9, chocolat, th\u00e9, croissants, pains beurr\u00e9s, estomacs retourn\u00e9s, hublots relev\u00e9s et la lumi\u00e8re jaillit dans le cockpit, sur les visages, dans le bleu des cieux et de nouveau, la voix du pilote, ceintures rattach\u00e9es, la descente s\u2019effectue, d\u00e9sagr\u00e9ables turbulences, cabrage, atterrissage, freinage, tour de piste, arr\u00eat, ceintures d\u00e9nou\u00e9es, sacs \u00e0 main, longs couloirs, pulls et blousons enlev\u00e9s, passage \u00e0 la douane, r\u00e9cup\u00e9ration des bagages, personnel souriant, accueillant, premiers mots en am\u00e9ricain, premi\u00e8res blagues qui fusent \u00ab\u00a0bienvenue en Am\u00e9rique, je suis d\u00e9j\u00e0 all\u00e9 \u00e0 Paris, la Tour Eiffel, je parle un petit peu le fran\u00e7ais, un petit peu\u00a0\u00bb, mont\u00e9e dans la navette entre l\u2019a\u00e9roport et la sortie, travers\u00e9e de quelques secondes, portes et baies vitr\u00e9es, soleil \u00e9blouissant, chaleur humide, a\u00e9roport gigantesque, \u00e7a y est, c\u2019est l\u2019Am\u00e9rique, la Floride, le sud au bord de la baie de Tampa, de l\u2019a\u00e9roport \u00e0 l\u2019h\u00f4tel, de grandes sortes d\u2019autoroutes qui se croisent et se d\u00e9croisent, longer le golfe du Mexique et la baie, voitures gar\u00e9es sur les plages, les corps \u00e0 l\u2019int\u00e9rieur sur les si\u00e8ges ou \u00e0 c\u00f4t\u00e9s d\u2019elles sur les serviettes \u00e9tal\u00e9s, h\u00f4tels pour touristes accompagn\u00e9s de piscines bleues et jet ski \u00e0 gogo, le r\u00eave, air conditionn\u00e9 de la voiture, de la chambre d\u2019h\u00f4tel, contraste violent avec la chaleur, avoir oubli\u00e9 de mettre des v\u00eatements d\u2019\u00e9t\u00e9 dans les valises, juste quelques tee-shirts et une paire de lunettes, difficile en partant en plein mois de f\u00e9vrier de se pr\u00e9parer pour l\u2019\u00e9t\u00e9\u00a0!<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>D\u00e9part pour la Floride, Etat du sud-ouest des USA avec d\u2019un c\u00f4t\u00e9, l\u2019oc\u00e9an Atlantique et de l\u2019autre, le golfe du Mexique, comprenant 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