{"id":56011,"date":"2021-11-01T10:55:49","date_gmt":"2021-11-01T09:55:49","guid":{"rendered":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/?p=56011"},"modified":"2021-11-02T09:04:20","modified_gmt":"2021-11-02T08:04:20","slug":"autobiographie-02-portraits-craches","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/autobiographie-02-portraits-craches\/","title":{"rendered":"autobiographies #02 | portraits crach\u00e9s"},"content":{"rendered":"\n<figure class=\"wp-block-image size-large\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"1024\" height=\"1024\" src=\"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-content\/uploads\/2021\/11\/mb-1024x1024.jpg\" alt=\"\" class=\"wp-image-56346\" srcset=\"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-content\/uploads\/2021\/11\/mb-1024x1024.jpg 1024w, https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-content\/uploads\/2021\/11\/mb-420x420.jpg 420w, https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-content\/uploads\/2021\/11\/mb-200x200.jpg 200w, https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-content\/uploads\/2021\/11\/mb-768x768.jpg 768w, https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-content\/uploads\/2021\/11\/mb-1536x1536.jpg 1536w, https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-content\/uploads\/2021\/11\/mb-2048x2048.jpg 2048w\" sizes=\"auto, (max-width: 1024px) 100vw, 1024px\" \/><\/figure>\n\n\n\n<p>Qu\u2019il est \u00e9trange de se pencher sur son pass\u00e9 et constater, avec \u00e9tonnement, qu\u2019il est peupl\u00e9 d\u2019une multitude de personnages, flous ou pr\u00e9cis, et ayant marqu\u00e9s de fa\u00e7on ind\u00e9l\u00e9bile notre conscience. Ces traces laiss\u00e9es en nous ont-elles fait s\u2019agrandir notre \u00e2me, agissent elles sur notre personnalit\u00e9, notre caract\u00e8re, nos actes&nbsp;? Est-ce que le \u00ab&nbsp;je&nbsp;\u00bb qui nous caract\u00e9rise ne serait pas la somme de tous ces instants v\u00e9cues avec l\u2019autre, fugaces ou pas, aim\u00e9s ou pas&nbsp;? Que savons nous du lien secret que notre m\u00e9moire entretient avec chacun d\u2019eux et du pourquoi elle les garde en elle comme un tr\u00e9sor de guerre\u2026<\/p>\n\n\n\n<p> \u00ab\u00a0Ange est mort ! Ce matin les ouvriers de l&rsquo;usine l&rsquo;ont trouv\u00e9 \u00e9cras\u00e9 au sol. La police dit qu&rsquo;il a escalad\u00e9 le mur depuis le terrain vague et s&rsquo;est introduit par les toits d&rsquo;o\u00f9 il a chut\u00e9. Sur son dos un sac noir contenait l&rsquo;argent des salaires.\u00a0\u00bb Les yeux ailleurs, sur ce toit d&rsquo;usine sans doute, silencieuse, elle comprend. Elle ne verra plus Ange \u00e0 la sortie du coll\u00e8ge o\u00f9 il venait r\u00e9guli\u00e8rement l&rsquo;attendre pour lui donner des lettres. Toutes de deux pages, d&rsquo;une minuscule \u00e9criture bleue, sur un papier sans carreaux. Des lignes bien droites, de mots d&rsquo;amour, de promesses d&rsquo;avenir, de loin d&rsquo;ici, etc. etc. etc&#8230; Eux, n&rsquo;en sauront jamais rien.<\/p>\n\n\n\n<p>Dans ce quartier populaire de la ville, l\u2019\u00e9picerie est un peu l\u2019\u00e9picentre de la vie communautaire. Qui dans sa journ\u00e9e n\u2019est pas pass\u00e9 chez Fran\u00e7ois&nbsp;? Long et mince trentenaire, c\u00e9libataire et fils unique, Fran\u00e7ois vit chez ses parents dans un petit appartement au-dessus de son commerce. Et c\u2019est bien pratique, car Fran\u00e7ois voue sa vie \u00e0 l\u2019\u00e9picerie. Ouvert d\u00e8s six heures, il ne baisse le rideau pas avant vingt et une heures. A toutes heures l\u2019on peut compter sur lui, le sel ne manquera pas sur la table, ni le lait au petit d\u00e9jeuner&nbsp;! Fran\u00e7ois c\u2019est la joie, la serviabilit\u00e9 et la discr\u00e9tion personnifi\u00e9es. Tu n\u2019as pas le sou&nbsp;? Pas de soucis, je le mets sur le compte tu passeras en fin de mois me r\u00e9gler&nbsp;! Et pour les minots du quartier, souvent dans la rue, c\u2019est le grand-fr\u00e8re complice. Pour un cin\u00e9 ou des friandises ils vont en bande chaparder des bouteilles au port autonome, celles avec les six \u00e9toiles sur le goulot et destin\u00e9es aux caves Margnat. Ils les apportent \u00e0 Fran\u00e7ois pour empocher les sous de la consigne. Lui ne pose pas de question, fait mine de ne pas avoir compris la combine, il donne quelques pi\u00e8ces et range les bouteilles dans un casier en bois dans l\u2019arri\u00e8re-boutique. Parfois il fait de l\u2019humour \u00ab&nbsp;ton p\u00e8re boit beaucoup en ce moment&nbsp;!&nbsp;\u00bb et devant la mine affol\u00e9e du gosse il \u00e9clate de rire. Fran\u00e7ois c\u2019est \u2026 \u00e9norme de g\u00e9n\u00e9rosit\u00e9&nbsp;!<\/p>\n\n\n\n<p>Madame Jeanne se d\u00e9place toujours le dos un peu courb\u00e9, comme en \u00e9tat permanent de pri\u00e8re\u00a0; une d\u00e9formation professionnelle dit-on. Il est vrai, pour cette vieille-fille, que son m\u00e9tier qu&rsquo;elle pratique avec z\u00e8le, est un vrai sacerdoce, une vocation. Madame Jeanne est ma\u00eetresse d\u2019\u00e9cole et se penche avec d\u00e9vouement sur ces jeunes t\u00eates qu\u2019elle guide sur le chemin de l\u2019\u00e9mancipation. Quand elle se d\u00e9plie, elle est grande et fine, elle a un joli visage aux yeux espi\u00e8gles, sa voix est douce et calme. Elle porte toujours une jupe sombre qui cache ses genoux et lui coupe la taille sur un corsage blanc d\u2019o\u00f9 scintille une croix. Elle porte de brillant mocassins vernis noirs. Ses cheveux d\u00e9j\u00e0 gris, coiff\u00e9s en chignon, lui donnent un aspect s\u00e9v\u00e8re, mais en vrai, elle est tendre comme le Petit Lu du go\u00fbter. Elle a mille ruses pour que l\u2019apprentissage soit un jeu, et une attention d\u00e9licate pour chaque gosse. Des rencontres comme celle de Madame Jeanne, pour un jeune enfant entrant dans la vie sociale, sont, sans aucun doute, d\u00e9terminantes \u00e0 cr\u00e9er un terreau riche et fructueux.<\/p>\n\n\n\n<p>En cette fin d\u2019\u00e9t\u00e9 le<em>\u00a0soleil br\u00fblait\u00a0<\/em>de son<em>\u00a0feu\u00a0<\/em>ardent, alors que ma<em>\u00a0passion, fruit\u00a0<\/em>d\u2019un long cheminement de photographe, attendait<em>\u00a0l\u2019orage. <\/em>Chaque jour, je scrutais le ciel automnal et partageais mes longues attentes avec\u00a0<em>\u00ab\u00a0Rose\u00a0\u00bb,\u00a0<\/em>un livre racontant<em>\u00a0la vie\u00a0<\/em>d\u2019une\u00a0<em>femme\u00a0<\/em>aux amours libertins<em>. <\/em>Sa\u00a0<em>sinc\u00e9rit\u00e9\u00a0<\/em>et nos<em>\u00a0affinit\u00e9s\u00a0<\/em>ont cr\u00e9\u00e9 entre nous une<em>\u00a0complicit\u00e9\u00a0<\/em>sans faille, ce livre me partout\u00a0; Rose devenait peu \u00e0 peu une amie r\u00e9elle. Je lui accordais facilement mon\u00a0<em>pardon\u00a0<\/em>dans ses d\u00e9rives \u00e9rotiques, nous n\u2019avions pas la m\u00eame vision du<em>\u00a0sentiment\u00a0<\/em>amoureux c\u2019est tout. Elle pouvait aussi compter sur mon<em>\u00a0soutien\u00a0<\/em>et ma tendresse lorsqu\u2019 elle me racontait, an\u00e9antie, des exp\u00e9riences douloureuses. Un jour, lors d\u2019un voyage en train, j\u2019\u00e9tais assise face \u00e0 une jeune femme qui ressemblait \u00e0 Rose, du moins \u00e0 l\u2019image que j\u2019en avais imagin\u00e9e. Nous avons convers\u00e9 facilement comme si nous nous connaissions depuis toujours, nous partagions le plaisir de la photographie et des jours de pluie. En nous quittant, spontan\u00e9ment, je lui ai offert mon livre f\u00e9tiche, lui assurant une lecture l\u00e9g\u00e8re.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Ange est mort !  <a class=\"more-link\" href=\"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/autobiographie-02-portraits-craches\/\">Continuer la lecture<span class=\"screen-reader-text\">autobiographies #02 | portraits crach\u00e9s<\/span><span class=\"meta-nav\">&rarr;<\/span><\/a><\/p>\n","protected":false},"author":464,"featured_media":0,"comment_status":"open","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"h5ap_radio_sources":[],"footnotes":""},"categories":[2820,2839,1],"tags":[],"class_list":["post-56011","post","type-post","status-publish","format-standard","hentry","category-cycle_autobiographies","category-autobiographie-02","category-atelier"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/56011","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/users\/464"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=56011"}],"version-history":[{"count":0,"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/56011\/revisions"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=56011"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=56011"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=56011"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}