{"id":56042,"date":"2021-10-29T15:38:39","date_gmt":"2021-10-29T13:38:39","guid":{"rendered":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/?p=56042"},"modified":"2021-10-29T22:56:29","modified_gmt":"2021-10-29T20:56:29","slug":"l13-3-fois-sur-le-metier","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/l13-3-fois-sur-le-metier\/","title":{"rendered":"#L13. 3 fois sur le m\u00e9tier&#8230;"},"content":{"rendered":"\n<figure class=\"wp-block-image size-large is-style-default\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"1024\" height=\"683\" src=\"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-content\/uploads\/2021\/10\/je-dois-2-1024x683.jpg\" alt=\"\" class=\"wp-image-56053\" srcset=\"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-content\/uploads\/2021\/10\/je-dois-2-1024x683.jpg 1024w, https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-content\/uploads\/2021\/10\/je-dois-2-420x280.jpg 420w, https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-content\/uploads\/2021\/10\/je-dois-2-768x512.jpg 768w, https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-content\/uploads\/2021\/10\/je-dois-2-1536x1024.jpg 1536w, https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-content\/uploads\/2021\/10\/je-dois-2-2048x1365.jpg 2048w\" sizes=\"auto, (max-width: 1024px) 100vw, 1024px\" \/><figcaption>Gilles Barbier \u00ab\u00a0Travailler le dimanche\u00a0\u00bb Nantes \u00e9t\u00e9 2021<\/figcaption><\/figure>\n\n\n\n<blockquote class=\"wp-block-quote is-layout-flow wp-block-quote-is-layout-flow\"><p><span style=\"color:#1993d2\" class=\"has-inline-color\"><strong>Codicille<\/strong>&nbsp;: c\u2019est une reprise de la 1, elle-m\u00eame un rapprochement de trois rubriques de la #L7, qui elle-m\u00eame se voulait travail r\u00e9flexif et prospectif sur les \u00e9crits en cours\u2026 C\u2019est un peu comme la boucle d\u2019oreille de la vache qui rit\u2026 De plus je ne sais absolument pas comment \u00e7a pourrait s\u2019int\u00e9grer au pdf quelque peu \u00e0 l\u2019abandon d\u2019ailleurs tant il est travaill\u00e9 par l\u2019h\u00e9t\u00e9rog\u00e9n\u00e9it\u00e9\u2026 de styles \/ histoires \/ personnages comme en convoque \u00e9videmment le mode associatif. Mais parfois une lueur, j\u2019entrevois une \u00ab&nbsp;forme&nbsp;\u00bb qui pourrait mais c\u2019est comme l\u2019\u00e9clat du phare\u2026 et c\u2019est ainsi depuis le d\u00e9but de ma participation aux ateliers\u2026\u00c0 l\u2019inverse\u2026 \u00e0 suivre un fil \u2013 c\u2019est l\u2019enfermement \u2026 Alors fatigu\u00e9 de remettre sur le m\u00e9tier j\u2019ai \u00ab&nbsp;laiss\u00e9 tomber&nbsp;\u00bb une grande partie des pistes de la V2 me disant que \u00e7a pourrait alimenter d\u2019autres textes, peur d\u2019alourdir cette V3 dont je n\u2019arrive pas \u00e0 appr\u00e9cier le plus ou moins digeste\u2026 Me dis qu\u2019il faudrait \u00ab\u00a0simplement\u00a0\u00bb rassembler les l\u00e9gendes ( \u00e0 tous les sens) d\u2019un livre d\u2019images \u00e0 feuilleter, chacune offerte au bruissement de son propre effacement..<\/span> <\/p><\/blockquote>\n\n\n\n<p><\/p>\n\n\n\n<p><strong>1. <\/strong>\u00c9crivant cela me revient cette image (elle resurgit de fa\u00e7on \u00e9pisodique, mais l\u00e0 elle avait disparu depuis un certain temps, cf. le ressassement plus haut\u00a0!) de la biblioth\u00e8que coll\u00e9e au mur, au-dessus du divan, dans le \u00ab\u00a0petit salon\u00a0\u00bb de l\u2019enfance. Sur les \u00e9tag\u00e8res aux vitres coulissantes, (j\u2019entends encore le bruit de la vitre frottant dans la rainure en contre-plaqu\u00e9, le choc un peu sourd \u00e0 l\u2019arr\u00eat en fin de course, contre la mince paroi.) les reliures dor\u00e9es de la s\u00e9rie de livres dans la collection <em>les portes de la vie.<\/em> Dans ce souvenir plusieurs associations\u00a0: le rapport au livre, investi \u00ab\u00a0familialement\u00a0\u00bb de l\u2019ordre presque du sacr\u00e9\u00a0: le livre ouvre les portes (la collection c\u00f4toyait \u00e9galement une Bible, des \u00ab\u00a0beaux livres\u00a0\u00bb reli\u00e9s) \u2013 sacr\u00e9 donc secr\u00e8tement terrorisant \u2013 intouchable dans l\u2019id\u00e9alisation, la r\u00e9v\u00e9lation de myst\u00e8res conjoints au savoir interdit sur le monde. Le livre en effet n\u2019ouvre pas n\u2019importe quelles portes, entre ses deux reliures s\u2019offrent les portes de la vie\u00a0! La vie est une affaire de femme. Ce sentiment d\u2019\u00e9tranget\u00e9 ressenti lors de l\u2019accouchement de C \u2013 l\u2019impression d\u2019\u00eatre au bord d\u2019une histoire comme cramponn\u00e9 \u00e0 un radeau ou \u00e0 une main sur un lit d\u2019h\u00f4pital. Les femmes savent faire (avec) la vie, et j\u2019apprends comme je peux, en retard sur tout, j\u2019apprends. Quand j\u2019\u00e9cris c\u2019est des tentatives pour apprendre\u2026 (comme reprendre son air en sortant la t\u00eate de l\u2019eau.) Aussi il y avait un volume \u00e9gar\u00e9 (lequel\u00a0?) venu amputer d\u2019une lettre (laquelle\u00a0?) la phrase \u00ab\u00a0Les portes etc\u2026\u00a0\u00bb Je pratiquais un jeu de chamboulement, une dislocation de la phrase en d\u00e9pla\u00e7ant les couvertures\u2026 Peut-\u00eatre cette sensation tr\u00e8s floue, tr\u00e8s vague, tr\u00e8s lointaine rencontr\u00e9e parfois lors de certaines lectures, Tabucchi entre autre, qui accompagne le perdre pied\u2026 Comme je perds absolument pied dans toute tentative de g\u00e9n\u00e9alogie. (Ces noms que j\u2019ai \u00e0 disposition ne me parlent pas.)Je vois bien que je suis aux prises avec la menace que fait peser l\u2019informe (la forme en attente d\u2019\u00eatre trouv\u00e9e) entre la dissolution, la dislocation, les figures de l\u2019abandon l\u2019oubli la mort. Je ne voudrais pas non plus m\u2019en tenir l\u00e0 comme \u00e0 un \u00ab\u00a0fonds de commerce\u00a0\u00bb tragique qui vaudrait toujours mieux que le rien. Non.<\/p>\n\n\n\n<figure class=\"wp-block-image size-large is-style-default\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"683\" height=\"1024\" src=\"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-content\/uploads\/2021\/10\/je-dois-3-683x1024.jpg\" alt=\"\" class=\"wp-image-56055\" srcset=\"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-content\/uploads\/2021\/10\/je-dois-3-683x1024.jpg 683w, https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-content\/uploads\/2021\/10\/je-dois-3-280x420.jpg 280w, https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-content\/uploads\/2021\/10\/je-dois-3-768x1152.jpg 768w, https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-content\/uploads\/2021\/10\/je-dois-3-1024x1536.jpg 1024w, https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-content\/uploads\/2021\/10\/je-dois-3-1365x2048.jpg 1365w, https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-content\/uploads\/2021\/10\/je-dois-3-scaled.jpg 1707w\" sizes=\"auto, (max-width: 683px) 100vw, 683px\" \/><\/figure>\n\n\n\n<p><strong>2.<\/strong> \u2026 cette image toujours revient (parfois mes images ont des absences comme on dit des \u00e9pileptiques, puis refont surface), c\u2019est la biblioth\u00e8que du \u00ab&nbsp;petit salon&nbsp;\u00bb de la maison d\u2019enfance (tout y semble petit \u00e9troit resserr\u00e9 comme une poitrine en manque de souffle). Elle est coll\u00e9e au mur, surplombe le faux cuir du divan &#8211; ce qu\u2019on trouve dans les divans les boursouflures de miettes autour des boutons, comme des yeux arrach\u00e9s, et la peau des cuisses nues le bruit de scratch que fait la colle de sueur quand on se l\u00e8ve). Sur les \u00e9tag\u00e8res aux vitres coulissantes \u2013 le frottement de la vitre dans la gorge en contre-plaqu\u00e9 \u2013 le choc sec en fin de course contre la mince paroi \u2013 c\u2019est un menuisier de l\u2019usine qui l\u2019aurait confectionn\u00e9e, devait arrondir comme \u00e7a ses fins de mois, quelle dr\u00f4le d\u2019id\u00e9e arrondir ses fins de moi, les confins du moi comme le vignetage d\u2019une photo \u2013 vigneter sa vie, les reliures dor\u00e9es de la s\u00e9rie de livres de la collection <em>les portes de la vie<\/em>. Chez nous le livre tenait du sacr\u00e9 du beau du vrai, aujourd\u2019hui alors que j\u2019\u00e9cris Lara allong\u00e9e sur le divan baigne dans une flaque de soleil chaud, si on pouvait nager entre les mots \u2013 comme dans la salle du HAB \u00e0 Nantes, glisser entre les immenses copies des pages du dictionnaire (le petit Robert) et les excuses inachevables. Il y avait \u00e9galement une peut-\u00eatre plusieurs bibles dont une en plusieurs volumes, un grand format illustr\u00e9 de grandes photos couleur, pleine page, qu\u2019on ouvrait \u00e0 plat sur les genoux, ceux de la m\u00e8re dans son fauteuil \u2013 mais lequel&nbsp;? Aujourd\u2019hui je vois les portes de la vie et l\u2019ouverture des jambes l\u2019\u00e9cartement des genoux le secret f\u00e9minin de la vie. Toujours cette conviction que la vie est une affaire de femmes qu\u2019elles en ont la cl\u00e9, l\u2019\u00e9lan, l\u2019\u00e9clat, qu\u2019elles peuvent en disposer la donner et la retirer \u00e0 leur gr\u00e9 c\u2019est une affaire de m\u00e8re elle en dispose donne et se retire \u00e0 son gr\u00e9. \u00c7a laisse un air d\u2019\u00e9tranget\u00e9. Je l\u2019ai v\u00e9rifi\u00e9 lors de l\u2019accouchement de C., cette sensation d\u2019\u00eatre cramponn\u00e9 juste au bord d\u2019une histoire, comme la main tenue sur le radeau d\u2019h\u00f4pital. Les femmes savent faire (avec) la vie et maintenant encore j\u2019apprends comme je peux, en retard sur tout j\u2019apprends encore. L\u2019\u00e9criture est une nouvelle tentative pour apprendre, cent fois mille fois reprise et avort\u00e9e, le grand l\u00e2chage. (Comme reprendre son air en sortant la t\u00eate de l\u2019eau, la br\u00fblure\u2026) Aussi un volume manquait. Lequel&nbsp;? Son absence s\u2019avouait \u00e0 l\u2019amputation d\u2019une lettre dans la phrase les portes de la vie. \u00c9videmment Perec. \u00c9videmment Poe et Lacan. Les trous de l\u2019histoire dans les creux et les trop pleins boucheurs de vue. (J\u2019\u00e9tais je crois un enfant cyclothymique mais on ne savait pas, \u00e7a ne se faisait pas\u2026) Je pratiquais un jeu de chamboulement, une dislocation de la phrase en d\u00e9pla\u00e7ant les couvertures\u2026 Je me souviens d\u2019excitations tristes, d\u2019efforts forcen\u00e9s pour entra\u00eener au rire, de mordre la poussi\u00e8re des naus\u00e9es du matin. Une dislocation du corps d\u00e9place les couvertures une excitation triste. Peut-\u00eatre cette sensation si floue si vague et lointaine comme lire Tabucchi et perdre pied. La vie passe en dehors de moi. (Ces jours Dominique dans la parenth\u00e8se du coma, reviendra. Pas \u00e0 pas. Se r\u00e9jouira du si peu gagn\u00e9 jour apr\u00e8s jour sur le plomb. Y croire sinon nul ne tiendrait. Comment on supporte ce qu\u2019il y a \u00e0 supporter malgr\u00e9 tout\u2026) J\u2019\u00e9crivais Tabucchi, j\u2019\u00e9crivais perdre pied, peut-\u00eatre qu\u2019il faudrait tenter l\u2019inventaire des moyens de la litt\u00e9rature pour \u00e9voquer le perdre pied, comme Marie Darieussec \u00e9grenne les \u00e9gar\u00e9s de l\u2019insomnie. Pour moi le perdre pied commence avec la g\u00e9n\u00e9alogie, l\u2019impossibilit\u00e9 radicale de me rep\u00e9rer dans ses dimensions les plus simples, les noms que j\u2019ai \u00e0 disposition ne me parlent pas. D\u00e9j\u00e0 l\u00e0 je vois bien que je suis aux prises avec la menace de l\u2019informe. (Est-ce une menace&nbsp;? Plut\u00f4t un voile une brume une dissolution, l\u2019en de\u00e7\u00e0 des figures de l\u2019abandon, l\u2019effacement, l\u2019oubli, la mort ou la c\u00e9l\u00e9bration du n\u00e9gatif radical, la r\u00e9serve in\u00e9puisable de l\u2019incr\u00e9able\u2026)<\/p>\n\n\n\n<figure class=\"wp-block-image size-large is-style-default\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"1024\" height=\"683\" src=\"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-content\/uploads\/2021\/10\/je-dois-1024x683.jpg\" alt=\"\" class=\"wp-image-56056\" srcset=\"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-content\/uploads\/2021\/10\/je-dois-1024x683.jpg 1024w, https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-content\/uploads\/2021\/10\/je-dois-420x280.jpg 420w, https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-content\/uploads\/2021\/10\/je-dois-768x512.jpg 768w, https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-content\/uploads\/2021\/10\/je-dois-1536x1024.jpg 1536w, https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-content\/uploads\/2021\/10\/je-dois-2048x1365.jpg 2048w\" sizes=\"auto, (max-width: 1024px) 100vw, 1024px\" \/><\/figure>\n\n\n\n<p><strong>3.<\/strong>\u2026 l\u2019image, laquelle&nbsp;? \u2013 revient&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p>&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; &nbsp;toutes les images r\u00e9currentes s\u2019arrachent \u00e0 leur noyau d\u2019absence comme ces \u00e9pileptiques, soudain d\u00e9vitalis\u00e9s, \u00e9trangers \u00e0 eux-m\u00eames et au monde, le regard vid\u00e9 de toute attention ou intention, sans m\u00eame l\u2019infime esquisse d\u2019un reflet&nbsp;? \u2013 puis lentement remontent, &nbsp;hagards, h\u00e9b\u00e9t\u00e9s \u2013 \u00e9branl\u00e9s encore de l\u2019invisible s\u00e9isme int\u00e9rieur, stuporeux encore de leur plong\u00e9e de n\u00e9ant, perdent un mince fil de salive, \u00e9tir\u00e9 de la commissure des l\u00e8vres jusqu\u2019au bas du menton, lentement s\u2019\u00e9coule sur le dos d\u2019une main, sur la table brillante<\/p>\n\n\n\n<p>&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; c\u2019est une atmosph\u00e8re irr\u00e9elle de gris, de vert, de p\u00e9nombre, un voile vaporeux et ondulant, coll\u00e9 comme une cataracte translucide \u00e0 la porte-fen\u00eatre&nbsp;; derri\u00e8re parfois la br\u00fblure des aplats de soleil. Appara\u00eet la silhouette, t\u00eate pench\u00e9e en avant. De dos ou de trois-quarts arri\u00e8re, comme si un \u0153il secret et attentif l\u2019observait, tapi dans le mur, coinc\u00e9 entre le dossier et la tapisserie oubli\u00e9e. Elle lit. Le si\u00e8ge varie avec les motifs insaisissables du papier peint. (Une fois un buste de femme \u2013 comme un marbre \u2013 emboss\u00e9 dans la r\u00e9p\u00e9tition de m\u00e9daillons de mauve, mais c\u2019\u00e9tait peut-\u00eatre l\u2019ailleurs de la chambre.) Quelques fois elle est assise dans une large coupe d\u2019osier enti\u00e8rement recouverte d\u2019un coussin rouge \u00e0 impressions florales ind\u00e9cises, ou bien c\u2019est un fauteuil massif, en faux cuir marron fonc\u00e9 \u2013 au c\u00f4t\u00e9 droit le cendrier dress\u00e9 comme une grue sur sa longue patte osseuse, le mod\u00e8le brillant et bruyant des ann\u00e9es 60 ou 70, avec bouton-poussoir. Le plateau circulaire s\u2019enfonce sous la pression, \u00e9jecte en tournant cendres et m\u00e9got, les \u00e9change contre une fine et irritante poussi\u00e8re de tabac froid lib\u00e9r\u00e9e du fond du r\u00e9ceptacle, gain\u00e9 lui aussi de faux cuir, mais noir, remonte en sens inverse avec des raclements aigrelets de ferraille, se tait apr\u00e8s un dernier claquement sec. Sur la gauche le porte-revues en rotin contient des magazines&nbsp;: <em>Mon jardin et ma maison<\/em>,&nbsp;<em>Notre temps<\/em>, les mod\u00e8les de tricots et \u00e9chantillons de laine <em>Berg\u00e8re de France<\/em>.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p>&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; <em>L<\/em>e&nbsp;<em>petit salon<\/em> de l\u2019enfance \u00e9triqu\u00e9e. S\u2019y croisent les fragments d\u2019heures diss\u00e9min\u00e9es mais retenues de mani\u00e8re apparemment al\u00e9atoire, singuli\u00e8rement \u00e9troites, resserr\u00e9es, comme une poitrine en manque de souffle, depuis les matins sombres et glac\u00e9s, confondus aux craquements des fins de nuits d\u2019hiver, jusqu\u2019aux ciels d\u2019\u00e9t\u00e9 fig\u00e9s \u00e0 l\u2019aplomb d\u2019un ennui silencieux. Une galerie d\u2019immobilit\u00e9s. Des teintes d\u2019immuable, un temps qui passe sans passer, un enclos imprescriptible de m\u00e9lancolie inavou\u00e9e. La biblioth\u00e8que, fix\u00e9e comme un \u00e9chafaudage au mur oppos\u00e9 \u00e0 la porte-fen\u00eatre, encadre le divan robuste, sans fantaisie, assorti au fauteuil marron. Un lourd bateau mou encastr\u00e9 dans son port d\u2019attache. Les orbites de miettes poudreuses, les boutons capiton au bout de leur nerf distendu, des yeux presque arrach\u00e9s, le bruit de scratch des cuisses nues arrach\u00e9es de la peau de ska\u00ef. Au-dessus, les \u00e9tag\u00e8res aux vitres coulissantes \u2013 leur frottement dans la rainure en contreplaqu\u00e9, le choc dur en fin de course \u2013 c\u2019est un menuisier de l\u2019usine du p\u00e8re qui l\u2019a confectionn\u00e9e pour arrondir ses fins de mois<\/p>\n\n\n\n<p>&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; aux confins du labyrinthe souterrain de l\u2019image son myc\u00e9lium \u00e9chevel\u00e9, enchev\u00eatr\u00e9, ses racines d\u2019ondes d\u2019ombres et de moins que douleur, une travers\u00e9e muette de plus rien. Le souvenir remonte grim\u00e9 de crasse et d\u2019\u00e9corchures, tendu de solitude en lambeaux, comme ceux-l\u00e0 qui mordent en couleurs triangulaires le travers des rues pav\u00e9es en f\u00eates foraines<\/p>\n\n\n\n<p>&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; align\u00e9es comme un d\u00e9fil\u00e9 d\u2019uniformes ou une assembl\u00e9e de pr\u00e9lats dans leurs stalles les reliures dor\u00e9es d\u2019une collection d\u2019\u0153uvres litt\u00e9raires pr\u00e9lev\u00e9es au monde&nbsp;:&nbsp;<em>Les prtes de la vie. <\/em>Manque un volume. Les livres enr\u00e9giment\u00e9s invitent au solennel et au sacr\u00e9, on leur donne pr\u00e9s\u00e9ance sur le corps, sur le travail manuel. Ils chatoient, s\u00e9duisent, fascinent. Ils nourrissent l\u2019intelligence. Ils pr\u00e9parent l\u2019avenir. Ils sauveront de l\u2019ordinaire et de sa petitesse, ils ouvriront \u00e0 la connaissance. Ils impressionnent. Ils toisent.<\/p>\n\n\n\n<p>&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; Tandis que germent les images condens\u00e9es dans l\u2019image, comme s\u2019\u00e9panouissent les fleurs de th\u00e9, la chatte sommeille, \u00e9tal\u00e9e dans sa flaque de soleil sur le divan, soudain se redresse se l\u00e8che intens\u00e9ment la patte se frotte l\u2019oreille, r\u00e9p\u00e8te l\u2019op\u00e9ration \u00e0 cinq ou six reprises. Tout aussi subitement repose la t\u00eate, plisse puis ferme les yeux, coule instantan\u00e9ment dans son bain de chaud,<\/p>\n\n\n\n<p>&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; nager lentement entre les oc\u00e9ans de mots, fr\u00f4ler les \u00eelots d\u2019images, comme dans le grand hangar aux piliers b\u00e9tonn\u00e9s \u00e0 Nantes, glisser entre les immenses pages du dictionnaire, renouveler le sourire amical et complice aux excuses r\u00e9it\u00e9r\u00e9es de l\u2019imparfait recommenc\u00e9.<\/p>\n\n\n\n<p>&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; Je dois faire attention quand je recopie<\/p>\n\n\n\n<p>&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; Je dois faire attention quand je recopie<\/p>\n\n\n\n<p>&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; Je dois faire attention quand je recopie<\/p>\n\n\n\n<p>&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; Je dois faire attention quand je recopie<\/p>\n\n\n\n<p>&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; tout \u00e0 droite de l\u2019\u00e9tag\u00e8re une bible. Trois volumes rectangulaires grand format, illustr\u00e9s de photographies de J\u00e9rusalem et autres lieux saints. Ouvert, le livre recouvre totalement la jupe tendue sur les cuisses l\u00e9g\u00e8rement \u00e9cart\u00e9es, la main droite soul\u00e8ve d\u00e9licatement une page, la tourne puis la lisse distraitement. Les portes de la vie, le myst\u00e8re obscur des femmes le soupirail des m\u00e8res. la source inconnue le chemin l\u2019\u00e9lan. Elles peuvent en disposer, retirer et donner \u00e0 leur gr\u00e9.<\/p>\n\n\n\n<p>&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; tu tiens ma main. Toujours toujours bat son c\u0153ur en petites pressions saccad\u00e9es, s\u2019intensifiant lorsqu\u2019une contraction, comme si tu voulais transmettre l\u2019onde la pousser la repousser dans ma chair. Perdu au bord des cercles de ton monde lointain je suis inutile, encombr\u00e9 de toute cette dure \u00e9tranget\u00e9<\/p>\n\n\n\n<p>&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; je tiens sa main. Pos\u00e9e sur le drap du lit d\u2019h\u00f4pital, presque inerte d\u00e9j\u00e0, amaigrie si douce p\u00e2le enfuie entre mes doigts, derri\u00e8re la fen\u00eatre un chemin vide grimpe le flanc de la colline d\u00e9serte, j\u2019escalade mes regrets, mes d\u00e9faillances. Perdu arrim\u00e9 \u00e0 la barque de son monde lointain, elle, l\u2019inaccessible, moi l\u2019inutile encombr\u00e9 de toute cette froide \u00e9tranget\u00e9<\/p>\n\n\n\n<p>&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; rejoindre les mondes \u00e9clat\u00e9s s\u00e9par\u00e9s ignor\u00e9s. J\u2019apprends comme je peux \u2013 en retard sur tout \u2013 je fabrique des passerelles de mots pour suturer les br\u00e8ches de vivre \u2013 pour \u00eatre moins maladroit moins stupide et d\u00e9sol\u00e9&nbsp;? Je ne sais pas\u2026<\/p>\n\n\n\n<p>&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; manque un volume,<\/p>\n\n\n\n<p>&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; ls pertes de la vie<\/p>\n\n\n\n<p>&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; la phrase estropi\u00e9e d\u00e9mantel\u00e9e dans le jeu de taquin du permuter les couvertures sur l\u2019\u00e9tag\u00e8re<\/p>\n\n\n\n<p>&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; &nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; ls erpt sd ea lieve<\/p>\n\n\n\n<p>&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; manque une lettre disloqu\u00e9 le sens \u00e9puis\u00e9 d\u2019excitations tristes la naus\u00e9e des matins lampe jaune caf\u00e9 au lait l\u2019\u00e9c\u0153urant dans le de bol de fum\u00e9e br\u00fblante sur la table formica vert \u00e0 quatre pattes tubes d\u2019argent (il y a) dislocation du temps le corps agite les couvertures une excitation triste les paupi\u00e8res coll\u00e9es de pus les minuscules cro\u00fbtes aig\u00fces pointues plant\u00e9es comme des insectes dans le coton d\u2019eau ti\u00e9die, la vie ferm\u00e9e dehors la peau depuis toujours le four du silence soudain des cris des rires des appels la pluie la pluie sur les carreaux le monde insolide se noie de l\u2019autre c\u00f4t\u00e9 du flou<\/p>\n\n\n\n<p><\/p>\n\n\n\n<blockquote class=\"wp-block-quote is-layout-flow wp-block-quote-is-layout-flow\"><p><span style=\"color:#00a37e\" class=\"has-inline-color\">en lisant&nbsp;: ERASED \u2013 trait\u00e9 de l\u2019effacement. I. Pariente-Butterlin Publie.net<\/span><\/p><p><\/p><\/blockquote>\n\n\n\n<ul class=\"wp-block-list\"><li><\/li><\/ul>\n\n\n\n<ul class=\"wp-block-list\"><li><\/li><\/ul>\n\n\n\n<ul class=\"wp-block-list\"><li><\/li><\/ul>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Codicille&nbsp;: c\u2019est une reprise de la 1, elle-m\u00eame un rapprochement de trois rubriques de la #L7, qui elle-m\u00eame se voulait travail r\u00e9flexif et prospectif sur les \u00e9crits en cours\u2026 C\u2019est un peu comme la boucle d\u2019oreille de la vache qui rit\u2026 De plus je ne sais absolument pas comment \u00e7a pourrait s\u2019int\u00e9grer au pdf quelque peu \u00e0 l\u2019abandon d\u2019ailleurs tant <a class=\"more-link\" href=\"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/l13-3-fois-sur-le-metier\/\">Continuer la lecture<span class=\"screen-reader-text\">#L13. 3 fois sur le m\u00e9tier&#8230;<\/span><span class=\"meta-nav\">&rarr;<\/span><\/a><\/p>\n","protected":false},"author":105,"featured_media":56056,"comment_status":"open","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"h5ap_radio_sources":[],"footnotes":""},"categories":[2071,2069,2910],"tags":[],"class_list":["post-56042","post","type-post","status-publish","format-standard","has-post-thumbnail","hentry","category-ete-2021-les-cycles","category-2021-faire-un-livre","category-livre-13-reecriture"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/56042","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/users\/105"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=56042"}],"version-history":[{"count":0,"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/56042\/revisions"}],"wp:featuredmedia":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/media\/56056"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=56042"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=56042"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=56042"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}