{"id":56065,"date":"2021-10-29T18:02:44","date_gmt":"2021-10-29T16:02:44","guid":{"rendered":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/?p=56065"},"modified":"2021-10-30T08:33:06","modified_gmt":"2021-10-30T06:33:06","slug":"autobiographie-4-plumes-aiguilles","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/autobiographie-4-plumes-aiguilles\/","title":{"rendered":"autobiographies #04 | plumes, aiguilles"},"content":{"rendered":"\n<figure class=\"wp-block-image size-full is-style-default\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"571\" height=\"800\" src=\"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-content\/uploads\/2021\/10\/Poinciana.jpg\" alt=\"\" class=\"wp-image-56066\" srcset=\"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-content\/uploads\/2021\/10\/Poinciana.jpg 571w, https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-content\/uploads\/2021\/10\/Poinciana-300x420.jpg 300w\" sizes=\"auto, (max-width: 571px) 100vw, 571px\" \/><figcaption>Charles Plumier | Poinciana<\/figcaption><\/figure>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\"><br>Rue plumier&nbsp;:&nbsp;<\/h2>\n\n\n\n<p>quelque chose de sordide, d\u2019inqui\u00e9tant, de mis\u00e9rable et de sombre. La Javel infernale de la m\u00e9m\u00e9, les accents aigus de ce petit nom qui se plantent dans mes oreilles comme le nom d\u2019une mauvaise herbe piquante, ce nom d\u2019Annie qu\u2019elle a pr\u00e9f\u00e9r\u00e9 \u00e0 celui, sien, beau et myst\u00e9rieux d\u2019Ida, l\u2019\u00e9touffoir des meubles partout, ce placard o\u00f9 elle s\u2019enferme le soir, sous la mauvaise ampoule, en compagnie des cadeaux de noces de son fils, divorc\u00e9, pitoyable dragon d\u2019un tr\u00e9sor de fa\u00efence, de couverts \u00e0 poisson et de verres en Crystal d\u2019Arc intacts, inutiles\u2026 qu\u2019est-ce qu\u2019elle peut bien se raconter l\u00e0-dedans\u2009? Jamais je ne pense qu\u2019elle se cache. Je pense qu\u2019elle est m\u00e9m\u00e9chante, avec sa Javel tous les soirs, dans tous l\u2019appartement et son odeur de p\u00e9diluve et ses vapeurs qui montent jusqu\u2019au gros lit de bois o\u00f9 elle viendra dormir avec moi plus tard, tr\u00e8s tard.<br>La rue plumier pue des pieds, et c\u2019est ainsi, c\u2019est scell\u00e9 si bien que le jour en blanc sur bleu o\u00f9 je croise Charles Plumier, n\u00e9 le 20&nbsp;avril 1646 \u00e0 Marseille et mort le 20&nbsp;novembre 1704 au Puerto de Santa Mar\u00eda en Espagne, botaniste et voyageur-naturaliste fran\u00e7ais, je tombe des nues dans la plume du nom de cette rue premi\u00e8re, de cette adresse d\u2019\u00e9tat civil. Avant cela, jamais d\u2019oiseaux rue plumier, sauf de vilains pigeons estropi\u00e9s. Avant ces lignes, jamais de bo\u00eete \u00e0 \u00e9crire dans ce nom des d\u00e9buts, sous lequel s\u2019est peut-\u00eatre d\u00e9j\u00e0 toujours tram\u00e9e cette vie stylo en main.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\">Les Sapins&nbsp;:&nbsp;<\/h2>\n\n\n\n<p>Habiter \u00e0 l\u2019h\u00f4tel, projet momentan\u00e9 au moins de tout \u00e9crivant bien n\u00e9 entre 1900 et 1990, apr\u00e8s \u00e7a s\u2019\u00e9tiole, je me dis, mais comme tout dispara\u00eet d\u00e8s que je ne le regarde plus \u2014 pour mieux me surprendre au d\u00e9tour d\u2019un magazine de salle d\u2019attente&nbsp;: tiens \u00c9tienne Daho a continu\u00e9 \u00e0 chanter, le Point s\u2019int\u00e9resse toujours au vrai secret de la Franc-Ma\u00e7onnerie, Estelle Halliday fait encore vendre du papier\u2009?!? \u2014, comment \u00eatre certaine que tout. e un. e chacun. e plume en main n\u2019aspire pas \u00e0 vivre \u00e0 l\u2019h\u00f4tel encore aujourd\u2019hui\u2009? Moi, j\u2019y habite, avant de savoir tenir un stylo, \u00e7a ne vaut pas pour le d\u00e9tour romantique, mais tout de m\u00eame, signalons-le, puisqu\u2019il y a bien eu quelques ann\u00e9es d\u2019h\u00f4tel et d\u2019\u00e9criture superpos\u00e9s. Pas de souvenir de table, d\u2019encre, de papier \u2014 sauf pour les catalogues de papier peint&nbsp;: des mois de consultation r\u00eaveuse des gros Fleurs et Oiseaux, des hypoth\u00e8ses, des heures de discussions fi\u00e9vreusement inqui\u00e8tes&nbsp;: on ne va pas en changer tous les dix ans\u2026 \u2014&nbsp;. Pas de souvenir d\u2019\u00e9crire, seulement de longues maladies infantiles, de fi\u00e8vres, de lectures et d\u2019histoires, oui, mais qui se racontent \u00e0 peine, toujours distraites par une abeille, l\u2019heure des repas, une visite, et qui tra\u00eenent boiteuses, inachev\u00e9es, d\u00e9pareill\u00e9es, comme des tentatives de tricot. Pas toujours dans des chambres num\u00e9rot\u00e9es \u2014 \u00e7a courait de 2 \u00e0 11. La 1, les grands-parents l\u2019occupaient. Elle ressemblait \u00e0 un petit palais, avec de la moquette grise et des meubles en velours canard, alors qu\u2019ailleurs c\u2019\u00e9tait lino et couvre-lit en tuft. Ailleurs, on ne faisait que passer, m\u00eame moi, n\u2019arrivant jamais bien \u00e0 me fixer en d\u00e9pit d\u2019une pr\u00e9f\u00e9rence marqu\u00e9e pour la 3 qui donne sur la terrasse o\u00f9 on \u00e9tend les draps en \u00e9t\u00e9 et toujours un baiser si on aide \u00e0 les plier \u00e0 l\u2019instant o\u00f9 les quatre coins se rejoignent, apr\u00e8s avoir bien tir\u00e9 de part et d\u2019autre. La 3 aux grandes fleurs bleues.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<blockquote class=\"wp-block-quote is-style-large is-layout-flow wp-block-quote-is-layout-flow\"><p>Sur un fond blanc de gaufrette, des courbes et des volutes bleues aux dentelures v\u00e9n\u00e9neuses. Dans la fi\u00e8vre, les longues heures alit\u00e9es font voir des yeux \u00e9tranges, et des profils narquois et des empourprements bleus toujours, bleus comme les ombres de la neige qui attend patiemment dehors que la maladie s\u2019\u00e9coule par le nez. Goutte \u00e0 goutte dans la fa\u00efence du lavabo et du bidet aux robinets semblables m\u00e9talliques, difficiles pour les petites mains pareillement gauches, mais capables d\u00e9j\u00e0 de tenir un stylo. Bille\u2009? Plume\u2009? Feutre\u2009? Rien, aucun. Le cahier dispara\u00eet de la table qui n\u2019existait pas, \u00e0 peine un large et bas rebord de fen\u00eatre qui s\u2019enjambe comme de rien vers la terrasse o\u00f9 le linge de l\u2019h\u00f4tel obstruerait la vue, n\u2019\u00e9tait le vent qui soul\u00e8ve les draps un instant et la jupe de Maryline sur le petit classeur aux anneaux durs et pin\u00e7ant les doigts maladroits. L\u2019obturateur de la m\u00e9moire borde de noir le hublot du scaphandrier descendu aux profondeurs pour chercher vainement la premi\u00e8re ligne, de la premi\u00e8re page du premier texte et trouver, trouver, trouver sans cesse tout autre chose. Il n\u2019y a qu\u2019une seule ligne c\u2019est celle qui s\u2019\u00e9crit l\u00e0 \u2014 la voyez-vous\u2009? \u2014, c\u2019est le narguil\u00e9 qui puise \u00e0 la surface de cet instant l\u2019air qui lui parvient tout en bas et pour voir quoi\u2009? La cuisine \u00e0 l\u2019\u00e9tage du dessous cuisiner \u00e0 plein r\u00e9gime et \u00e0 la 3 plus furieusement encore sans cahier, sans plume, ni bille, ni feutre, dans la petite t\u00eate aux mains gauches \u00e7a raconte des histoires, des histoires, des histoires.<\/p><cite>Ma premi\u00e8re cuisine \/ Atelier ville 2018<\/cite><\/blockquote>\n\n\n\n<p>Mais la 4 sur la rue, avec ses lits jumeaux qui tourmentaient ma solitude d\u2019enfant unique en glissant nuitamment un alter ego dans les draps d\u2019\u00e0 c\u00f4t\u00e9. La 4, poste de guet avec sa cloison contre l\u2019escalier menant au second. Un matin, je me l\u00e8ve et mes jambes ne me portent plus \u2014 pannes de la croissance toute affaire cessante et \u00e0 ce signe je reconna\u00eetrai, des ann\u00e9es plus tard, Orlando, Orlando de la louve, comme ce jumeau tant attendu, jumeau \u00e0 rebours, en d\u00e9pit du bon sens, mais jumeau tout de m\u00eame, je le reconna\u00eetrai \u00e0 ses pannes (trois jours de sommeil d\u2019affil\u00e9e) je le reconna\u00eetrai \u00e0 ses changements d\u2019identit\u00e9&nbsp;: ceux n\u00e9s le m\u00eame jour que moi dans l\u2019embrouille de l\u2019\u00e9tat civil et ceux pour ruser, pour traverser tranquille les si\u00e8cles sans vieillir, pour dispara\u00eetre comme la petite balle rouge du bonneteau aux yeux des siens, de la justice, des flics et des chiens-loups qui encadrent le retour du paternel dans la porte d\u2019un appartement qu\u2019on croyait bien cach\u00e9 au rez-de-chauss\u00e9e d\u2019une r\u00e9sidence bien chic pour une fille-m\u00e8re et sa mouflette, une r\u00e9sidence avec piscine o\u00f9 personne ne se mouillait jamais, \u00e0 part la gosse, jet\u00e9e dans le grand bain par un autre sapajou dont la m\u00e8re s\u2019entourait&nbsp;: tiens c\u2019est comme \u00e7a qu\u2019on apprend \u00e0 nager et quelques ann\u00e9es plus tard, elle coulera \u00e0 pic \u00e0 Mimizan dans un road trip mal accompagn\u00e9 de trop, vu qu\u2019elle nage comme ci, comme \u00e7a et qu\u2019elle ne fait pas le poids dans le ressac, mais deus ex machina, une bonne \u00e2me la sort de l\u00e0 et la fin est remise \u00e0 une autre fois. Retour \u00e0 l\u2019h\u00f4tel, o\u00f9 on change de chambre comme de nom, comme de sexe. En vieille habitu\u00e9e, quand c\u2019est complet, on la reloge dans le grenier, am\u00e9nag\u00e9 \u00e0 son intention. Lambris, moquette, int\u00e9grale Tintin, tourne-disque jaune, contes africains. Ce trop de chez soi ne dure heureusement pas et bient\u00f4t on redescend les marches qui craquent vers l\u2019\u00e9tage des mortes saisons.&nbsp;&nbsp;<br>Le nom de l\u2019h\u00f4tel,&nbsp;<em>les Sapins<\/em>, \u00f4tait toute vell\u00e9it\u00e9 de cr\u00e2ner. Le Flore, le grand h\u00f4tel de Cabourg, c\u2019est tout de m\u00eame autre chose\u2026 Le nom Les Sapins cachait si bien leur grande pr\u00e9sence sombre et persistante, cette vague debout devant moi du r\u00e9veil au sommeil qu\u2019il \u00e9tait un clich\u00e9, un vide,&nbsp;<em>le Rendez-vous des Skieurs<\/em>,&nbsp;<em>la Boule de Neige<\/em>,&nbsp;<em>le Tout Schuss<\/em>&nbsp;seraient revenus au m\u00eame. Il m\u2019appara\u00eet, ce nom, depuis que je suis condamn\u00e9e \u00e0 \u00eatre de moi seule connue \u00e0 cette adresse disparue. Depuis que je l\u2019\u00e9cris.<\/p>\n\n\n\n<p><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Rue plumier&nbsp;:&nbsp; quelque chose de sordide, d\u2019inqui\u00e9tant, de mis\u00e9rable et de sombre. 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