{"id":56075,"date":"2021-10-29T18:46:46","date_gmt":"2021-10-29T16:46:46","guid":{"rendered":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/?p=56075"},"modified":"2021-10-30T08:33:26","modified_gmt":"2021-10-30T06:33:26","slug":"autobiographie-06-eloge-de-la-lenteur-de-hanoi-a-hue","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/autobiographie-06-eloge-de-la-lenteur-de-hanoi-a-hue\/","title":{"rendered":"autobiographies #06  | \u00e9loge de la lenteur  de Hano\u00ef \u00e0 Hu\u00e9"},"content":{"rendered":"\n<p>6 d\u00e9cembre 2005 \u2013 Hano\u00ef capitale, Hano\u00ef bruyante, exub\u00e9rante \u2013 Sa gare principale, son hall bond\u00e9, ses mini salons de soins, un fauteuil, un homme souriant qui masse mes pieds fatigu\u00e9s par la marche dans la montagne tha\u00ef \u2013 bien \u00eatre total \u2013 et les hauts parleurs annon\u00e7ant les d\u00e9parts et arriv\u00e9es des trains \u2013 sensation d\u2019\u00eatre sourde \u00e0 ne rien en comprendre \u2013 mais, bon, le train de nuit de 20 heures est indiqu\u00e9, il m\u2019attend quai A ( cet \u00e9tonnement de pouvoir lire une langue incompr\u00e9hensible, l\u2019alphabet latin permet la lecture des affiches ), me voil\u00e0 rassur\u00e9e devant ce train comme un jouet d\u2019enfant, vieillot mais nous proposant une cabine confortable, quatre couchettes dites \u00ab molles \u00bb &#8212; le luxe \u2013 , le plaisir de m\u2019installer, d\u2019appr\u00e9cier les oreillers et la housse de couette en soie, n\u00e9nuphars dor\u00e9s sur fond rose \u2013 le luxe \u2013 et aussi les cadeaux offerts par la compagnie des chemins de fer, une bouteille d\u2019eau, des friandises, p\u00e9tales de noix de coco, ananas s\u00e9ch\u00e9s, en savourer quelques tranches en \u00e9coutant le brouhaha intense dans le train, sur les quais, les rires, cette langue qui m\u2019\u00e9tonne, avec ses syllabes qui claquent, qui chantent, qui changent de ton sans cesse, et le contr\u00f4leur qui nous salue, qui en un mauvais anglais nous explique que le train va d\u00e9marrer vers Hu\u00e9, 600 kms, 12 heures pour les parcourir, et l\u00e0 le plaisir de le comprendre et de lui r\u00e9pondre en un anglais tout aussi nul que le sien, plaisir de la rencontre, plaisir des yeux, les yeux grand ouverts sur les lumi\u00e8res de la gare, de la ville que l\u2019on traverse, avec ses rues submerg\u00e9es par les vespas, les v\u00e9los, ah, les v\u00e9los et leur utilisation incroyable, une famille avec deux enfants, cet autre avec en son travers un \u00e9norme cochon entrav\u00e9, ou des cages de poules en \u00e9quilibre instable, celui-l\u00e0 charg\u00e9 de bambous d\u2019une longueur incroyable, tous au touche \u00e0 touche, et nous \u00e9berlu\u00e9s devant la fen\u00eatre de la cabine que j\u2019ai baiss\u00e9e parce qu\u2019au Vietnam, c\u2019est possible, <em>\u00e9 pericolosi spongersi <\/em>n\u2019est pas signal\u00e9 ici ! et entrent les odeurs de la ville, bient\u00f4t celles de la campagne dont je devine dans le jour fuyant la mosa\u00efque des rizi\u00e8res, certaines cultiv\u00e9es, d\u2019autres simplement en eau, et toujours les talus de terre qui les d\u00e9limitent, et isol\u00e9es au beau milieu d\u2019un champ des tombes, des st\u00e8les, un petit autel o\u00f9 d\u00e9poser des offrandes aux anc\u00eatres, o\u00f9 prier pour eux, et je leur demande de me prot\u00e9ger, alors que la nuit s\u2019installe et que le train dandine \u00e0 chaque courbe de la voie, il pourrait se renverser, mais non il poursuit son train de s\u00e9nateur, entre roulis et soubresauts, il me suffit de suivre son rythme pour oser m\u2019aventurer dans le couloir, explorer, d\u00e9couvrir le gigantesque samovar qui tr\u00f4ne en majest\u00e9 et me propose son eau chaude pour le th\u00e9, et la s\u00e9rie de vasques devant lesquelles de ravissantes jeunes filles v\u00eatues des longues tuniques blanches traditionnelles <em>(l\u2019\u00e0o d\u00e0i<\/em>) se brossent les dents en bavardant, trouver ce spectacle irr\u00e9el, me questionner, sans doute des \u00e9tudiantes qui se rendent \u00e0 Sa\u00efgon, rejoindre la fac, une c\u00e9r\u00e9monie ?, me questionner et de retour en cabine, \u00eatre l\u00e0 encore surprise, m\u2019apercevoir que mon amie Claire somnole, que nos deux compagnons se sont endormis, ils m\u00ealent leurs ronflements aux grincements des roues du train, aux coassements des grenouilles dans les rizi\u00e8res inond\u00e9es et \u00e0 chaque arr\u00eat dans les petites gares, aux clameurs des vendeurs ambulants, \u00e0 la musique plein tube, de la pop, aux voix des passagers, la vie ordinaire, quoi, et eux ils dorment indiff\u00e9rents, alors qu\u2019il est g\u00e9nial de la voir se d\u00e9rouler (la vie) sous mon regard, regard que je ne peux d\u00e9tacher de l\u2019ext\u00e9rieur, de ce monde inconnu que je d\u00e9couvre par \u00e9clipses, au hasard des maisons \u00e9clair\u00e9es, des terrains de sport illumin\u00e9s, des phares de voiture qui balaient la route, et soudain un \u00e9clair de lune transformant la campagne, les arbres devenant inqui\u00e9tants, tels des dragons surgissant des t\u00e9n\u00e8bres, et un grondement, la mer peut-\u00eatre, la mer de Chine, allez savoir, je fredonne : <em>Chine, Chine, Chine patachine, J\u2019aime la Chine et ses petits chinois, Chine, Chine, Chine patachine, J\u2019aime la Chine et ses chapeaux chinois, Pameli, pamela pam pam, J\u2019aime la Chine et ses petits chinois, <\/em>et adoss\u00e9e \u00e0 mes oreillers, je m\u2019endors, le train continue ses sauts, me berce, secoue ma carcasse, le train roule, je roule avec lui, la nuit s\u2019efface, le soleil fait timide apparition, on toque \u00e0 la porte, c\u2019est le contr\u00f4leur qui nous souhaite le bonjour avec respect &#8212; il est si jeune sous sa casquette r\u00e9glementaire \u2013, pour nous un petit d\u00e9jeuner, ouvrir le paquet Mi Bo, jeter le tout dans le bol d\u2019eau bouillante, \u00e7a se d\u00e9veloppe, \u00e7a absorbe le liquide, nouilles plates de riz, champignons noirs, lamelles de poulet, c\u2019est chaud, \u00e7a embaume la cannelle, la girofle, la coriandre, c\u2019est une soupe pho bien venue pour d\u00e9marrer une nouvelle journ\u00e9e, et c\u2019est l\u2019arriv\u00e9e \u00e0 Hu\u00e9, en plein centre ville la gare vestige de l\u2019\u00e9poque coloniale de l\u2019Indochine dite fran\u00e7aise&#8230;<\/p>\n\n\n\n<p>Hu\u00e9, cit\u00e9 imp\u00e9riale du Vietnam et capitale du pays de 1802 \u00e0 1945&#8230;<\/p>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\"><br><br><\/h2>\n\n\n\n<p><\/p>\n\n\n\n<p><\/p>\n\n\n\n<p><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>6 d\u00e9cembre 2005 \u2013 Hano\u00ef capitale, Hano\u00ef bruyante, exub\u00e9rante \u2013 Sa gare principale, son hall bond\u00e9, ses mini salons de soins, un fauteuil, un homme souriant qui masse mes pieds fatigu\u00e9s par la marche dans la montagne tha\u00ef \u2013 bien \u00eatre total \u2013 et les hauts parleurs annon\u00e7ant les d\u00e9parts et arriv\u00e9es des trains \u2013 sensation d\u2019\u00eatre sourde \u00e0 ne <a class=\"more-link\" href=\"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/autobiographie-06-eloge-de-la-lenteur-de-hanoi-a-hue\/\">Continuer la lecture<span class=\"screen-reader-text\">autobiographies #06  | \u00e9loge de la lenteur  de Hano\u00ef \u00e0 Hu\u00e9<\/span><span class=\"meta-nav\">&rarr;<\/span><\/a><\/p>\n","protected":false},"author":155,"featured_media":0,"comment_status":"open","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"h5ap_radio_sources":[],"footnotes":""},"categories":[2820,2915],"tags":[],"class_list":["post-56075","post","type-post","status-publish","format-standard","hentry","category-cycle_autobiographies","category-autobiographies-06"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/56075","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/users\/155"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=56075"}],"version-history":[{"count":0,"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/56075\/revisions"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=56075"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=56075"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=56075"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}