{"id":56205,"date":"2021-10-30T15:50:50","date_gmt":"2021-10-30T13:50:50","guid":{"rendered":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/?p=56205"},"modified":"2021-10-30T17:18:22","modified_gmt":"2021-10-30T15:18:22","slug":"cedrus","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/cedrus\/","title":{"rendered":"autobiographies #03 |\u00a0Cedrus"},"content":{"rendered":"\n<p>CEDRUS LIBANI est grav\u00e9 en lettres qui ont \u00e9t\u00e9 dor\u00e9es sans doute au moment de la plantation de l&rsquo;arbre le 18 octobre 1993 comme l&rsquo;indique l&rsquo;inscription sur la plaque de marbre dont les nervures d&rsquo;un vert glauque, du m\u00eame vert que les petites rosettes d&rsquo;aiguilles piquantes qui tamisent le ciel, s&rsquo;\u00e9l\u00e8vent et s&rsquo;entrelacent en flammes froides sur la surface verticale ench\u00e2ss\u00e9e dans le bloc de ciment au centre d&rsquo;un des c\u00f4t\u00e9s de la petite grille aux mailles en forme de losanges qui d\u00e9limite un carr\u00e9 autour du tronc dont l&rsquo;\u00e9corce noire maintenant s&rsquo;\u00e9caille (et dire que le c\u00e8dre peut vivre jusqu&rsquo;\u00e0 2000 ans), et les branches commencent tr\u00e8s bas \u00e0 lever leurs bras au ciel, \u00e0 lever leurs bras comme font les humains dans leurs gestes de pri\u00e8re, en lignes courbes et les arcs form\u00e9s par les branches en plans superpos\u00e9s jaillissent tout autour du tronc, en levant la t\u00eate on en voit deux qui s&rsquo;entrecroisent dans la forme d&rsquo;un c\u0153ur ou d&rsquo;un sas qui donnerait acc\u00e8s \u00e0 un monde parall\u00e8le mais n&rsquo;est-ce-pas justement le r\u00f4le du c\u0153ur d&rsquo;\u00eatre un sas vers le monde parall\u00e8le de l&rsquo;amour, sas que chacun esp\u00e8re franchir un jour ou au contraire se refuse absolument \u00e0 franchir c&rsquo;est selon, tandis que systoles et diastoles se succ\u00e8dent plus de deux milliards de fois au cours d&rsquo;une vie humaine (optimiste disons cent ans), \u00e0 80 fois par minute \u00e7a ne laisse pas beaucoup de temps \u00e0 l&rsquo;amour pour passer se passer dans le c\u0153ur mais si on consid\u00e9rait les deux branches qui s&rsquo;entrecroisent au premier tiers du tronc comme le sas du c\u0153ur, du c\u0153ur de l&rsquo;arbre, l&rsquo;ouverture vers le monde parall\u00e8le du ciel, et si systoles et diastoles devaient se succ\u00e9der deux milliards de fois dans les deux mille ans de la vie d&rsquo;un c\u00e8dre, je me demande combien de temps durerait chaque diastole et par cons\u00e9quent de combien de temps je disposerais pour passer caresser le ciel et cela exc\u00e8de mes possibilit\u00e9s en calcul, si quelqu&rsquo;un pouvait r\u00e9pondre \u00e0 cette question, je lui en serais reconnaissante, moi qui, chaque matin devant CEDRUS LIBANI, devant la plaque en marbre indiquant qu&rsquo;il a \u00e9t\u00e9 plant\u00e9 par Monsieur Rafic Hariri premier ministre du Liban et Monsieur Jacques Chirac maire de Paris, je me plante moi aussi, sentant mes racines se ramifier par mim\u00e9tisme sous mes semelles, mes racines-anc\u00eatres, mes racines-lectures, mes racines-souvenirs, mes racines-\u00eatre-inconnu-en-moi et dont, j&rsquo;ose aller jusque l\u00e0, les extr\u00e9mit\u00e9s sont dot\u00e9es de petit capteurs-champignons qui, t\u00e2tonnant dans l&rsquo;obscurit\u00e9 de la terre, entrent en contact avec les capteurs de Cedrus et son exil devient mon exil, sa m\u00e9moire ma m\u00e9moire, sa s\u00e8ve mon sang, un sang transparent perlant de ses blessures devenues mes blessures entamant son \u00e9corce devenue ma peau le long de ses branches que je vois comme la multiplicit\u00e9 puissante et enchev\u00eatr\u00e9e de tous les \u00ab&nbsp;Moi&nbsp;\u00bb qui habitent mon petit int\u00e9rieur, son \u00e9nergie m&rsquo;enveloppant comme des bras voluptueux mais d&rsquo;une volupt\u00e9 qui se passerait de tout contact direct, de m\u00eame que j&rsquo;envoie comme lui mon pollen \u00e0 des kilom\u00e8tres \u00e0 la ronde et je l\u00e8ve mes bras comme lui et de m\u00eame que ses branches sont des bras, mes bras sont des branches et je deviens par sa pr\u00e9sence, l&rsquo;interm\u00e9diaire moi aussi entre la terre et le ciel ah je r\u00eave d&rsquo;une ville qui serait construite sur le mod\u00e8le de Cedrus, une ville-c\u00e8dre imputrescible comme est r\u00e9put\u00e9 l&rsquo;\u00eatre le bois de cet arbre, une ville \u00e9ternelle qui accueillerait les exil\u00e9s sans distinction sans qu&rsquo;aucun papier ne leur soit demand\u00e9, une ville-\u00e9tat, comme pouvait l&rsquo;\u00eatre Venise ou Sparte, mais b\u00e2tie en plans superpos\u00e9s, tous reli\u00e9s au m\u00e2t central qui s&rsquo;\u00e9l\u00e8verait jusqu&rsquo;au ciel en s&rsquo;amincissant \u00e0 la cime, il faudrait bien-s\u00fbr des chaussures sp\u00e9ciales pour les habitants, \u00e0 semelles adh\u00e9sives pour se d\u00e9placer dans les rues, avenues, boulevards, venelles, impasses, toutes en pente, toutes sans exception en pente et emprunter celle qu&rsquo;on appellerait la grand&rsquo;rue, le long du m\u00e2t central, carr\u00e9ment verticale et menant aux hautes sph\u00e8res qui seraient ainsi accessibles \u00e0 tous sans le secours d&rsquo;\u00e9chelles ou d&rsquo;ascenseurs qui tombent souvent en panne oui, \u00e0 l&rsquo;aide de semelles adh\u00e9sives \u2013 \u00e7a ne doit pas \u00eatre bien difficile \u00e0 fabriquer \u2013 on pourrait se d\u00e9placer librement le long des rues en forme de bras lev\u00e9s au ciel jusqu&rsquo;aux terrasses en grillages compos\u00e9es des fines aiguilles dispos\u00e9es en rosettes d&rsquo;un vert glauque, la taille des habitants de la ville devrait \u00eatre r\u00e9duite de beaucoup par rapport \u00e0 la taille humaine actuelle ce qui situerait ce projet de ville assez loin dans le futur consid\u00e9rant que le Gigantopithecus Blacki vivant en Chine il y a cent mille ans mesurait trois m\u00e8tres, on pourrait d\u00e9terminer \u00e0 quel rythme les humains se sont rapetiss\u00e9s depuis et par cons\u00e9quent dans combien de temps ils atteindraient la taille ad\u00e9quate pour vivre dans la ville-c\u00e8dre, \u00e0 moins que les prouesses techniques et les nouveaux mat\u00e9riaus mis \u00e0 disposition par le progr\u00e8s ne permettent de construire une telle ville sur une vingtaine ou une trentaine de m\u00e8tres de hauteur, op\u00e9rations d\u00e9passant de loin l\u00e0 aussi mes possibilit\u00e9s de calcul mental ou \u00e9crit mais probablement possibles \u00e0 r\u00e9aliser par des architectes aid\u00e9s de puissants ordinateurs, \u00e0 moins que l&rsquo;extinction de la race humaine n&rsquo;intervienne avant ce futur mythique mais m\u00eame dans ce cas \u00e7a n&#8217;emp\u00eache pas d&rsquo;imaginer, l&rsquo;\u00e9criture est l\u00e0 justement pour donner corps \u00e0 toutes les fictions du monde, corps en forme de CEDRUS LIBANI, symbole, toujours d&rsquo;apr\u00e8s les inscriptions sur la plaque en marbre, de l&rsquo;amiti\u00e9 entre la France et le Liban, entre Paris et Beyrouth.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>CEDRUS LIBANI est grav\u00e9 en lettres qui ont \u00e9t\u00e9 dor\u00e9es sans doute au moment de la plantation de l&rsquo;arbre le 18 octobre 1993 comme l&rsquo;indique l&rsquo;inscription sur la plaque de marbre dont les nervures d&rsquo;un vert glauque, du m\u00eame vert que les petites rosettes d&rsquo;aiguilles piquantes qui tamisent le ciel, s&rsquo;\u00e9l\u00e8vent et s&rsquo;entrelacent en flammes froides sur la surface verticale <a class=\"more-link\" href=\"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/cedrus\/\">Continuer la lecture<span class=\"screen-reader-text\">autobiographies #03 |\u00a0Cedrus<\/span><span 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