{"id":56361,"date":"2021-11-01T17:13:33","date_gmt":"2021-11-01T16:13:33","guid":{"rendered":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/?p=56361"},"modified":"2021-11-02T08:11:29","modified_gmt":"2021-11-02T07:11:29","slug":"l13-si-les-loups-reviennent","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/l13-si-les-loups-reviennent\/","title":{"rendered":"#L13 | si les loups reviennent"},"content":{"rendered":"\n<p>Un moment dans la t\u00eate, tout ne peut plus revenir, s\u2019arr\u00eater ressasser rem\u00e2cher l\u2019inm\u00e2chable, se jeter le trouble \u00e0 la t\u00eate, il s\u2019arr\u00eate en pleine rue&nbsp;: recule, refait les m\u00eames pas, plus d\u00e9roul\u00e9s, plus pr\u00e9cis en faisant comme les athl\u00e8tes, appuyer profond\u00e9ment sous la vo\u00fbte plantaire, pas dans le talon, ni le gros orteil, planter le milieu du pied, en rester l\u00e0 de sa vigueur, planter le milieu de la vie, en rester l\u00e0 de sa vigueur, \u00e0 trente-cinq ans, est-on au milieu de sa vie&nbsp;ou alors dans le second tiers, tranquillement install\u00e9 jusqu\u2019\u00e0 cinquante&nbsp;mais n\u2019est-on pas plus proche du tranquille milieu \u00e0 cinquante quand on conna\u00eet les progr\u00e8s de la m\u00e9decine&nbsp;mais les coll\u00e8gues le disent sans arr\u00eat, l\u2019humain a cess\u00e9 de perdurer le corps g\u00e9n\u00e9tiquement programm\u00e9 pour ne pas d\u00e9passer cent dix cent vingt, le cerveau ti\u00e9dit \u00e0 partir de quatre-vingt, mais non dans la rue il recule et refait les pas, bien planter le fond de la vo\u00fbte, n\u2019est-il pas plus int\u00e9ressant de faire et refaire un peu comme un slam, le rythme r\u00e9p\u00e9titif la m\u00e9lodie en boucle dans les films de Peter Greenaway, finalement des suites \u00e0 r\u00e9p\u00e9tition pos\u00e9es sur le fil, rester sur le film du pr\u00e9sent fronder avancer t\u00eate b\u00eache sans rien voir, \u00eatre un astre qui file dru dans le cercle polaire, tomber sans chuter, ne pas voir l\u2019accroc et la d\u00e9chirure, \u00eatre un instinct un fin limier, \u00eatre un chalut en pleine d\u00e9rive dans la <em>Tempest <\/em>de Greenaway la m\u00e9lodie r\u00e9p\u00e9titive, \u00eatre une fourrure pos\u00e9e sur le lit, la femme et l\u2019enfant les asseoir dans le refuge qu\u2019ils ne sortent de l\u00e0 que lorsqu\u2019ils d\u00e9sireront voir le jour, ne rien provoquer d\u2019absurde, laisser la femme et l\u2019enfant dormir sur la fourrure, lever les yeux voir le vol des \u00e9tourneaux qui puisent leur mati\u00e8re dans la r\u00e9p\u00e9tition de leur vol, la diffraction de la lumi\u00e8re un tapis de pulsations au gr\u00e9 des courants et m\u00eame le coup re\u00e7u \u00e0 l\u2019oreille ne serait plus qu\u2019un fragment d\u2019anecdote dans le fond du d\u00e9j\u00e0 v\u00e9cu qui doit \u00eatre achev\u00e9, planter dans le sol refaire le pas encore, refaire le son qui d\u00e9vore le son, la petite musique de Dr DRE la petite musique de Duras, la petite musique de Tous les matins du monde la viole de gangue qui fait tout ce chaud \u00e0 force de fugues comme il refait dix mille fois la mesure la seule et toujours la reprend, toujours gambade dans cette mesure trois temps infinit\u00e9simal, tout n\u2019est ne sera que r\u00e9p\u00e9tition sublime l\u2019Offrande musicale de Bach, il faudrait m\u00eame qu\u2019il s\u2019empare de cette offrande pour en faire un cheval dans la ville, une ardoisi\u00e8re derri\u00e8re les montagnes, un flux de rivi\u00e8re qui mart\u00e8le incessamment les caillasses charrie des milliards de micro-individus du plancton des araign\u00e9es d\u2019eau douce, toi tu feras cette reprise lancinante et sublime qui densifie les entrailles qui porte si haut que tu te mets \u00e0 chanter mon gars, et ton chant s\u2019humecte de noir, tu l\u00e8ves la gueule jusqu\u2019\u00e0 la lune pi\u00e9g\u00e9e dans sa maladie de lune, la pauvre perch\u00e9e l\u00e0-haut, la madone abandonn\u00e9e dans sa lumi\u00e8re froide son corps \u00e0 cicatrices tu l\u2019enveloppes de ton cri, tu rabroues les salopards qui \u00e9crasent pour avancer qui mutilent pour avancer qui broient pour avancer, tu caresses l\u2019intense fourrure grise qui te couvre la nuque c\u2019est un bonheur toute cette chaleur, la mar\u00e9e fait sa r\u00e9p\u00e9tition d\u00e9goutante d\u2019algues noires et rigole de faire sa r\u00e9p\u00e9tition journali\u00e8re de ressac en ressac et tu te mets \u00e0 rire aussi, parce que le vent est tellement fort que les poubelles de la rue ont valdingu\u00e9 d\u2019un trottoir \u00e0 l\u2019autre, percut\u00e9 les murs d\u2019en face, comme il fait bon de bondir contre son propre mur pour tout enlever de son dedans qui hurle, sur les pas de l\u2019histoire, m\u00eame si l\u2019histoire t\u2019a perfor\u00e9 sur le c\u00f4t\u00e9 t\u2019a brim\u00e9 t\u2019a souill\u00e9 sur les pas de l\u2019histoire tu r\u00e9percutes le souvenir de la mesure, \u00e0 d\u00e9chiffrer cent mille fois jusqu\u2019\u00e0 temps qu\u2019elle rentre compl\u00e8tement dans la main, qu\u2019elle rentre dans la moelle osseuse, que tu jouerais en dormant sans \u00e9chafauder de plans, juste pour voir ce que cela peut produire de sons nouveaux \u00e0 force de r\u00e9p\u00e9ter de revenir de voir jaillir \u00e0 l\u2019autre bout de ton histoire une b\u00eate g\u00e9ante, g\u00e9ante dans le milieu du pied de la rue, qui a surgi dans la rue a refait surface qui ne dispara\u00eet plus qui t\u2019ouvre sa gueule, qui te sourit de loin la b\u00eate g\u00e9ante. Et le loup attend que tu bouges pour voir comment tu bouges si tu bouges comme un chat comme un homme un chacal un errant un blas\u00e9 un suffoqu\u00e9 un malade, mais toi tu ne fais que r\u00e9p\u00e9ter la mesure dans ta t\u00eate l\u2019essorer l\u2019accro\u00eetre rapetisser le temps d\u2019une noire point\u00e9e demi-soupir double croche et reprise noire point\u00e9e demi-soupir double croche et revenir sur tes pas bien plant\u00e9s dans le milieu du pied alors le loup de loin t\u2019a pris pour un athl\u00e8te s\u2019est mis \u00e0 creuser d\u2019un coup le ventre l\u2019\u00e9chine tordue de travers la hanche braqu\u00e9e en avant presque debout sur les pattes arri\u00e8re, et tu ne fais que r\u00e9p\u00e9ter dans le d\u00e9sordre la double croche demi-soupir la noire point\u00e9e jusqu\u2019\u00e0 temps que l\u2019histoire se r\u00e9p\u00e8te ind\u00e9finiment qu\u2019enfin la rue toute enti\u00e8re fasse du sur place long trip sur les platines la f\u00eate g\u00e9ante o\u00f9 l\u2019on danse contre le mur de sons se d\u00e9hanche pour tout jeter dans le son \u00e0 se remplir les entrailles et la fourrure jusqu\u2019en haut de la nuque.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Un moment dans la t\u00eate, tout ne peut plus revenir, s\u2019arr\u00eater ressasser rem\u00e2cher l\u2019inm\u00e2chable, se jeter le trouble \u00e0 la t\u00eate, il s\u2019arr\u00eate en pleine rue&nbsp;: recule, refait les m\u00eames pas, plus d\u00e9roul\u00e9s, plus pr\u00e9cis en faisant comme les athl\u00e8tes, appuyer profond\u00e9ment sous la vo\u00fbte plantaire, pas dans le talon, ni le gros orteil, planter le milieu du pied, en <a class=\"more-link\" href=\"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/l13-si-les-loups-reviennent\/\">Continuer la lecture<span class=\"screen-reader-text\">#L13 | si les loups reviennent<\/span><span class=\"meta-nav\">&rarr;<\/span><\/a><\/p>\n","protected":false},"author":330,"featured_media":0,"comment_status":"open","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"h5ap_radio_sources":[],"footnotes":""},"categories":[2910],"tags":[],"class_list":["post-56361","post","type-post","status-publish","format-standard","hentry","category-livre-13-reecriture"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/56361","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/users\/330"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=56361"}],"version-history":[{"count":0,"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/56361\/revisions"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=56361"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=56361"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=56361"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}