{"id":56378,"date":"2021-11-01T22:31:28","date_gmt":"2021-11-01T21:31:28","guid":{"rendered":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/?p=56378"},"modified":"2021-11-01T23:16:17","modified_gmt":"2021-11-01T22:16:17","slug":"autobiographie07-les-pas-de-portes","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/autobiographie07-les-pas-de-portes\/","title":{"rendered":"autobiographie #07 | les pas de portes"},"content":{"rendered":"\n<figure class=\"wp-block-image size-full\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"787\" height=\"780\" src=\"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-content\/uploads\/2021\/11\/isasonnette.jpg\" alt=\"\" class=\"wp-image-56383\" srcset=\"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-content\/uploads\/2021\/11\/isasonnette.jpg 787w, https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-content\/uploads\/2021\/11\/isasonnette-420x416.jpg 420w, https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-content\/uploads\/2021\/11\/isasonnette-768x761.jpg 768w\" sizes=\"auto, (max-width: 787px) 100vw, 787px\" \/><\/figure>\n\n\n\n<p><strong>La porte de devant<\/strong> donne sur la rue sans nom qui traverse le bourg. S\u00e9par\u00e9e du goudron par une bande de terre accueillant cinq p\u00e9tales hexagonaux en ciment vert : fleur de bienvenue. Large, pleine, en bois massif sombre, plus proche de l\u2019acajou que du ch\u00eane, sans moulure ni plinthe, sans poign\u00e9e non plus, marquet\u00e9e comme un plateau de jeu, juste une fente pour une cl\u00e9 plate. \u00c0 l\u2019int\u00e9rieur, un bouton \u00e9pais en cuivre de trois centim\u00e8tres de diam\u00e8tre ouvrant \u00e0 gauche, fermant \u00e0 droite. Sur le c\u00f4t\u00e9 de la porte, une imposte en verre opaque jaune ambr\u00e9, large de quarante centim\u00e8tres, haut d\u2019un m\u00e8tre quatre-vingt. C\u2019est le plus souvent l\u00e0 que la main cogne, avant de p\u00e9n\u00e9trer dans la minuscule entr\u00e9e en marbre vert o\u00f9 se trouvent deux parapluies, toutes les cl\u00e9s de la maison, et un petit miroir mural en rotin.<\/p>\n\n\n\n<p><strong>La porte de derri\u00e8re<\/strong> avec sa poign\u00e9e l\u00e2che, fait face \u00e0 quelques m\u00e8tres de distance \u00e0 la porte de devant. Ouvrant sur un balcon sans rampe, brut de b\u00e9ton, c\u2019est une porte \u00e0 croisillons, quatre rang\u00e9es de trois carreaux, un bois clair jamais peint. La porte de derri\u00e8re est encadr\u00e9e de part et d\u2019autre par deux minuscules fen\u00eatres \u00e9galement \u00e0 croisillons, dans le m\u00eame bois brut, mais aux clenches anciennes, souvent gripp\u00e9es. La porte de derri\u00e8re est dans la cuisine, o\u00f9 le sol n\u2019est pas en marbre vert, mais en petits carreaux typiques des ann\u00e9es 60, bleu gris piqu\u00e9 de jaune.<\/p>\n\n\n\n<p><strong>La porte de la salle \u00e0 manger<\/strong> est double, sans poign\u00e9e, ses deux battants ferment avec un syst\u00e8me de crochet plat assez raffin\u00e9, mais rarement utile. Vitr\u00e9 du m\u00eame jaune opaque que celui de la porte du devant, son bois sombre et sa finition lui ressemble, certainement fabriqu\u00e9e par le m\u00eame artisan. Elle reste ouverte, sauf cuisine exceptionnellement enfum\u00e9e ou conversation tr\u00e8s priv\u00e9e dans la salle \u00e0 manger&#8230; peu de chance cependant, car le priv\u00e9 se tient dans le bureau ferm\u00e9 ou dehors.<\/p>\n\n\n\n<p><strong>La porte de la boucherie<\/strong> est double, enti\u00e8rement vitr\u00e9e, fixe sur la partie gauche. La poign\u00e9e est une plaque de m\u00e9tal grise en forme de o majuscule patte d&rsquo;\u00e9ph. Son poids, le bruit rebondissant de la fermeture automatique, la sonnette retentissant \u00e0 chaque entr\u00e9e, la marche de vingt-cinq centim\u00e8tres pour p\u00e9n\u00e9trer dans la boutique au carrelage mural blanc et orange, transparence sur horaires affich\u00e9s. Et cette fermeture au ras du sol, obligeant \u00e0 s\u2019accroupir quatre fois par jour pour faire entrer la cl\u00e9 dans la petite serrure grise, serrure qui rouille si l\u2019on n\u2019y prend garde lors du lavage \u00e0 grande eau du sol.<\/p>\n\n\n\n<p><strong>La porte du laboratoire<\/strong> est d\u2019abord une lourde porte coch\u00e8re en bois que l\u2019on tire vers soi avec une cl\u00e9 ancienne \u00e0 l\u2019embout tordu. Apr\u00e8s quoi, changement de cl\u00e9, et si la poisse ne s\u2019en m\u00eale pas, ce qui est toujours possible au labo, une porte en verre avec b\u00e9quille inox ouvre sur une vaste pi\u00e8ce carrel\u00e9e du sol au plafond, aveugle, dans laquelle un lourd \u00e9quipement en inox transforme les chairs-visc\u00e8res-sang en p\u00e2t\u00e9s-saucisses-cr\u00e9pinettes-boudins-andouillettes. Les transformations sont aussi multiples que les couteaux et grilles de hachage p\u00e9nibles \u00e0 nettoyer.<\/p>\n\n\n\n<p><strong>La porte du bunker<\/strong> est blind\u00e9e, et avant d\u2019actionner la large poign\u00e9e, il faut introduire dans le cylindre Pollux en laiton une cl\u00e9 \u00e0 cinq ailettes que l\u2019on tournera trois fois. Bien entendu, on ne s\u2019attend \u00e0 rien moins que le tr\u00e9sor de Rackham Le Rouge, et c\u2019est peu dire que les classeurs en cuir vert et brun laissent le visiteur du sous-sol absolument dubitatif.<\/p>\n\n\n\n<p><strong>La porte du garage<\/strong> a la peau crevass\u00e9e du bois expos\u00e9 sud. \u00c9rosion de la premi\u00e8re moulure en haut des plinthes, identique sur les quatre vantaux, chacun avec son ch\u00e2ssis fixe en verre cath\u00e9drale de cinquante centim\u00e8tres de large sur trente de haut. Les ouvertures et fermetures quotidiennes n\u00e9cessitent de se hisser sur la pointe des pieds, tirant et poussant p\u00e9niblement les targettes hautes et basses qui maintiennent le grand corps d\u00e9glingu\u00e9. Si les cl\u00e9s des portes de devant ou derri\u00e8re manquent, il suffit d\u2019attraper sous la tuile, \u00e0 c\u00f4t\u00e9 de la meuleuse, la cl\u00e9 du verrou de la porte du garage. Entrer dans la maison par la porte du garage a une saveur particuli\u00e8re.<\/p>\n\n\n\n<div class=\"wp-block-columns is-layout-flex wp-container-core-columns-is-layout-9d6595d7 wp-block-columns-is-layout-flex\">\n<div class=\"wp-block-column is-layout-flow wp-block-column-is-layout-flow\" style=\"flex-basis:100%\">\n<div class=\"wp-block-group\"><div class=\"wp-block-group__inner-container is-layout-flow wp-block-group-is-layout-flow\">\n<div class=\"wp-block-columns is-layout-flex wp-container-core-columns-is-layout-9d6595d7 wp-block-columns-is-layout-flex\">\n<div class=\"wp-block-column is-layout-flow wp-block-column-is-layout-flow\" style=\"flex-basis:100%\">\n<pre class=\"wp-block-preformatted\">Codicille: en voil\u00e0 7, d'autres suivront. Elles sont grav\u00e9es profond\u00e9ment, bien plus que les visages, les voix, ou les mots...<\/pre>\n<\/div>\n<\/div>\n<\/div><\/div>\n<\/div>\n<\/div>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>La porte de devant donne sur la rue sans nom qui traverse le bourg. S\u00e9par\u00e9e du goudron par une bande de terre accueillant cinq p\u00e9tales hexagonaux en ciment vert : fleur de bienvenue. 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