{"id":56514,"date":"2021-11-02T16:47:54","date_gmt":"2021-11-02T15:47:54","guid":{"rendered":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/?p=56514"},"modified":"2021-11-02T17:25:40","modified_gmt":"2021-11-02T16:25:40","slug":"autobio-06-train-couchette","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/autobio-06-train-couchette\/","title":{"rendered":"autobiographies #06 |\u00a0train couchette"},"content":{"rendered":"\n<p><strong>le corps assis<\/strong> sur le banc \u00e0 lamelles de bois blond qui collent \u00e0 la peau des cuisses, s\u2019y impriment, le bruit de ventouse qui l\u00e2che \u00e0 soulever une jambe de temps en temps, puis l\u2019autre, habill\u00e9 d\u2019une robe trop courte pour les prot\u00e9ger,&nbsp; la pelle rouge rang\u00e9e tout au fond du porte-bagage \u00e0 treillis m\u00e9tallique bien parall\u00e8lement \u00e0 la banquette derri\u00e8re la valise, les chaussettes blanches dans les souliers \u00e0 bride au bout des jambes qui se balancent dans le vide, les hauts b\u00e2timents des abords de gare dont la laideur \u00e9tonne, comme d\u00e9couvrir l\u2019envers, ce qu\u2019on garde cach\u00e9, regarder le paysage pour faire passer le temps, mais il n\u2019y a rien \u00e0 voir, des champs, des plaines, des champs, de temps en temps un jardin, l\u2019ennui du plat pays, l\u2019impatience dans&nbsp;les jambes, cette envie d\u2019arriver \u00e0 la mer,&nbsp; r\u00e9fr\u00e9ner quelque chose au-dedans qui ne se laisse pas faire, <strong>le corps allong\u00e9<\/strong> tout en haut avec en sym\u00e9trie un autre corps inconnu et ne pas le fixer trop longtemps, unique mouvement autoris\u00e9 c\u2019est du pouce et de l\u2019index, actionner la liseuse, l\u2019avoir juste \u00e0 soi, allumer et \u00e9teindre quand on veut, la petite boule m\u00e9tallique \u00e0 son extr\u00e9mit\u00e9 pour prise efficace et jouer du claquement comme d\u2019un instrument de musique, dans le silence du compartiment quand tout autour de lui c\u2019est vacarme de roues sur les rails, ajouter sa note \u00e0&nbsp; cet \u00e9trange orchestre clic clac clic clac dans l\u2019espace minuscule o\u00f9&nbsp; seul le corps d\u2019enfant peut tenir assis, un espace r\u00e9duit pour la nuit tout \u00e0 lui au milieu des autres, les skis gliss\u00e9s sous les couchettes du bas, l\u2019arr\u00eat \u00e0 B\u00e2le\/Basel qui r\u00e9veille avec l\u2019aiguillage et le corps projet\u00e9 \u00e0 gauche \u00e0 droite avant de retrouver immobilit\u00e9 relative, le crissement du frein, le chant du train qui se modifie dans l\u2019arr\u00eat progressif et les d\u00e9placements d\u00e9sordonn\u00e9s des voyageurs qui ne se laissent qu\u2019imaginer parce que les stores c\u00f4t\u00e9 couloir aussi ont \u00e9t\u00e9 descendus, encombr\u00e9s de leurs bagages dans le couloir, les portes qui coulissent en grin\u00e7ant, les lumi\u00e8res anarchiques qui percent les paupi\u00e8res ferm\u00e9es, la voix au haut-parleur qui annonce la ville d\u2019arriv\u00e9e et am\u00e8ne des effluves de froid du dehors dans le compartiment surchauff\u00e9, <strong>pour le corps allong\u00e9 il faudra<\/strong> d\u2019abord sortir les draps blancs de leur emballage de plastique, les d\u00e9plier, le dos cass\u00e9 en deux et la t\u00eate qui cogne forc\u00e9ment \u00e0 plusieurs reprises, faire glisser le corps habill\u00e9 contre le r\u00eache du coton blanc amidonn\u00e9, le livre secours pour le corps enfin couch\u00e9 dans le lit mal fait, c\u2019est <em>L\u2019allemand en 90 le\u00e7ons<\/em> et les pages se tournent comme progressent les roues dans une r\u00e9gularit\u00e9 rassurante et un chant dont la monotonie calme le corps et l\u2019am\u00e8ne au bord du sommeil, imaginer longtemps ce que \u00e7a fait au corps du nourrisson le bercement dans le landau, der, die, das, rythme obsessionnel, apr\u00e8s la th\u00e9orie, die Ubung avec la majuscule pour les substantifs obligatoirement, il faudra y penser comme ajouter un \u00ab&nbsp;s&nbsp;\u00bb au verbe quand c\u2019est \u00ab&nbsp;tu&nbsp;\u00bb en fran\u00e7ais, comment penser \u00e0 y penser, d\u00e9couvrir le Umlaut qu\u2019on n\u2019avait jamais rencontr\u00e9 avant, surprise de cette rencontre qui ne bouscule rien, le train avance, la nuit enveloppe, der, die, das, les pages se tournent une fois die Ubung r\u00e9ussi, der, die, das, tout est sous contr\u00f4le, dans l\u2019ordre des choses, der, die, das, la grammaire pour assurer coh\u00e9rence au monde, pour aborder un pays \u00e9tranger, <strong>le corps qui porte l\u2019enfant<\/strong> endormi qui n\u2019a pu attendre minuit, est-ce une heure pour un d\u00e9part, la couchette du bas obligatoirement et ce sera t\u00eate b\u00eache par souci d\u2019\u00e9conomie, pour l\u2019enfant c\u2019est gratuit, l\u2019estomac occupe tout l\u2019int\u00e9rieur et le roulis du train sur le corps couch\u00e9 c\u2019est comme une poche qui secr\u00e9terait acidit\u00e9, le corps inclin\u00e9 \u00e0 gauche et le liquide ronge la paroi gauche, le corps \u00e0 droite, il d\u00e9sagr\u00e8ge \u00e0 droite, tenir pour ne pas r\u00e9veiller l\u2019enfant, la vessie pleine, tenir encore, puis se pr\u00e9cipiter aux toilettes, se battre avec le loquet de la porte puis l\u2019abattant douteux dans l\u2019obsession d\u2019arriver \u00e0 temps et asperger la cuvette de ce liquide qui arrache toute la trach\u00e9e sur son passage, &nbsp;la couchette tout en haut \u00e0 gauche de la porte, <strong>le corps \u00e9puis\u00e9<\/strong> qui r\u00e9clame le sommeil quand autour les presque bacheliers ne veulent pas que les profs dorment, les paupi\u00e8res serr\u00e9es puisque le mal est fait, saouls ils le sont, de l\u2019alcool qu\u2019ils avaient cach\u00e9 dans des bouteilles d\u2019autre chose, son manque d\u2019exp\u00e9rience et la cr\u00e9dulit\u00e9 de sa coll\u00e8gue qui a toute l\u2019indulgence d\u2019une m\u00e8re universelle, elle est prof de dessin, les doigts de lui sur ses paupi\u00e8res serr\u00e9es pour tenter de les ouvrir de force, vous dormez, Madame, elle voudrait bien oui, \u00e9puis\u00e9e elle sera avant m\u00eame d\u2019avoir commenc\u00e9, ils sont heureux les deux, plus \u00e2g\u00e9s que les autres, les meneurs, dormir avec les profs dont la toute jeune, ils trouvaient que \u00e7a en jetait, et pour boire ils n\u2019avaient eu qu\u2019\u00e0 sortir pour se rendre dans le compartiment d\u2019\u00e0 c\u00f4t\u00e9, aujourd\u2019hui les trains couchettes ont disparu, ils parlent d\u2019en remettre en service, l\u2019ann\u00e9e suivante la prof de dessin pour le voyage \u00e0 Rome avait refus\u00e9 de refaire la m\u00eame erreur, alors <strong>le corps assis <\/strong>parler et rire, manger ce qu\u2019on se faisait passer et rire puis rire et parler moins,&nbsp; le paysage du dehors ne distrait pas, il a \u00e9t\u00e9 aval\u00e9 par la nuit, une mauvaise pellicule qui d\u00e9file avec des flashs lumineux anarchiques qui ne donnent pas sens, et quand les corps autour calm\u00e9s, endormis au sol ou sur les banquettes en simili bleu les uns sur les autres, il y a ton corps assis toute une nuit et la t\u00eate tombe en avant et entra\u00eene le haut du corps dans un mouvement brusque qui provoque le r\u00e9veil, le temps de remettre la nuque en place et \u00e7a recommence, ne plus penser qu\u2019\u00e0 cela qui est inaccessible&nbsp;: allonger le corps et dormir. &nbsp;<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>le corps assis sur le banc \u00e0 lamelles de bois blond qui collent \u00e0 la peau des cuisses, s\u2019y impriment, le bruit de ventouse qui l\u00e2che \u00e0 soulever une jambe de temps en temps, puis l\u2019autre, habill\u00e9 d\u2019une robe trop courte pour les prot\u00e9ger,&nbsp; la pelle rouge rang\u00e9e tout au fond du porte-bagage \u00e0 treillis m\u00e9tallique bien parall\u00e8lement \u00e0 la <a class=\"more-link\" href=\"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/autobio-06-train-couchette\/\">Continuer la lecture<span class=\"screen-reader-text\">autobiographies #06 |\u00a0train couchette<\/span><span class=\"meta-nav\">&rarr;<\/span><\/a><\/p>\n","protected":false},"author":87,"featured_media":0,"comment_status":"open","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"h5ap_radio_sources":[],"footnotes":""},"categories":[2915,1],"tags":[2939],"class_list":["post-56514","post","type-post","status-publish","format-standard","hentry","category-autobiographies-06","category-atelier","tag-train-couchette"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/56514","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/users\/87"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=56514"}],"version-history":[{"count":0,"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/56514\/revisions"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=56514"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=56514"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=56514"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}