{"id":56623,"date":"2021-11-03T21:22:47","date_gmt":"2021-11-03T20:22:47","guid":{"rendered":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/?p=56623"},"modified":"2021-11-08T10:15:36","modified_gmt":"2021-11-08T09:15:36","slug":"autobiographies7-i-croquer-le-marmot","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/autobiographies7-i-croquer-le-marmot\/","title":{"rendered":"autobiographies #07 | croquer le marmot"},"content":{"rendered":"\n<p><strong>Croquer le marmot. 1<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>Petit matin glac\u00e9 devant la grille hollywoodienne d\u2019une clinique de banlieue chic. Frigorifi\u00e9s, on se penche sur la plaque. C\u2019est vraiment l\u00e0. On s\u2019avance dans all\u00e9e,&nbsp;qui nous rapproche peu \u00e0 peu du cube de glace pos\u00e9 l\u00e0-bas, au milieu du parc givr\u00e9. Silence. On pourrait se dire que c\u2019est beau. On ne se le dit pas. On s\u2019en fout. On pousse la porte vitr\u00e9e \u00e0 double battant. Du fond du grand hall carrel\u00e9, une femme en blouse blanche, silhouette glissante, sans visage, se pointe. \u2013 <em>Bonjour. Vous n\u2019avez pas eu trop de mal \u00e0 trouver&nbsp;? Il ne fait pas chaud ce matin. Si vous voulez bien me suivre<\/em>. On a eu du mal. On en a toujours. On suit. Arriv\u00e9s dans une pi\u00e8ce d\u2019attente plut\u00f4t cosy, elle nous indique deux fauteuils Breuer Vassily. Devant nous, s\u2019\u00e9levant du sol au plafond, c\u00f4te \u00e0 c\u00f4te, deux portes. Du ch\u00eane vraisemblablement, large lame d\u2019acier incrust\u00e9e de haut en bas. On comprend mieux les tarifs, la pipette c\u2019est pas du pipeau. Des revues de design et d\u2019architecture sur la table tr\u00e8s basse. Impeccablement rang\u00e9es. On n\u2019y touche pas. Pendant une bonne heure, l\u00e0, face aux deux portes, on n\u2019y touche pas. On ne peut pas, vu qu\u2019on se tient la main. Et puis la revoil\u00e0, rictus aux l\u00e8vres, qui se plante devant lui. <em>\u2013&nbsp;D\u00e9sol\u00e9e de l\u2019attente. Si vous voulez bien me suivre<\/em>. \u00c7a doit \u00eatre une manie. Il se l\u00e8ve, fait deux pas, se retourne, m\u2019envoie un clin d\u2019\u0153il, dispara\u00eet derri\u00e8re la porte de droite. Y a pas \u00e0 dire, bien vu ces portes jusqu\u2019au plafond. C\u2019est quand m\u00eame autre chose. Au bas mot, trois m\u00e8tres cinquante de haut. J\u2019ai le nez en l\u2019air quand elle rapplique<em>. \u2013 Si vous voulez bien me suivre. <\/em>Elle a \u00e9t\u00e9 programm\u00e9e. Pour moi, c\u2019est la porte de gauche.<\/p>\n\n\n\n<p>Trois quarts d\u2019heures plus tard, je ressors. Jambes crois\u00e9es derri\u00e8re un papier sur \u00ab&nbsp;Un appartement au chic singulier \u00e0 Milan&nbsp;\u00bb, il l\u00e8ve le menton vers moi. <em>\u2013&nbsp;Alors&nbsp;? \u2013&nbsp;Tu as vu ces portes ? \u2013&nbsp;Oui, pas mal. Alors&nbsp;? \u00c7a va&nbsp;? \u2013&nbsp;Pas trop<\/em>. On laisse tomber les portes et on y va.<\/p>\n\n\n\n<p><strong>Croquer le marmot. 2<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>On s\u2019est bien pourri la vie \u00e0 monter ce lit. On l\u2019a trouv\u00e9 chez un broc. On l\u2019a chin\u00e9. Chiner, c\u2019est chic. Nous, ce qu\u2019on aime, c\u2019est les trucs neufs, carr\u00e9s, clean. <em>\u2013 C\u2019est un peu froid, chez vous, non&nbsp;?<\/em>&nbsp;Alors, pour l\u2019occasion, on fait un effort. On se dit, un lit de b\u00e9b\u00e9 ancien, en fer forg\u00e9, \u00ab&nbsp;\u00e7a peut \u00eatre sympa&nbsp;\u00bb. Une journ\u00e9e \u00e0 ajuster les montants mal foutus. Bref. Il est l\u00e0, avec ses torsades et ses volutes, l\u00e0, dans l\u2019angle, \u00e0 droite en entrant, face \u00e0 la fen\u00eatre. C\u2019est bien simple, d\u00e8s qu\u2019on ouvre la porte, on ne voit que lui, cet adorable petit lit blanc bien retap\u00e9, avec le petit matelas dedans, bien \u00e0 la dimension, et la petite couette en dentelle par-dessus, avec l\u2019oreiller assorti. Y a pas \u00e0 dire, c\u2019est tr\u00e8s joli. Il sera bien, l\u00e0, le b\u00e9b\u00e9. Alors on sort et on attend. On attend le b\u00e9b\u00e9, devant la porte ferm\u00e9e. La porte de la maison de campagne qui va bien avec le lit de bric et de broc&nbsp;: une porte en mauvais bois, voil\u00e9e, piqu\u00e9e, avec une clenche \u00e0 l\u2019ancienne rouill\u00e9e. Il faut toujours s\u2019y reprendre \u00e0 trois fois avant d\u2019arriver \u00e0 la fermer, cette porte. Alors, une fois qu\u2019on a r\u00e9ussi, qu\u2019on a r\u00e9ussi \u00e0 la refermer sur le charmant petit lit, on n\u2019a plus aucune raison de l\u2019ouvrir. On n\u2019a plus qu\u2019\u00e0 attendre. Qu\u2019\u00e0 attendre devant la porte. Le b\u00e9b\u00e9, qui ne va plus tarder.<\/p>\n\n\n\n<p><em>\u2013&nbsp;Elle est quand m\u00eame tr\u00e8s moche cette porte, non&nbsp;? \u2013&nbsp;Pas plus que le lit. \u2013&nbsp;Tu as raison. On devrait aller voir ailleurs. <\/em>Et hop. On y va.<\/p>\n\n\n\n<p><strong>Croqu\u00e9, le marmot<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>Le plan que nous a dessin\u00e9 notre copain architecte nous va bien. Il a transform\u00e9 un atelier de confection d\u2019avant-guerre en loft. Un loft, c\u2019est chic&nbsp;: une tr\u00e8s grande pi\u00e8ce enti\u00e8rement vitr\u00e9e c\u00f4t\u00e9 cour, indiqu\u00e9e \u00ab&nbsp;salon-s\u00e9jour&nbsp;\u00bb, qui dessert deux chambres, indiqu\u00e9es \u00ab&nbsp;chambre des parents&nbsp;\u00bb et \u00ab&nbsp;chambre d\u2019enfant&nbsp;\u00bb avec salles de douche attenantes, une biblioth\u00e8que (aveugle), une cuisine ouverte et l\u2019entr\u00e9e. Toutes les pi\u00e8ces satellites sont petites. C\u2019est l\u2019esprit du lieu. On ne discute pas. Au bout de six mois, c\u2019est fini, on s\u2019installe. Il faut reconna\u00eetre que \u00e7a a de l\u2019allure. Cette pi\u00e8ce, on y passe tout notre temps&nbsp;: po\u00eale su\u00e9dois, \u00e9clairages au sol, musique, lecture, copains et m\u00eame expos. Pour que cette belle grosse bulle puisse flotter et rebondir all\u00e8grement dans le cosmos de nos fantasmes, on laisse toujours ferm\u00e9es les portes d\u2019acc\u00e8s aux pi\u00e8ces. La \u00ab&nbsp;chambre d\u2019enfant&nbsp;\u00bb en particulier. On continue toujours \u00e0 l\u2019attendre, \u00ab&nbsp;l\u2019enfant&nbsp;\u00bb, mais on a chang\u00e9 de porte. Enfin, surtout moi. Celle-ci est tout ce qu\u2019il y a de plus fonctionnel&nbsp;: mod\u00e8le Lapeyre blanc satin\u00e9, le p\u00eane glisse parfaitement dans la g\u00e2che quand on la tire derri\u00e8re soi, la poign\u00e9e est en acier chrom\u00e9. Sobre, efficace. Cette fois, on n\u2019y installe pas de lit. On a le temps. En attendant, on y met un bureau. Et je continue \u00e0 attendre. Attendre devant la porte, c\u2019est un tic. \u00c0 moins que ce ne soit devenu un toc. Toc toc, qui est l\u00e0&nbsp;? Justement, de temps en temps, j\u2019oublie d\u2019attendre devant la porte de la chambre d\u2019enfant et je pousse la porte du bureau. De plus en plus souvent. C\u2019est dr\u00f4le la vie. Enfin, non justement, pas la vie. Bref.<\/p>\n\n\n\n<p><em>\u2013&nbsp;Tu ne crois pas qu\u2019il aurait pu pr\u00e9voir un bureau quand m\u00eame&nbsp;? \u2013&nbsp;C\u2019est s\u00fbr, \u00e7a manque. \u2013&nbsp;Finalement, c\u2019est pas mal comme \u00e7a, non&nbsp;? \u2013 Oui, c\u2019est bien comme \u00e7a. <\/em>Et voil\u00e0. On n\u2019attend plus devant la porte.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Croquer le marmot. 1 Petit matin glac\u00e9 devant la grille hollywoodienne d\u2019une clinique de banlieue chic. Frigorifi\u00e9s, on se penche sur la plaque. C\u2019est vraiment l\u00e0. On s\u2019avance dans all\u00e9e,&nbsp;qui nous rapproche peu \u00e0 peu du cube de glace pos\u00e9 l\u00e0-bas, au milieu du parc givr\u00e9. Silence. On pourrait se dire que c\u2019est beau. 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