{"id":56819,"date":"2021-11-08T14:17:41","date_gmt":"2021-11-08T13:17:41","guid":{"rendered":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/?p=56819"},"modified":"2022-02-07T08:08:29","modified_gmt":"2022-02-07T07:08:29","slug":"le-vieux","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/le-vieux\/","title":{"rendered":"autobiographies #05 |\u00a0le vieux"},"content":{"rendered":"\n<p><\/p>\n\n\n\n<p>version. 1<\/p>\n\n\n\n<p>Il est vieux. Ses habits le disent, son b\u00e9ret et son long manteau en chevrons, et puis sa voix qui tremblote, il court comme un lapin et d\u00e9vale nos trois \u00e9tages en une respiration, le voil\u00e0 debout au milieu du salon sous les feux de la col\u00e8re de son ami, il sourit, il sourit bon enfant, il est bien le seul \u00e0 ne prendre ni \u00e0 c\u0153ur ni au s\u00e9rieux les explosions de mon p\u00e8re, il sourit et peu \u00e0 peu, son b\u00e9ret \u00e0 la main, (personne ne l\u2019a invit\u00e9 \u00e0 s\u2019assoir il n\u2019est pas vex\u00e9, il nous connait et nous aime bien) il rit un petit peu aux hyperboles et \u00e0 l&rsquo;exasp\u00e9ration du paternel, il attend tranquillement que \u00e7a se calme et \u00e7a finit par se calmer. Il nous donne des cours de maths, on s\u2019impatiente, on n\u2019aime pas les maths, ces r\u00e9bus aga\u00e7ants, il ne l\u00e2che pas, il ne donne jamais les r\u00e9ponses mais pose des questions, et de question en question, on finit par l\u00e2cher la solution. \u00c7a nous \u00e9tonne \u00e0 chaque fois, ses mains et sa voix tremblent, il est lent de tout son \u00e2ge, on s\u2019agite, on a envie d\u2019\u00eatre ailleurs, on ne sait pas ce qu\u2019on manque.<\/p>\n\n\n\n<p>Version 2 R\u00e9\u00e9criture avec activit\u00e9 mentale entre parenth\u00e8ses (pas certaine que c\u2019\u00e9tait ce qu\u2019il fallait faire\u2026)<\/p>\n\n\n\n<p>Il est vieux (ou le vieil homme&nbsp;? recopier ou r\u00e9\u00e9crire&nbsp;???) portant b\u00e9ret et long manteau \u00e0 chevrons (sa silhouette me rappelle celle de la statue de L\u00e9on Blum place Voltaire, un corps qui a pris la forme de son manteau\u2026), sa voix chevrote cependant il court comme un lapin grimpe et d\u00e9vale nos trois \u00e9tages d\u2019un trait (d\u00e9j\u00e0 je ne recopie plus, toujours \u00e9t\u00e9 incapable de recopier\u2026) et le voil\u00e0 debout, souriant, au milieu de notre salon, personne ne songe \u00e0 lui dire de s\u2019assoir (est-ce que je mets le paternel dans la boucle&nbsp;? Il a toujours l\u2019air tellement odieux mon pauvre vieux p\u00e8re\u2026j\u2019h\u00e9site \u00e0 le massacrer encore \/ je corrige toujours&nbsp;&#8211; c\u2019\u00e9tait un gueulard un tyran mais un brave homme- comme pour m\u2019excuser\/il faut bien sauver quelque chose de la famille\/ il faut que je monte le four pour le poulet), il ne se vexe pas, je ne l\u2019ai jamais vu se vexer (jamais connu un bonhomme aussi adorable), il sourit, rit m\u00eame un petit peu aux \u00e9ructations du p\u00e8re, rouge de col\u00e8re, s&rsquo;agitant dans le fond de la pi\u00e8ce (je les vois exactement lui fulminant dans son coin bureau et son ami au centre du salon en pleine lumi\u00e8re) fulminant pas contre lui, quoique un peu quand m\u00eame, lui dans le m\u00eame sac que les autres finalement, cette bande de cons, (\u00e0 propos de quoi j\u2019en sais rien, ils \u00e9taient dans la m\u00eame association d&rsquo; d\u2019anciens combattants, Andr\u00e9 de la guerre de 14, le p\u00e8re la deuxi\u00e8me, et moi vendant les bleuets de France le 11 novembre et le 8 mai, j&rsquo;\u00e9tais la meilleure vendeuse de bleuets de France, parce que petite sans doute et culott\u00e9e \u00e0 mes rares heures, j\u2019adorais \u00e7a vendre les bleuets de France, quand on vidait nos comment s\u2019appelait d\u00e9j\u00e0 ces tirelires qu\u2019on faisait sonner pour attirer les dons, des troncs et le d\u00e9compte au local des anciens combattants et le p\u00e8re fier de mes ventes\u2026)mais l\u00e0, il fulmine, jure, \u00e0 la limite de l\u2019insulte face \u00e0 ce bon vieillard qui laisse \u00e9chapper un petit rire chevrotant, pas du tout bless\u00e9,&nbsp;&nbsp;accoutum\u00e9 \u00e0 ces explosions, attendant tranquillement debout au milieu du salon que \u00e7a passe avec son bon sourire et son b\u00e9ret qu\u2019il tient maintenant \u00e0 la&nbsp;main, et son \u00e9charpe bien nou\u00e9 dans le col qu\u2019il d\u00e9noue un peu parce qu\u2019il fait chaud chez nous, on chauffait trop dans ce temps et finalement la m\u00e8re&nbsp;quand m\u00eame : asseyez-vous Andr\u00e9 (Andr\u00e9, comme Andr\u00e9 Bolkonsky le prince qui me faisat r\u00eaver depuis le film de Bondartchouk en trois longs \u00e9pisodes vu au Kinopanorama, et m\u00eame j\u2019avais lu guerre et paix dans la foul\u00e9e par amour, non des lettres mais du prince Andr\u00e9, donc le plus beau pr\u00e9nom si je continue sur cette lanc\u00e9e de collecte des productions mentales, mon portrait va \u00eatre compl\u00e8tement \u00e9clat\u00e9 je l\u2019ai d\u2019ailleurs d\u00e9j\u00e0 perdu de vue),&nbsp;&nbsp;Andr\u00e9 donc au milieu du salon, (suis pas s\u00fbre qu\u2019il s\u2019assoit, le voit debout ou galopant, le voit souriant, le voit jamais assis jusqu\u2019&nbsp;au jour o\u00f9 je le verrai dans son lit, jaune de son cancer d\u00e9j\u00e0 un pied dans sa tombe et le m\u00eame sourire en plus fatigu\u00e9 et cette pr\u00e9cipitation \u00e0 me perler du sens de la vie\u2026 Andr\u00e9, ce prince , le seul \u00eatre \u00e0 se soucier de ma peau Qu\u2019est-ce que tu veux faire plus tard&nbsp;? A l\u2019\u00e9poque c\u2019\u00e9tait com\u00e9dienne et pas s\u00fbre d\u2019avoir os\u00e9 lui dire, quoiqu\u2019il arrive Catherine fait tout pour r\u00e9aliser ton d\u00e9sir, tout tu entends&nbsp;?&nbsp;&nbsp;pass\u00e9 ma vie \u00e0 trahir ce bon Andr\u00e9 donc debout au milieu du salon, pas encore malade et ) supportant avec son sourire bonhomme les foudres paternels, militant indomptable, chiant tyrannique comme il est toujours et qui a toujours raison bien s\u00fbr mais Andr\u00e9 s\u2019en fout d\u2019avoir raison, il est l\u00e0 par pure amiti\u00e9, par pure conviction, (o\u00f9 j\u2019en \u00e9tais du texte&nbsp;?). Reprenons. Il sourit, il sourit bon enfant, il n\u2019est pas impressionn\u00e9, je soup\u00e7onne aujourd\u2019hui qu\u2019il doit plaindre un peu mon p\u00e8re, si anxieux, si nerveux, col\u00e9rique, susceptible, incontr\u00f4lable, malheureux finalement. il rit un petit peu aux hyperboles inspir\u00e9es par la rage, ces exag\u00e9rations dans lesquelles il a fallu grandir, si grandir est bien le mot car face \u00e0 Andr\u00e9 qui sourit, je r\u00e9tr\u00e9cie. Il attend, il attend tranquillement,&nbsp;&nbsp;que \u00e7a se calme, que le p\u00e8re se calme, sa bienveillance agit dans les interstices, entre les hurlements, \u00e0 la fin&nbsp;&nbsp;le miracle arrive, le p\u00e8re encore rouge de sa grosse col\u00e8re ne peut r\u00e9primer un sourire, petit d\u2019abords, puis sa voix s\u2019apaise, il offre un verre, peut-\u00eatre que l\u00e0 Andr\u00e9 s\u2019assoit, ils se mettent \u00e0 converser tranquillement. Je reprends ma croissance. Andr\u00e9 est mon contre-exemple, la preuve que le monde n\u2019est pas toujours hostile, je n\u2019ai pas \u00e9t\u00e9 \u00e0 la hauteur, je ne voyais pas bien clair, il me donnait des cours de maths, il avait \u00e9t\u00e9 prof de maths, mourant c\u2019est ce qu\u2019il m\u2019a racont\u00e9&nbsp;: il avait toujours r\u00eav\u00e9 d\u2019\u00eatre professeur de maths, il l\u2019a \u00e9t\u00e9, je ne sais au bout de quel combat, il l\u2019a \u00e9t\u00e9 \u00e0 Janson de Sailly o\u00f9 mon p\u00e8re a \u00e9t\u00e9 \u00e9l\u00e8ve peu apr\u00e8s son d\u00e9part, ils en rient souvent d\u2019avoir manqu\u00e9 de peu de se rencontrer alors, l\u2019un \u00e9l\u00e8ve de l\u2019autre, le p\u00e8re regrette, un prof comme \u00e7a aurait pu changer sa vie, c\u2019est ce qu\u2019il dit avec des tremolos dans la voix, je ne crois pas que \u00e7a aurait chang\u00e9 la vie d\u2019Andr\u00e9. Donc c\u2019est \u00e0 moi qu\u2019il donnait des cours de maths, \u00e7a ne changeait pas ma vie, je m\u2019impatientait, il prenait trop son temps, (retour au texte d\u2019origine) il \u00e9tait lent de tout son \u00e2ge mais aussi par p\u00e9dagogie, il d\u00e9sirait me faire comprendre par moi-m\u00eame, c\u2019\u00e9tait l\u2019ann\u00e9e de la sixi\u00e8me (decidemment toujours la m\u00eame) il a emprunt\u00e9 mon livre pour se mettre \u00e0 la th\u00e9orie des ensembles, une nouveaut\u00e9 pour lui, il me posait des questions, pendant une heure il me posait des questions, sa voix tremblait, ses mains tremblaient, son \u00e9criture tremblait, j\u2019avais envie que \u00e7a cesse. De question en question, je finissais malgr\u00e9 tout par trouver la solution, par quel miracle&nbsp;? il puisait dans une intelligence dont je n\u2019avais pas conscience. Il faudrait que je parle du grand chagrin d\u2019Andr\u00e9, Andr\u00e9 Blocher un jour m\u2019a racont\u00e9 sa peine, ce fils qu\u2019il a perdu dans un accident de voiture, la fianc\u00e9e de son fils qui venait le voir et comme ils pleuraient. Il ne faut pas croire je l\u2019ai tr\u00e8s peu connu, c\u2019\u00e9tait un adulte, un vieillard qui venait voir mon p\u00e8re mais il s\u2019est toujours adress\u00e9 \u00e0 moi comme \u00e0 une personne, \u00e7a&nbsp;&nbsp;me d\u00e9boussolait \u2026<\/p>\n\n\n\n<p>Version 3 &nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p>Il est vieux. Sa moustache blanche, son long manteau en chevrons et son b\u00e9ret le disent, il est vieux et sa voix chevrote comme ses mains tremblent. Il est vieux mais il grimpe nos trois \u00e9tages en un souffle. Le voil\u00e0, les mains jointes sur son b\u00e9ret, debout au milieu de notre salon, il est vieux et personne ne l\u2019invite \u00e0 s\u2019assoir. Il est vieux et il endure avec un sourire bonhomme les \u00e9ructations et les jurons de mon p\u00e8re. Il sourit, il ne se vexe pas, il sourit et rit m\u00eame un petit peu de ce bon rire qui a l\u2019air de dire oh l\u00e0 tu exag\u00e8res tu ne crois pas, tandis que mon explosif paternel s\u2019agite dans son recoin bureau o\u00f9 il ne parvient pas \u00e0 foutre la main sur cette foutue lettre de ce con de pr\u00e9sident (de leur association d\u2019anciens combattants), cette saloperie de lettre qui l\u2019a tellement mis en col\u00e8re. Cette sc\u00e8ne s\u2019est tant de fois renouvel\u00e9e. Je le vois encore, plant\u00e9 au milieu de notre salon, vieux et droit comme un I, souriant \u00e0 son agresseur, avec son beret entre ses mains, il d\u00e9fait son \u00e9charpe crois\u00e9e serr\u00e9 sur son cou, il fait si chaud chez nous.&nbsp;&nbsp;Il voit si bien au travers des \u00eatres, connait l\u2019amiti\u00e9 du gueulard, attend tranquillement que la col\u00e8re lui passe, et elle passe, toujours. Mon p\u00e8re n\u2019\u00e9ructe plus, son ton devient plus badin, il a un petit sourire en coin, il c\u00e8de peu \u00e0 peu devant la bienveillance, sans doute il se juge lui-m\u00eame un peu ridicule, c\u2019est un peu vexant, mais il se soumet. Il est vieux, c\u2019est un vieux professeur de math\u00e9matiques \u00e0 la retraite et de temps en temps il me donne des cours de maths, les maths me  demandent un niveau de concentration dont je suis incapable. Il ne lache pas. Il me pose une question, la repose autrement autant de fois que n\u00e9c\u00e9ssaire et de question en question me m\u00e8ne \u00e0 la solution comme s\u2019il d\u00e9nichait en moi une intelligence que j\u2019ignorais,&nbsp;mais il est vieux, sa voix chevrote et au bout de sa main, le stylo tremblote, son \u00e9criture aussi tremblote, je m\u2019agite sur ma chaise, dans l\u2019attente d\u2019\u00eatre lib\u00e9r\u00e9e de lui. Il est vieux et il pleut. Il apprend que je ne sais pas ce que sont des mirabelles, comme il n\u2019a pas de bottes \u00e0 ma taille, il me fait mettre pieds nus et tout vieux qu\u2019il est, et m\u00eame si sa femme lui promet la mort, m\u00eame si mon p\u00e8re est pli\u00e9 de rire, il se met pieds nus aussi et m\u2019emm\u00e8ne dans son jardin&nbsp;&nbsp;en me prenant par la main (sa vieille grande main rugueuse et s\u00e8che). A l\u2019abri de son parapluie, nous ramassons alors, les pieds chatouill\u00e9s par l\u2019herbe mouill\u00e9e, des mirabelles couleur d\u2019ambre tavel\u00e9es de rose.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<pre class=\"wp-block-code\"><code>Bon la version 2 est un grand bazar illisible mais m'a permis de partir \u00e0 la p\u00eache aux souvenirs, quitte \u00e0 faire un gros tri. par contre, copier n'est pas simple pour moi, je me relis \u00e0 peine, je pars bille en t\u00eate, j'oublie tr\u00e8s vite de regarder le texte d'origine...<\/code><\/pre>\n\n\n\n<p><\/p>\n\n\n\n<p><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>version. 1 Il est vieux. 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