{"id":5689,"date":"2019-07-24T14:58:15","date_gmt":"2019-07-24T12:58:15","guid":{"rendered":"http:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/?p=5689"},"modified":"2019-07-24T14:58:16","modified_gmt":"2019-07-24T12:58:16","slug":"la-boite","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/la-boite\/","title":{"rendered":"La boite"},"content":{"rendered":"\n<p class=\"wp-block-paragraph\">C&rsquo;est une boite en bois vernis. Le couvercle s&rsquo;ouvre vers le haut. L&rsquo;int\u00e9rieur est en bois brut. C&rsquo;est une boite \u00e0 fiches de biblioth\u00e8ques dont on a d\u00e9tourn\u00e9 l&rsquo;usage depuis longtemps. Pour classer lecteurs et fonds d&rsquo;ouvrages, les maintenir en ordre, en conserver la trace. C&rsquo;est un objet qui a perdu son utilit\u00e9 avec la num\u00e9risation des donn\u00e9es, des informations. Mais il est toujours possible d&rsquo;acheter une boite en m\u00e9tal, d&rsquo;ailleurs la marque <i>Exacompta<\/i> en commercialise sur son site. Bo\u00eete \u00e0 fiches en m\u00e9tal, robuste et fonctionnelle. Cet objet allait \u00eatre jet\u00e9, on l&rsquo;a gard\u00e9 pour y remiser de vieux carnets, des photomatons trouv\u00e9s dans la rue et des polaroids jaunis par le temps, ces objets qu&rsquo;on a depuis oubli\u00e9 \u00e0 l&rsquo;int\u00e9rieur. On y a rang\u00e9 \u00e9galement un temps des disquettes informatiques, mais celles-ci ont disparues \u00e9galement. L&rsquo;endroit o\u00f9 la boite est install\u00e9e, l&rsquo;\u00e9tag\u00e8re de la biblioth\u00e8que du salon, est parfaitement adapt\u00e9 \u00e0 sa hauteur, ce qui explique sans doute pourquoi elle est aussi difficile d&rsquo;acc\u00e8s. Avec le temps, elle s&rsquo;est transform\u00e9e en coffre fort, pas besoin de cl\u00e9, elle est prot\u00e9g\u00e9e par son environnement. Capsule temporelle. Permanence des archives \u00e0 travers le temps et les glissements progressifs de leurs usages et de leurs m\u00e9tamorphoses.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Je ne sais pas pourquoi j&rsquo;ai choisi cet objet, cette boite vernis coinc\u00e9e sur les \u00e9tag\u00e8res de ma biblioth\u00e8que derri\u00e8re un rang de bibelots, sans doute pour la beaut\u00e9 de la boite autant que pour la biblioth\u00e8que. Pour ses sonorit\u00e9s qui s&#8217;emboitent. Je pense \u00e0 la <i>Lettre vol\u00e9e<\/i> en contemplant cette boite. Dans la nouvelle d&rsquo;Edgar Poe, celle-ci a volontairement \u00e9t\u00e9 mise en \u00e9vidence par le criminel. Loin d&rsquo;\u00eatre rang\u00e9 dans un endroit secret, le billet est bien en \u00e9vidence dans le bureau du coupable. La lettre a \u00e9t\u00e9 froiss\u00e9e, maquill\u00e9e d&rsquo;un autre sceau et d&rsquo;une autre \u00e9criture apr\u00e8s avoir \u00e9t\u00e9 pli\u00e9e \u00e0 l&rsquo;envers. Si elle n&rsquo;attire pas l&rsquo;attention c&rsquo;est qu&rsquo;elle semble sans valeur, ordinaire. C&rsquo;est ce qui m&rsquo;attire dans cet objet banal, ce qu&rsquo;on y cache en l&rsquo;y oubliant. Sa simplicit\u00e9 me touche, me trouble. Sans fioritures, ni fermetures, vernis juste \u00e0 l&rsquo;ext\u00e9rieur, pour parfaire sa forme \u00e9pur\u00e9e, ces coins arrondis, la nervure et les n\u0153uds discrets du bois. Elle s&rsquo;ouvre sur l&rsquo;inconnu, le fouillis de notre m\u00e9moire, qu&rsquo;on a rang\u00e9 l\u00e0, oubli\u00e9 plut\u00f4t, captur\u00e9, saisi dans cette cache invisible, secr\u00e8te. Des bijoux dans un \u00e9crin qu&rsquo;on n&rsquo;ouvre jamais, qu&rsquo;on enterre (une graine dans l&rsquo;attente qu&rsquo;elle germe et qu&rsquo;elle pousse ou un cadavre enseveli ?). Un souvenir n&rsquo;existe que si quelqu&rsquo;un s&rsquo;en rappelle, le partage avec d&rsquo;autres. Les objets \u00e0 l&rsquo;int\u00e9rieur de la boite ont-ils d&rsquo;autres valeurs que celles que leur conf\u00e8re l&rsquo;anciennet\u00e9 et le secret de leur cachette, la conservation d&rsquo;une boite en bois dans une biblioth\u00e8que ?<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">C&rsquo;est une boite en bois vernis dispos\u00e9e sur les \u00e9tag\u00e8res de ma biblioth\u00e8que derri\u00e8re un rang de bibelots, son couvercle s&rsquo;ouvre vers le haut. L&rsquo;int\u00e9rieur est en bois brut. Sans doute pour la boite autant que pour la biblioth\u00e8que. Le mot bo\u00eete tourne dans ma t\u00eate, chaque phrase une image nouvelle que le mot boite fait appara\u00eetre avec ses sonorit\u00e9s qui s\u2019embo\u00eetent. Boite, banal, bibelots, biblioth\u00e8que. C&rsquo;est en effet une boite \u00e0 fiches de biblioth\u00e8ques dont on a d\u00e9tourn\u00e9 l&rsquo;usage depuis longtemps. Une boite \u00e0 fiches de biblioth\u00e8ques pour classer lecteurs et fonds d&rsquo;ouvrages, les maintenir en ordre, en conserver la trace. C&rsquo;est un objet qui a perdu son utilit\u00e9 avec la num\u00e9risation des donn\u00e9es, des informations. Je pense \u00e0 toutes ces friches industrielles qui peuplent notre paysage. La boite est ainsi. C&rsquo;est un objet, c&rsquo;est une entreprise. Les fonds de biblioth\u00e8ques sont aujourd&rsquo;hui num\u00e9ris\u00e9es. Mais il est toujours possible d&rsquo;acheter une boite en m\u00e9tal, d&rsquo;ailleurs la marque <em>Exacompta<\/em> en commercialise sur son site. Bo\u00eete \u00e0 fiches en m\u00e9tal, robuste et fonctionnelle. La beaut\u00e9 de l&rsquo;objet est dans sa forme utile. Elle se transforme et s&rsquo;adapte avec le temps. J&rsquo;habite depuis plus de vingt ans pr\u00e8s du Canal Saint-Martin o\u00f9 l&rsquo;entreprise a investi les b\u00e2timents d&rsquo;une vieille centrale \u00e9lectrique. Si elle n&rsquo;attire pas l&rsquo;attention c&rsquo;est qu&rsquo;elle semble sans valeur, ordinaire. C&rsquo;est ce qui m&rsquo;attire dans cet objet banal, ce qu&rsquo;on y cache en l&rsquo;y oubliant. Sa simplicit\u00e9 me touche, me trouble. Sans fioritures, ni fermetures, vernie juste \u00e0 l&rsquo;ext\u00e9rieur, pour parfaire sa forme \u00e9pur\u00e9e, ces coins arrondis, la nervure et les n\u0153uds discrets du bois. Cet objet allait \u00eatre jet\u00e9, on l&rsquo;a gard\u00e9 pour y remiser de vieux carnets, des photomatons trouv\u00e9s dans la rue et des polaroids jaunis par le temps, ces objets qu&rsquo;on a depuis oubli\u00e9 \u00e0 l&rsquo;int\u00e9rieur. On y a rang\u00e9 \u00e9galement un temps des disquettes informatiques, mais celles-ci ont disparues \u00e9galement. L&rsquo;\u00e9criture proc\u00e8de de la m\u00eame mani\u00e8re. Un d\u00e9tail attire l&rsquo;attention. Le temps qu&rsquo;on lui accorde, pour le faire advenir dans l&rsquo;\u00e9criture, est une mani\u00e8re de le faire durer. L&rsquo;endroit o\u00f9 la boite est install\u00e9e, l&rsquo;\u00e9tag\u00e8re de la biblioth\u00e8que du salon, est parfaitement adapt\u00e9 \u00e0 sa hauteur, ce qui explique sans doute pourquoi elle est aussi difficile d&rsquo;acc\u00e8s. Avec le temps, elle s&rsquo;est transform\u00e9e en coffre fort, pas besoin de cl\u00e9, elle est prot\u00e9g\u00e9e par son environnement. Je pense \u00e0 la <em>Lettre vol\u00e9e<\/em> en contemplant cette boite. Dans la nouvelle d&rsquo;Edgar Poe, celle-ci a volontairement \u00e9t\u00e9 mise en \u00e9vidence par le criminel. Loin d&rsquo;\u00eatre rang\u00e9 dans un endroit secret, le billet est bien en \u00e9vidence dans le bureau du coupable. La lettre a \u00e9t\u00e9 froiss\u00e9e, maquill\u00e9e d&rsquo;un autre sceau et d&rsquo;une autre \u00e9criture apr\u00e8s avoir \u00e9t\u00e9 pli\u00e9e \u00e0 l&rsquo;envers. J&rsquo;\u00e9cris pour d\u00e9couvrir cet objet, faire appara\u00eetre ce que j&rsquo;ai en t\u00eate, parfois m\u00eame sous les yeux, et que je ne vois pas. Pour saisir ce que je ne comprends pas. L&rsquo;\u00e9criture s&rsquo;ouvre sur l&rsquo;inconnu, le fouillis de notre m\u00e9moire, qu&rsquo;on a rang\u00e9 l\u00e0, oubli\u00e9 plut\u00f4t, captur\u00e9, saisi dans cette cache invisible, secr\u00e8te. Des bijoux dans un \u00e9crin qu&rsquo;on n&rsquo;ouvre jamais, qu&rsquo;on enterre (une graine dans l&rsquo;attente qu&rsquo;elle germe et qu&rsquo;elle pousse ou un cadavre enseveli ?). Un souvenir n&rsquo;existe que si quelqu&rsquo;un s&rsquo;en rappelle, le partage avec d&rsquo;autres. Les objets \u00e0 l&rsquo;int\u00e9rieur de la boite ont-ils d&rsquo;autres valeurs que celles que leur conf\u00e8re l&rsquo;anciennet\u00e9 et le secret de leur cachette, la conservation d&rsquo;une boite en bois dans une biblioth\u00e8que ? Une capsule temporelle est une \u0153uvre de sauvegarde collective de biens et d\u2019informations, comme t\u00e9moignage destin\u00e9 aux g\u00e9n\u00e9rations futures. Cela me rappelle \u00e0 chaque fois le projet d&rsquo;Andy Warhol qui emmagasinait tout ce qui l\u2019entourait (shampooing, m\u00e9dicales contre l\u2019acn\u00e9, journaux, ongles coup\u00e9s, pied momifi\u00e9, cartes postales, courriers personnels, livres, timbres oblit\u00e9r\u00e9s, objets en plastique, photos, films Super-8, bandes dessin\u00e9es, coupures de presse, disques 33 tours, etc.) dans ses <em>Time Capsules<\/em> et des <em>Lieux<\/em> de Georges Perec, cette volont\u00e9 de capter \u00ab le temps d\u2019un lieu qui se transforme, l\u2019\u00e9volution de ses propres souvenirs sur ce lieu, et l\u2019\u00e9volution de son \u00e9criture m\u00eame \u00bb. Permanence des archives \u00e0 travers le temps et les glissements progressifs de leurs usages et de leurs m\u00e9tamorphoses.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">C&rsquo;est une boite en bois vernis dispos\u00e9e sur les \u00e9tag\u00e8res de ma biblioth\u00e8que dissimul\u00e9e derri\u00e8re un rang de bibelots, son couvercle s&rsquo;ouvre vers le haut. L&rsquo;int\u00e9rieur est en bois brut. Une boite \u00e0 fiches de biblioth\u00e8ques dont on a d\u00e9tourn\u00e9 l&rsquo;usage depuis longtemps. Le mot bo\u00eete tourne dans ma t\u00eate, sans doute pour la boite autant que pour la biblioth\u00e8que, chaque phrase une image nouvelle que le mot boite fait appara\u00eetre avec ses sonorit\u00e9s qui s\u2019embo\u00eetent. Boite, banal, bibelots, biblioth\u00e8que. Une boite \u00e0 fiches de biblioth\u00e8ques pour classer lecteurs et fonds d&rsquo;ouvrages, les maintenir en ordre, en conserver la trace. Un objet qui a perdu son utilit\u00e9 avec la num\u00e9risation des donn\u00e9es et des informations, mais qu&rsquo;il est toujours possible d&rsquo;acheter, dans sa version boite en m\u00e9tal, d&rsquo;ailleurs la marque <em>Exacompta<\/em> en commercialise sur son site. Bo\u00eete \u00e0 fiches en m\u00e9tal, robuste et fonctionnelle. Il se trouve que pr\u00e8s de chez moi, face au Canal Saint-Martin, une ancienne centrale \u00e9lectrique a \u00e9t\u00e9 investie par cette marque qui produit des agendas. La beaut\u00e9 de l&rsquo;objet est autant dans sa forme que dans son utilit\u00e9. Elle se transforme et s&rsquo;adapte avec le temps. Si elle n&rsquo;attire pas l&rsquo;attention c&rsquo;est qu&rsquo;elle semble sans valeur, ordinaire. C&rsquo;est ce qui m&rsquo;attire pr\u00e9cis\u00e9ment dans cet objet banal, ce qu&rsquo;on y cache en l&rsquo;y oubliant. Sa simplicit\u00e9 me touche, me trouble. Sans fioritures, ni fermetures, vernis juste \u00e0 l&rsquo;ext\u00e9rieur, pour parfaire sa forme \u00e9pur\u00e9e, ces coins arrondis, la nervure et les n\u0153uds discrets du bois. Cet objet allait \u00eatre jet\u00e9, je l&rsquo;ai gard\u00e9 pour y remiser de vieux carnets, des photomatons trouv\u00e9s dans la rue et des polaroids jaunis par le temps, ces objets qu&rsquo;on a depuis oubli\u00e9 \u00e0 l&rsquo;int\u00e9rieur. L&rsquo;\u00e9criture proc\u00e8de de la m\u00eame mani\u00e8re. Un d\u00e9tail attire l&rsquo;attention. Le temps qu&rsquo;on lui accorde, pour le faire advenir dans l&rsquo;\u00e9criture, est une mani\u00e8re de le faire durer. L&rsquo;endroit o\u00f9 la boite est install\u00e9e, l&rsquo;\u00e9tag\u00e8re de la biblioth\u00e8que du salon, est parfaitement adapt\u00e9 \u00e0 sa hauteur, ce qui explique sans doute pourquoi elle est aussi difficile d&rsquo;acc\u00e8s et par l\u00e0 m\u00eame devenue invisible avec le temps. Elle s&rsquo;est transform\u00e9e en coffre fort, pas besoin de cl\u00e9, car elle est prot\u00e9g\u00e9e par son environnement. Je pense \u00e0 La Lettre vol\u00e9 en contemplant cette boite. Dans la nouvelle d&rsquo;Edgar Poe, celle-ci a volontairement \u00e9t\u00e9 mise en \u00e9vidence par le criminel. Loin d&rsquo;\u00eatre rang\u00e9 dans un endroit secret, la lettre est bien en \u00e9vidence dans le bureau du coupable. Elle a \u00e9t\u00e9 froiss\u00e9e, maquill\u00e9e d&rsquo;un autre sceau et d&rsquo;une autre \u00e9criture apr\u00e8s avoir \u00e9t\u00e9 pli\u00e9e \u00e0 l&rsquo;envers. J&rsquo;\u00e9cris pour d\u00e9couvrir cet objet invisible, faire appara\u00eetre ce que j&rsquo;ai en t\u00eate, parfois m\u00eame sous les yeux, et que je ne vois pas. Pour saisir ce que je ne comprends pas. L&rsquo;\u00e9criture s&rsquo;ouvre sur l&rsquo;inconnu, le fouillis de notre m\u00e9moire, rang\u00e9 l\u00e0, oubli\u00e9 plut\u00f4t, captur\u00e9, saisi dans cette cache invisible, secr\u00e8te. Des bijoux dans un \u00e9crin qu&rsquo;on n&rsquo;ouvre jamais, qu&rsquo;on enterre (une graine dans l&rsquo;attente qu&rsquo;elle germe et qu&rsquo;elle pousse ou un cadavre enseveli ?). Un souvenir n&rsquo;existe que si quelqu&rsquo;un s&rsquo;en rappelle, le partage avec d&rsquo;autres. Les objets \u00e0 l&rsquo;int\u00e9rieur de la boite ont-ils d&rsquo;autres valeurs que celles que leur conf\u00e8re l&rsquo;anciennet\u00e9 et le secret de leur cachette, la conservation d&rsquo;une boite en bois dans une biblioth\u00e8que ? Une capsule temporelle est une \u0153uvre de sauvegarde collective de biens et d\u2019informations, comme t\u00e9moignage destin\u00e9 aux g\u00e9n\u00e9rations futures. Cela me rappelle \u00e0 chaque fois le projet d&rsquo;Andy Warhol qui emmagasinait tout ce qui l\u2019entourait (shampooing, journaux, ongles coup\u00e9s, pied momifi\u00e9, cartes postales, courriers personnels, livres, timbres oblit\u00e9r\u00e9s, objets en plastique, photos, films Super-8, bandes dessin\u00e9es, coupures de presse, disques 33 tours, etc.) dans ses <em>Time Capsules<\/em> et les <em>Lieux<\/em> de Georges Perec, avec cette volont\u00e9 de capter \u00ab le temps d\u2019un lieu qui se transforme, l\u2019\u00e9volution de ses propres souvenirs sur ce lieu, et l\u2019\u00e9volution de son \u00e9criture m\u00eame \u00bb. Permanence des archives \u00e0 travers le temps et les glissements progressifs de leurs usages et de leurs m\u00e9tamorphoses.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">C&rsquo;est une boite en bois vernis dispos\u00e9e sur les \u00e9tag\u00e8res de ma biblioth\u00e8que, dissimul\u00e9e derri\u00e8re un rang de bibelots. Une boite \u00e0 fiches pour classer lecteurs et fonds d&rsquo;ouvrages dans une biblioth\u00e8que, les maintenir en ordre, en conserver la trace, mais dont l&rsquo;usage a \u00e9t\u00e9 d\u00e9tourn\u00e9 depuis bien longtemps. Le mot tourne dans ma t\u00eate, sans doute pour la boite autant que pour la biblioth\u00e8que, chaque phrase une image nouvelle que le mot boite fait appara\u00eetre avec ses sonorit\u00e9s qui s\u2019embo\u00eetent. Boite, objet, banal, bibelots, biblioth\u00e8que. Un objet qui a perdu son utilit\u00e9 avec la num\u00e9risation des donn\u00e9es et des informations, toujours disponible dans sa version boite en m\u00e9tal robuste et fonctionnelle. Permanence des archives \u00e0 travers le temps et les glissements progressifs de leurs usages et de leurs m\u00e9tamorphoses. La beaut\u00e9 de l&rsquo;objet se situe autant dans sa forme que dans son utilit\u00e9. C&rsquo;est ce qui m&rsquo;attire dans cet objet banal qui semble sans valeur, ordinaire, ce qu&rsquo;on y cache en l&rsquo;y oubliant. Sa simplicit\u00e9 me touche, me trouble. Sans fioritures, ni fermetures, vernie juste sur l&rsquo;ext\u00e9rieur, pour parfaire sa forme \u00e9pur\u00e9e, ces coins arrondis, la nervure et les n\u0153uds discrets du bois. Cet objet allait \u00eatre jet\u00e9, je l&rsquo;ai gard\u00e9 pour y remiser de vieux carnets, des photomatons trouv\u00e9s dans la rue et des polaroids jaunis par le temps, bimborions, breloques, broutilles que j&rsquo;ai oubli\u00e9s depuis \u00e0 l&rsquo;int\u00e9rieur. L&rsquo;\u00e9criture proc\u00e8de de la m\u00eame mani\u00e8re. Un d\u00e9tail attire l&rsquo;attention. Le temps qu&rsquo;on lui accorde, pour le faire surgir dans l&rsquo;\u00e9criture, est une mani\u00e8re de le faire durer. Install\u00e9e sur l&rsquo;\u00e9tag\u00e8re de ma biblioth\u00e8que, parfaitement adapt\u00e9e \u00e0 sa hauteur qui en rend difficile l&rsquo;acc\u00e8s, devenue invisible avec le temps, transform\u00e9e en coffre-fort prot\u00e9g\u00e9 par son environnement m\u00eame. Loin d&rsquo;\u00eatre rang\u00e9e dans un endroit secret, <em>La Lettre vol\u00e9<\/em> de la nouvelle d&rsquo;Edgar Poe est bien en \u00e9vidence sur le bureau du coupable. Froiss\u00e9e, maquill\u00e9e d&rsquo;un autre sceau et d&rsquo;une autre \u00e9criture apr\u00e8s avoir \u00e9t\u00e9 pli\u00e9e \u00e0 l&rsquo;envers. J&rsquo;\u00e9cris pour inventer ce qui invisible, ce qui ne sert \u00e0 rien, faire appara\u00eetre ce que j&rsquo;ai en t\u00eate, parfois m\u00eame sous les yeux et que je ne vois pas. Pour saisir ce que je ne comprends pas. L&rsquo;\u00e9criture s&rsquo;ouvre ainsi sur l&rsquo;inconnu, le fouillis de notre m\u00e9moire, rang\u00e9 l\u00e0, oubli\u00e9 plut\u00f4t, dans cette cache invisible, secr\u00e8te. Un souvenir n&rsquo;existe que si quelqu&rsquo;un le convoque, le partage avec d&rsquo;autres, le r\u00e9v\u00e8le. Andy Warhol emmagasinait tout ce qui l\u2019entourait (shampooing, journaux, ongles coup\u00e9s, cartes postales, courriers personnels, livres, timbres oblit\u00e9r\u00e9s, photos, films Super-8, bandes dessin\u00e9es, coupures de presse, disques 33 tours, etc.) dans ses <em>Time Capsules.<\/em> Dans ses <em>Lieux<\/em> Georges Perec enregistrait \u00ab le temps d\u2019un lieu qui se transforme, l\u2019\u00e9volution de ses propres souvenirs sur ce lieu, et l\u2019\u00e9volution de son \u00e9criture m\u00eame \u00bb. Les objets \u00e0 l&rsquo;int\u00e9rieur de ma boite ont-ils d&rsquo;autres valeurs que celles que leur conf\u00e8rent l&rsquo;anciennet\u00e9 et le secret d&rsquo;une capsule temporelle ?<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>C&rsquo;est une boite en bois vernis. Le couvercle s&rsquo;ouvre vers le haut. L&rsquo;int\u00e9rieur est en bois brut. C&rsquo;est une boite \u00e0 fiches de biblioth\u00e8ques dont on a d\u00e9tourn\u00e9 l&rsquo;usage depuis longtemps. Pour classer lecteurs et fonds d&rsquo;ouvrages, les maintenir en ordre, en conserver la trace. C&rsquo;est un objet qui a perdu son utilit\u00e9 avec la num\u00e9risation des donn\u00e9es, des informations. <a class=\"more-link\" href=\"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/la-boite\/\">Continuer la lecture<span class=\"screen-reader-text\">La boite<\/span><span class=\"meta-nav\">&rarr;<\/span><\/a><\/p>\n","protected":false},"author":242,"featured_media":0,"comment_status":"open","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"h5ap_radio_sources":[],"footnotes":""},"categories":[454],"tags":[],"class_list":["post-5689","post","type-post","status-publish","format-standard","hentry","category-ete-2019-03-cinq-fois-sur-le-metier"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/5689","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/users\/242"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=5689"}],"version-history":[{"count":0,"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/5689\/revisions"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=5689"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=5689"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=5689"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}