{"id":56950,"date":"2021-11-11T11:35:38","date_gmt":"2021-11-11T10:35:38","guid":{"rendered":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/?p=56950"},"modified":"2024-10-15T22:46:41","modified_gmt":"2024-10-15T20:46:41","slug":"testard_autobiographies_7_1","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/testard_autobiographies_7_1\/","title":{"rendered":"#autobiographies #07 | Une porte est claqu\u00e9e"},"content":{"rendered":"\n<p><\/p>\n\n\n\n<p id=\"\u00e2me\">En elle rien ne t\u00e9moigne qu&rsquo;elle l&rsquo;est. La porte est blanche. Rien en elle n&rsquo;en est \u00e9branl\u00e9. Son \u00e2me. Est peinte. Plus rien. Rien \u00e0 sa surface \u2014 ses parements \u2014 n&rsquo;en transpara\u00eet. Elle n&rsquo;en para\u00eet rien, elle est hors d&rsquo;elle : elle a son retentissement tout hors d&rsquo;elle. Maintenant, ses r\u00e9percussions. C&rsquo;est \u00e0 l&rsquo;int\u00e9rieur \u2014 dedans \u2014 que la porte r\u00e9sonne, continue. Se dit \u00e2me, lorsqu&rsquo;il s&rsquo;agit d&rsquo;un \u00e9videment int\u00e9rieur permettant un emprisonnement d&rsquo;air ; prise entre ses parements. Peinte en blanc, porte acoustique isoplane \u00e0 \u00e2me pleine, bois massif, ou isolante phonique et thermique, tubulaire, alv\u00e9olaire, \u00e0 parements plans, peinture laque satin\u00e9e glyc\u00e9ro \u00e0 lessivages, \u00e0 chocs r\u00e9p\u00e9t\u00e9s, \u00e0 finition lisse, tr\u00e8s couvrante, blanc, en pot de 2,5 l.<\/p>\n\n\n\n<p>La porte \u00e0 emporter<\/p>\n\n\n\n<p id=\"mucus\">C&rsquo;est une honte cette porte. D\u00e9gueulasse. C&rsquo;est inf\u00e2me. Une porte pareille. S&rsquo;\u00e9tale d\u00e8s qu&rsquo;elle est ouverte \u00e0 la vue des automobilistes. Si les conducteurs respectent le stop c&rsquo;est \u00e0 se demander : qu&rsquo;est-ce que c&rsquo;est. C&rsquo;est \u00e0 l&rsquo;int\u00e9rieur : l&rsquo;envers du d\u00e9cor, l&rsquo;int\u00e9rieur du battant de la porte du garage ; c&rsquo;est seulement le temps de suivre les longues, les circonvolutions des longues tra\u00een\u00e9es de mucus que laissent les escargots, gros escargots aux coquilles empanach\u00e9es de bourres de toiles d&rsquo;araign\u00e9es sem\u00e9es d&rsquo;enveloppes vides de mouches, de d\u00e9bris de feuilles mortes, des yeux \u2014 c&rsquo;est un temps distraits par elles, brillantes \u00e0 travers le noir de poussi\u00e8re, de suie, d&rsquo;\u00e9chappement, que sais-je : brillant dans les phares.<\/p>\n\n\n\n<p>La prendre \u00e0 bras-le-corps<\/p>\n\n\n\n<p id=\"silence\">Rien ne transpire. Porte muette. Ne fait signe de rien. N&rsquo;exprime rien. Elle r\u00e9sonne ailleurs. Demeure ext\u00e9rieure \u00e0 son claquement. Elle est hors du temps. Elle est dans le temps. Entr\u00e9e. Elle a quitt\u00e9 les trois dimensions de l&rsquo;espace. Ici l&rsquo;espace, c&rsquo;est le vide. Elle a quitt\u00e9 l&rsquo;atmosph\u00e8re. Avec elle ce qui respire. L&rsquo;espace ne rend pas un bruit. Intersid\u00e9ral, l&rsquo;espace silencieux. Est infini. Est l&rsquo;ailleurs, l&rsquo;espace d&rsquo;une porte, la t\u00eate est ce satellite. Le silence se fait autour. Ma\u00e7onnerie du silence. C&rsquo;est dans le silence que la porte r\u00e9sonne. En silence.<\/p>\n\n\n\n<p>Une porte garde le silence<\/p>\n\n\n\n<p id=\"reconstitution\">Il y a deux portes dans la mort de mon p\u00e8re. J&rsquo;allais dire : il y a deux portes \u00e0 la mort de mon p\u00e8re. D&rsquo;entr\u00e9e ? De sortie ? La mort, cette mort est-elle un local ? Mon p\u00e8re a-t-il trouv\u00e9 la mort entre deux portes ? Oui en quelque sorte. Il s&rsquo;est cogn\u00e9 aux portes. Je ne sais par laquelle commencer. Pas la premi\u00e8re \u2014 et pas \u00e0 bien y r\u00e9fl\u00e9chir. Je suis la pente naturelle de l&rsquo;image qui vient, la premi\u00e8re venue. Ne commencerai pas, donc, par le d\u00e9but de sa mort. La premi\u00e8re porte se pr\u00e9sente apr\u00e8s \u2014 au fond du couloir. D\u00e9couverte apr\u00e8s coup, contre-coup et confirmation de la seconde \u2014 dans l&rsquo;entr\u00e9e \u2014 : apr\u00e8s reconstitution. Elle ne fait qu&rsquo;enfoncer le clou de la seconde. Rabattre une porte close.<\/p>\n\n\n\n<p>Embrasser une porte<\/p>\n\n\n\n<p id=\"lessivage\">Je sortais. \u00c7a m&rsquo;a pris : je suis rentr\u00e9. Je suis revenu avec une bassine, eau, lessive, \u00e9ponge, que j&rsquo;ai pos\u00e9e sur le seuil. J&rsquo;ai ouvert. (Je sors par la porte du garage en effet, notre porte d&rsquo;entr\u00e9e a un probl\u00e8me.) Toute la difficult\u00e9 tient aux bras, au fait d&rsquo;en avoir deux et, faisant face \u00e0 telle largeur de battant, un de chaque c\u00f4t\u00e9 du corps et, l&rsquo;\u00e9ponge \u00e9tant dans la main droite (je suis droitier), pas du bon, la main au bout de mon bras gauche alternativement retenant par le loquet et empoignant par son chant droit ledit battant, le gauche si l&rsquo;on se tient comme je me tiens alors sur le seuil du garage devant sa face int\u00e9rieure, \u00e9tant entendu (?) que je travaille porte ouverte : \u00e0 la lueur du r\u00e9verb\u00e8re (on n&rsquo;allume plus chez nous). J&rsquo;y pense maintenant : j&rsquo;aurais pu la caler. Par bonheur cette position d&rsquo;assujettissement \u00e0 la t\u00e2che par bras crois\u00e9s ne dura pas plus d&rsquo;un quart d&rsquo;heure \u00e0 vue de nez, les 2 m<sup>2<\/sup> et quelques de laque blanche glyc\u00e9ro 30 ans d&rsquo;\u00e2ge retrouvant finalement leur \u00e9clat (j&rsquo;ai chang\u00e9 l&rsquo;eau une fois), ou son semblant.<\/p>\n\n\n\n<p>\u00c0 la porte<\/p>\n\n\n\n<p id=\"blanc\">Par bonheur cette position d&rsquo;assujettissement \u00e0 la t\u00e2che par bras crois\u00e9s ne dura pas plus d&rsquo;un quart d&rsquo;heure, tout le gris accumul\u00e9 (du c\u00f4t\u00e9 int\u00e9rieur) de la porte rejoignant \u00e0 vue de nez le brillant des sillons de mucus, s\u00e9ch\u00e9 ou non, que la faune y avait dessin\u00e9s \u2014 retrouvant ainsi l&rsquo;aspect blanc, l&rsquo;air de blanc ou blanc de loin, la couleur du blanc qui fait tant de bien. (Je n&rsquo;ai pas fait l&rsquo;ext\u00e9rieur \u2014 je sortais.)<\/p>\n\n\n\n<p>Les portes tournent autour de la maison<\/p>\n\n\n\n<p id=\"emportement\">La porte claqu\u00e9e de col\u00e8re. Dans un mouvement. Emportement. Autour de la porte aucun bruit. Claquemur\u00e9e dans son silence. La porte demeure impassible. Br\u00fblante, on n&rsquo;ose plus y toucher \u2014 passer le long le dos de la main, en commen\u00e7ant par le haut et en descendant. La porte indiff\u00e9rente. Impalpable, l&rsquo;insaisissable. Qu&rsquo;est-ce qui t&rsquo;a pris de claquer cette porte ? Tu crois l&rsquo;avoir claqu\u00e9e derri\u00e8re toi, elle est devant. Te casses-tu, non, tu restes l\u00e0, dedans.<\/p>\n\n\n\n<p>Claque la porte Deviens la porte<\/p>\n\n\n\n<p id=\"principe\">La porte est un principe ; agent plus qu&rsquo;objet. La porte est un principe actif. Une solution ? Il y a une abstraction dans la porte. Une r\u00e9serve, une r\u00e9tractation. Droit de retrait ; point de rupture. Quelque chose ne se donne pas, ne s&rsquo;offre pas. Une porte se refuse \u2014 elle s&rsquo;impose et elle se d\u00e9robe. On ne prend pas la porte \u2014 mais on l&#8217;emporte. Munie d&rsquo;une poign\u00e9e, qu&#8217;empoigne-t-on ?<\/p>\n\n\n\n<p>Th\u00e9orie des portes<\/p>\n\n\n\n<p id=\"pan\">Tu l&rsquo;as claqu\u00e9e, VLAM. Tu l&#8217;emportes, une porte ferm\u00e9e partout. Les ondes de choc vont-elles se perdre, vont-elles gagner, o\u00f9 vont-elles ? On dit qu&rsquo;un battement d&rsquo;ailes d&rsquo;un papillon\u2026 La porte a son action en dehors de son mouvement : pas seulement isolante thermique ou phonique ; pas seulement occultante ; cl\u00f4turante, ouvrante. Le rayon en est infiniment capricieux. C&rsquo;est autour d&rsquo;elle, la porte, de pr\u00e8s ou de loin, que \u00e7a se passe. Elle, est sur ses gonds : pivote. Est-elle sortie de ses gonds ? Elle tourne : elle tourne autour du monde. De l&rsquo;atmosph\u00e8re, des souffles. Les portes sont les satellites de la maison. Ses antennes. Une porte en elle-m\u00eame ne bouge pas. Pas un point du plan de la porte par rapport \u00e0 un autre point du m\u00eame plan ne bouge. Ce qu&rsquo;elle articule n&rsquo;est pas en elle. Ce qui s&rsquo;op\u00e8re en une porte, c&rsquo;est une translation. La porte en soi, est toute d&rsquo;un tenant \u2014 d&rsquo;un battant. La porte est un pan. Toute porte est une potentielle d\u00e9flagration.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p>Une porte est une arme<\/p>\n\n\n\n<p id=\"noir\">Les bras sont tendus. Ne plus respirer. Le s\u00e9jour est plong\u00e9, est plong\u00e9e dans le noir. Le bras droit envoy\u00e9 dans le coin, les doigts ont des yeux dans le noir, le noir a des tentacules \u00e0 bouts de bras, le noir est l&rsquo;antre des bras, les bras droit dans le noir, les bras ont tous les sens, les doigts, n&rsquo;allument pas, dans le noir, dessinent une maison. Un int\u00e9rieur, il y a une sortie, une poign\u00e9e, elle est au bout, tout, contre la porte.<\/p>\n\n\n\n<p>La porte est ouverte<\/p>\n\n\n\n<p id=\"toile\">Aller au contact. L&rsquo;acoustique se pr\u00e9cise. R\u00e9duit. M\u00e9canique. S&rsquo;approche. Cliquetis. Les heures creuses tournent dans le vide. Le compteur \u00e9lectrique dans le noir. La minute est tendue comme un fil. Ici un luxe de pr\u00e9cautions. Un fil se d\u00e9chire, s&rsquo;entend \u00eatre d\u00e9chir\u00e9, se sent, contre le pavillon de l&rsquo;oreille, l&rsquo;attention est aig\u00fce, la motricit\u00e9 fine. D&rsquo;araign\u00e9e. Invisible : fait corps avec le noir. L&rsquo;acuit\u00e9, l&rsquo;acoustique ici resserr\u00e9e encore, en gorge, nou\u00e9e, autour, aupr\u00e8s. D&rsquo;une toile tendue entre deux portes. Ou filet de haute s\u00e9curit\u00e9. N&rsquo;y jeter aucun trouble. Pas de vague, ne rien faire ni laisser tomber. Surtout pas la cl\u00e9 flottant dans la serrure.<\/p>\n\n\n\n<p>Entre deux portes<\/p>\n\n\n\n<p id=\"entr\u00e9e\">Commencer par la porte \u2014 depuis quand la mort est-elle un d\u00e9but ? Revenir par la porte, non par la mort. Int\u00e9gr\u00e9e \u00e0 la d\u00e9coration de l&rsquo;entr\u00e9e et du couloir attenant \u2014 un coude et celui-ci part dans l&rsquo;ombre, \u00e0 main droite la chambre parentale, \u00e0 gauche les sanitaires et le garage, au fond \u2014, moulur\u00e9e, moquette murale lie de vin, bordeaux, prune, c&rsquo;est selon, elle ne fait qu&rsquo;une avec la cloison qui, \u00e0 la v\u00e9rit\u00e9, est un mur de portes, dans l&rsquo;ordre : placard (deux pans), cuisine, sous-sol. \u2014 Sous-sol : c&rsquo;est elle. Le corps de mon p\u00e8re est assis contre.<\/p>\n\n\n\n<p>\u00c9clipse<\/p>\n\n\n\n<p id=\"\u00e9clipse\">Une, deux, trois portes dans le noir. La troisi\u00e8me est une \u00e9clipse de soleil. Si le soleil a la forme d&rsquo;une porte de garage battante deux vantaux cintr\u00e9e \u00e0 suspensions lat\u00e9rales. \u00c9clipse en quatre traits de lumi\u00e8re, halo filtrant entre porte et linteau, entre battants et jambages, entrant sous la porte, l\u00e9chant son seuil. L&rsquo;\u00e9clipse \u2014 c&rsquo;est le jour, derri\u00e8re \u2014 dessine le contour exact, peint de noir, de la porte devenue son ombre dress\u00e9e \u00e0 sa place et de l\u00e0, noyant l&rsquo;espace au lieu de se tapir au sol.<\/p>\n\n\n\n<p>\u00c0 la surface<\/p>\n\n\n\n<p id=\"travers\u00e9e\">De la profondeur du garage au contact de la porte, sa surface, la travers\u00e9e s&rsquo;effectue dans le temps de l&rsquo;\u00e9clipse, nage en elle, dans le noir et le fouillis d&rsquo;objets : il y a d&rsquo;ici \u00e0 la porte de tout dont entre les doigts se profilent les fragments, les saillies, les \u00e9clats, les masses. L&rsquo;ind\u00e9sirable, intol\u00e9rable, non-souhaitable, l&rsquo;invisible ou invivable, inconservable, le recyclable, le d\u00e9grad\u00e9, l&rsquo;\u00e9cart\u00e9, rejet\u00e9 dans une esp\u00e8ce, dans l&rsquo;ombre, d&rsquo;ant\u00e9purgatoire, s&rsquo;habituer, prend une minute, requiert minutie, et d&rsquo;aller parfois de profil. Entre guidons pour les hanches, p\u00e9dales pour les tibias, sonnettes, \u00e9chardes pour un doigt de trop les v\u00e9los venus se poser en \u00e9quilibre contre les palettes d&rsquo;un coup se dressant parmi les ar\u00eates de caisses de rangement d\u00e9bordantes de sonorit\u00e9s dormantes, \u00e9quilibrismes de cartons de livraison ou de d\u00e9m\u00e9nagement, cartons ouverts, cartons vides, cartons embo\u00eet\u00e9s, empil\u00e9s, cartons aplatis ou pli\u00e9s ou d\u00e9ploy\u00e9s, qui peuvent servir, s&rsquo;enfoncer ou remonter, quelle diff\u00e9rence. Sans compter la caisse du verre. Et le sommeil de la maison suspendu au progr\u00e8s de qui s&rsquo;avance entre le garde et l&rsquo;\u00e9vad\u00e9, le noir de chaque instant et le noir de tous les dangers, le noir pendu \u00e0 un souffle, la vie silencieuse du noir entre les mains. \u00c0 bout de bras tendu. Contre la porte enfin, son battant, entre doigts et paume, et dans une concentration de tout le corps mass\u00e9 derri\u00e8re enrobant la clenche du loquet \u00e0 poucier de la porte. L&rsquo;\u00e9touffant. La soulevant.<\/p>\n\n\n\n<p>Membrane<\/p>\n\n\n\n<p id=\"nuit\">Le tympan de verre de la porte contre le noir de la nuit. Sans tressaillir. Sans qu&rsquo;elle tressaille. La porte n&rsquo;a pas boug\u00e9. O\u00f9 elle fut toujours vue, si elle le fut jamais, elle se tient. O\u00f9 elle fut laiss\u00e9e pour porte. L\u00e0. Noire dans le noir. Noire d&rsquo;un autre noir. Froide. Elle tient seule dans l&rsquo;espace, contre lui. Porte-fen\u00eatre. Contre le silence de la nuit. Et puis : contre la vitre de la porte, la condensation. En forme de respiration. Aur\u00e9oles jumelles, deux p\u00e9tales de bu\u00e9e, puis : fondues en une seule. Double nu\u00e9e, fleur de bu\u00e9e. Et puis : dans le jour, \u00e0 contre-jour, la trace, ou tra\u00een\u00e9e grasse o\u00f9 se soup\u00e7onne un front ou une joue, et encore : plus bas, des doigts, une paume en bas de la vitre jusqu&rsquo;\u00e0 deviner, jusqu&rsquo;\u00e0 inventer comme deux jambes. Empreintes. Les effacer, tout : surprise. Pour ce faire, il faudra passer dehors. Ouvrir la porte d\u00e9sar\u00e7onnera une, deux, trois araign\u00e9es qui, de la feuillure, se laisseront tomber qui sur l&rsquo;\u00e9paule, qui sur le pied.<\/p>\n\n\n\n<p>Papillon<\/p>\n\n\n\n<p id=\"papillon\">Bien en vue \u2014 juste \u00e0 hauteur du regard \u2014 : destin\u00e9 \u00e0 \u00eatre vu \u2014 lu \u2014 en sortant, un post-it \u2014 une note amovible autoadh\u00e9sive \u2014, bleu ciel \u2014 bleu gris plut\u00f4t ou pass\u00e9 \u2014, appos\u00e9 sur (le parement lisse \u2014 blanc \u2014 de) la porte un temps porta en lettres capitales au feutre noir cette mention :<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-center\">FERMER CETTE PORTE<\/p>\n\n\n\n<p>sans nulle pri\u00e8re que ce f\u00fbt, sans un merci, mais sans pour autant, \u00e0 bien y r\u00e9fl\u00e9chir, qu&rsquo;elle f\u00fbt d\u00e9nu\u00e9e de ponctuation \u2014 ! \u2014. Le papillon visait une personne en particulier, sous-entendu : cette note regarde d&rsquo;abord qui ne l&rsquo;observe pas. Chut-elle ? Sans que personne, dans la maison, n&rsquo;ait pos\u00e9 la question, elle disparut \u2014 remise sans doute \u00e0 plus tard. Note \u00e0 qui la lira : un papillon ne ferme d\u00e9finitivement pas une porte. Celle-ci \u2014 et sans doute ne connais-je qu&rsquo;elle \u2014 demeure, d&rsquo;un blanc qui, comme tous les ouvrants et dormants du s\u00e9jour, contraste relativement avec les murs blanc cass\u00e9 ou cr\u00e8me, ou coquille d&rsquo;\u0153uf, mais claire, \u00e9cume peut-\u00eatre de l&rsquo;int\u00e9rieur peint. Entrouverte.<\/p>\n\n\n\n<p>Ferme-porte<\/p>\n\n\n\n<p id=\"train_fant\u00f4me\">D\u00e9goulinante ; gueulante ; criarde ; gla\u00e7ante ; battante lorsqu&rsquo;au d\u00e9tour d&rsquo;un virage \u00e0 90\u00b0 ; en \u00e9pingle ; \u00e0 la faveur d&rsquo;un changement de direction brusque ; inopin\u00e9 ; rapide dans un tournant ; dans un coin ; dans un cri ; un renfoncement ; une alc\u00f4ve ; un double-fond ; un brouhaha ; dans le noir notre wagon ; nacelle ; voiture en rencontre ; surprend ; actionne ; fonce dans les panneaux ; volets ; vantaux ; tableaux aux motifs ; regards coulants ; g\u00e9ants ; gluants ; fluos ; phosphorescents ; flippants ; imitation bois s&rsquo;ouvre ou, si prompte \u00e0 s&rsquo;ouvrir, nous devance ; d\u00e9tecte ; fait illusion ; croire qu\u2019elle est choqu\u00e9e, command\u00e9e par une cellule ; un capteur photosensible ; syst\u00e8me \u00e9lectrique ; pneumatique sur notre passage ; sous nos rires ; nos clameurs ; frissons ; voltefaces la porte rien moins que grin\u00e7ante d&rsquo;un manoir ; d&rsquo;une cave ; d&rsquo;une cellule ; d&rsquo;un tombeau ; d&rsquo;un placard nous plongeant dans l&rsquo;obscurit\u00e9 ; les flashes ; projections ; visions automates ; grotesques ; repoussantes ;&nbsp;attractives ; coutumi\u00e8res de la peur en tube ; en train ; en bo\u00eetes qui font AAAAAAAHHHHHHHH ; en images ; en embuscade et d&rsquo;effets escompt\u00e9s en effets d\u00e9\u00e7us en effets surjou\u00e9s ; surlign\u00e9s ; outr\u00e9s ; d\u00e9pass\u00e9s se d\u00e9ploie ; referme sur nous ; nous \u00e9jecte ; \u00e9vacue ; recrache sur un rail le dispositif ; parcours ; circuit ; man\u00e8ge au long duquel tout trahit son m\u00e9canisme ; son intention ; r\u00e9p\u00e9tition ; sa man\u0153uvre ; sa manigance ; sa fausset\u00e9.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-right has-small-font-size\"><span class=\"has-inline-color has-medium-gray-color\"><em>il faut un mot de passe<\/em><\/span><span class=\"has-inline-color has-white-color\">___<\/span><span class=\"has-inline-color has-medium-gray-color\">G. Perec<\/span><\/p>\n\n\n\n<figure class=\"wp-block-image size-large\"><img decoding=\"async\" src=\"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-content\/uploads\/2021\/11\/211110_Metrocubo_1-768x1024.jpg\" alt=\"\" class=\"wp-image-57422\" \/><figcaption class=\"wp-element-caption\"><span class=\"has-inline-color has-medium-gray-color\">Michelangelo Pistoletto, <em>Metrocubo d&rsquo;infinito<\/em>, 1966<br>6 miroirs faces vers l&rsquo;int\u00e9rieur, ficelle, 120 x 120 x 120 cm, MNAM, Paris<\/span><\/figcaption><\/figure>\n\n\n\n<p><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Rien en elle n&rsquo;en est \u00e9branl\u00e9 \u2014 Une honte une porte pareille \u2014 \u00c0 emporter \u2014 Un papillon la ferme \u2014 Par laquelle commencer \u2014 La m\u00eame dans le noir \u2014 Elles tournent autour de la maison \u2014 <a class=\"more-link\" href=\"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/testard_autobiographies_7_1\/\">Continuer la lecture<span class=\"screen-reader-text\">#autobiographies #07 | Une porte est claqu\u00e9e<\/span><span class=\"meta-nav\">&rarr;<\/span><\/a><\/p>\n","protected":false},"author":334,"featured_media":0,"comment_status":"open","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"h5ap_radio_sources":[],"footnotes":""},"categories":[2820,2937],"tags":[],"class_list":["post-56950","post","type-post","status-publish","format-standard","hentry","category-cycle_autobiographies","category-autobiographies-07"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/56950","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/users\/334"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=56950"}],"version-history":[{"count":3,"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/56950\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":172833,"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/56950\/revisions\/172833"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=56950"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=56950"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=56950"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}